Saint-Fargeau en Puisaye, un château en son village. Et un spectacle son et lumière qui retrace 10 siècles d’histoire…

vue de St-Fargeau ©Mairie de Saint-Fargeau
Saint-Fargeau en Puisaye. ©Mairie de Saint-Fargeau

1000 ans d’histoire

A Saint-Fargeau, capitale de la Puisaye, se cache un beau village médiéval couronné par son château de brique roses. Son ancien nom, Ferrolas, fait référence au fer présent dans le grès ferrugineux du sol. La Puisaye était, aux périodes celtes et gallo-romaines, un haut centre de l’industrie du fer.

Mais c’est au Xè siècle que l’histoire du village commence vraiment. Héribert, évêque d’Auxerre et frère illégitime du roi Hugues Capet, fait construire un relai de chasse fortifié à Saint-Fargeau. Mais lorsque Saint-Fargeau obtient son indépendance au XIè siècle, le château passe aux mains de la puissante famille des Seigneurs de Toucy. C’est aux six seigneurs successifs de la dynastie que l’on doit la construction des premières mottes féodales dans l’actuel parc du château.

Une succession de grandes familles

Vers 1250, la dernière héritière des Toucy épouse Thibaut, Comte de Bar. Saint-Fargeau entre dans une période faste. Mais la Guerre de Cent ans opposant français et anglais éclate (1338- 1453). La guerre fait rage et le château est disputé entre les troupes anglo-bourguignonnes et les Orléans. En 1420 les Anglais alliés aux Bourguignons attaquent St-Fargeau au canon, ouvrent une brèche dans la muraille et prennent le château.

A la fin de la guerre le château revient à la famille de Bar, ruinée, qui hypothèque le château contre un prêt de 2000 écus d’or au Sire de la Trémouille, favori du roi Charles VII. Le château est finalement vendu en 1450 à Jacques Coeur, grand marchand, et grand argentier du roi. Sa devise « A vaillant cœur rien d’impossible » deviendra celle de Saint-Fargeau. Le roi en personne lui a emprunté de l’argent pour soulever l’armée qui libéra le pays des Anglais. Pour effacer les dettes envers Jacques Coeur, on complote en secret pour le discréditer. Il est arrêté en 1451 après un faux procès mené par Antoine de Chabannes, capitaine de l’armée royale, qui obtient en 1456 la seigneurie de St Fargeau. Jacques Coeur s’exile en Italie et meurt quelques mois plus tard lors d’une croisade menée pour le Pape contre les Turcs.

Du château médiéval à la forteresse militaire moderne…

Antoines de Chabannes, ancien écorcheur qui a parcouru le royaume et vandalisé les populations, devient baron de Saint-Fargeau. Son zèle auprès de Charles VII lui vaut bientôt la haine du dauphin, futur Louis XI, qui l’emprisonne. Son évasion spectaculaire en 1464 lui permet de revenir à Saint-Fargeau et de reprendre de force le château des mains du fils de Jacques Coeur auquel il avait pourtant été rendu.

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Entrée du château de Saint-Fargeau. ©Amandine Chevallier

A partir de 1467 il entreprend la reconstruction du vieux château fort qu’il transforme en une puissante forteresse de défense militaire, commençant par la grosse tour qui porte le nom de Jacques Coeur. Il réutilise l’ancien château fort du XIIIè siècle en grès ferrugineux de plan pentagonal qu’il habille d’un parement de briques rouge, et recouvre de toitures pointues en ardoises. Le château devient un modèle de l’architecture militaire du XVè siècle. Il est agrémenté de 6 tours d’angles munies d’archères. La base des tours est équipée de galeries de contre-mines percées de canonnières. Ces galeries permettaient à la fois d’écouter d’où provenait l’attaque et servaient de vase d’expansion au souffle de l’explosion pour ne pas fragiliser les maçonneries.

au château d’apparat de la Grande Mademoiselle

La petite fille de Chabannes héritière de St Fargeau épouse René d’Aujou, grand seigneur. Avec la famille d’Anjou, Saint-Fargeau est transformé en une riche demeure seigneuriale. La façade extérieure qui relie le donjon aux deux tours d’entrée est construite. C’est bientôt à Marie-Louise d’Orléans, Duchesse de Montpensier, appelée ironiquement la Grande Mademoiselle, d’hériter du château. Cette riche héritière est la fille de la duchesse de Montpensier et du duc d’Anjou, mais aussi cousine de Louis XIV. Elevée à la cour, elle mène une vie de femme indépendante et refuse plusieurs mariages. Rebelle et libre, elle participe à la seconde fronde des princes entre 1650 et 1653, révolte des puissants contre la politique fiscale de Louis XIV et Mazarin. Lorsque le roi parvient à écraser la révolte, La Grande Mademoiselle est exilée de la cour et se réfugie à St-Fargeau, à trois jours de voyage de Paris en carosse, où elle espère recevoir ses amis.

Tour de la chapelle ©Christophe.Finot
Grand Perron de la Tour de la Chapelle. ©Christophe Finot

Arrivée à St-Fargeau en pleine nuit après un long voyage, la Grande Mademoisele découvre un château en ruine, sans portes ni fenêtres, des herbes folles plein la cour. Elle entame une grande campagne de six années de travaux avec l’architecte Louis le Vau.La cour d’honneur est agrandie dans un style classique symétrique alternant la brique rose et les pierres blanches qui encadrent les grandes baies de la façade. Elle aménage un grand perron semi-circulaire au pied de la tour de la chapelle et fait coiffer les tours de lanternons de style italiens. Les toitures sont refaites à la Mansard (comble brisé dont chaque versant a deux pentes). A l’intérieur elle décore les pièces de lambris et de parquets et aménage même un théâtre dans l’une des tours. La grande salle des gardes est transformée en salle de réception où la cour parisienne se presse bientôt. On y croise Madame de Sévigné et Lully. La forêt est transformée en parc à la française.

La mystérieuse disparition du tableau de David

A sa mort le domaine est vendu plusieurs fois et acheté au début du XVIIIè siècle par la famille Lepeltier des Forts, occupant de hautes fonctions dans la justice et les finances de l’Etat. L’aile des Forts, qui relie les tours d’entrée à la tour de l’Horloge, est édifiée à cette époque. Mais en1752 un grand incendie, parti du four du boulanger dans le bourg, ravage les trois quart du château et de la ville. Il ne reste rien des appartements de la Grande Mademoiselle.

Le petit fils, Louis Michel Lepeltier hérite de la charge d’avocat et est nommé représentant de la noblesse aux Etats Généraux de 1789. Défenseur du peuple contre le royalisme il participe au vote décisif lors du procès de Louis XVI qui déclare le roi coupable. Le roi est condamné à la peine de mort à une seule voix de majorité, voix attribuée par la légende à Lepeltier ! Quelques heures seulement après le vote, il est assassiné alors qu’il dine au Palais Royal. Rapidement considéré comme le 1er martyr de la République, il fait l’objet de funérailles nationales. Le célèbre peintre David lui rend hommage, et réalise un tableau de Lepeltier Assassiné. Le tableau est exposé à la Convention pendant 2 ans aux côtés de son autre chef d’oeuvre L’Assassinat de Marat. En 1795 le tableau est décroché et rendu à David. La fille unique de Lepeltier, Suzanne de Mortefontaine, fervente royaliste cherchant à effacer les actes de son père, rachète aux descendants de David le tableau. Malgré le contrat avec les héritiers qui l’engage à ne pas détruire le tableau, celui-ci disparaît alors. Aurait-il, comme le dit la légende, été emmuré dans le château de Saint-Fargeau ?

La Renaissance d’un monument

En 1979 c’est Michel Guyot et son frère, passionnés de patrimoine, qui rachètent finalement le vieux château en ruine et font le pari de le restaurer et de l’ouvrir au public. Aujourd’hui le château est un fleuron du patrimoine local. Il est ouvert à la visite en saison. Chaque été des centaines de figurants et bénévoles font revivre mille ans d’histoire à travers un spectacle son et lumière qui prend place dans le parc du château, face à l’étang, à la nuit tombée, tous les vendredis et samedis soirs.

