La Saint-Vincent Tournante de Bourgogne : une tradition locale incontournable chaque année en janvier !

affiche St Vincent

La Saint-Vincent Tournante est une tradition bourguignonne depuis plus de sept décennies. S’il s’agit désormais d’un événement festif destiné à promouvoir les vins de Bourgogne, les racines de cette fête conviviale remontent à plusieurs siècles…

Histoire de Saint-Vincent, patron des vignerons

A l’origine, Saint-Vincent est un diacre et martyr originaire de la ville de Saragosse, en Espagne, ayant vécu au IVè siècle. Chargé par l’évêque Valère de prêcher le message du Christ, la légende raconte que Vincent aurait été torturé sur une roue de pressoir. Plus tard, lors du siège de la ville en 542 par Childebert, roi de Paris et Clotaire, roi de Soissons, les assaillants auraient négocié les reliques de ce saint vénéré contre la levée du siège. Les restes de Saint-Vincent auraient alors été déposés à Paris, dans l’Abbaye Sainte-Croix-Saint-Vincent, devenue aujourd’hui Saint-Germain-des-Prés.

litho saint vincent
Saint Vincent, lithographie coloriée sur papier, XIXè siècle, imprimerie Grangel, Mucem, Marseille. ©Photo (C) RMN-Grand Palais (MuCEM) / Thierry Le Mage

Les saints protecteurs de la vigne et des vignerons sont pourtant nombreux ! Saint Paul, saint Urbain, saint Victor, saint Vernier, saint Didier, saint Martin, ou encore saint Morand, ce sont pas moins d’une trentaine de figures saintes qui oeuvrent pour la protection de la vigne et du vin ! C’est pourtant Vincent qui est célébré aujourd’hui. Outre son supplice sur la roue de pressoir, la raison du choix de Vincent comme protecteur des vignerons serait plus probablement liée à un simple jeu de mots : « Vin » rappelant le fameux breuvage issu du fruit de la vigne, tandis que « cent » renvoie au sang, le vin étant souvent associé au sang du Christ dans la Bible. A moins que ce ne soit grâce à l’âne de saint Vincent, qui aurait un jour de prêche du saint, brouté un pied de vigne. Les vignerons, d’abord fâchés, découvrirent l’année suivante que la vigne donnait le double de fruits ! Ainsi serait né le principe de la taille hivernale. De plus, la mort de saint Vincent commémorée le 22 janvier est une période propice pour les vignerons car elle marque la fin du repos hivernal de la vigne. Plusieurs dictons et proverbes l’affirment !

« Bon saint Vincent, homme puissant, fais monter la sève au sarment. »

La symbolique du vin dans la Bible

Le vin est un produit phare de la civilisation méditerranéenne, et ce depuis au mois 6000 ans ! Dans la Bible, le vin est associé au sang versé par le Christ sur la croix. Si Jésus symbolise la vigne, Dieu en est le vigneron. Nombreux sont les épisodes bibliques qui font référence au vin ou à la vigne. La représentation traditionnelle de l’Arbre de Jessé qui retrace l’ascendance du Christ depuis les rois de Judée est généralement représentée par un pied de vigne aux multiples ramifications ornées de belles grappes (voir le précédent article sur l’Arbre de Jessé). Si la vigne aurait été créée par Dieu le troisième jour, en même temps que les autres plantes, c’est Noé qui aurait inventé la culture de la vigne et la production de vin, épisode relaté par le Déluge. Enfin, le rituel de l’eucharistie est évoqué par l’épisode de la Cène, dernier repas du Christ en compagnie des apôtres avant la trahison de Judas. On y voit le Christ partager le pain, (symbole de sa chaire) et le vin (symbole de son sang) avec ses disciples.

 

Ivresse de Noé, Bellini
L’Ivresse de Noé, Giovanni Bellini, vers 1515, musée des Beaux Arts de Besançon.
La Cène Dali
Salvador Dali, La Cène, huile sur toile, 1955, national Gallery of Art, Washington

La tradition des confréries

La Saint-Vincent de Bourgogne célèbre donc ce fameux breuvage consommé depuis des siècles ! Elle s’inscrit également dans la tradition des confréries de métiers qui apparaît au Moyen Age dans un souci de solidarité corporative. Abandonnée à la Révolution française, la tradition fut exhumée par les vignerons bourguignons en 1934 grâce, cette année là, à la création de la confrérie des Chevaliers du Tastevin. Dans un contexte économique difficile pour le vignoble, les vignerons remirent à l’honneur l’esprit corporatif et l’entraide professionnelle, le partage des savoir-faire et la mise en commun des outils de production. Et l’idée fit son chemin en Bourgogne. Si la première fête de la Saint-Vincent organisée en 1938 vit défiler 6 sociétés, l’édition de 1965 en comprenait déjà 53 et plus de 80 aujourd’hui ! Chaque année les festivités sont organisées dans un village différent pour faire découvrir la diversité du vignoble bourguignon.

