Saint-Fargeau en Puisaye, un château en son village. Et un spectacle son et lumière qui retrace 10 siècles d’histoire…

vue de St-Fargeau ©Mairie de Saint-Fargeau
Saint-Fargeau en Puisaye. ©Mairie de Saint-Fargeau

1000 ans d’histoire

A Saint-Fargeau, capitale de la Puisaye, se cache un beau village médiéval couronné par son château de brique roses. Son ancien nom, Ferrolas, fait référence au fer présent dans le grès ferrugineux du sol. La Puisaye était, aux périodes celtes et gallo-romaines, un haut centre de l’industrie du fer.

Mais c’est au Xè siècle que l’histoire du village commence vraiment. Héribert, évêque d’Auxerre et frère illégitime du roi Hugues Capet, fait construire un relai de chasse fortifié à Saint-Fargeau. Mais lorsque Saint-Fargeau obtient son indépendance au XIè siècle, le château passe aux mains de la puissante famille des Seigneurs de Toucy. C’est aux six seigneurs successifs de la dynastie que l’on doit la construction des premières mottes féodales dans l’actuel parc du château.

Une succession de grandes familles

Vers 1250, la dernière héritière des Toucy épouse Thibaut, Comte de Bar. Saint-Fargeau entre dans une période faste. Mais la Guerre de Cent ans opposant français et anglais éclate (1338- 1453). La guerre fait rage et le château est disputé entre les troupes anglo-bourguignonnes et les Orléans. En 1420 les Anglais alliés aux Bourguignons attaquent St-Fargeau au canon, ouvrent une brèche dans la muraille et prennent le château.

A la fin de la guerre le château revient à la famille de Bar, ruinée, qui hypothèque le château contre un prêt de 2000 écus d’or au Sire de la Trémouille, favori du roi Charles VII. Le château est finalement vendu en 1450 à Jacques Coeur, grand marchand, et grand argentier du roi. Sa devise « A vaillant cœur rien d’impossible » deviendra celle de Saint-Fargeau. Le roi en personne lui a emprunté de l’argent pour soulever l’armée qui libéra le pays des Anglais. Pour effacer les dettes envers Jacques Coeur, on complote en secret pour le discréditer. Il est arrêté en 1451 après un faux procès mené par Antoine de Chabannes, capitaine de l’armée royale, qui obtient en 1456 la seigneurie de St Fargeau. Jacques Coeur s’exile en Italie et meurt quelques mois plus tard lors d’une croisade menée pour le Pape contre les Turcs.

Du château médiéval à la forteresse militaire moderne…

Antoines de Chabannes, ancien écorcheur qui a parcouru le royaume et vandalisé les populations, devient baron de Saint-Fargeau. Son zèle auprès de Charles VII lui vaut bientôt la haine du dauphin, futur Louis XI, qui l’emprisonne. Son évasion spectaculaire en 1464 lui permet de revenir à Saint-Fargeau et de reprendre de force le château des mains du fils de Jacques Coeur auquel il avait pourtant été rendu.

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Entrée du château de Saint-Fargeau. ©Amandine Chevallier

A partir de 1467 il entreprend la reconstruction du vieux château fort qu’il transforme en une puissante forteresse de défense militaire, commençant par la grosse tour qui porte le nom de Jacques Coeur. Il réutilise l’ancien château fort du XIIIè siècle en grès ferrugineux de plan pentagonal qu’il habille d’un parement de briques rouge, et recouvre de toitures pointues en ardoises. Le château devient un modèle de l’architecture militaire du XVè siècle. Il est agrémenté de 6 tours d’angles munies d’archères. La base des tours est équipée de galeries de contre-mines percées de canonnières. Ces galeries permettaient à la fois d’écouter d’où provenait l’attaque et servaient de vase d’expansion au souffle de l’explosion pour ne pas fragiliser les maçonneries.

au château d’apparat de la Grande Mademoiselle

La petite fille de Chabannes héritière de St Fargeau épouse René d’Aujou, grand seigneur. Avec la famille d’Anjou, Saint-Fargeau est transformé en une riche demeure seigneuriale. La façade extérieure qui relie le donjon aux deux tours d’entrée est construite. C’est bientôt à Marie-Louise d’Orléans, Duchesse de Montpensier, appelée ironiquement la Grande Mademoiselle, d’hériter du château. Cette riche héritière est la fille de la duchesse de Montpensier et du duc d’Anjou, mais aussi cousine de Louis XIV. Elevée à la cour, elle mène une vie de femme indépendante et refuse plusieurs mariages. Rebelle et libre, elle participe à la seconde fronde des princes entre 1650 et 1653, révolte des puissants contre la politique fiscale de Louis XIV et Mazarin. Lorsque le roi parvient à écraser la révolte, La Grande Mademoiselle est exilée de la cour et se réfugie à St-Fargeau, à trois jours de voyage de Paris en carosse, où elle espère recevoir ses amis.

Tour de la chapelle ©Christophe.Finot
Grand Perron de la Tour de la Chapelle. ©Christophe Finot

Arrivée à St-Fargeau en pleine nuit après un long voyage, la Grande Mademoisele découvre un château en ruine, sans portes ni fenêtres, des herbes folles plein la cour. Elle entame une grande campagne de six années de travaux avec l’architecte Louis le Vau.La cour d’honneur est agrandie dans un style classique symétrique alternant la brique rose et les pierres blanches qui encadrent les grandes baies de la façade. Elle aménage un grand perron semi-circulaire au pied de la tour de la chapelle et fait coiffer les tours de lanternons de style italiens. Les toitures sont refaites à la Mansard (comble brisé dont chaque versant a deux pentes). A l’intérieur elle décore les pièces de lambris et de parquets et aménage même un théâtre dans l’une des tours. La grande salle des gardes est transformée en salle de réception où la cour parisienne se presse bientôt. On y croise Madame de Sévigné et Lully. La forêt est transformée en parc à la française.

La mystérieuse disparition du tableau de David

A sa mort le domaine est vendu plusieurs fois et acheté au début du XVIIIè siècle par la famille Lepeltier des Forts, occupant de hautes fonctions dans la justice et les finances de l’Etat. L’aile des Forts, qui relie les tours d’entrée à la tour de l’Horloge, est édifiée à cette époque. Mais en1752 un grand incendie, parti du four du boulanger dans le bourg, ravage les trois quart du château et de la ville. Il ne reste rien des appartements de la Grande Mademoiselle.

Le petit fils, Louis Michel Lepeltier hérite de la charge d’avocat et est nommé représentant de la noblesse aux Etats Généraux de 1789. Défenseur du peuple contre le royalisme il participe au vote décisif lors du procès de Louis XVI qui déclare le roi coupable. Le roi est condamné à la peine de mort à une seule voix de majorité, voix attribuée par la légende à Lepeltier ! Quelques heures seulement après le vote, il est assassiné alors qu’il dine au Palais Royal. Rapidement considéré comme le 1er martyr de la République, il fait l’objet de funérailles nationales. Le célèbre peintre David lui rend hommage, et réalise un tableau de Lepeltier Assassiné. Le tableau est exposé à la Convention pendant 2 ans aux côtés de son autre chef d’oeuvre L’Assassinat de Marat. En 1795 le tableau est décroché et rendu à David. La fille unique de Lepeltier, Suzanne de Mortefontaine, fervente royaliste cherchant à effacer les actes de son père, rachète aux descendants de David le tableau. Malgré le contrat avec les héritiers qui l’engage à ne pas détruire le tableau, celui-ci disparaît alors. Aurait-il, comme le dit la légende, été emmuré dans le château de Saint-Fargeau ?

La Renaissance d’un monument

En 1979 c’est Michel Guyot et son frère, passionnés de patrimoine, qui rachètent finalement le vieux château en ruine et font le pari de le restaurer et de l’ouvrir au public. Aujourd’hui le château est un fleuron du patrimoine local. Il est ouvert à la visite en saison. Chaque été des centaines de figurants et bénévoles font revivre mille ans d’histoire à travers un spectacle son et lumière qui prend place dans le parc du château, face à l’étang, à la nuit tombée, tous les vendredis et samedis soirs.

A l’ombre de son château millénaire, le bourg médiéval recèle aussi quelques trésors.

L’église du XIIIè siècle

Construite en 1250 à l’occasion du mariage de Jeanne de Toucy avec Thibault de Bar, l’église a été classée monument historique au début du XXè siècle. La façade du XIIIè siècle est bâtie en grès ferrugineux, la pierre locale. Elle possède trois portails ornés de colonnettes et de chapiteaux à feuillages rappelant le style corinthien. Au tympan central est peinte la devise des seigneurs successifs de Saint-Fargeau « A cœur vaillant rien d’impossible ». Une grande rosace, inscrite dans un carré, orne le pignon central.

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Eglise Saint Férréol de Saint-Fargeau, XIIIè siècle

En façade d’une maison de la rue de l’Eglise vous pourrez voir une plaque commémorant le passage de Jeanne d’Arc à Saint-Fargeau en février 1929 lorsqu’elle se rendit à Chinon auprès du Dauphin de France Charles VII. Elle serait venue se recueillir dans l’église.

Les vestiges de la porte de Bourgogne et la ville fortifiée

A l’angle de la rue de l’Eglise et de l’avenue de Puisaye, à l’emplacement du stop actuel se trouvait la porte de Bourgogne. Une tour arrondie subsiste encore. Au Moyen Age, Saint-Fargeau était entouré d’une double enceinte de remparts permettant de protéger le village. La première enceinte de la ville date du XIIè siècle. La seconde, plus grande et enveloppant la première, date du XVè siècle. La ceinture externe comprenait 4 portes fortifiées, dont la porte de Bougogne qui s’ouvrait au sud est du village. Les enceintes ont été détruites au XVIIIè et XIXè siècles car devenues inutiles.