A l’ombre de son château millénaire, le bourg médiéval recèle aussi quelques trésors.

L’église du XIIIè siècle

Construite en 1250 à l’occasion du mariage de Jeanne de Toucy avec Thibault de Bar, l’église a été classée monument historique au début du XXè siècle. La façade du XIIIè siècle est bâtie en grès ferrugineux, la pierre locale. Elle possède trois portails ornés de colonnettes et de chapiteaux à feuillages rappelant le style corinthien. Au tympan central est peinte la devise des seigneurs successifs de Saint-Fargeau « A cœur vaillant rien d’impossible ». Une grande rosace, inscrite dans un carré, orne le pignon central.

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Eglise Saint Férréol de Saint-Fargeau, XIIIè siècle

En façade d’une maison de la rue de l’Eglise vous pourrez voir une plaque commémorant le passage de Jeanne d’Arc à Saint-Fargeau en février 1929 lorsqu’elle se rendit à Chinon auprès du Dauphin de France Charles VII. Elle serait venue se recueillir dans l’église.

Les vestiges de la porte de Bourgogne et la ville fortifiée

A l’angle de la rue de l’Eglise et de l’avenue de Puisaye, à l’emplacement du stop actuel se trouvait la porte de Bourgogne. Une tour arrondie subsiste encore. Au Moyen Age, Saint-Fargeau était entouré d’une double enceinte de remparts permettant de protéger le village. La première enceinte de la ville date du XIIè siècle. La seconde, plus grande et enveloppant la première, date du XVè siècle. La ceinture externe comprenait 4 portes fortifiées, dont la porte de Bougogne qui s’ouvrait au sud est du village. Les enceintes ont été détruites au XVIIIè et XIXè siècles car devenues inutiles.

Tout près du château, à l'entrée du centre ville trône le beffroi. Ancienne porte de la ville, le beffroi est le vestige de l'enceinte de St-Fargeau édifiée au XVe siècle. Elle disposait d'un pont levis pour laisser passer les attelages et d'une passerelle pour les piétons. Au XVIIe siècle cette porte étant devenue centrale par l'annexion des faubourgs de la ville, elle a alors subi des modifications : elle reçut une toiture en ardoise, et fut convertie en beffroi et en prison. Sur sa façade Est, on peut observer la tourelle hexagonale de l'escalier qui donne accès aux quatre niveaux. Les deux premiers étaient réservés aux cellules. Le clocher abrite la plus vieille cloche de Puisaye, datée de 1502.

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Le cimetière et la chapelle Sainte-Anne

Au cœur du cimetière se dresse la chapelle Sainte-Anne, édifiée aux XVè et XVIè siècles. Les murs de la nef et de l’abside sont ornés de peintures murales typiques de Puisaye (voir article sur les peintures murales de Puisaye) qui représentent la Passion du Christ en onze épisodes qui donne l’impression d’une tapisserie tendue. Les œuvres sont de style gothique finissant. Deux autres épisodes évoquent la généalogie de la vierge et le « Dict des 3 morts et des 3 vifs ». Ce dernier récit est représenté plusieurs fois dans les édifices de la région (voir article sur La Danse Macabre de la Ferté-Loupière). Son origine remonte aux textes macabres médiévaux qui racontent que trois jeunes nobles revenant de la chasse rencontrèrent au détour d’un chemin trois morts échappés de leur tombes, leur rappelant leur fin prochaine. Pour voir ces peintures, n’oubliez pas de retirer les clés de la chapelle préalablement à l’Office de Tourisme.

Bonne visite et beau spectacle au château de Saint-Fargeau !

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Au cœur des peintures murales de Puisaye-Forterre. Exposition de photographies de Denis Brenot du 19 au 28 mars 2016 en l’Eglise de Chevannes dans l’Yonne

 

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Un territoire riche en peintures murales

Depuis plusieurs années déjà, l’association Réseau des peintures murales de Puisaye-Forterre œuvre à faire connaître les édifices de cette région dont les murs ont été enduits, au fil des siècles, d’un riche décor, souvent religieux. Quinze sites font désormais partie du réseau qui organise en ce moment une exposition de clichés du photographe Denis Brenot. Une occasion unique de réunir en un même lieu toutes les peintures murales de Puisaye-Forterre !

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Vue de l’exposition

Un gisement d’ocre en Puisaye

Il faut dire que le sous-sol de la région regorge d’une ressource nécessaire aux peintures : l’ocre. Constituée d’argile et d’oxydes de fer, l’ocre se trouve dans les sables ocreux du sous-sol de Puisaye en grande quantité. Après extraction, le minerai est lavé afin de séparer les grains de sable des particules d’ocre, plus fines. La Puisaye fournit un ocre jaune, qui après cuisson, permet d’obtenir une large palette de couleurs allant de l’orangé au rouge en passant par tous les tons de brun. Pour élaborer l’ensemble des peintures murales connues à ce jour dans notre région, il suffisait aux peintres de compléter leur palette avec d’autres pigments. Le noir était obtenu grâce au charbon, le vert avec des oxydes de cuivre, le bleu à partir d’une pierre semi-précieuse : le lapis-lazuli broyé.

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Quinze sites recensés contenant des peintures murales

Si l’ocre est le point commun entre toutes les peintures murales de Puisaye-Forterre, les thèmes de ces œuvres, souvent religieuses, sont une autre constante. Ainsi l’on retrouve dans plusieurs édifices des variantes du dict « Des trois morts et des trois vifs », comme à l’église Saint-Germain de la Ferté-Loupière (fin XVè – début XVIè siècles voir un précédent article détaillé), à l’église Sainte-Genèviève de Lindry ou encore à l’église Saint-Benoit de Villiers-Saint-Benoit (fin XVIè siècle). Ce thème, fréquent dans la littérature médiévale dès le XIVè siècle, relate la rencontre entre trois jeunes nobles, de retour d’une partie de chasse, et de trois morts échappés de leur tombe, qui les avertissent, au détour d’un chemin, de leur inéluctable et tragique destin.

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Le « Dict des Trois Morts et des trois Vifs », Eglise de la Ferté-Loupière (Yonne), fin XVè – début XVIè siècle. ©Réseau des peintures murales de Puisaye-Forterre.

Quelques ovnis picturaux

Outre les thèmes fréquents, on trouve au cœur des églises de Puisaye quelques représentations originales ! C’est le cas des peintures murales de l’église Saint-Roch de Louesme, découvertes fortuitement sous un badigeon au début du XXè siècle, et de l’église Saint-Marien de Mézilles, qui montrent toutes deux une scène du martyre de Saint-Blaise, écorché par des peignes à carder.

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Martyre de Saint-Blaise écorché avec des peignes à carder, Eglise Saint-Roch de Louesme, Yonne. ©Réseau des Peintures Murales de Puisaye-Forterre.

Plus loin, l’église Saint-Fiacre de Ronchères est surnommée « Le Paradis de la Puisaye », en raison de ses peintures datées de 1679. On y voit, dans des scènes riches en couleurs et en ornements, la représentation de vingt-huit saintes et saints locaux qui entourent les monogrammes du Christ et les quatre Evangélistes.

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Peinture murale de l’Eglise Saint-Fiacre de Ronchères, Yonne. ©Réseau des peintures murales de Puisaye-Forterre.

La chapelle Saint-Baudel de Pourrain, édifiée au début du XVIè siècle pour permettre la célébration des offices durant la reconstruction de l’église, fut couverte de peintures originales. Au sommet de l’abside de la chapelle trône un soleil ardent dont les rayons s’étendent comme des flammes d’ocre jaune. La voûte de bois décline le thème de l’abondance avec des coupes débordant de fruits. Ce décor gothique flamboyant seraient l’oeuvre de peintres italiens, commandités par François II de Dinteville, évêque d’Auxerre, à son retour d’Italie où il fut ambassadeur de François Ier.

