« Les gouacheries » d’Alexander Calder au Musée Zervos de Vézelay – Exposition temporaire du 1er Juillet au 31 Octobre 2017

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Ingénieur – artiste

Né en Pennsylvanie en 1898 dans une famille d’artistes, Alexander Calder devient d’abord ingénieur. C’est en 1923 qu’il décide de se consacrer finalement à l’art. Il part se former à la peinture et au dessin à New York. Mais son diplôme en génie mécanique lui servira tout au long de sa vie d’artiste et lui permettra de concevoir des mécanismes complexes pour mettre en mouvement ses figures artistiques.

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Portrait d’Alexander Calder, 1947, photographie de Carl Van Vechten, Library of Congress©

La quête du mouvement

Le mouvement est bien au cœur de ses recherches artistiques dès ses débuts à New Yorkais. Ses premiers dessins – évènements sportifs, artistes de cirques ou scènes de rues – tentent de saisir le mouvement des corps et la rapidité du monde moderne.

Son retour à Paris dans les années 1930 marque pour Calder le passage à l’abstraction pure. Une nouvelle manière pour lui d’explorer plus avant ses problématiques fétiches : le mouvement bien sûr, mais aussi ses corollaires comme l’équilibre / l’instable, la symétrie / la dissymétrie, la fragilité / la solidité, le vide / le plein.

Quelques œuvres emblématiques

Après avoir conçu son Cirque, œuvre d’art totale aux figures animées qui a donné lieu à de véritables spectacles, Calder développe ensuite la technique, belle et fragile, des sculptures en fil de fer. Mais il est surtout connu pour ses nombreux mobiles aériens et colorés qu’ils soient à mouvement libre, motorisé ou même sonore.

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La gouacherie

L’exposition du musée Zervos, sous la direction de Daniel Abadie, ancien conservateur du Centre Pompidou et directeur de la Galerie du Jeu de Paume à Paris, se propose de mettre en lumière un pan moins connu de la carrière de l’artiste : ses œuvres graphiques. Une cinquantaine d’oeuvres sur papier, des lithographies et des gouaches, sont exposées au musée Zervos à Vézelay. Traversées par le mouvement, ses œuvres graphiques sont imprégnées de formes cosmiques et astrales. Spirales, soleils, lunes, circonvolutions en tous genres et disques peuples le travail de Calder, qui fut marqué par l’univers, comme le raconte dans ce reportage Agnès Delannoy, directrice du musée.

Composées entre 1953 et 1976 dans son atelier « La Gouacherie » situé en Touraine, les œuvres de l’exposition proviennent de collections privées ou du Centre Pompidou de Paris. Quelques œuvres sont directement issues du fonds du musée vézelien, leg de la collection personnelle du couple Christian et Yvonne Zervos qui lui consacrèrent une exposition dans leur galerie parisienne en 1954. Christian Zervos, qui avait rencontré Calder à Paris dans les années 1930, lui avait d’ailleurs consacré plusieurs articles dans sa revue Cahiers d’Art.

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Le mobile à la rencontre de la Basilique

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Alexander Calder, stabile devant la basilique Saint-Marie-Madeleine de Vézelay, oeuvre prêtée par la ville de Saché, Indre-et-Loire. ©Les Amis de Vézelay et de sa Région

Après la visite de l’exposition, l’ascension de la Colline Eternelle s’impose. En point d’orgue, la sculpture géante de Calder installé sur le parvis de la Basilique romane Sainte-Marie-Madeleine. Cette œuvre emblématique de l’artiste, qui vient juste d’être restaurée, a été prêtée par la ville de Saché, en Indre-et-Loire, où Calder avait installé son atelier dans les années 1950 à 1970. Il s’agit d’un stabile (le socle fixe) surmonté d’un mobile composé de deux sphères, l’une bleue et l’autre rouge, tournant au bout d’une tige horizontale au grès du vent. Si l’installation de cette pièce contemporaine sur ce site historique et religieux à fait couler beaucoup d’encre, il n’en reste pas moins que ces deux œuvres fortes, fruits de deux époques lointaines, nourrissent quelques points communs, notamment autour de la question du rapport de l’homme à l’univers, au cosmos et au sacré…

Exposition Calder à découvrir au Musée Zervos de Vézelay jusqu’au 15 novembre 2017.

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Voyage dans le temps au cœur des cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre

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Vue des cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre, la chapelle Saint-Etienne.