Tout près du château, à l'entrée du centre ville trône le beffroi. Ancienne porte de la ville, le beffroi est le vestige de l'enceinte de St-Fargeau édifiée au XVe siècle. Elle disposait d'un pont levis pour laisser passer les attelages et d'une passerelle pour les piétons. Au XVIIe siècle cette porte étant devenue centrale par l'annexion des faubourgs de la ville, elle a alors subi des modifications : elle reçut une toiture en ardoise, et fut convertie en beffroi et en prison. Sur sa façade Est, on peut observer la tourelle hexagonale de l'escalier qui donne accès aux quatre niveaux. Les deux premiers étaient réservés aux cellules. Le clocher abrite la plus vieille cloche de Puisaye, datée de 1502.

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Le cimetière et la chapelle Sainte-Anne

Au cœur du cimetière se dresse la chapelle Sainte-Anne, édifiée aux XVè et XVIè siècles. Les murs de la nef et de l’abside sont ornés de peintures murales typiques de Puisaye (voir article sur les peintures murales de Puisaye) qui représentent la Passion du Christ en onze épisodes qui donne l’impression d’une tapisserie tendue. Les œuvres sont de style gothique finissant. Deux autres épisodes évoquent la généalogie de la vierge et le « Dict des 3 morts et des 3 vifs ». Ce dernier récit est représenté plusieurs fois dans les édifices de la région (voir article sur La Danse Macabre de la Ferté-Loupière). Son origine remonte aux textes macabres médiévaux qui racontent que trois jeunes nobles revenant de la chasse rencontrèrent au détour d’un chemin trois morts échappés de leur tombes, leur rappelant leur fin prochaine. Pour voir ces peintures, n’oubliez pas de retirer les clés de la chapelle préalablement à l’Office de Tourisme.

Bonne visite et beau spectacle au château de Saint-Fargeau !

Au cœur des peintures murales de Puisaye-Forterre. Exposition de photographies de Denis Brenot du 19 au 28 mars 2016 en l’Eglise de Chevannes dans l’Yonne

 

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Un territoire riche en peintures murales

Depuis plusieurs années déjà, l’association Réseau des peintures murales de Puisaye-Forterre œuvre à faire connaître les édifices de cette région dont les murs ont été enduits, au fil des siècles, d’un riche décor, souvent religieux. Quinze sites font désormais partie du réseau qui organise en ce moment une exposition de clichés du photographe Denis Brenot. Une occasion unique de réunir en un même lieu toutes les peintures murales de Puisaye-Forterre !

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Vue de l’exposition

Un gisement d’ocre en Puisaye

Il faut dire que le sous-sol de la région regorge d’une ressource nécessaire aux peintures : l’ocre. Constituée d’argile et d’oxydes de fer, l’ocre se trouve dans les sables ocreux du sous-sol de Puisaye en grande quantité. Après extraction, le minerai est lavé afin de séparer les grains de sable des particules d’ocre, plus fines. La Puisaye fournit un ocre jaune, qui après cuisson, permet d’obtenir une large palette de couleurs allant de l’orangé au rouge en passant par tous les tons de brun. Pour élaborer l’ensemble des peintures murales connues à ce jour dans notre région, il suffisait aux peintres de compléter leur palette avec d’autres pigments. Le noir était obtenu grâce au charbon, le vert avec des oxydes de cuivre, le bleu à partir d’une pierre semi-précieuse : le lapis-lazuli broyé.

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Quinze sites recensés contenant des peintures murales

Si l’ocre est le point commun entre toutes les peintures murales de Puisaye-Forterre, les thèmes de ces œuvres, souvent religieuses, sont une autre constante. Ainsi l’on retrouve dans plusieurs édifices des variantes du dict « Des trois morts et des trois vifs », comme à l’église Saint-Germain de la Ferté-Loupière (fin XVè – début XVIè siècles voir un précédent article détaillé), à l’église Sainte-Genèviève de Lindry ou encore à l’église Saint-Benoit de Villiers-Saint-Benoit (fin XVIè siècle). Ce thème, fréquent dans la littérature médiévale dès le XIVè siècle, relate la rencontre entre trois jeunes nobles, de retour d’une partie de chasse, et de trois morts échappés de leur tombe, qui les avertissent, au détour d’un chemin, de leur inéluctable et tragique destin.

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Le « Dict des Trois Morts et des trois Vifs », Eglise de la Ferté-Loupière (Yonne), fin XVè – début XVIè siècle. ©Réseau des peintures murales de Puisaye-Forterre.

Quelques ovnis picturaux

Outre les thèmes fréquents, on trouve au cœur des églises de Puisaye quelques représentations originales ! C’est le cas des peintures murales de l’église Saint-Roch de Louesme, découvertes fortuitement sous un badigeon au début du XXè siècle, et de l’église Saint-Marien de Mézilles, qui montrent toutes deux une scène du martyre de Saint-Blaise, écorché par des peignes à carder.

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Martyre de Saint-Blaise écorché avec des peignes à carder, Eglise Saint-Roch de Louesme, Yonne. ©Réseau des Peintures Murales de Puisaye-Forterre.

Plus loin, l’église Saint-Fiacre de Ronchères est surnommée « Le Paradis de la Puisaye », en raison de ses peintures datées de 1679. On y voit, dans des scènes riches en couleurs et en ornements, la représentation de vingt-huit saintes et saints locaux qui entourent les monogrammes du Christ et les quatre Evangélistes.

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Peinture murale de l’Eglise Saint-Fiacre de Ronchères, Yonne. ©Réseau des peintures murales de Puisaye-Forterre.

La chapelle Saint-Baudel de Pourrain, édifiée au début du XVIè siècle pour permettre la célébration des offices durant la reconstruction de l’église, fut couverte de peintures originales. Au sommet de l’abside de la chapelle trône un soleil ardent dont les rayons s’étendent comme des flammes d’ocre jaune. La voûte de bois décline le thème de l’abondance avec des coupes débordant de fruits. Ce décor gothique flamboyant seraient l’oeuvre de peintres italiens, commandités par François II de Dinteville, évêque d’Auxerre, à son retour d’Italie où il fut ambassadeur de François Ier.

Des thèmes religieux traditionnels

D’autres édifices de Puisaye ont puisé dans la tradition picturale pour livrer leur propre version des grands thèmes religieux. C’est la cas de l’église de Moutiers en Puisaye qui déploie sur ses murs l’un des plus grands ensemble de peinture murales locales. Le décor le plus ancien (XII et XIII è siècles) se situe dans la nef et présente des épisodes de la vie du Christ. Au siècle suivant le décor fut complété par des épisodes de la Genèse, et du Déluge. La Chapelle Saint-Anne, au cœur du cimetière de Saint-Fargeau, relate elle aussi à travers ses peintures murales onze épisodes de la Passion du Christ, donnée en exemple aux fidèles au début du XVIè siècle.

Du côté de la technique

On parle souvent de fresque pour désigner des peintures murales. Et pourtant, nos peintures murales de Puisaye utilisent rarement la technique a fresco, qui implique que l’artiste ait réalisé sont décor peint sur un enduit encore frais, souvent à base de chaux. L’avantage de cette technique est sa bonne tenue dans le temps. En séchant, l’enduit de chaux produit une réaction chimique au contact de l’air et forme une couche de carbonate de calcium à la surface de la peinture, une croute transparente qui emprisonne et protège le décor peint. Il est plus fréquent de trouver en Bourgogne des techniques mixtes, mêlant la peinture sur enduit frais et sur enduit sec. Lorsque l’artiste peint sur enduit sec, il peut revenir autant que souhaité sur son oeuvre, mais celle-ci demeure plus fragile. Pour faire adhérer les pigments colorés à la surface du mur, il doit alors ajouter un liant, généralement composé de lait de chaux, de colle de lapin ou de blanc d’oeuf. Plus tard, l’huile pourra être utilisée comme liant, selon une méthode venue des Flandres.

De la peinture au médium photo

Le photographe Denis Brenot a parcouru ces multiples édifices et d’autres encore pour en photographier les peintures murales et livrer des clichés de qualité, au rendu mat fidèles aux œuvres originales. Quelques textes explicatifs enrichissent la découverte des œuvres. Une publication est également en préparation.

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Photographie de Denis Brenot, peinture à fesco sur pierre de taille de l’Eglise de Perreuse, Yonne, XVIIè siècle, Scène de l’Annonciation peinte par l’artiste Jean Baucher. ©Denis Brenot.

Une exposition à ne pas manquer !

Splendeur des abbayes en Bourgogne au Moyen Age. Cluny, Maior Ecclesia

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Reconstitution de Cluny III proposée par l’Encyclopédie Larousse en ligne.

En Bourgogne du Sud, la petite bourgade de Cluny, accueillante et dynamique, profite encore de l’aura millénaire de son illustre abbaye médiévale. Eparpillés dans la cité, les vestiges de l’édifice religieux le plus important de la chrétienté occidentale sont à découvrir au détour des ruelles. Promenade guidée.

Maior Ecclesia

Fondée en 909 ou 910, l’abbaye de Cluny régna sur la Chrétienté occidentale durant tout le Moyen Age par ses proportions gigantesques qui lui valurent le nom de Maior Ecclesia, la plus grande église. Guillaume, duc d’Aquitaine et comte de Mâcon, fit don à l’abbé Bernon de ses terres et de sa villa de Cluny pour y édifier un monastère qui sera soumis à la règle de saint Benoit. Dédié à saint Pierre et saint Paul, l’édifice est placé sous la protection directe du Pape. Ainsi, Guillaume Ier le Pieux entend, dans le cadre de la rénovation de l’Eglise, libérer les moines de la tutelle des laïcs et permettre l’élection libre de l’abbé par la communauté.