Des thèmes religieux traditionnels

D’autres édifices de Puisaye ont puisé dans la tradition picturale pour livrer leur propre version des grands thèmes religieux. C’est la cas de l’église de Moutiers en Puisaye qui déploie sur ses murs l’un des plus grands ensemble de peinture murales locales. Le décor le plus ancien (XII et XIII è siècles) se situe dans la nef et présente des épisodes de la vie du Christ. Au siècle suivant le décor fut complété par des épisodes de la Genèse, et du Déluge. La Chapelle Saint-Anne, au cœur du cimetière de Saint-Fargeau, relate elle aussi à travers ses peintures murales onze épisodes de la Passion du Christ, donnée en exemple aux fidèles au début du XVIè siècle.

Du côté de la technique

On parle souvent de fresque pour désigner des peintures murales. Et pourtant, nos peintures murales de Puisaye utilisent rarement la technique a fresco, qui implique que l’artiste ait réalisé sont décor peint sur un enduit encore frais, souvent à base de chaux. L’avantage de cette technique est sa bonne tenue dans le temps. En séchant, l’enduit de chaux produit une réaction chimique au contact de l’air et forme une couche de carbonate de calcium à la surface de la peinture, une croute transparente qui emprisonne et protège le décor peint. Il est plus fréquent de trouver en Bourgogne des techniques mixtes, mêlant la peinture sur enduit frais et sur enduit sec. Lorsque l’artiste peint sur enduit sec, il peut revenir autant que souhaité sur son oeuvre, mais celle-ci demeure plus fragile. Pour faire adhérer les pigments colorés à la surface du mur, il doit alors ajouter un liant, généralement composé de lait de chaux, de colle de lapin ou de blanc d’oeuf. Plus tard, l’huile pourra être utilisée comme liant, selon une méthode venue des Flandres.

De la peinture au médium photo

Le photographe Denis Brenot a parcouru ces multiples édifices et d’autres encore pour en photographier les peintures murales et livrer des clichés de qualité, au rendu mat fidèles aux œuvres originales. Quelques textes explicatifs enrichissent la découverte des œuvres. Une publication est également en préparation.

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Photographie de Denis Brenot, peinture à fesco sur pierre de taille de l’Eglise de Perreuse, Yonne, XVIIè siècle, Scène de l’Annonciation peinte par l’artiste Jean Baucher. ©Denis Brenot.

Une exposition à ne pas manquer !

La Saint-Vincent Tournante de Bourgogne : une tradition locale incontournable chaque année en janvier !

affiche St Vincent

La Saint-Vincent Tournante est une tradition bourguignonne depuis plus de sept décennies. S’il s’agit désormais d’un événement festif destiné à promouvoir les vins de Bourgogne, les racines de cette fête conviviale remontent à plusieurs siècles…

Histoire de Saint-Vincent, patron des vignerons

A l’origine, Saint-Vincent est un diacre et martyr originaire de la ville de Saragosse, en Espagne, ayant vécu au IVè siècle. Chargé par l’évêque Valère de prêcher le message du Christ, la légende raconte que Vincent aurait été torturé sur une roue de pressoir. Plus tard, lors du siège de la ville en 542 par Childebert, roi de Paris et Clotaire, roi de Soissons, les assaillants auraient négocié les reliques de ce saint vénéré contre la levée du siège. Les restes de Saint-Vincent auraient alors été déposés à Paris, dans l’Abbaye Sainte-Croix-Saint-Vincent, devenue aujourd’hui Saint-Germain-des-Prés.

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Saint Vincent, lithographie coloriée sur papier, XIXè siècle, imprimerie Grangel, Mucem, Marseille. ©Photo (C) RMN-Grand Palais (MuCEM) / Thierry Le Mage

Les saints protecteurs de la vigne et des vignerons sont pourtant nombreux ! Saint Paul, saint Urbain, saint Victor, saint Vernier, saint Didier, saint Martin, ou encore saint Morand, ce sont pas moins d’une trentaine de figures saintes qui oeuvrent pour la protection de la vigne et du vin ! C’est pourtant Vincent qui est célébré aujourd’hui. Outre son supplice sur la roue de pressoir, la raison du choix de Vincent comme protecteur des vignerons serait plus probablement liée à un simple jeu de mots : « Vin » rappelant le fameux breuvage issu du fruit de la vigne, tandis que « cent » renvoie au sang, le vin étant souvent associé au sang du Christ dans la Bible. A moins que ce ne soit grâce à l’âne de saint Vincent, qui aurait un jour de prêche du saint, brouté un pied de vigne. Les vignerons, d’abord fâchés, découvrirent l’année suivante que la vigne donnait le double de fruits ! Ainsi serait né le principe de la taille hivernale. De plus, la mort de saint Vincent commémorée le 22 janvier est une période propice pour les vignerons car elle marque la fin du repos hivernal de la vigne. Plusieurs dictons et proverbes l’affirment !

« Bon saint Vincent, homme puissant, fais monter la sève au sarment. »

La symbolique du vin dans la Bible

Le vin est un produit phare de la civilisation méditerranéenne, et ce depuis au mois 6000 ans ! Dans la Bible, le vin est associé au sang versé par le Christ sur la croix. Si Jésus symbolise la vigne, Dieu en est le vigneron. Nombreux sont les épisodes bibliques qui font référence au vin ou à la vigne. La représentation traditionnelle de l’Arbre de Jessé qui retrace l’ascendance du Christ depuis les rois de Judée est généralement représentée par un pied de vigne aux multiples ramifications ornées de belles grappes (voir le précédent article sur l’Arbre de Jessé). Si la vigne aurait été créée par Dieu le troisième jour, en même temps que les autres plantes, c’est Noé qui aurait inventé la culture de la vigne et la production de vin, épisode relaté par le Déluge. Enfin, le rituel de l’eucharistie est évoqué par l’épisode de la Cène, dernier repas du Christ en compagnie des apôtres avant la trahison de Judas. On y voit le Christ partager le pain, (symbole de sa chaire) et le vin (symbole de son sang) avec ses disciples.

 

Ivresse de Noé, Bellini
L’Ivresse de Noé, Giovanni Bellini, vers 1515, musée des Beaux Arts de Besançon.
La Cène Dali
Salvador Dali, La Cène, huile sur toile, 1955, national Gallery of Art, Washington

La tradition des confréries

La Saint-Vincent de Bourgogne célèbre donc ce fameux breuvage consommé depuis des siècles ! Elle s’inscrit également dans la tradition des confréries de métiers qui apparaît au Moyen Age dans un souci de solidarité corporative. Abandonnée à la Révolution française, la tradition fut exhumée par les vignerons bourguignons en 1934 grâce, cette année là, à la création de la confrérie des Chevaliers du Tastevin. Dans un contexte économique difficile pour le vignoble, les vignerons remirent à l’honneur l’esprit corporatif et l’entraide professionnelle, le partage des savoir-faire et la mise en commun des outils de production. Et l’idée fit son chemin en Bourgogne. Si la première fête de la Saint-Vincent organisée en 1938 vit défiler 6 sociétés, l’édition de 1965 en comprenait déjà 53 et plus de 80 aujourd’hui ! Chaque année les festivités sont organisées dans un village différent pour faire découvrir la diversité du vignoble bourguignon.

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Défilé des confréries représentées par leur bannières, Saint-Vincent tournante de Bourgogne 2008.

Mais dès avant l’existence de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin et l’organisation de cette fête devenue emblématique de la Bourgogne, une tradition exigeait déjà autour du saint patron des vignerons. Chaque famille vigneronne assistait d’abord à la messe en l’honneur du saint. Puis se déroulait une longue procession durant laquelle on transportait l’effigie du saint d’une famille à l’autre. Une famille était finalement désignée pour la conserver durant toute l’année. Un honneur et une reconnaissance pour ces vignerons ! Le repas traditionnel qui clôturait les festivités est devenu aujourd’hui un banquet géant.