L’abbaye Saint-Germain d’Auxerre abrite dans ses cryptes les plus anciennes fresques connues en France ! Datées du IXè siècle, ces peintures nous plongent au temps des carolingiens, quand Charlemagne et ses successeurs entretenaient des liens privilégiés avec la cité d’Auxerre.

Germain, le premier saint issu du clergé local

Tout a commencé sur les terres de Germain, riche aristocrate gallo-romain né en 378 à Autosidorum (antique cité d’Auxerre). Avocat formé à Rome, Germain est très tôt nommé à un poste important de l’administration impériale à Auxerre. Rapidement remarqué par ses contemporains, il est consacré évêque en 418. Possédant des terres sur l’une des collines d’Auxerre, en dehors du castrum (ville fortifiée), Germain y fait construire une villa au sens antique du terme, c’est-à-dire une propriété agricole. Il y ajoute un oratoire destiné à abriter les reliques de Maurice d’Agaune, un légionnaire égyptien converti au christianisme qui fut condamné à mort pour avoir refusé de combattre. Germain serait ainsi à l’origine du développement du culte des reliques qui connaitra son apogée au Moyen Age !

« Saint-Germain offrant une médaille à Sainte Geneviève »
huile sur toile – Ecole française XVIIe s.
collection et cliché musée d’Auxerre. ©Musée d’art et d’histoire d’Auxerre

Germain meurt en 448 à Ravenne, en Italie du Nord, alors qu’il était en voyage à la cour de l’impératrice Galla Placidia. Son corps est rapatrié pour être inhumé dans le petit oratoire qu’il avait fait construire à Auxerre. Dès lors, de nombreux pèlerins viennent se recueillir devant le sarcophage de saint Germain.

L’évolution de la construction

Au VIè siècle, c’est la Reine Clotilde en personne qui se rend sur le tombeau du saint. L’épouse de Clovis, roi des Francs, trouvant l’oratoire trop petit pour accueillir les nombreux fidèles, décide la construction d’une église mérovingienne appuyée sur l’oratoire initial et qui se développe en direction de l’ouest. Pour rappel, les édifices religieux sont toujours orientés dans la même direction ! L’espace profane destiné à l’accueil des fidèles se trouve à l’ouest, en direction de la nef, tandis que l’espace sacré du choeur est tourné vers l’est. Ainsi les églises sont toujours orientées, c’est-à-dire dirigées vers l’orient, le regard tourné vers le Saint-Sépulcre. Au IXè siècle l’Abbaye est dirigée par un abbé laïc, le Comte Conrad. C’est aussi l’oncle de Charles le Chauve, roi carolingien successeur de Charlemagne ! Après avoir retrouvé la vue par un miracle de saint Germain, Conrad ordonne l’agrandissement de l’église. La nef est prolongée, tandis que le choeur est agrandi. L’église carolingienne mesure 98 mètres de long, faisant de l’abbaye l’un des plus grands édifices de la chrétienté à l’époque ! Un chevet est aménagé sur trois niveaux superposés, comme il est d’usage dans les grands édifices de cette époque, telle l’abbaye de Corvey en Allemagne. Au dessous du choeur supérieur de l’église se trouve un trésor caché, les cryptes carolingiennes !

plan
Plan des cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre

Aménagement des cryptes

Les cryptes, construites au IXè siècle, se développent autour de l’espace central de la confession, correspondant à l’ancien oratoire construit par Germain au Vè siècle. Dans cet espace confiné et rempli de mystère, trône le tombeau du saint présenté en surélévation. Quatre colonnes de remploi gallo-romaines surmontées de chapiteaux sculptés soutiennent une voûte en berceau aménagée au IX è siècle ! Pour preuve, les architraves, ces poutres de chênes disposées entre la voûte et les chapiteaux, ont été datées par la dendrochronologie entre 820 et 850 ! Les cryptes permettaient aux pèlerins de circuler autour du sarcophage dans un couloir aménagé de chapelles.

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Cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre, vue de la confession et du tombeau de saint Germain.

Le parcours du pèlerin

Dans la crypte, le parcours du pèlerin suit un protocole immuable, commençant au nord et terminant au sud. Sur le trajet, des peintures du IXè siècle accompagnent le cheminement spirituel du croyant.