Saint-Romain_-_Saint_Vincent_tournante_2008
Défilé des confréries représentées par leur bannières, Saint-Vincent tournante de Bourgogne 2008.

Mais dès avant l’existence de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin et l’organisation de cette fête devenue emblématique de la Bourgogne, une tradition exigeait déjà autour du saint patron des vignerons. Chaque famille vigneronne assistait d’abord à la messe en l’honneur du saint. Puis se déroulait une longue procession durant laquelle on transportait l’effigie du saint d’une famille à l’autre. Une famille était finalement désignée pour la conserver durant toute l’année. Un honneur et une reconnaissance pour ces vignerons ! Le repas traditionnel qui clôturait les festivités est devenu aujourd’hui un banquet géant.

Une tradition dionysiaque et bachique remise au goût du jour

Ces processions et ces banquets ne sont pas sans rappeler les traditions antiques où le vin était déjà célébré. La Saint-Vincent de Bourgogne est une fête conviviale qui mêle traditions païennes et fêtes religieuses. Elle est la digne héritière des fêtes dionysiaques et bachiques antiques ! A la manière des processions antiques en l’honneur de Dyonisos, dieu grec du vin et de la vigne, dont l’équivalent romain fut Bacchus, les visiteurs nombreux peuvent encore assister au défilé des 80 confréries de vignerons de Bourgogne, chacune revêtant un habit de couleur différente et valorisant son propre terroir et ses crus ! Il est d’ailleurs facile de les déguster en achetant sur place son verre souvenir. A la fin des festivités, une poignée de vignerons sélectionnés sont intronisés pour intégrer la prestigieuse confrérie des chevalier du Tastevin, organisatrice de la grande Saint-Vincent de Bourgogne.

kylix Dyonisos par Brigos
Scène de rites dionysiaques, Kylix, Peintre de Brygos, Athènes, vers 480 avant J.C., BnF.

Irancy 2016

Après Dijon en 2012, Châtillon-sur-Seine en 2013, Saint-Aubin en 2014, Gilly-les-Citeaux et Vougeot l’année dernière, c’est le petit village d’Irancy dans l’Yonne qui accueille les festivités en 2016. Sa population d’à peine 300 habitants à l’année va considérablement augmenter lors de ce week-end particulier qui mettra l’AOC Irancy en valeur. L’Irancy est un vin rouge parmi les plus réputés de l’Yonne, situé dans les vignobles de Chablis et du Grand Auxerrois. Elaboré à partir du cépage Pinot Noir, l’emblème de la Bourgogne rouge, sa particularité est de contenir, de manière facultative, au maximum 10% de cépage César, cépage traditionnel local, qui aurait été importé par les légions romaines de Jules César au Ier siècle avant notre ère !

Découvrez ici le site internet et le programme de la Saint-Vincent tournante d’Irancy les 30 et 31 janvier 2016 ! A déguster avec modération.

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Quand les parisiens se chauffaient au bois du Morvan : la tradition du flottage du bois

Encyclopédie méthodique Art et métiers mécaniques 1784
Gravure montrant un train de bois extrait de l’Encyclopédie Méthodique Arts et Métiers Mécaniques, 1784

La Bourgogne est une terre de bois, de forêts et de rivières. Pendant près de quatre siècles, les forêts du Morvan approvisionnèrent Paris en bois de chauffage. C’est toute une économie du bois qui se mit en place dans la Nièvre pour répondre à la demande.

Pénurie de bois dans la capitale !

A la fin du Moyen Age, Paris se développe rapidement et gagne de nombreux habitants. La capitale, occupée par 300 000 personnes au début du XVIè siècle compte pas moins d’un million d’habitants au XIXè siècle. Le bois est alors le combustible le plus utilisé aussi bien pour les activités domestiques qu’artisanales et pré-industrielles. Après avoir abattu les forêts entourant la capitale, les Parisiens connurent une véritable pénurie de bois dès le XVIè siècle. C’est sous l’influence de la noblesse parisienne, dont de nombreuses familles possédaient des fiefs en Bourgogne, que vint l’idée de s’approvisionner dans les forêts du Morvan.