Une tradition dionysiaque et bachique remise au goût du jour

Ces processions et ces banquets ne sont pas sans rappeler les traditions antiques où le vin était déjà célébré. La Saint-Vincent de Bourgogne est une fête conviviale qui mêle traditions païennes et fêtes religieuses. Elle est la digne héritière des fêtes dionysiaques et bachiques antiques ! A la manière des processions antiques en l’honneur de Dyonisos, dieu grec du vin et de la vigne, dont l’équivalent romain fut Bacchus, les visiteurs nombreux peuvent encore assister au défilé des 80 confréries de vignerons de Bourgogne, chacune revêtant un habit de couleur différente et valorisant son propre terroir et ses crus ! Il est d’ailleurs facile de les déguster en achetant sur place son verre souvenir. A la fin des festivités, une poignée de vignerons sélectionnés sont intronisés pour intégrer la prestigieuse confrérie des chevalier du Tastevin, organisatrice de la grande Saint-Vincent de Bourgogne.

kylix Dyonisos par Brigos
Scène de rites dionysiaques, Kylix, Peintre de Brygos, Athènes, vers 480 avant J.C., BnF.

Irancy 2016

Après Dijon en 2012, Châtillon-sur-Seine en 2013, Saint-Aubin en 2014, Gilly-les-Citeaux et Vougeot l’année dernière, c’est le petit village d’Irancy dans l’Yonne qui accueille les festivités en 2016. Sa population d’à peine 300 habitants à l’année va considérablement augmenter lors de ce week-end particulier qui mettra l’AOC Irancy en valeur. L’Irancy est un vin rouge parmi les plus réputés de l’Yonne, situé dans les vignobles de Chablis et du Grand Auxerrois. Elaboré à partir du cépage Pinot Noir, l’emblème de la Bourgogne rouge, sa particularité est de contenir, de manière facultative, au maximum 10% de cépage César, cépage traditionnel local, qui aurait été importé par les légions romaines de Jules César au Ier siècle avant notre ère !

Découvrez ici le site internet et le programme de la Saint-Vincent tournante d’Irancy les 30 et 31 janvier 2016 ! A déguster avec modération.

Promenons-nous dans les bois… cadoles et meurgers en Bourgogne

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Cadole incluse dans un meurger, Parc de la Combe à la Serpent près de Dijon en Côte-d’Or. Photo Wikimédia Commons

Cadoles et meurgers sont nombreux en Bourgogne ! Ce patrimoine vernaculaire, petit patrimoine témoin de la vie quotidienne de nos campagnes d’autrefois, nous entoure sans que nous y prêtions vraiment attention. Et pourtant…

Un élément déterminant du paysage viticole bourguignon

Les cadoles et les meurgers sont des constructions en pierres sèches. On les rencontre particulièrement sur les côtes viticoles de Bourgogne, principalement dans l’Yonne, en Côte-d’Or et en Saône-et-Loire, partout où il a été nécessaire d’épierrer les sols pour y cultiver la vigne. Les cadoles sont de petites cabanes qui servaient d’abri pour les vignerons lors des intempéries, de lieu de casse-croûte, de remise à outils, mais aussi de cache pour les malades contagieux en quarantaine ou les maquisards et contrebandiers en fuite. Les meurgers sont des murets délimitant les parcelles de vignes. Abritant les vignes du gel, ils contribuaient à la création d’un climat favorable aux parcelles dont la faune locale bénéficiait également. Ils empêchaient par ailleurs les chèvres et moutons de ravager les terres cultivées et permettaient aux eaux de pluie de s’écouler normalement, tout en retenant la terre des parcelles souvent en pente.

cadole restaurée en 2011 près de Montceaux-Ragny dans le tournugeois
Cadole près de Montceaux-Ragny dans le tournugeois, restaurée en 2011.

Des appellations multiples

Les cadoles se rencontrent un peu partout en France, mais c’est surtout dans le centre, le sud et l’est que ces petites cabanes sont les plus nombreuses ! Leur nom varient d’une région à l’autre : barracuns en Corse, borries dans le Midi, cabornes dans le Lyonnais, capitelles dans le Gard et l’Héraut, gariottes en Dordogne, loges dans le Berry… Rien qu’en Bourgogne elles ont différentes appellations : cadoles mâconnaises, cabordes du tonnerrois, borniottes, cabottes, cabiottes, et même loges ou louèges en avallonais. Le terme meurgers, le plus employé en Bourgogne pour désigner les murets, connait lui aussi des variantes. L’écrivain auxerrois Rétif de la Bretonne utilisait indifféremment dans ses ouvrages, notamment dans La Vie de mon père publié en 1779, les termes merger, meurger ou encore murger. Le mot est issu du patois bourguignon qui tire son origine du mot gaulois « morg » qui signifie « limite ».

Origine des cadoles et meurgers

Malgré leurs appellations qui divergent, les cabanes et murets ont une caractéristique commune, leur système de construction en pierres sèches. Elles trouvent en effet leur origine dans les pierres retirées des vignes pour les cultiver, et entassées au bord des champs. Ainsi, les premiers moines défricheurs du XIè siècle construisaient déjà des meurgers ! Les cadoles sont apparues plus tardivement, probablement au XVIIIè siècle, quand l’augmentation démographique de la population obligea les paysans à défricher de nouvelles terres pour les rendre cultivables. Après le défrichage, suivait le minage, c’est-à-dire l’épierrement de la parcelle. Les pierres ramassées étaient transportées dans des hottes en osier puis déposées aux bords des champs, formants de véritable pierriers (tas de pierres). Monter des murets ou des cabanes avec ces pierres permettaient de les évacuer et d’éviter l’effondrement des tas.

Murger sur la colline de Montceau
Murger sur la colline de Montceau près de Tournus, en Saône-et-Loire.

Un puzzle grandeur nature

La construction en pierre sèche est un art délicat. Les pierres sont assemblées les unes sur les autres par un jeu subtil d’équilibre et de pression, sans aucun mortier. Elles sont maintenues en place par leur propre poids. Les paysans à l’origine des ces petits édifices se transmettaient les méthodes de construction de génération en génération. Ils parvenaient même à édifier de petites coupoles composées uniquement de laves !

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Laves extraites en Bourgogne.

Les laves de Bourgogne

Les lauzes, pierres calcaires plates, appelées laves en Bourgogne, larges mais peu épaisses, sont particulièrement appropriées à la construction en pierres sèches ! Les laves de Bourgogne sont extraites de formations géologiques datant du jurassique ! Formées il y a environ 165 millions d’années par les courants marins qui ont façonné la pierre en fines plaquettes, les laves contiennent souvent des incrustations de petits végétaux fossiles ou de coquillages.

Typologie des cadoles

Les cadoles sont généralement de petite taille, pouvant abriter une ou deux personnes assises ou accroupies. Construites par les paysans autodidactes à la morte saison, les cabanes relèvent de mode de construction non professionnels. Aussi, il est impossible de trouver deux cadoles identiques ! Cependant on en distingue plusieurs types selon qu’elles présentent un plan rond, ovale, en quadrilatère ou en polygone. Les cadoles peuvent contenir quelques aménagements intérieurs comme une niche ou un banc de pierre. Les plus grandes étaient équipées d’une véritable cheminée tandis que les plus sommaires se contentaient d’un trou au sommet pour évacuer les fumées du foyer. L’ouverture unique était généralement aménagée vers l’est, à l’opposé de la pluie. Elles sont souvent adossées ou incluses dans des murgers.

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Cadole de plan quadrangulaire, Parc de la Combe à la Serpent près de Dijon, Côte-d’Or.

Un abandon progressif

La grave crise du phylloxera qui toucha le vignoble bourguignon dès 1875 marqua le début du déclin des meurgers et cadoles, encore agravé par la désertion des campagnes lors de la Première Guerre Mondiale, et la modernisation du travail de la vigne à partir des années 1920. De nombreuses structures en pierres sèches ont disparues depuis cette époque, souvent par manque d’entretien faute de temps et de savoir-faire technique. D’autres, en ruines, sont encore visibles au milieux de parcelles où la forêt à repris le pouvoir. La plupart ont aujourd’hui perdu leur toiture.

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Cadole dans la végétation à Lugny dans le Mâconnais.

Recensement et protection

Depuis quelques années ce petit patrimoine paysan attire de nouveau l’attention. Un peu partout des associations se sont constituées pour les recenser et les protéger. Dans le Vézelien, l’association « Cabanes, meurgers et murets du Vézelien » à recensé pas moins de deux cents cabanes réparties sur les quatre villages du vignoble et en a restauré une quinzaine. En Saône-et-Loire, l’association « Village et Environnement » en a recensé une quinzaine autour de la colline de Montceau. L’association « Les Cadeules de Martailly » a dressé une liste de cent vingt cabanes sur le territoire de la commune. Près de Tournus c’est une cinquantaine de cadoles qui ont été inventoriées. Les communes de Mancey et de Plottes ont d’ailleurs conçu des sentiers de découverte des cadoles.