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Plan et élévation de l’abbatiale,

Une influence grandissante

L’abbaye de Cluny étend rapidement son influence. Par les nombreuses donations qui lui son faites, elle prend la tête d’un ensemble de propriétés, de terres agricoles et d’édifices religieux. L’union de ses monastères constitue un vaste réseau européen qualifié d’Ecclesia cluniacensis dont l’Abbaye est l’édifice mère, tandis que des abbatiales sœurs relaient son influence sur un vaste territoire. Au XIè siècle, Cluny étend encore son pouvoir en se dotant de l’autorité judiciaire. Au début du XIIè siècle, l’abbaye est à la tête d’un réseau de 1200 monastères qui s’étend dans toute l’Europe et jusqu’en Terre Sainte. Dans tous les édifices, les moines ont les mêmes droits et doivent obéissance à l’abbaye mère. Ils consacrent leurs journées à la prière et principalement au salut collectif en vue du jugement dernier.

Journée d’un moine clunisien

La vie des moines clunisiens est consacrée à la prière et à l’étude, dans le respect de la règle de saint Benoît. Ecrite par Benoît de Nursie au VIè siècle lorsque celui-ci fonda une communauté monastique sur le Mont Cassin en Italie, la règle précise les principes de la vie en communauté, basée sur le silence, l’étude et la prière. Au IXè siècle, c’est l’abbé Benoît d’Aniane qui va réformer la règle et l’imposer à tous les monastères de l’Empire sous l’impulsion de Louis Le Pieux. Entre le matin et le soir, les moines se réunissent huit fois par jour dans l’église pour prier et célébrer la messe. Le matin, toute la communauté se rassemble dans la salle capitulaire autour de l’abbé pour recevoir les directives de la journées et entendre la lecture d’un chapitre de la règle. Les repas se prennent en silence au réfectoire à la lecture de textes sacrés. Le reste de la journée est consacré au travail de copie et d’enluminure des manuscrits au scriptorium. Les monastères offrent également le gîte et le couvert aux pèlerins de passages, aux pauvres et aux malades qui sont soignés à l’infirmerie. Au sein de la communauté, les frères convers sont affectés aux travaux manuels, économiques, agricoles ou artisanaux afin d’assurer la subsistance de tous. L’ensemble des bâtiments monastiques s’organise autour du cloître qui jouxte l’église abbatiale, permettant ainsi aux moines de vaquer à leurs occupations dans le silence de ce monde clos, sans jamais entrer en contact avec le monde extérieur.

Historique

D’un point de vue architectural, l’abbaye de Cluny est connue pour avoir vu se succéder trois églises, fruit des reconstructions et destructions au fil des siècles. Si la troisième église, Cluny III, est l’édifice le plus connu, qualifié de Maior Ecclesia, il est intéressant d’observer les précédentes églises. Cluny I a été construite par l’abbé Bernon dès 909-910, avant d’être achevée par son successeur Odon. Face au succès du monastère et à sa grande fréquentation, un second édifice est rapidement construit à la place du premier. Cluny II, plus grande, est édifiée et consacrée en 981 sous le règne de l’abbé Maieul. C’est à cette époque que l’Abbaye acquiert les reliques des apôtres Pierre et Paul. Elle devient une « petite Rome ». Odilon, le 5è abbé, entreprend ensuite la réfection des bâtiments monastiques face à l’élargissement incessant de la communauté qui atteint alors 400 moines. La Maior Ecclesia, Cluny III, sera l’oeuvre de son successeur, l’abbé Hugues. Elle est construite entre 1088 et 1130.

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Des dispositifs de réalité augmentée permettent désormais de visualiser la reconstitution de l’édifice original de Cluny III.

Cluny III

L’apogée de l’Abbaye de Cluny trouve son expression grandiose à travers sa troisième église, la plus grande de la chrétienté, symbole de son rayonnement spirituel au XIIè siècle, avant son ineluctable déclin. La petite bourgade médiévale vécut alors le chantier le plus prestigieux et spectaculaire de l’occident médiéval. Les dimensions exceptionnelles de l’édifice, 187 mètres de long et une hauteur sous voûte dépassant les 30 mètres, sont le symbole de cette puissance inégalée. C’est un document en 3D, visible dans le Palais du pape Gélase, situé à côté des restes de l’église abbatiale, qui permet aujourd’hui de prendre la mesure de cet édifice disparu. Si les architectes demeurent encore inconnus, leur projet grandiose ne cesse de nous étonner par ses prouesses techniques. Afin de parvenir à l’édifice grandiose qui vit le jour, ils ont repoussé les limites du possible.

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Tentative de reconstitution 3D de l’élévation interne de l’abbatiale de Cluny III. ©CMN/on-situ

A son arrivée, le visiteur était accueilli dans une avant-nef, conçue comme anti-chambre du ciel. Cet espace était le seul accessible pour les non baptisés qui ne pouvaient donc franchir les portes monumentales ouvrant sur la nef. La vaste nef était réservée aux fidèles, tandis que le clergé prenait place dans le choeur pour les célébrations. Composée de cinq vaisseaux, elle était exceptionnelle par son élévation constituée de trois niveaux superposés. Chaque travée comprenait une grande arcade surmontée de trois arcatures aveugles décorées de lobes et de pilastres, elles-même surmontées de trois fenêtres ornées de colonnettes géminées. Deux transepts, l’un plus court que l’autre, coupaient perpendiculairement la nef avant l’arrivée au choeur. Le bras sud du grand transept, conservé intact, est le témoin de ce projet grandiose. Coiffé par le clocher de l’eau bénite, seule partie en élévation conservée de l’édifice, il permet de percevoir l’intensité lumineuse qui devait baigner l’édifice, grâce aux hautes voûtes en berceau brisés qui le composaient. Cette innovation de Cluny, qui se répandit ensuite dans de nombreux édifices romans, annonçait déjà le style gothique à venir. Les voûtes en berceau brisé permirent, par un jeu de répartition du poids de l’architecture, de percer les murs de fenêtres pour y amener la lumière. Le déambulatoire qui permettait de circuler autour du choeur multipliait les chapelles, resplendissantes probablement de peintures murales et de sculptures. Les huit chapiteaux sculptés qui ornaient ses colonnes sont aujourd’hui visibles dans le farinier. Les nombreux chapiteaux retrouvés dans les vestiges de l’édifice relèvent d’un style corinthisant raffiné et sont décorés d’animaux, de feuilles d’acanthe et de personnages bibliques ou légendaires dont foisonne l’art roman, dont l’interprétation n’est pas toujours aisée.

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Vestiges de l’élévation interne du grand transept de l’Abbaye de Cluny dite Cluny III.

Cluny dans la tempête

On sait malheureusement peu de chose des précédents édifices qui furent détruits et sur lesquels on rebâtit perpétuellement, rendant les fouilles archéologiques difficiles. Dès le XIVè siècle, l’abbaye subit les guerres qui se succédèrent. Les luttes de pouvoirs avec la monarchie et la papauté accentuèrent encore les difficultés rencontrées par l’abbaye et son réseau d’édifices religieux. Plusieurs tentatives de réformes au fil des siècles n’améliorèrent pas les choses. Mais la plus grande tempête que connut l’abbaye, et qui lui fut fatale, fut sans doute la Révolution. En 1791, les douze moines qui demeuraient encore au monastère furent expulsés. L’édifice est abandonné et son mobilier vendu. L’Abbaye elle-même est vendue par lots. Sa lente disparition commence par le percement de rues traversant ses anciens bâtiments claustraux, puis des haras nationaux sont édifiés à l’emplacement du choeur et de la nef de l’église. Des maisons s’érigent dans l’ancienne nef. Les clochers sont détruits en 1811 et l’Abbaye de Cluny sert désormais de carrière de pierre jusqu’en 1823.

Les autres vestiges à voir

Face à ce démembrement systématique du plus grand édifice de la chrétienté à la Révolution, il reste désormais quelques vestiges éparses de ce passé glorieux au fil des rues du village. De l’église abbatiale, il ne reste que le bras sud du grand transept datant des XI-XIIè siècles, et la chapelle Jean de Bourbon (XVè siècle). Des fouilles archéologiques ont cependant permis la mise en valeur des structures de l’avant-nef, du mur gouttereau sud de l’église et du passage Galilée reliant l’Eglise au cloître.

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Vue des vestiges de la nef de l’abbatiale Cluny III du portait Ouest.

Le cloître

Il ne reste malheureusement rien du cloître originel de l’abbaye. En effet le monastère fut réformé au XVIIIè siècle par la congrégation de Saint Maure. Les mauristes s’appliquèrent à rebâtir entièrement le cloître et les bâtiments conventuels selon les préceptes de leur vision austère de la règle. La symétrie et l’absence de décor demeure la règle ! C’est cependant un des plus beaux exemples d’architecture religieuse moderne en France.

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Cloître mauriste du XVIIIè siècle, Abbaye de Cluny.

Les écuries de saint Hugues

Autour des vestiges de l’église, d’autres édifices demeurent encore debout, ayant échappé aux affres de l’histoire. Les écuries de saint Hugues sont un bâtiment du XIè siècle encore bien conservé qui témoigne du devoir d’hospitalité des clunisiens. Le rez-de-chaussée était occupé par des boxes servant d’écuries pour les chevaux, tandis que le premier étage était dédié à l’accueil des hôtes de passage. L’ancien hospice fait face au Palais du Pape Gélase.