En Morvan, des forêts mais pas de route

Le Morvan, riche en forêts et en bois, n’en était pas moins dépourvu d’axes routiers ! Il fallut donc trouver un autre moyen de faire parvenir le bois jusqu’à Paris. Le massif étant gorgé d’eau, de rivières et de ruisseaux, on utilisa donc une méthode déjà employée dans d’autres régions : le flottage du bois. Cette activité permit à Paris de se chauffer de 1547 jusqu’au milieu du XIXè siècle. Dès le XVIè siècle, Clamecy se spécialisa dans le flottage du bois. Des quartiers entiers étaient occupés par des familles de flotteurs, sous le patronage de Saint-Nicolas. C’est ainsi que les paysans morvandiaux se mirent à couper du bois et à tailler des bûches tout l’hiver. La foire au bois de Château-Chinon qui se déroulait au mois de novembre marquait le début de la saison par la vente des lots par les propriétaires forestiers. Les hommes sélectionnaient les arbres à abattre, des feuillus, puis débitaient les bûches avant de les frapper de la marque du propriétaire. Les buches, ou « moulées » étaient ensuite transportées par charrettes attelées de bœufs jusqu’aux berges des rivières où elles étaient empilées.

foire aux bois
Article de presse annonçant la foire aux bois de Château-Chinon en 1910. ©http://www.19e.org/documents/economie/clamecy.htm

Le flottage du bois

Au printemps, la compagnie de flottage du bois autorisait le jetage. Hommes, femmes et enfants s’affairaient à déverser les bûches par centaines dans la Cure et ses affluents. Les étangs et les barrages de la région étaient ouverts pour créer une crue artificielle qui favorisait le flot du bois : c’est le flottage à bûches perdues. Sur les rives, des dizaines d’hommes et de femmes étaient chargés de rejeter à l’eau les bûches échouées. Sur le flot des bûches, les flotteurs munis de longues perches terminées par des accrocs de fer à deux dents étaient chargés de piquer les bois qui s’amoncellaient sur les rochers et formaient un embouteillage. Le poste était terriblement risqué ! En cas de débâcle, l’ouvrier se retrouvait à l’eau, bien souvent broyé par le bois. Le flot se déplacait en moyenne à 100 mètres par heure.

flottage buches perdues sur la cure
Le flottage à bûches perdues sur l’Yonne et la Cure jusqu’à Clamecy

La construction des trains de bois

A cette période de l’année, les Clamecycois attendaient avec hâte le fracas des premières bûches dans la rivière, signalant le début du travail. Les flots de bois arrivant du Morvan étaient interceptés dans les ports de Clamecy et alentours (Vermenton, Reigny, Arcy-sur-Cure…). Les bûches étaient extraites de l’eau avec des crocs et des picots : c’est le tirage. Elles étaient ensuite transportées par brouettes dans des ateliers où elles étaient triées et rassemblées par marques de propriétaires, étape du tricage. On procédait ensuite à leur empilage de façon rigoureuse, perpendiculairement à la rivière. Commençait alors la fabrication des trains de bois, dont la réglementation alla croissante au fil des siècles.

arrivage bois Clamecy
Arrivage du bois à Clamecy

Un travail d’équipe

La fabrication d’un train de bois occupait environ six personnes pendant une semaine. Ils étaient généralement long de 72 mètres et large de 5 mètres et formés par environ 200 stères de bois. Un train était composé de deux « parts » de 36 mètres chacune. Partant de Clamecy, les parts étaient ensuite assemblées par deux pour former un train complet dans le port de Chatel-Censoir, la rivière s’élargissant à cet endroit permettait le passage des trains. Chaque part était composée de 9 coupons, sortes de structures en bois ressemblant à des cages et dans lesquelles on disposait les bûches. Le tout était assemblé par des rouettes, liens obtenus par torsion de fines tiges de bois défibrées. On disposait 4 à 5 couches de bois superposées dans chaque part. Le flotteur était le chef de ce chantier colossal sur lequel travaillaient des tordeurs et tordeuses qui fabriquaient les rouettes, un approcheur chargé d’approvisionner le chantier, un garnisseur qui assemblait les bûches, ainsi que plusieurs compagnons.

arrivée flot et tirage bois
Arrivée du flot et tirage du bois empilé ensuite le long de la rivière.

Navigation pour Paris

Au XIXè siècle, le départ des trains était conditionné par l’ouverture des barrages d’eau entre Armes (Nièvre) et Régennes (Yonne) qui permettaient de grossir artificiellement le flot, permettant aux trains de bois de descendre le courant de l’Yonne puis de rejoindre la Seine jusqu’à leur arrivée à Paris, Quai de Bercy. Les trains étaient conduits par un adulte et un enfant de Clamecy à Auxerre, puis par deux adultes d’Auxerre à Paris, où leur entrée au port était très contrôlée. La conduite de ces embarcations était une tâche ardue et dangereuse, ayant causé de nombreux accidents. Debout sur les bûches, les flotteurs n’avaient que leur perche ferrée pour guider le train dans les flots. Il fallait naviguer une dizaine de jours avant d’arriver à Paris.

passage du pertuis Clamecy
Passage du pertuis de Clamecy avec le train de bois.