Et vous, avez-vous des cadoles et meurgers près de chez vous ?

Le Morvan, fournisseur officiel des sapins de Noël !

paysage sapin libre
Paysage du Morvan : lac et plantation de jeunes sapins

La Nièvre est l’un des premiers producteurs de sapins de Noël en France. Près d’un quart des sapins produits proviennent des forêts du Morvan !

L’arbre de Noël, une tradition ancienne mais toujours de rigueur

L’installation d’un sapin décoré dans les foyers quelques jours avant Noël est un usage qui mêle plusieurs traditions anciennes et païennes. Le sapin est un conifère dont le feuillage persistant est composé d’épines. Toujours vert, même au cœur de l’hiver, il a pour cette raison été le symbole de la renaissance et de la vie dans de nombreuses cultures. Chez les celtes ou encore les peuples scandinaves, il était d’usage de décorer l’intérieur ou le seuil des habitations avec des branches de sapins, notamment au moment du solstice d’hiver, le 21 décembre, pour fêter le retour du soleil. A partir du VIIe siècle, cette coutume païenne se mêla progressivement aux célébrations chrétiennes. Au XIe siècle les Mystères, scènes théâtrales religieuses, étaient joués pour célébrer des épisodes de la vie du Christ. A cette occasion, durant l’Avent, les jours précédant Noël, un sapin était garni de pommes rouges pour symboliser l’Arbre du Paradis. Mais les sapins de Noël décorés apparurent véritablement à la Renaissance. En 1510 en Lettonie, une guilde décora un arbre de rubans et de fleurs séchées avant de le brûler sur la place publique. Plus tard, en 1521, les livres de comptes de la ville de Sélestat, en Alsace, attestent de la vente de sapins à la période de Noël pour décorer les habitations. L’usage de l’arbre de Noël se répandit avec la Réforme Protestante dès le XVIe siècle dans les pays du Nord et de l’Est de l’Europe, notamment en Scandinavie et en Allemagne. Pour se démarquer de la tradition catholique de la crèche de la Nativité, les Protestants représentaient la fête de Noël par un sapin décoré !

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Gravure de mode représentant femmes et enfants autour d’un sapin de Noël, fin XIXe siècle. Collection du Musée National des Arts et Traditions Populaires. © MNATP

La tradition aurait été introduite en France à Versailles en 1738 par Marie Leszcynska, d’origine polonaise, épouse du roi Louis XV. La mode du sapin de Noël, ancrée dans les cours européennes, se répandit bientôt dans les intérieurs bourgeois et parmi le petit peuple. Les sapins étaient le plus souvent posés sur une petite table au cœur de la pièce principale. Ils étaient alors décorés de nourriture, fruits, bonbons, hosties… Il fallait secouer les branches pour faire tomber les friandises qui constituaient les cadeaux de Noël ! De plus en plus gros, les cadeaux furent bientôt déposés au pied du sapin. De petites décorations, d‘abord fabriquées au sein du foyer, prirent leur place sur les branches. Ces petits objets clinquants en métal peint, en cire ou en bois, furent produits par l’industrie dès le XIXe siècle. Les boules de verre soufflé firent leur apparition vers 1850. C’est aux Etats-Unis à partir du XVIIe siècle que les sapins furent illuminés à l’aide de mèches installées dans des coquilles de noix accrochées aux branches. Les guirlandes lumineuses les remplacèrent au XXe siècle.

Le sapin de Noël, roi des forêts du Morvan

La production de sapins de Noël démarra dans le Morvan en 1929 sur la commune d’Alligny-en-Morvan. Avant la seconde Guerre Mondiale on produisait déjà des sapins à Moux-en-Morvan et à Saulieu. D’abord récoltés de manière sauvage dans les forêts locales, les sapins étaient principalement destinés à la clientèle parisienne. Au fil des ans la production s’organisa pour répondre à la demande croissante, encouragée notamment par la présence des allemands durant l’Occupation. Les pépiniéristes pionniers furent bientôt rejoints par de nombreux morvandiaux qui possédaient de petites parcelles de forêt peu valorisées et qui cherchaient des revenus complémentaires.

Camion - déc 1958 - Miéville
Camion des « Pépinières du Morvan » transportant des sapins de Noël, photographie, 1958.

Le Morvan est un massif granitique dont le climat frais, les précipitations abondantes, le sol acide et l’altitude moyenne de 500 à 900 mètres sont particulièrement adaptés à la culture des sapins. Aujourd’hui le Morvan produit principalement deux essences de conifères : le Nordmann, star des sapins naturels d’intérieurs dont les aiguilles sont particulièrement résistantes, et le traditionnel Epicéa, toujours prisé pour sa bonne odeur et la jolie forme de ses branches.

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Branches et cônes d’Epicéa

Une filière économique structurante

La production de sapins de Noël constitue une ressource économique importante pour la région. Elle trouve sa place dans la polyculture pratiquée dans le Morvan et constitue bien souvent un revenu d’appoint pour les agriculteurs, en plus de la culture céréalière et de l’élevage du Charolais. L’activité est organisée en filière agricole depuis 1998, date de la création de l’Association Française du Sapin de Noël Naturel, dont le siège se trouve à Alligny-en-Morvan. Le Morvan compte près de 150 producteurs de sapins pour 1500 hectares plantés, mais peu d’agriculteurs vivent uniquement de cette ressource. Le calendrier de la production de sapins s’accorde bien avec les autres travaux des champs. Les petits pieds de conifères de 15 à 20 cm sont d’abord replantés en terre au printemps. Ils pousseront entre 5 et 10 ans avant d’être coupés à partir du mois d’octobre, puis marqués selon leur taille, conditionnés sous filets et transportés sur leur point de vente. Aujourd’hui la culture des sapins de Noël répond à un cahier des charges strict. Les sapins du Morvan proviennent de forêts gérées. S’il n’existe par de label d’Indication Géographiquement Protégée (IGP), plusieurs marques territoriales ont été créées par les producteurs morvandiaux pour attester de la provenance des sapins comme « Légende du Morvan » ou « Morvan, Nature et Talents ». Par ailleurs, le label national « Plante Bleue » garantie la production éco-responsable.

Le Sapin de Noël de l’Elysée vient du Morvan !

Cette année encore, et pour la huitième fois, le sapin de Noël qui décore la cour de l’Elysée à Paris vient des forêts du Morvan ! Agée de 24 ans, il a été coupé à Brassy dans la Nièvre. Acheminé à Auxerre, l’arbre a ensuite été transporté jusqu’à Paris par voie d’eau, dans la tradition des flotteurs de bois !

Et maintenant à vos sapins !

La statue de Vercingétorix à Alésia. Quand l’histoire ancienne rejoint l’histoire moderne

Vercingétorix
Aimé Millet, Monument de Vercingétorix, sculpture en bronze, 1865.

Vercingétorix un chef Gaulois

Vercingétorix est un chef gaulois d’origine averne (peuple de l’actuelle Auvergne) né vers 72 avant Jésus-Christ et mort à Rome en 46 avant notre ère. De sa jeunesse on sait peu de choses. Jeune aristocrate, fils de Celtillos qui fut assassiné à cause de son ambition politique, Vercingétorix est connu de Jules César, général romain. Certains historiens pensent même qu’il aurait pu être formé au sein des troupes romaines, ce qui expliquerait sa bonne connaissance de la stratégie de guerre ennemie et la forte résistance qu’il opposa plus tard aux troupes de César.