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Les écuries de saint Hugues, fin XIè siècle, Cluny.

Les Palais abbatiaux

Le palais du Pape Gélase est l’ancien palais destiné aux hôtes prestigieux. Le Pape Gélase y est mort en 1119 lors d’un séjour Clunysien. Sa façade d’influence gothique a été remaniée au XIXè siècle. Il abrite aujourd’hui la fameuse Ecole des Arts et Métiers de Cluny. Plus loin c’est l’abbé Jean de Bourbon qui fit construire au XVè siècle son palais sur une colline tout près de l’église abbatiale. En 1864, le bâtiment fut offert à la ville qui le fit aménager en musée d’art et d’histoire, complémentaire à la visite des vestiges.

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Façade du Palais du Pape Gélase abritant l’Ecole des Arts et Métiers de Cluny. En arrière-plan, le clocher de l’Eau Bénite, Cluny.

La tour du Moulin et le cellier-farinier

Sise dans le rempart sud de la ville, la Tour du Moulin a été construite à la fin du XIIè siècle. Elevée sur quatre niveaux, elle avait une fonction défensive. Le moulin à grain demeurait au rez-de-chaussée. Tout près d’elle fut construit au XIIIè siècle un cellier-farinier.

La Tour des fromages

Située au sud ouest de l’enceinte monastique, c’est sans doute la plus ancienne tour de Cluny de laquelle la vue sur la ville est imprenable. Mais deux autres tours rondes, plus tardives, qui ponctuaient la muraille sont encore visibles dans la ville.

Les anciens remparts

Plusieurs remparts coexistaient à Cluny. Dès le Xè siècle l’abbaye s’est dotée de ses propres remparts pour s’isoler du monde, un bourg important s’étant rapidement développé à ses pieds. La Porte d’honneur, datée du XIIè siècle, encore visible aujourd’hui, était l’entrée principale dans l’enceinte de l’Abbaye, et ouvrait directement sur l’avant-nef de l’église. Il s’agit d’un double portail décoré d’arcades richement sculptées.

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Porte d’honneur de l’ancienne muraille de l’Abbaye de Cluny qui ouvrait sur l’abbatiale.

Le bourg médiéval

Grâce au rayonnement de l’abbaye, un bourg s’est rapidement développé à l’extérieur de ses remparts. Trois quartiers, possédant chacun sa propre église, s’organisaient autour du monastère, bientôt protégés par une muraille cantonnée de tours et de portes. Certaines maisons médiévales sont encore visibles dans la ville, romanes ou gothiques. Il est ainsi possible d’observer une maison typiquement clunisoise au fil des ruelles. Dès le XIIè siècle ces maisons s’installent le long des rues, sur des parcelles étroites. Souvent édifiées en pierre, ces habitations se déploient sur deux niveaux. Le rez-de-chaussée, destiné à l’artisanat ou au commerce est orné d’une grande baie en arc brisé, tandis que l’étage, réservé au foyer, est généralement accessible par un escalier latéral ouvrant sur la rue. A l’arrière de la maison, une cour ou un jardin permet de cultiver son potager et d’avoir accès à l’eau. A l’intérieur, deux pièces se succèdent en enfilade au rez-de-chaussée comme à l’étage. Côté rue, la pièce est éclairée par des fenêtres à claire-voie. La façade est souvent décorée de motifs sculptés : colonnettes, pilastres, chapiteaux, mettant l’accent sur la « pièce du devant ». L’une de ces maisons possédait un décor somptueux, la « frise des vendangeurs », visible au musée.

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Maison romane rue de la République à Cluny.

La visite de Cluny, du bourg comme des vestiges de l’Abbaye réserve donc de nombreuses surprises à qui prend le temps de flâner dans ses ruelles ! Un billet d’entrée est à acheter dans les offices de tourisme de la ville ou aux points informations. Il vous sera remis avec un livret de visite libre qui vous guidera sur les différents sites de la ville et vous donnera accès aux musées et tours accessibles. Il est également possible de suivre une visite-conférence ou de louer un audioguide.

Bonne visite !

Voyage dans le temps au cœur des cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre

chapelle st etiene
Vue des cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre, la chapelle Saint-Etienne.

L’abbaye Saint-Germain d’Auxerre abrite dans ses cryptes les plus anciennes fresques connues en France ! Datées du IXè siècle, ces peintures nous plongent au temps des carolingiens, quand Charlemagne et ses successeurs entretenaient des liens privilégiés avec la cité d’Auxerre.

Germain, le premier saint issu du clergé local

Tout a commencé sur les terres de Germain, riche aristocrate gallo-romain né en 378 à Autosidorum (antique cité d’Auxerre). Avocat formé à Rome, Germain est très tôt nommé à un poste important de l’administration impériale à Auxerre. Rapidement remarqué par ses contemporains, il est consacré évêque en 418. Possédant des terres sur l’une des collines d’Auxerre, en dehors du castrum (ville fortifiée), Germain y fait construire une villa au sens antique du terme, c’est-à-dire une propriété agricole. Il y ajoute un oratoire destiné à abriter les reliques de Maurice d’Agaune, un légionnaire égyptien converti au christianisme qui fut condamné à mort pour avoir refusé de combattre. Germain serait ainsi à l’origine du développement du culte des reliques qui connaitra son apogée au Moyen Age !

« Saint-Germain offrant une médaille à Sainte Geneviève »
huile sur toile – Ecole française XVIIe s.
collection et cliché musée d’Auxerre. ©Musée d’art et d’histoire d’Auxerre

Germain meurt en 448 à Ravenne, en Italie du Nord, alors qu’il était en voyage à la cour de l’impératrice Galla Placidia. Son corps est rapatrié pour être inhumé dans le petit oratoire qu’il avait fait construire à Auxerre. Dès lors, de nombreux pèlerins viennent se recueillir devant le sarcophage de saint Germain.

L’évolution de la construction

Au VIè siècle, c’est la Reine Clotilde en personne qui se rend sur le tombeau du saint. L’épouse de Clovis, roi des Francs, trouvant l’oratoire trop petit pour accueillir les nombreux fidèles, décide la construction d’une église mérovingienne appuyée sur l’oratoire initial et qui se développe en direction de l’ouest. Pour rappel, les édifices religieux sont toujours orientés dans la même direction ! L’espace profane destiné à l’accueil des fidèles se trouve à l’ouest, en direction de la nef, tandis que l’espace sacré du choeur est tourné vers l’est. Ainsi les églises sont toujours orientées, c’est-à-dire dirigées vers l’orient, le regard tourné vers le Saint-Sépulcre. Au IXè siècle l’Abbaye est dirigée par un abbé laïc, le Comte Conrad. C’est aussi l’oncle de Charles le Chauve, roi carolingien successeur de Charlemagne ! Après avoir retrouvé la vue par un miracle de saint Germain, Conrad ordonne l’agrandissement de l’église. La nef est prolongée, tandis que le choeur est agrandi. L’église carolingienne mesure 98 mètres de long, faisant de l’abbaye l’un des plus grands édifices de la chrétienté à l’époque ! Un chevet est aménagé sur trois niveaux superposés, comme il est d’usage dans les grands édifices de cette époque, telle l’abbaye de Corvey en Allemagne. Au dessous du choeur supérieur de l’église se trouve un trésor caché, les cryptes carolingiennes !

plan
Plan des cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre

Aménagement des cryptes

Les cryptes, construites au IXè siècle, se développent autour de l’espace central de la confession, correspondant à l’ancien oratoire construit par Germain au Vè siècle. Dans cet espace confiné et rempli de mystère, trône le tombeau du saint présenté en surélévation. Quatre colonnes de remploi gallo-romaines surmontées de chapiteaux sculptés soutiennent une voûte en berceau aménagée au IX è siècle ! Pour preuve, les architraves, ces poutres de chênes disposées entre la voûte et les chapiteaux, ont été datées par la dendrochronologie entre 820 et 850 ! Les cryptes permettaient aux pèlerins de circuler autour du sarcophage dans un couloir aménagé de chapelles.

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Cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre, vue de la confession et du tombeau de saint Germain.

Le parcours du pèlerin

Dans la crypte, le parcours du pèlerin suit un protocole immuable, commençant au nord et terminant au sud. Sur le trajet, des peintures du IXè siècle accompagnent le cheminement spirituel du croyant.

La chapelle Saint-Etienne

La chapelle Saint-Etienne au Nord illustre des scènes de la vie du premier martyr chrétien, saint patron de la ville d’Auxerre. Les trois fresques peintes sont tirées du texte biblique des Actes des Apôtres. La première représente Etienne devant la tribunal de Jérusalem, le Sanhédrin, où il fait face à deux juges, accusé de blasphème pour avoir prêché l’évangile du Christ. Dans la seconde représentation, Etienne est menacé par la foule en colère, vêtue à la mode carolingienne de chausses et tuniques courtes ! L’oeuvre illustre le moment de l’extase d’Etienne où celui-ci déclare voir Dieu et son fils.

foule en colère
L’extase d’Etienne menacé par la foule en colère, Chapelle Saint-Etienne, fresque du IXè siècle, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre.

La dernière peinture retrace la lapidation du saint devant la ville de Jérusalem. Dans la voûte céleste, à droite, la main de Dieu vient accueillir Etienne dans un style plus symbolique et intellectuel que réaliste.

lapidation
La lapidation d’Etienne, fresque du IXè siècle, chapelle Saint-Etienne, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre.