Les risques du métier

Plusieurs risques menaçaient le parcours des trains de bois. Il arrivait que le train s’échoue sur les fonds sableux de la rivière ou encore qu’il soit poussé en travers des flots, l’arrière naviguant plus rapidement que l’avant. Mais le plus risqué était encore le passage des pertuis et des ponts où le train pouvait s’échouer dans les piles.

L’arrivée à Paris

Les trains arrivaient un par un à Paris où ils étaient réceptionnés dans plusieurs ports de la ville. Ils étaient alors séparés, « déchirés », puis les bûches étaient extraites de la rivière par les berges aménagées en pentes douces, puis empilées par rangées reliées entre elles et formant un « théâtre ». Le travail était fait par les « débardeurs » dans des conditions difficiles. Les flotteurs devaient alors rejoindre leur point de départ à pied, généralement en 4 jours.

Flotteur de Robert Pouyaud
Aux flotteurs de Clamecy, statue allégorique réalisée par Robert Pouyaud en 1945, Pont de Bethléem, Clamecy. ©http://www.canal-du-nivernais.com

Des aménagements nécessaires

Après plusieurs essais infructueux, le premier train de bois du Morvan arriva dans la capitale en 1547, sous l’impulsion de Charles Leconte. Dès 1549 les premiers aménagements le long du parcours furent créés. Jean Rouvet imagina la construction de biefs et de barrages permettant de retenir les eaux de la Cure et de l’Yonne et de provoquer les crues artificielles facilitant la navigation des trains. Au fil de l’exploitation des rivières par les compagnies parisiennes, c’est toute une économie qui se mit en place pour entretenir les cours d’eau, aménager les berges, construire les ports, relais et écluses nécessaires. C’est en 1804 que le trafic fut le plus intense. Ce sont plus de 5000 trains de bois qui arrivèrent cette année là à Paris ! Au XIXè siècle les compagnies de flottage rencontrèrent plusieurs difficultés majeures. Le prix du charbon, bien inférieur à celui du bois, constitua une concurrence certaine. Le déboisement du Morvan eut pour conséquence l’asséchement des cours d’eau. Des aménagements furent nécessaires afin de relancer et de moderniser l’activité. En 1843 débuta la construction du barrage des Settons. Les anciens pertuis en bois furent également reconstruits en pierre à partir de 1852. Afin de faciliter le transport des marchandises vers la capitale, l’idée de la construction d’un canal reliant le bassin de la Loire à celui de la Seine fit son apparition sous le règne d’Henri IV. C’est finalement Louis XVI qui signa le début des travaux d’une rigole. Le tunnel de la Collancelle fut le premier ouvrage percé près des étangs de Baye et de Vaux. La construction du Canal s’acheva en 1841.

canal nivernais
Carte du Canal du Nivernais. ©http://www.canal-du-nivernais.com

La fin d’une ère

Avec la Révolution industrielle française au XIXè siècle, le charbon fit son apparition et concurrença le bois. Le développement du chemin de fer dans la seconde moitié du siècle constitua une alternative sérieuse au transport de marchandise. Il fut finalement décidé par un arrêté de 1881 d’arrêter le flottage du bois, devenu peu rentable. L’activité reprit ponctuellement jusqu’au début du XXè siècle dans une moindre mesure. Les compagnies continuèrent l’exploitation du bois pendant plusieurs années, acheminé à Paris par des péniches, plus lentes mais moins coûteuses que les trains de bois.

En 2015, un nouveau train de bois pour Paris

A Clamecy, la tradition des flotteurs de bois reste dans les esprits. Chaque été au 14 juillet, les joutes nautiques commémorent le flottage sur la Cure. En cette année 2015, le Canal du Nivernais accueille un nouveau train de bois en hommage à cette tradition disparue ! Construit par Flotescale, un train de bois de 72 mètres de long rejoindra Paris par le Canal du Nivernais, l’Yonne et la Seine. L’embarcation partira de Clamecy le 6 juin et traversera la capitale le 5 juillet. Sur son parcours, les escales seront nombreuses : Chatel-Censoir, Vincelles, Auxerre, Migennes, Sens, Pont-sur-Yonne, Melun, Paris-Bercy et bien d’autres encore ! Des animations seront organisées dans chaque ville à l’occasion de son passage (programme ici). Une occasion de renouer avec la tradition !

Télécharger le programme des escales.

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