Unificateur de la Gaule divisée

En 58 avant J.C. les troupes romaines, qui occupent déjà le sud de la Gaule depuis le IIe siècle, interviennent à la demande des gaulois et chassent les peuples germains et helvètes qui tentaient d’occuper les régions de l’Est. Jules César, chef gonflé par l’ambition politique, cherche une guerre de conquête à mener et jette alors son dévolu sur la Gaule. C’est le début de La Guerre des Gaules, commentée par César dans un ouvrage, principale source historique de connaissance du conflit. César mène de régulières incursions en Gaule pendant six années avant que certaines tribus du centre et de l’ouest organisent l’insurrection face à la menace sérieuse d’occupation. En 52 avant J.C. Vercingétorix, fort de sa victoire sur les romains lors du siège de Gergovie, parvient à se faire désigner chef des armées gauloises lors d’une assemblée des peuples de Gaule à Bibracte, sur le Mont Beuvray. Il emporte à cette occasion le soutien des Eduens, d’abord alliés de César.

Vue aérienne du mont Auxois, site de la bataille d'Alésia
Oppidum d’Alésia sur le Mont Auxois

Une bataille qui a marqué l’histoire

Après son échec à Gergovie, César tente de se replier dans les terres romanisées du sud de la Gaule. Vercingétorix choisit ce moment pour surprendre les troupes romaines en pleine campagne, au nord-ouest de l’actuelle ville de Montbard, en Côte-d’Or. Afin d’affamer les troupes ennemies, Vercingétorix pratique la politique de la terre brulée. Mis en déroute par l’armée romaine soutenue par de redoutables cavaliers germains, Vercingétorix et ses troupes se réfugient sur l’oppidum d’Alésia (sur l’actuelle commune d’Alise-Sainte-Reine) sur le Mont Auxois, place forte située en hauteur. César entame aussitôt un siège autour de l’oppidum où sont retranchés les gaulois, entamant des travaux visant la construction d’une double rangée de lignes fortifiées entourées d’une trentaine de camps romains, le tout assorti de pièges évitant l’évasion des gaulois. Le siège durera entre un mois et demi et trois mois. Alertées, les armées gauloises de secours arrivent finalement pour tenter un dernier assaut sur les troupes romaines. Mis en déroute une fois de plus, Vercingétorix se rend à César pour épargner la vie de ses hommes. Deux années durant il suivra le général romain qui poursuit sa conquête de la Gaule avant d’être emprisonné à son arrivée à Rome, puis mis à mort en 46 avant J.C.

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Aimé Millet, Le Monument à Vercingétorix, 1865

Une statue commémorative et un acte politique

Si l’épisode fut de courte durée, Vercingétorix passa à la postérité en grande partie grâce à Napoléon III. Très intéressé par la Guerre des Gaules et auteur d’une biographie de Jules César, Napoléon III fit entreprendre d’importantes fouilles sur les sites de Gergovie et d’Alésia entre 1861 et 1865. L’attribution de la localisation du site par Napoléon entraina de vives contestations. Aujourd’hui encore, de nombreux sites français se disputent la localité de la bataille d’Alésia. Des fouilles récentes à Alise-Sainte-Reine et un faisceau d’indices cohérents renforcent cette thèse largement reconnue par les spécialistes.

Le mythe du guerrier gaulois

En pleine période de Restauration, Napoléon III forge le mythe de Vercingétorix à des fins politiques ! Il en fait un héros, premier unificateur du peuple français, et véhicule une image romantique du gaulois qui perdure encore de nos jours. Pour commémorer la fin des fouilles sur le site d’Alésia, Napoléon III commanda sur ses fonds propres une sculpture monumentale de Vercingétorix au sculpteur Aimé Millet, dressée depuis lors au sommet de l’ancien oppidum. Le socle de la statue, réalisée en granit de Saulieu et en pierre de Pouillenay mesure 7 mètres de hauteur et a été dessiné par le grand architecte Eugène Viollet-le-Duc. On peut y lire une inscription hautement politique :

« La Gaule unie, formant une seule nation, animée d’un même esprit, peut défier l’univers ».

Tout un programme pour la France de cette fin du XIXe siècle, qui, tout comme la Rome antique, poursuit avec les autres nations européennes une conquête impérialiste acharnée. Une manière pour l’empereur de légitimer par l’histoire ses ambitions politiques de conquête du monde.

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Aimé Millet, Monument à Vercingétorix, 1865. Détail du visage

Un programme décoratif symbolique

Haute de 6,60 mètres, la statue a été réalisée en tôle de cuivre fixée sur une armature. Si l’oeuvre représente un héros gaulois, elle porte bien la marque de son siècle de création : le XIXe siècle. En effet, Napoléon III a donné ses traits au visage de Vercingétorix qui relève, par ailleurs, d’une vision toute romantique de la période celte. La chevelure hirsute du guerrier et sa longue moustache pendante sont les archétypes de la représentation des gaulois, aujourd’hui contrariée par les découvertes archéologiques. Le visage grave est emprunt de la résignation de la défaite. La tenue du chef gaulois fait place à de nombreuses fantaisies, comme la présence du collier de perles. Le reste provient d’un mélange venu de différentes époques : les chausses évoquent celles du début du Moyen Age tandis que l’épée et la cuirasse rappellent des modèles antérieurs connus à l’age du fer. Il n’empêche que l’observation de l’ensemble, grandiose, suscite toujours l’admiration !

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Aimé Millet, Monument à Vercingétorix, 1865. Détail

Réception mitigée et consécration tardive

Vivement critiquée dés son érection, principalement par des anti-bonapartistes convaincus, la statue est depuis entrée dans le paysage local et dans le cœur des bourguignons. La défaite contre la Prusse en 1871 fit rapidement taire les critiques. La statue devint une image du héros national et de la lutte contre l’envahisseur qui exacerba la volonté de revanche contre le peuple germanique qui trouvera son expression dans la Première Guerre Mondiale. Depuis 2012 la statue est inscrite au titre des Monuments Historiques.

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Muséoparc, Alise-Sainte-Reine.

Les lieux à visiter

La statue est en libre accès au sommet du village d’Alise-Sainte-Reine, toute proche des vestiges de la ville gallo-romaine qui s’est développée sur l’oppidum après la bataille d’Alésia. Le site qui fut occupé jusqu’au Ve siècle conserve aujourd’hui de très beaux vestiges. A l’écart du village le nouveau Muséoparc a ouvert ses portes en 2012. Sa muséographie moderne retrace l’histoire de la bataille d’Alésia et permet de mieux comprendre le site et le contexte de l’époque.

Les plus courageux pourront découvrir la région lors du Trail organisé à Alésia chaque année en septembre. Le départ des coureurs se fait au pied de la statue !

Trail Alésia 2014
Trail d’Alésia, 2014

Le Parcours d’Ombres de Christian Boltanski à Vitteaux ou la rencontre réussie entre patrimoine et art contemporain

Parcours d'Ombres, Christian Boltanski
Parcours d’Ombres, 2004/2010, Œuvre réalisée par Christian Boltanski dans le cadre de l’action “ Nouveaux commanditaires ” initiée par la Fondation de France. Médiation: le Consortium, Dijon. © Bertrand Gautier pour France 3

Vitteaux est une petite commune de Côte-d’Or qui peut se targuer d’abriter une œuvre d’art contemporain de l’un des plus grands artistes français actuels.

L’Action des Nouveaux Commanditaires

L’action des Nouveaux Commanditaires est un protocole de production artistique innovant, initié par la Fondation de France, qui a pour objectif de remettre l’art contemporain au centre de l’espace public. Le protocole aide des commanditaires publics – citoyens ou collectivités – confrontés à des enjeux de développement des territoires, à passer commande à un artiste contemporain. La présence d’un médiateur culturel agréé permet de nourrir le dialogue. Plusieurs œuvres ont ainsi vu le jour en Bourgogne !

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La Halle de Vitteaux. Document Wikimedia Commons

En 2004, la municipalité de Vitteaux a décidé de réaménager l’éclairage public de la ville et a fait appel aux Nouveaux Commanditaires. Aidés par Xavier Douroux, du Consortium – Centre d’art contemporain de Dijon, les habitants et les élus ont ainsi pu rencontrer l’artiste Christian Boltanski, et entamer avec lui le dialogue autour de l’oeuvre à créer. Riverains et artiste ont ainsi contribué à l’émergence d’une œuvre unique, conçue spécifiquement pour le lieu. Inauguré en 2004, Le Parcours d’Ombres de Christian Boltanski a été aussitôt adopté par les habitants. Face au succès de l’opération, l’oeuvre a même fait l’objet d’un agrandissement en 2010.