Le reste de la chapelle illustre à merveille ce que l’on a nommé la Renaissance Carolingienne qui marqua un retour de l’influence de l’art antique au IXè siècle, d’abord sous Charlemagne dans l’écriture, puis sous Charles le Chauve dans l’architecture. Le décor de peintures végétales de la voûte d’arêtes, prémices du style roman, les colonnes peintes en trompe-l’oeil sur les piles et le chapiteau de style ionique en attestent !

chapiteau photo Julianna Lees
Chapiteau carolingien de style ionique, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. ©Julianna Lees

Les fresques des évêques et la fonction funéraire et commémorative des cryptes

Les cubicules, angles coupés des murs extérieurs de la Confession, abritent deux fresques représentant des évêques. Sur la première, le plus âgé bénit de sa main le plus jeune, en plein apprentissage. Sur la seconde, la représentation est inversée ! Le plus jeune prodigue son enseignement, symbolisé par le geste de sa main réunissant le pouce et l’annulaire, au plus âgé. La transmission des connaissances et des savoirs était en effet au cœur de la règle bénédictine qui régissait la vie des moines de l’abbaye. Le monastère était par ailleurs doté d’un atelier de copie important, appelé scriptorium, et d’une école renommée dans le royaume ! Les écoles des monastères sont en quelque sorte les prémices des grandes universités actuelles, telle la Sorbonne qui vit le jour au Moyen Age !

fresque des eveques photo Julianna Lees
Fresque des évêques, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. ©Julianna Lees

Au pied des deux peintures murales sont disposés des tombeaux d’évêques. Ce sont les successeurs de Germain qui se firent enterrer au plus près du saint dès le VIè siècle, et non à la cathédrale comme il était d’usage. Leur présence est commémorée par des épitaphes inscrites sur les murs entre le IXè siècle et le XIVè siècle recensant la présence d’une vingtaine d’entre eux.

La rotonde Sainte-Maxime

A l’est de la crypte se déploie la rotonde Sainte-Maxime, en l’honneur d’une des jeunes femmes qui accompagnèrent le corps de Germain lors de son retour de Ravenne. De style gothique, la chapelle a été reconstruite au XIVè siècle pour consolider les fondations de l’église supérieure. Cette voûte à 10 ogives est extrêmement rare. Seules cinq exemplaires de ce type sont connues en Europe, dont trois dans l’Abbaye Saint-Germain et une dans la Cathédrale Saint-Etienne. L’autre particularité de la voûte est l’absence visuelle de clé de voûte. La pierre centrale est pourtant bien présente, mais sculptée dans le prolongement des ogives pour un effet épuré !

La chapelle Saint-Vincent-Saint-Laurent

Cette chapelle, située dans le couloir sud, marque la fin du pèlerinage ! Elle commémore Saint-Vincent et Saint-Laurent, les deux premiers martyrs chrétiens morts en occident. Les fresques y sont beaucoup plus abîmées que dans la chapelle Saint-Etienne. Elles conservent cependant les traces d’un beau palmier chargé de dattes. Cet arbre est le symbole de la vie car il conserve son feuillage même en plein désert. Les palmes sont par ailleurs le symbole des martyrs chrétiens.

Palmier
Fresque du palmier dattier, Chapelle Saint-Vincent-Saint-Laurent, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre.

Un vrai message était donc véhiculé par le programme iconographique des cryptes. L’histoire de l’Eglise y est retracée, avec dans son sillage celle de Germain et de ses successeurs. Des peintures rares à découvrir ! Des visites guidées de 45 minutes sont proposées tous les jours dans les cryptes, sauf le mardi, de 10h à 12h et de 13h45 à 18h30.

Le château de Guédelon, ou l’art de la construction médiévale

chateau guédelon
Vue d’ensemble du château de Guédelon, un chantier médiéval à Treigny, dans l’Yonne.

Les bourguignons sont parfois étonnants ! Au cœur de la Puisaye, dans l’Yonne, des hommes et des femmes relèvent un défi hors du commun : construire un château fort avec les techniques et les matériaux du Moyen Age. Visite d’un chantier à la fois archéologique, pédagogique et touristique de grande ampleur.

La folle histoire du chantier médiéval

Michel Guyot est l’initiateur de cette idée folle. Passionné de patrimoine et de vieilles pierres, l’homme avait déjà racheté en 1979 le château de Saint-Fargeau, alors en ruine. Plusieurs années de travail acharné, et l’organisation chaque été d’un spectacle historique, auront permis à Michel Guyot et aux nombreux bénévoles de la région de remettre sur pied l’édifice. Une étude archéologique du château de Saint-Fargeau permit de mettre au jour les fondations du XIIIè siècle. L’idée germa alors dans l’esprit de son propriétaire de construire un château fort de toute pièce afin de comprendre comment travaillaient les bâtisseurs du Moyen Age. Aidé de quelques autres passionnés, et par l’association de réinsertion par le travail Emeraude, Michel Guyot parvint à donner naissance à son projet en 1997. L’année suivante le chantier fut ouvert au public, un public de curieux qui vient nombreux chaque année voir l’avancée des travaux, prévus pour durer 25 ans. Le chantier est piloté par une association et encadré par un comité scientifique qui croise les données théoriques et scientifiques pour valider, à chaque étape de construction, les choix et les options retenus. Les plans du château de Guédelon ont été dessinés par Jacques Moulin, architecte en chef des monuments historiques. Cinquante « oeuvriers », comme on les appelle là-bas, travaillent sur ce chantier depuis le départ, aidés durant l’été par des saisonniers, mais aussi par quelques bénévoles et apprentis désireux d’apporter leur pierre à l’édifice !

Archéologie expérimentale

L’idée maîtresse du projet est de recréer un chantier de construction tel qu’il aurait réellement pu exister au Moyen Age et ainsi de percer les secrets et les techniques des bâtisseurs médiévaux. Contrairement à l’archéologie classique, qui observe et décortique le bâti existant pour en tirer des informations, l’archéologie expérimentale part de zéro et met en pratique des techniques diverses pour construire un ouvrage, permettant observations directes et découvertes probantes. Cette démarche permet de concrétiser des idées, de mettre en pratique des théories et de vérifier des hypothèses.

aménagement du cintre de la voute d'aretes ©Château de Guédelon
Aménagement du cintre en bois préalable à la construction de la voûte d’arrêtes de la Tour maîtresse du château, l’occasion de bâtir une voûte selon les techniques médiévales. ©Guédelon

Le comité scientifique est en permanence confronté à des choix entre plusieurs options pour poursuivre la construction de ce chantier expérimental jamais mené. Le processus de décision repose sur la constitution d’une base de données d’informations mise à jour en permanence. Les sources de connaissance sont diverses : relevés de données sur des sites comparables et sources écrites (rapports archéologiques, livres, articles…). La base de données permet de rassembler des informations sur les châteaux de la fin du XIIè siècle au XIVè siècle, et ainsi de mettre en avant les particularités de l’architecture philipienne dans laquelle s’inscrit le château de Guédelon. L’architecture philipienne regroupe les constructions fortifiées érigées sous Philippe-Auguste, roi de France de 1180 à 1223, et ses successeurs. Ces châteaux forts remplaçaient les anciennes mottes féodales, moins élaborées. Les modèles du genre sont le château du Louvre à Paris, et ceux de Ratilly ou de Druyes-les-Belles-Fontaines dans l’Yonne.

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Le château de Ratilly, dans l’Yonne, un exemple des châteaux d’architecture philipienne des XIIè et XIIIè siècles.

Cette méthode a permis aux bâtisseurs de Guédelon de régler des problèmes précis rencontrés sur le chantier, comme la construction des meurtrières. Ces fentes, aménagées dans les tours et créneaux du châteaux, permettaient aux archers et arbalétriers de défendre le château par des tirs de flèches en cas d’assaut extérieur. A Guédelon, les maîtres d’ouvrage se sont questionnés sur la forme, les dimensions, l’angle d’ouverture interne et l’angle de tir de ces archères. Après avoir relevé les données correspondant aux meurtrières dans les châteaux philippiens de la région, il a finalement été décidé de privilégier la solidité des murs au détriment de l’ouverture de l’angle de tir, unidirectionnel. Cette faille dans la défense de la forteresse sera contrebalancée par le décalage des fenêtres de tir au différents étages de la tour.

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Une meurtrière dans la salle de tir au château de Guédelon. ©Guédelon

La recherche d’authenticité maximale dans les techniques employées sur ce chantier médiéval se sont cependant heurtées à la sécurité et à la législation actuelle qui en découle. La construction des engins de levage a ainsi été testée et validée par une commission de sécurité avant leur utilisation. En effet, au Moyen Age, les cages à écureuils remplaçaient les grues ! Aux vues des expérimentations menées sur le chantier de Guédelon, il a été constaté qu’un homme seul pouvait, en marchant sans effort dans une cage en bois en forme de roue, soulever un poids de 180 kg jusqu’à 4 mètres de haut, par le biais d’une poulie et d’une corde enroulée autour d’un axe.

cages à écureuil ©C. Duchemin
Les cages à écureuils sur le chantier de Guédelon, cage simple et cage à double tambour. ©Guédelon

Le choix du site, la richesse des matériaux

En plus des techniques mises en oeuvre, les matériaux utilisés sont naturels et extraits directement sur place. C’est d’ailleurs la richesse du site en ressources naturelles qui a déterminé l’emplacement du château de Guédelon, comme il était d’usage durant l’époque médiévale. Le transport était alors coûteux, et les taxes et péages pouvaient doubler le prix des marchandises ! Le chantier prend donc place dans la campagne poyaudine, non loin de la forêt et de l’étang de Guédelon, rattachée à la commune de Treigny. Une ancienne carrière de pierre a été remise en service pour l’occasion. Les carriers du chantier y extraient à la main une pierre calcaire ferrugineuse, dont la couleur va du noir au miel en passant par toutes les teintes d’ocre. Les blocs extraits sont ensuite transportés soit par les hommes, à l’aide de brouette ou de brancard, soit par charrette à cheval. En fonction de la qualité des blocs, ils seront utilisés bruts par les maçons pour monter les murs, ou façonnés par les tailleurs de pierre pour servir au parement de l’édifice.

la foret de Guédelon ©F. Folder (DR)
Vue du site du château de Guédelon au début des travaux de construction. ©Guédelon

La forêt voisine fournit le bois. Les essarteurs abattent les arbres, avant que les scieurs de long débitent les troncs en planches et poutres pour la construction des planchers et charpentes. Les essences les moins nobles sont utilisées pour la fabrication du charbon de bois, utile dans la vie du village médiéval qui s’est installé autour du chantier.