La chapelle Saint-Etienne

La chapelle Saint-Etienne au Nord illustre des scènes de la vie du premier martyr chrétien, saint patron de la ville d’Auxerre. Les trois fresques peintes sont tirées du texte biblique des Actes des Apôtres. La première représente Etienne devant la tribunal de Jérusalem, le Sanhédrin, où il fait face à deux juges, accusé de blasphème pour avoir prêché l’évangile du Christ. Dans la seconde représentation, Etienne est menacé par la foule en colère, vêtue à la mode carolingienne de chausses et tuniques courtes ! L’oeuvre illustre le moment de l’extase d’Etienne où celui-ci déclare voir Dieu et son fils.

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L’extase d’Etienne menacé par la foule en colère, Chapelle Saint-Etienne, fresque du IXè siècle, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre.

La dernière peinture retrace la lapidation du saint devant la ville de Jérusalem. Dans la voûte céleste, à droite, la main de Dieu vient accueillir Etienne dans un style plus symbolique et intellectuel que réaliste.

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La lapidation d’Etienne, fresque du IXè siècle, chapelle Saint-Etienne, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre.

Le reste de la chapelle illustre à merveille ce que l’on a nommé la Renaissance Carolingienne qui marqua un retour de l’influence de l’art antique au IXè siècle, d’abord sous Charlemagne dans l’écriture, puis sous Charles le Chauve dans l’architecture. Le décor de peintures végétales de la voûte d’arêtes, prémices du style roman, les colonnes peintes en trompe-l’oeil sur les piles et le chapiteau de style ionique en attestent !

chapiteau photo Julianna Lees
Chapiteau carolingien de style ionique, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. ©Julianna Lees

Les fresques des évêques et la fonction funéraire et commémorative des cryptes

Les cubicules, angles coupés des murs extérieurs de la Confession, abritent deux fresques représentant des évêques. Sur la première, le plus âgé bénit de sa main le plus jeune, en plein apprentissage. Sur la seconde, la représentation est inversée ! Le plus jeune prodigue son enseignement, symbolisé par le geste de sa main réunissant le pouce et l’annulaire, au plus âgé. La transmission des connaissances et des savoirs était en effet au cœur de la règle bénédictine qui régissait la vie des moines de l’abbaye. Le monastère était par ailleurs doté d’un atelier de copie important, appelé scriptorium, et d’une école renommée dans le royaume ! Les écoles des monastères sont en quelque sorte les prémices des grandes universités actuelles, telle la Sorbonne qui vit le jour au Moyen Age !

fresque des eveques photo Julianna Lees
Fresque des évêques, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. ©Julianna Lees

Au pied des deux peintures murales sont disposés des tombeaux d’évêques. Ce sont les successeurs de Germain qui se firent enterrer au plus près du saint dès le VIè siècle, et non à la cathédrale comme il était d’usage. Leur présence est commémorée par des épitaphes inscrites sur les murs entre le IXè siècle et le XIVè siècle recensant la présence d’une vingtaine d’entre eux.

La rotonde Sainte-Maxime

A l’est de la crypte se déploie la rotonde Sainte-Maxime, en l’honneur d’une des jeunes femmes qui accompagnèrent le corps de Germain lors de son retour de Ravenne. De style gothique, la chapelle a été reconstruite au XIVè siècle pour consolider les fondations de l’église supérieure. Cette voûte à 10 ogives est extrêmement rare. Seules cinq exemplaires de ce type sont connues en Europe, dont trois dans l’Abbaye Saint-Germain et une dans la Cathédrale Saint-Etienne. L’autre particularité de la voûte est l’absence visuelle de clé de voûte. La pierre centrale est pourtant bien présente, mais sculptée dans le prolongement des ogives pour un effet épuré !

La chapelle Saint-Vincent-Saint-Laurent

Cette chapelle, située dans le couloir sud, marque la fin du pèlerinage ! Elle commémore Saint-Vincent et Saint-Laurent, les deux premiers martyrs chrétiens morts en occident. Les fresques y sont beaucoup plus abîmées que dans la chapelle Saint-Etienne. Elles conservent cependant les traces d’un beau palmier chargé de dattes. Cet arbre est le symbole de la vie car il conserve son feuillage même en plein désert. Les palmes sont par ailleurs le symbole des martyrs chrétiens.

Palmier
Fresque du palmier dattier, Chapelle Saint-Vincent-Saint-Laurent, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre.

Un vrai message était donc véhiculé par le programme iconographique des cryptes. L’histoire de l’Eglise y est retracée, avec dans son sillage celle de Germain et de ses successeurs. Des peintures rares à découvrir ! Des visites guidées de 45 minutes sont proposées tous les jours dans les cryptes, sauf le mardi, de 10h à 12h et de 13h45 à 18h30.