Vous avez dit Christian Boltanski ?

Christian Boltanski est né à Paris en 1944 dans une famille juive. La Deuxième Guerre Mondiale et l’Holocauste ont profondément marqué l’artiste et son œuvre. Il commença à peindre à l’âge de quatorze ans avant d’explorer d’autres techniques et supports (collage, installations visuelles et sonores, vidéo, écriture, photographie, assemblages d’objets trouvés…). Son œuvre est centrée sur l’homme et les problématiques de la mémoire, du passé, de l’histoire, et de la mort y sont très présentes, se mêlant parfois à sa propre biographie. Cet artiste jouit d’une reconnaissance internationale pour son travail d’un fort pouvoir émotionnel qui joue sur la répétition, le dérisoire et l’oubli. En 2010 il fut l’invité de la Monumenta au Grand Palais à Paris.

Parcours d'Ombres, Christian Boltanski
Parcours d’Ombres, 2004/2010, Œuvre réalisée par Christian Boltanski dans le cadre de l’action “ Nouveaux commanditaires ” initiée par la Fondation de France. Médiation: le Consortium, Dijon. © Bertrand Gautier pour France 3

Le dispositif de l’oeuvre

Le Parcours d’Ombres de Christian Boltanski comprend vingt-et-une figures qui projettent leur ombre, le soir venu, sur les murs de la ville, lorsque l’éclairage public s’allume automatiquement. Pour les découvrir, il faut suivre le parcours concocté par l’artiste et traverser la Ruelle Ferrand, la Rue Portelle, la Rue Hubert Languet et le Pont de l’Oeuf. Christian Boltanski a découpé ces silhouettes dans des plaques de cuivre. Fixées à des endroits stratégiques de la ville, ces figures énigmatiques animent, la nuit tombée, les calmes ruelles de Vitteaux.

Un parcours d’ombres pour éclairer la ville ?

Si la commande originelle était de repenser l’éclairage public et d’éclairer les rues sombres du bourg, l’artiste a fait une proposition inattendue : la création d’un parcours d’ombres ! Les ombres de Boltanski font appel à une imagerie bien particulière liée aux danses macabres (lire l’article sur la Danse Macabre de la Ferté-Loupière) et à l’univers d’halloween. Ici une sorcière s’envole sur son balai, là un chat nous guette, ailleurs on rencontre un animal étrange, aux pattes frêles et au museau pointu, ou encore des visages aux airs maléfiques et inquiétants, des masques, un ange… Les figures de Boltanski évoquent un bestiaire médiéval de contes et de légendes. L’artiste a su saisir l’atmosphère particulière de ce village pour créer des ombres qui s’accordent parfaitement avec l’architecture et l’esprit des lieux. Son oeuvre plonge le visiteur dans un état de rêverie, tout en évoquant le passé médiéval de la ville. L’installation entre en résonance avec les maisons à pans de bois, l’Hôtel Bélîme du XIIIe siècle, l’église romane et la halle médiévale de Vitteaux, tissant des liens entre les bâtisseurs du passé et la création actuelle. Un bel exemple de la rencontre réussie entre art contemporain et patrimoine !

Parcours d'Ombres, Christian Boltanski
Parcours d’Ombres, 2004/2010, Œuvre réalisée par Christian Boltanski dans le cadre de l’action “ Nouveaux commanditaires ” initiée par la Fondation de France. Médiation: le Consortium, Dijon. © Bertrand Gautier pour France 3

Il était important pour l’artiste que son œuvre s’insère dans la vie quotidienne de la ville, sans la figer ou la muséifier. Rien n’empêche un habitant, par exemple, de modifier sa façade ou d’entamer des travaux. L’oeuvre est discrète, amusante, et peu de visiteurs qui passent à la tombée de la nuit ont conscience de contempler une œuvre d’art ! On est en présence d’une œuvre fragile qui nécessite un noir presque total pour prendre vie. Elle s’éclipse dés le jour venu !

Parcours d'Ombres, Christian Boltanski
Parcours d’Ombres, 2004/2010, Œuvre réalisée par Christian Boltanski dans le cadre de l’action “ Nouveaux commanditaires ” initiée par la Fondation de France. Médiation: le Consortium, Dijon. © Bertrand Gautier pour France 3

Un petit pas pour Boltanski, un grand bond pour Vitteaux

Le thème du théâtre et des ombres est présent dans l’oeuvre de Boltanski dès les années 1980. Ses Compositions Théâtrales de 1981 mettent en scène de petits pantins de carton et fil de fer fabriqués par l’artiste, qu’il compare lui-même à des fétiches vaudous ou des trésors personnels relevant du mythe de l’enfance perdue. Créé en 1984 par Boltanski, Le Théâtre d’Ombres est une œuvre fragile, qui n’est pas sans rappeler celle de Vitteaux. Composée de figurines découpées dans du métal, l’oeuvre se nourrit d’influences diverses, du mythe platonicien de la caverne aux ombres chinoises, des danses macabres du Moyen Age au mythe des origines de la peinture chez les Grecs. Boltanski a donc puisé son inspiration dans son parcours personnel pour créer à Vitteaux une œuvre cohérente tant avec son travail qu’avec la ville et les attentes de ses habitants. Parcours nocturne libre et gratuit dans la ville toute l’année. Documentation disponible à l’Office de Tourisme de Vitteaux qui organise également des visites guidées.

La Grange Cistercienne de Beauvais ou la renaissance d’un patrimoine rural en danger !

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Claude Gourdain, La Grange de Beauvais, aquarelle d’après une carte postale ancienne, 2007.

Grange ou édifice religieux ?

La Grange de Beauvais était une dépendance de l’Abbaye cistercienne de Pontigny dans l’Yonne, construite aux confins de la Bourgogne et de la Champagne en 1114. Seconde fille du Monastère de Cîteaux, l’Abbaye de Pontigny était régie par la règle de Saint-Benoit qui partageait la vie des religieux entre le travail manuel et agricole effectué par les frères convers, et la prière et l’étude qui ponctuaient la vie des moines. Grâce à son rayonnement, l’Abbaye s’enrichit rapidement de terres et de forêts, offertes par les seigneurs, nobles et bourgeois locaux, en échange du salut de leur âme et du rachat de leurs pêchers. Un réseau d’une quinzaine de domaines d’exploitation agricole, viticole et industrielle appelés « granges » s’organisa ainsi autour de l’abbaye dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres, afin d’alimenter et de faire vivre la communauté monastique. Les activités de ces granges étaient variées, entre exploitation forestière, élevage de moutons et de porcs, cultures céréalières et viticoles et même extraction du minerai de fer, ou fabrication de briques et de tuiles.

Petit bergerie deviendra grande

La Grange de Beauvais vit probablement le jour vers 1235 à l’écart du village de Venouse, sur des terres dominant la vallée du Serein, au bord de l’antique voie d’Auxerre à Troyes, où fut d’abord construite une simple bergerie. Les frères convers faisaient paître leurs troupeaux sur le plateau de Pontigny. Mentionnée deux ans plus tard sous le nom de Grange de « Bello Videre », la Grange de Beauvais comprenait à l’origine un enclos dans lequel furent construits des étables ainsi qu’un corps de logis pour les frères convers, bordés d’une chapelle pour les offices religieux. L’activité de la grange se développa et se diversifia progressivement. Les terres du domaine furent défrichées et cultivées. Un bâtiment de stockage fut construit pour abriter la récolte. Les céréales et légumes cultivés constituaient la base du régime alimentaire frugal des moines de l’Abbaye de Pontigny. La Grange de Beauvais avait une double vocation agricole et pastorale permettant une vie quasi autarcique. Mais la fin du Moyen Age fut une période de troubles durant laquelle l’Abbaye de Pontigny et le domaine de la Grange de Beauvais subirent de nombreuses difficultés. Les mauvaises récoltes, la Guerre de Cent ans, les pillages et les épidémies se succédèrent. Face aux difficultés rencontrées, les moines de Pontigny furent contraints de louer les granges aux paysans aisés de la région par des baux qui prévoyaient un paiement en récolte, ou en argent.