Abattage d'un chêne ©Guédelon
Abattage d’un chêne pour la construction du château. © Guédelon

Du grès ferrugineux de la carrière est aussi extrait le minerai de fer. Porté à une température de 1000° dans des fours en argile pendant plusieurs jours, le minerai fournit un bloc de fer plus ou moins pur qui sera travaillé par le forgeron et transformé en outils, clous, gonds, et ferrures pour le chantier.

forgerons ©Guédelon
Les forgerons au travail. ©Guédelon

Le sol fournit également le calcaire permettant l’obtention de chaux qui entre dans la fabrication du mortier médiéval, gage de solidité des murs. Enfin, la terre argileuse de Puisaye est utilisée crue, pour la confection du torchis et des briques, ou cuite pour la fabrication des poteries et des tuiles utilisées sur le site.

Visite du chantier

Selon la tradition des châteaux dits philippiens, Guédelon présente un plan polygonal constitué de hautes courtines (épais murs de protection), entouré d’un fossé sec. Les angles de l’édifice sont équipés de tours cylindriques à archères. Au fond de la cour du château, entre deux tours, se trouve le logis du seigneur.

plan de Guédelon © Chateau de Guédelon
Les plans du château de Guédelon respectent la tradition des édifices d’architecture philipienne. ©Guédelon

Le chantier a démarré en 1997 par la préparation du terrain, puis par la délimitation du périmètre du château qui, monté pierre après pierre, sort progressivement de terre, grandissant de quelques mètres chaque année. Dès le début de l’aventure ont également été construits les différents abris et granges dédiés au travaux du village et à l’accueil des visiteurs. Les carriers sont très sollicités dès le début du chantier pour monter les murs du château qui atteignent déjà un mètre en 1998. Rapidement, les forgerons s’activent pour produire les outils nécessaires au chantier, tandis que les tuiliers commencent la production intensive de pavements de sol pour la grande salle du logis. Alors que les murs continuent à se dresser, la citerne d’approvisionnement en eau du château est achevée en 2001 et le puits coiffé de sa margelle.

Carreaux de pavement ©Guédelon
Carreaux de pavement. ©Guédelon

L’année 2002 est cruciale. Le premier ouvrage d’art est réalisé sur le chantier. La voûte sur croisée d’ogives de la tour de la chapelle est dressée. En 2003 c’est la voûte d’arêtes de la cave de la tour maîtresse du château qui est bâtie avec succès. Le périmètre du château, qui dépasse désormais les trois mètres de hauteur, nécessite la construction, par les charpentiers, de deux cages à écureuils pour lever les pierres. En 2004, les efforts des ouvriers se portent sur le logis du seigneur qui sort de terre. La cuisine équipée d’un four à pain, ainsi qu’un cellier pour entreposer les vivres sont initiés. 2005 est l’année de la consécration de la tour maîtresse qui atteint désormais dix mètres de hauteur. Son énorme voûte d’ogives est réalisée. C’est plus de 120 tonnes de pierres et de maçonneries qui sont désormais en suspension.

vue du chateau de 2007 ©Chateau de Guédelon
Vue du chantier du château de Guédelon en 2007. ©Guédelon

En 2006 et 2007 le logis continue à s’élever. Il est équipé d’un grand degré (escalier en pierre). L’escalier à vis de la tour maîtresse continue lui aussi à se dresser, marche après marche. En 2008 ce sont les premiers éléments de la charpente du logis qui sont posés. Le travaille progresse bien.

Voute d'orgive et escalier à vis
Voûte d’ogive et escalier à vis dans la tour maîtresse. ©Guédelon

En 2011 s’est achevée la construction de la plus importante voûte du chantier, au premier étage de la tour maîtresse, en lieu et place de la chambre du seigneur. En 2012 commencèrent la réalisation des premières peintures murales et décorations intérieures du château, comme la pose des carreaux de pavement. En 2013 a commencé l’élévation de la chapelle dans la tour du même nom, reliée au logis par le chemin de ronde. Le chantier devrait être achevé en 2022…

Le village médiéval

Autour du château, c’est tout un village qui s’est organisé pour faire vivre le chantier ! Outre les maçons, charpentiers, carriers, forgerons qui ont leurs cabanes de travail, de nombreux petits métiers s’activent. Ainsi les potiers fabriquent avec l’argile locale aussi bien les carreaux et tuiles du chantier, que les nombreux bols, ramequins et ustensiles nécessaires à la vie quotidienne des ouvriers. Les vanniers sont chargés de la fabrication de solides paniers destinés au transport des outils et matériaux sur le chantier. Plus loin, des cordes sont fabriquées dans un atelier à partir de fibres de chanvre. Depuis 2012, un moulin hydraulique à farine a pris du service sur le chantier. Le pain est ensuite confectionné et cuit dans la cuisine du château où sont par ailleurs réalisées des démonstrations de cuisine médiévale. A ne pas manquer !

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Carriers fendant un bloc de pierre. ©Guédelon

Lors de votre visite vous pourrez découvrir le chantier de construction du château mais aussi toute la vie du village. Vous assisterez à des démonstrations diverses et pourrez observer les ouvriers, en costume médiéval, travailler à leur tâches. De belles découvertes en perspective où apprendre devient un jeu d’enfant !

Thèses et anti-thèses sur la chouette de Dijon

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Chouette, sculpture en relief sur le plan nord de l’église Notre-Dame, Dijon.

Une chouette porte-bonheur

Sise dans la rue éponyme, au cœur du vieux Dijon, quartier historique et populaire de la ville, la chouette veille sur les habitants depuis presque huit siècles, au point d’être devenue l’emblème de la capitale bourguignonne. Mais la chouette de Dijon est loin d’avoir révélé tous ses secrets. Cette petite sculpture en relief orne l’un des contreforts nord de l’église gothique Notre-Dame, bâtie entre 1230 et 1250. Bien connu des dijonnais, le petit rapace nocturne aurait même le pouvoir d’exaucer les vœux si on le caresse de la main gauche, la main du cœur. Attention toutefois de ne pas croiser au même moment le regard de la salamandre, sculptée un peu plus haut sur le mur, qui pourrait alors annuler l’enchantement ! Cette tradition est étonnante, quand l’on sait qu’autrefois les chouettes étaient clouées sur les portes des granges pour conjurer le mauvais sort ! L’animal était signe de mauvais présage.

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Salamandre sculptée sur le flan nord de l’église Notre-Dame, non loin de la chouette.

La rue de la chouette

L’oeuvre est tellement connue qu’elle donne même son nom à la rue qui l’abrite et qui contourne l’édifice religieux par le flan nord. Il s’agit d’une étroite ruelle médiévale appelée dés cette époque « Rue de la chouette ». Plus tard, elle fut rebaptisée « Rue Notre-Dame » dans un élan de religiosité. En 1904, la municipalité la renomma « Rue Eugène Pottier », membre de la Commune de Paris et auteur des paroles de l’Internationale, avant de lui donner le nom de « Gracchus Babeuf », révolutionnaire et inspirateur du communisme. Elle retrouva son nom initial en 1957 !

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Inscription « Rue de la chouette », Dijon.

Des origines inconnues

Cette petite chouette érigée en symbole de la cité ducale fait toujours couler beaucoup d’encre ! Si aucun fait historique ne permet d’affirmer son origine, de nombreuses hypothèses ont été avancées.

Un animal des ténèbres

Parce que la chouette est un rapace nocturne, certains ont vu dans sa présence sur le contrefort de l’église Notre-Dame le symbole des juifs, vivant dans l’ignorance du Christ et dans les ténèbres aux yeux des chrétiens. Au contraire, d’autres y ont vu le symbole du Christ lui-même, aimant les hommes malgré qu’ils vivent dans les ténèbres. Remontant à une tradition paganiste, d’autres encore y virent le symbole d’Athéna, déesse grecque de la raison, de la prudence et de la sagesse qui aurait accompagné les bâtisseurs tout au long de la construction de l’édifice. Plus pragmatique, l’historien dijonnais Eugène Fyot (1866-1937) émit l’hypothèse que l’un des maitres d’oeuvre de l’église Notre-Dame, s’appelant peut-être Monsieur Chouet, aurait signé l’édifice par ce détail sculpté. N’oublions pas que l’église Notre-Dame se trouvait au Moyen Age dans un quartier populaire de la ville. Les maisons à pans de bois brulant très facilement, les villes étaient souvent la proie des flammes, véritable fléau médiéval ! Dans ce contexte, la chouette, animal nocturne vivant dans les greniers, pouvait donner l’alerte en cas de départ d’incendie.

Église Notre-Dame de Dijon
Façade occidentale de l’église Notre-Dame, Dijon, 1230-1250.

Le duc des ducs

Les dijonnais sont attachés à leur chouette. Pour preuve, caressée depuis plusieurs siècles, la petite sculpture s’est lissée sous les doigts des passants, perdant ainsi les détails de la tête et du plumage. En regardant de plus près, on distingue pourtant deux petites aigrettes sur les côtés de la tête de l’animal, qui ne serait donc pas une chouette, mais un hibou ! Les spécialistes de la Ligue de Protection des Oiseaux affirment qu’aucune chouette au monde ne possède ces petites plumes caractéristique au dessus de la tête ! Ce ne sont pas non plus des oreilles, vu que les chouettes en sont dépourvues. L’hypothèse du hibou remettrait en question plusieurs siècles de tradition dijonnaise et bourguignonne. Mais selon certains passionnés, elle est tout à fait plausible ! Le hibou grand duc pourrait être un hommage rendu aux Ducs de Bourgogne par la riche et influente famille Chambellan, qui fit construire au XVè siècle la chapelle qu’orne aujourd’hui encore l’animal !

Le vol de la chouette

Victime de son succès, la chouette de Dijon a subi des dégradations au début de l’année 2001. La face avant de la statuette a été découpé et dérobé. Jamais retrouvée, elle a été remplacée par un moulage à l’identique. Que l’on se rassure, la chouette aurait retrouvé son pouvoir d’exaucer les vœux !

main et chouette
Selon la tradition, la chouette exauce les voeux lorsqu’on la touche de la main gauche, la main du coeur.

A voir, à faire

L’Office de Tourisme de Dijon à mis en place le « Parcours de la chouette ». En suivant les pas métalliques insérés dans les pavés, la chouette de Dijon vous guidera au travers d’un parcours en 22 étapes pour découvrir l’histoire de la ville. Un livret disponible à l’Office de Tourisme vous donnera toutes les explications nécessaires.

parcours de la chouette
Le parcours de la chouette fléché au sol.

L’application du Parcours de la Chouette est également disponible sur smartphones et tablettes.

Et n’oubliez pas de faire un vœu !

Semur-en-Auxois, une cité médiévale à découvrir

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Semur-en-Auxois en Côte-d’Or. Entrée de la ville par le pont Joly et vue sur les tours du donjon médiéval.

Les beaux jours reviennent, et avec eux, l’envie de flâner à la découverte des beaux villages bourguignons. Semur-en-Auxois, cité médiévale de Côte-d’Or, fait partie de ceux-là. Je vous propose une petite visite guidée à la découverte du cœur médiéval de la ville…

Sur le Pont de Semur…

L’arrivée à Semur-en-Auxois en voiture s’effectue par le pont Joly. Ce pont de pierre, construit à la fin du XVIIIè siècle, a permis de désenclaver la ville située au creux d’un méandre de la rivière Armançon, et d’en faciliter l’accès. L’ancienne entrée de la ville s’effectuait par la rue passant sous la Tour de l’Orle d’Or, construite au Moyen Age, et qui se dresse majestueuse au sommet de la ville. Il fallait emprunter l’ancien Pont des Minimes et payer l’Octroi, l’impôt sur les marchandises. Aujourd’hui c’est gratuit, alors gravissons la rue qui nous mène au centre de la ville, et remontons le temps…

pont des minimes
Semur-en-Auxois, vue sur le Pont des Minimes, l’ancien pont d’accès à la ville.

La légende d’Hercule à Semur-en-Auxois

Je vous propose de démarrer la visite devant l’Office de Tourisme (où vous trouverez un plan de la ville pour vous guider). Semur-en-Auxois se dresse sur un éperon rocheux de granit rose, résurgence du massif granitique du Morvan tout proche, dominant la vallée de l’Armançon. La légende veut que la ville ait été fondée par le héros mythologique Hercule, qui aurait creusé la roche à mains nues ! En effet, la position dominante du lieu en fait un site naturellement défensif très tôt investi par les hommes ! Occupé dès le néolithique, le site fut délaissé à l’époque gallo-romaine au profit du plateau d’Alésia tout proche. Il fallut attendre le Vè siècle pour que la vie y revienne et qu’une première chapelle soit construite.

Sine Muros

Le nom de Semur-en-Auxois provient de sine muros, qui signifie « vieille muraille » puisqu’une enceinte y fut dressée dés 722 pour protéger le castrum (ville fortifiée). Le plan de la ville prend la forme d’un huit. Le point de rencontre des deux boucles est occupé par le donjon qui défendait l’accès au castrum, situé sur la pointe de l’éperon rocheux, cœur politique et religieux de la cité. L’autre boucle est appelé Bourg Notre-Dame, c’était le cœur des activités économiques et le lieu de résidence et de travail des commerçants, entouré plus tard d’une seconde enceinte.

Entrée majestueuse dans la ville fortifiée

Pour entrer dans la partie fortifiée de la ville médiévale, il faut franchir la barbacane, ouvrage défensif situé en avant d’une porte pour protéger la ville. De chaque côtés sont maçonnées des bouches conçues pour de petits canons. Les arbalétriers prenaient place au sommet.

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La barbacane, à côté de l’Office de Tourisme de Semur-en-Auxois

On rejoint ensuite la porte Sauvigny. Désaxée de la barbacane pour un meilleur contrôle des entrées dans la ville, la porte a été construite en 1444 par Sauvigny, receveur des finances, pour renforcer la défense de la porte Guiller qui lui est adossée. Les rainures, de chaque cotés, indiquent la présence d’un système à bras et d’un pont levis. La plus petite rainure permettait d’abaisser une passerelle pour les piétons.

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Semur-en-Auxois, la porte Sauvigny

Sur la porte figure le blason de la ville. Composé d’une tour crénelée, symbole des villes fortifiées, de la couronne ducale du duché de Bourgogne, et des branches de laurier en signe de victoire, le blason de Semur-en-Auxois atteste des liens rapprochés de la ville avec le Duché de Bourgogne, qui avait pour capitale Dijon. La ville fut même le siège du bailliage de l’Auxois, doté de l’autorité administrative et judiciaire au nom du Duc de Bourgogne, sur les quatre-vingt seize paroisses alentours. La statue de Sainte-Anne éduquant la Vierge qui prend place sous le porche était le lieu de prière des semurois qui espéraient être protégés des ravages de la peste.

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Le blason de Semur-en-Auxois sur la porte Sauvigny
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Statue de Sainte-Anne éduquant la Vierge

« Les semurois se plaisent fort en l’accointance des estrangers »

Telle est la devise de la ville, inscrite sous le porche, et qui vous souhaite la bienvenue dans la tradition de la loi Burgonde du VIè siècle qui instaura la légendaire hospitalité bourguignonne !

Au revers de la porte Sauvigny se trouve la porte Guillier, plus ancienne, construite à la fin du XIIIè siècle ou au début du XIVè siècle. Elle présente une façade élégante et élancée, typique de la période, composée de baies géminées (jumelles) surmontées d’arcs trilobés (en forme de trèfle).

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Vue sur la porte Guillier et la tour des Gouverneurs de la ville

A gauche de la porte se trouve une tour renaissance, vestige de la maison des gouverneurs de la ville, surmontée d’un toit en tuiles vernissées. Cet élément remarquable atteste de la présence d’un riche monument ! Il faut dire que l’entrée d’une ville fortifiée est un point stratégique où s’affichait le pouvoir tant vers l’extérieur pour effrayer l’ennemi, que vers l’intérieur pour freiner toute volonté de rébellion des habitants. La tour est classée Monument Historique depuis 1923.

Le bourg Notre-Dame

Le Bourg Notre-Dame, lieu de résidence et de commerce de la ville, nous livre encore des vestiges médiévaux. Dans la rue qui mène à l’Eglise on observe des façades de maisons ornées de gargouilles réemployées, provenant de l’église, mais aussi un puits, source d’eau unique au Moyen Age et indispensable pour tenir un siège, ainsi que quelques cadrans solaires.

Les maisons à pans de bois sont l’habitat traditionnel au Moyen Age et sont encore nombreuses dans cette partie de la ville. Le premier niveau est construit en pierre, pour assurer la solidité des fondations mais aussi pour éviter la propagation des incendies d’une maison à l’autre. Les étages supérieurs sont construits à partir de pans de bois (poutres) comblés par du torchis (terre argileuse additionnée de fibres végétales ou animales). Sur certaines maisons les poutres forment des X. Ce motif, appelé croix de saint-André, est caractéristique de la Bourgogne ! Il est fréquent que le premier étage avance sur la rue par rapport au rez-de-chaussée. Cet encorbellement permet aux habitants d’économiser sur l’impôt qui est versé en fonction de l’espace occupé au sol, il est utile pour jeter les ordures par la fenêtre dans le caniveau qui coule au centre de la chaussée, et il permet aux passants de s’abriter en cas d’intempérie. Cela est d’autant plus précieux que le rez-de-chaussée des maisons est généralement occupé par une boutique ! Afin de conserver au mieux ces vestiges médiévaux, 80% de la ville est aujourd’hui classé secteur sauvegardé.