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La Grange de Beauvais en 2014. Document Gilbert Terreaux

Les aléas de l’Histoire

La Révolution Française mit définitivement un terme aux activités de la Grange de Beauvais, qui se composait à cette période de quatre-vingt-quatorze hectares exploités. Les biens de l’Eglise tombèrent dans le domaine public en 1789 et le domaine de la Grange de Beauvais fut vendu aux enchères en avril 1791. Gabriel Crochot, dernier fermier de la petite localité de Beauvais, acheta une grande partie des terres ainsi que l’ensemble des bâtiments. Ambitieux, le nouveaux propriétaire agrandit encore le domaine par l’achat de terres et de vignes et procéda à une extension des bâtiments. Il fut à l’origine de la construction de l’aile Ouest qui comprenait des écuries, ainsi qu’un cellier voûté et un pressoir situé probablement à l’emplacement de l’ancienne chapelle, aujourd’hui disparue. En 1833, le cadastre fait apparaître une nouvelle aile construite à la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe siècle et qui clôt la cour de la ferme dans sa partie occidentale. L’aile, construite d’un seul tenant, abritait les écuries, les étables et la bergerie. La vigueur des nouvelles constructions atteste de l’extension des activités de la ferme. À la fin du XIXe siècle, la construction d’une longue halle ouverte prolonge la grange à blé. A l’est, une boulangerie et un colombier viennent compléter les bâtiments existants. L’ensemble est clos par un mur et forme une ferme-forteresse de plan carré. Certaines parties du domaine restèrent entre les mains des descendants de Crochot jusqu’après la seconde guerre mondiale. Dés le XIXe siècle le domaine est connu sous le nom de « Ferme de Beauvais ». Il sera exploité jusqu’en 1995.

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La Grange de Beauvais. Document Gilbert Terreaux

Etat des lieux et restaurations

En 1995, les bâtiments, en ruine, sont menacés de destruction. L’Association Les Amis de Pontigny lance alors un appel aux dons qui permet le rachat de l’ensemble des bâtiments et d’une grande partie des terrains de l’enclos. L’association La Grange de Beauvais est alors fondée dans le but de restaurer, gérer et animer le site. Depuis 1996 de nombreux chantiers de bénévoles ont permis la restauration progressive de la ferme, soutenus par les collectivités locales et aidés par des professionnels de la restauration du patrimoine. Trois bâtiments retiennent davantage l’attention des bénévoles. Au sud, la grange à blé semble être la partie la plus ancienne conservée, probablement médiévale. En attente de restauration, elle est actuellement fermée au public. La halle ouverte accueille en revanche aux beaux jours des manifestations. Au Nord, le corps de logis paysan présente son organisation du XVIIIe siècle. A l’est, le pigeonnier et le fournil, du XVIIIe siècle également, ont été restaurés. Un boulanger-pâtissier fait fonctionner plusieurs fois par an le fournil et y cuit son pain. L’aile Ouest, dédiée aux activités pastorales, abritait les écuries, la bergerie, les étables, des remises ainsi que la laiterie, construites en enfilades, et surmontées d’un grenier d’un seul tenant.

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La Grange de Beauvais, le fournil et le pigeonnier. Document Gilbert Terreaux

Aujourd’hui les parties restaurées ouvrent régulièrement leurs portes aux bénévoles et au public pour diverses manifestations culturelles, randonnées, concerts, spectacles et visites guidées. La Grange de Beauvais se visite les samedis après-midi de juillet à septembre et sur rendez-vous toute l’année pour les groupes. De nombreuses manifestations sont organisées toute l’année, notamment lors des Journées du patrimoine.

Bonne visite

Une Danse Macabre pour le week-end de la Toussaint !

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Danse Macabre, XVIe siècle. Peinture murale à la détrempe, église Saint-Germain, La Ferté-Loupière. Image WikimediaCommons

En ce week-end de la Toussaint, Halloween et Fête des Morts obligent, je vous propose de nous intéresser à une œuvre icaunaise peu commune : La Danse Macabre de l’Eglise Saint-Germain à la Ferté-Loupière, petit village de l’Yonne (tout près de l’autoroute A6 en provenance de Paris, sortie n°18). Cette peinture murale à la détrempe a été redécouverte sous un badigeon sur le mur nord de l’église en 1910, à l’occasion de travaux, et a fait l’objet de plusieurs restaurations. Elle est donc en très bon état de conservation, et vous pouvez bien sûr l’admirer sur place. Cette œuvre date probablement du début du XVIe siècle et mesure 25 mètres de long !

Drôle de décor !

Le thème de la danse macabre est fréquent en littérature comme en peinture depuis le XIVe siècle. Son origine est a chercher dans les premiers textes macabres du XIIe siècle et dans les poèmes consacrés à la mort. C’est aussi le reflet d’un contexte médiéval parfois difficile : croisades, famines, épidémies de pestes… qui causent de nombreux décès. L’invention de l’imprimerie au XVe siècle, et la circulation des livres illustrés de gravures, contribuent à diffuser des représentations de danses macabres. C’est d’ailleurs dans un livre qu’il faut chercher le modèle de la peinture de la Ferté-Loupière ! En effet la ressemblance est plus que frappante entre notre œuvre et les gravures imprimées par Guillaume Le Rouge, éditeur à Chablis vers 1500.

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La Grande Danse Macabre, gravure tirée d’une édition de Guillaume le Rouge vers 1531.

Voyons en détail…

La peinture commence par une représentation du Dict des Trois Morts et des Trois Vifs, lui aussi présent dans les textes. Cet épisode raconte comment trois jeunes nobles, un comte, un duc et un prince, rencontrèrent au cours d’une partie de chasse trois morts échappés de leur tombe.

Vous serez comme nous, par avance mirez-vous dans nous. »

Leur mort est annoncée.

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Le Dict des Trois Morts et des Trois Vifs, XVIe siècle. Peinture murale à la détrempe, église Saint-Germain de la Ferté-Loupière.

La Danse Macabre qui suit est une longue file de quarante-deux personnages. Dix-neuf couples, composés d’un mort qui entraine un vivant, dansent au son des trois musiciens et de leurs instruments. L’acteur, face à son livre, entame la lecture de ce conte macabre. Les squelettes sont d’apparence plutôt joyeuse, voire même sarcastique et ironique, tandis que les vivants courbent l’échine et semblent réticents à entrer dans cette danse endiablée ! L’ensemble des couches de la société d’époque est représenté : pape, empereur, cardinal, roi, duc, patriarche, évêque et archevêque, connétable, amoureux, avocat, ménestrel, curé, laboureur, cordelier, ermite et même un enfant dans son berceau composent le cortège des vivants, tous promis à une mort certaine, cruelle, et inattendue !

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Détail de la Danse Macabre : le Cardinal, le Roi, le Légat, le Duc et le Patriarche.

Mais pourquoi tant de haine ?

La représentation d’une danse macabre dans une église visait à l’époque plusieurs objectifs. Alors que peu de personnes étaient lettrées, les édifices religieux et leurs multiples images peintes ou sculptées apparaissaient comme de véritables livres ouverts dédiés à l’instruction religieuse du peuple. Le message véhiculé par l’Eglise est la menace de la mort qui pèse sur tout le monde, peu importe le rang social, des nobles aux paysans, en passant par les religieux. La mort peut vous saisir à n’importe quel moment, semble nous dire la peinture, et pour échapper à l’Enfer à l’heure du Jugement Dernier, il faut mener une vie exemplaire, ascétique, pratiquer l’aumône et servir l’Eglise. Un véritable sermon en somme ! Malgré l’apparence terrifiante de cette danse, les fidèles y trouvaient probablement un peu de réconfort. On peut en effet y déceler une forte satire sociale. Le peintre n’a pas épargné les riches et les nobles, qui s’accrochent à leurs attributs, en les affublant de postures grotesques et de visages terrifiés. En effet, l’autre enseignement de cet épisode est que l’égalité de tous face à la mort effacera les injustices subies dans la vie. D’autres peintures murales sont à voir dans l’église !

Bonne visite.