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Une maison à pans de bois dans le bourg Notre-Dame à Semur-en-Auxois

L’église Notre-Dame

Le centre de la ville est occupé par l’église ouverte sur une place, qui était au Moyen Age investie par la halle du marché. Un premier édifice roman avait été construit par les moines de l’abbaye de Flavigny vers 1010. En 1154 l’église devint la paroisse de la ville. Au XIIIè siècle l’accroissement des fidèles entraina la construction d’une nouvelle église plus grande. Les travaux débutèrent par le choeur vers 1220 dans un style gothique et s’achevèrent par le porche vers 1470, dans un gothique plus flamboyant. Le porche de l’édifice a été martelé à la révolution. De nombreuses sculptures ont ainsi disparues mais l’architecte Eugène Viollet-le-Duc s’y est intéressé lors de son séjour en Bourgogne et procéda à sa restauration. Elle fut classée Monument Historique en 1840. Deux coquilles d’escargots, emblème de la Bourgogne, mais qui évoquent ici l’éternité, sont cachées sur la façade…

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L’église Notre-Dame de Semur-en-Auxois

En pénétrant à l’intérieur de l’édifice gothique, on peut encore observer de belles œuvres, notamment dans les chapelles du collatéral nord : un tableau sur bois du XVIè siècle évoquant la généalogie du Christ par la représentation de l’Arbre de Jessé, ainsi qu’une sculpture de la Mise au tombeau du Christ datée du XVè siècle, et attribuée à l’atelier d’Antoine le Moiturier, imagier à la cour des Ducs de Bourgogne ! Ces œuvres remarquables feront l’objet de prochains articles détaillés.

Mise au tombeau Eglise Notre Dame
Mise au tombeau du Christ, XVè siècle, Eglise Notre-Dame de Semur-en-Auxois, atelier d’Antoine le Moiturier

La petite chapelle des drapiers vaut le détour ! Depuis que les corporations ont vu le jour au XIIIè siècle, régissant les différents corps de métiers, certaines d’entre elles possèdent leur propre chapelle au sein de l’église de Semur-en-Auxois. Chargées de les entretenir et de les décorer, les chapelles attestent encore aujourd’hui de la puissances de ces corporations dans la cité, notamment celle des drapiers. La chapelle est fermée par une grille en fer forgé coiffée de chardons, à partir desquels sont fabriqués les peignes à carder, et symbole de la profession. Les vitraux du XIVè siècle, montrant les étapes de fabrication des draps de laine, sont un rare exemple d’iconographie non religieuse. En haut, saint Blaise, le patron des drapiers, se trouve dans le médaillon central. Comme des bulles de bande dessinée, les autres parties du vitrail nous montrent le ramassage de la laine, la préparation de la laine débarrassée de ses impuretés et dessuintée, la formation des écheveaux, le tissage, puis le foulage et le lainage pour redresser les fibres et leur donner un aspect duveteux, et enfin la tonte pour couper les fibres avec des forces (grands ciseaux métalliques).

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Le vitrail des drapiers, Eglise Notre-Dame de Semur-en-Auxois

La chapelle suivante est celle des bouchers, puissante confrérie de la ville. Il subsiste encore deux médaillons d’origine des vitraux. Sur le premier le bœuf est assommé avec la hache retournée tandis que le second montre le découpage de la viande sur l’étalage de la boutique.

Le portail des Bleds

En ressortant de l’église je vous invite à en faire le tour afin de voir le très beau tympan sculpté du XIIIè siècle du portail nord appelé « la porte des Bleds » car il ouvrait au Moyen Age en direction des champs de blés. Ayant échappé au vandalisme révolutionnaire, c’est une œuvre de référence pour la sculpture bourguignonne du XIIIè siècle ! Le portail était surmonté d’un porche qui fut abattu en 1705 à la demande des habitants car il gênait la circulation jusqu’au cimetière, situé à l’arrière de l’église. Il servait de porte d’entrée aux fidèles dans l’église.

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Tympan sculpté du portail des Bleds, Eglise Notre-Dame de Semur-en-Auxois, XIIIè siècle.

Les scènes du tympan, qui se lisent de haut en bas et de gauche à droite et de droite à gauche, relatent l’épisode de la crédulité de St Thomas et se déroulent sous la protection du Christ bénissant placé au sommet de la composition. Cette iconographie est très rare sur les tympans au XIIIè siècle, ce qui en fait toute son originalité ! En haut à gauche le Christ ressuscité apparaît à Thomas et lui confie l’évangélisation des Indes. Thomas rencontre ensuite l’intendant du roi des Indes Gondorfus, en quête d’un architecte pour construire son palais. Il accepte la mission et voyage en bateau jusqu’à la cour du roi. A son arrivée il assiste à un banquet. L’apôtre, refusant de manger, est giflé par un serviteur. Selon la prédiction de Thomas sa main est déchiquetée et rapportée par un chien (sous la table). Face à ce prodige, le roi confie sa fortune à Thomas pour construire le palais. Au lieu de cela, Thomas réunit les mendiants et distribue la fortune du roi contenue dans une corbeille. Il est alors emprisonné. Mais un songe contraint le roi à libérer Thomas et à implorer son pardon. L’apôtre lui montre alors le palais céleste qu’il a construit pour lui en récompense de son aide aux pauvres.

Aux voussures (autour du tympan) sont sculptés les travaux des douze mois de l’année qui scandent la vie des paysans, caractéristique des tympans romans ! Par ailleurs, les sculptures du tympan sont représentatives du style bourguignon du XIIIè siècle par le souci d’individualisation des visages, le soin apporté aux drapés, le goût de la narration et l’aspect décoratif qui sont une synthèse entre les modèles parisiens novateurs hérités de Notre-Dame, et un style antiquisant traditionnel hérité d’autres édifices Bourguignons !

En route vers le donjon

En descendant la rue face à la collégiale on se dirige vers le donjon ! À gauche part une petite ruelle qui descend et mène à la Porte des Cicogniers (des cigognes). Un escalier de cent quarante-et-une marches permet de rejoindre la ville basse qui était principalement agricole et artisanale. Dans la même rue on peut remarquer l’ancien système d’éclairage de la ville : une lanterne avec une poulie.

Donjon
Carte postale ancienne du donjon de Semur-en-Auxois

Le donjon, emblème de Semur-en-Auxois, est un ensemble de quatre tours reliées entre elles par d’épaisses courtines (murailles aménagées à l’intérieur par des couloirs de circulation et des espaces de vie). Cet édifice emblématique fut construit au XIIIè siècle, au moment où la ville fut dotée par le Duc de Bourgogne de la Charte Communale qui autorisait les habitants à élire leur gouverneur et ses échevins, dotant la ville d’une certaine autonomie tout en maintenant l’autorité ducale. Le terme « donjon » est une appellation impropre. L’édifice devrait plutôt s’appeler château ! Mais le terme était déjà utilisé pour désigner la partie fortifiée de la ville par les remparts (le castrum). Il est composé de quatre tours : la tour de l’Orle d’or, la tour de la prison, la tour de la Géhenne, et la tour Margot.

Les courtines ont été abattues sur ordre d’Henri IV au début du XVIIè siècle, afin d’éviter tout nouveau siège des habitants suite aux guerres de religion qui déchirèrent la France au siècle précédent. La destruction des courtines a fragilisé l’ensemble de la structure et a provoqué l’immense fissure qui parcourt de haut en bas la Tour de l’Orle d’Or. Le Donjon était équipé d’un pont levis et d’un fossé à eau sous la rue actuelle. Il constituait l’ancienne entrée de la ville. Le mur d’enceinte qui entourait le quartier du château comprenait seize à dix-huit tours, dont certaines sont encore visibles dans les fondations des maisons et des hôtels particuliers. Reflet de la puissance ducale, le donjon abritait le logis du baillis, installé dans la tour carrée et la courtine attenantes à la tour de la prison, qui ont disparues aujourd’hui.

Une vue à couper le souffle

Vous pouvez admirer la vue sur le paysage de chaque côtés du Donjon, au niveau du théâtre et de la Tour de l’Orle d’Or. Sur la rive gauche se déploient des plateaux nommés « chaumes » qui furent utilisés au fil des siècles comme terres agricoles et viticoles, puis pour l’élevage. A l’est, la ville est rattachée au plateau calcaire. La ville basse se compose des faubourgs réservés à l’artisanat et aux activités qui nécessitaient l’utilisation de l’eau de la rivière. Tanneries, boucheries, draperies y prenaient place ainsi que des moulins, foulons, lavoirs… En contrebas, le bâtiment doté d’une grande cheminée est une ancienne tannerie !

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Le quartier du château

En continuant sa route après le Donjon on entre dans le quartier du château, qui était protégé par la première enceinte fortifiée de la ville. Le quartier du château était le lieu de résidence des familles les plus aisées, nobles et riches bourgeois. Les grands hôtels particuliers ont remplacé, dés le XVIè siècle, les maisons médiévales à pans de bois ou en pierre pour les plus riches ! Au XVIIIè siècle, l’effervescence intellectuelle du quartier, avec la présence de l’hôtel particulier d’Emilie du Châtelet, dans lequel elle reçut son amant Diderot, lui valut le surnom de « Petite Athènes de la Bourgogne ».

En poursuivant votre chemin jusqu’au bout de l’éperon rocheux, vous pourrez flâner sur les promenades aménagées sur les fondations des anciens remparts…

A voir, à faire à Semur-en-Auxois

L’Office de Tourisme organise des visites guidées costumées de la ville. En saison un petit train touristique vous fait découvrir ses extérieurs. Le musée municipal mérite le détour. Il possède de belles sculptures provenant des édifices religieux de la ville et retrace son évolution. La Tour de l’Orle d’Or abrite aujourd’hui le curieux musée de la Société des Sciences de Semur-en-Auxois et des visites guidées y sont organisées.

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La tour fissurée de l’Orle d’Or, siège du musée de la société des sciences de Semur-en-Auxois