« Les gouacheries » d’Alexander Calder au Musée Zervos de Vézelay – Exposition temporaire du 1er Juillet au 31 Octobre 2017

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Ingénieur – artiste

Né en Pennsylvanie en 1898 dans une famille d’artistes, Alexander Calder devient d’abord ingénieur. C’est en 1923 qu’il décide de se consacrer finalement à l’art. Il part se former à la peinture et au dessin à New York. Mais son diplôme en génie mécanique lui servira tout au long de sa vie d’artiste et lui permettra de concevoir des mécanismes complexes pour mettre en mouvement ses figures artistiques.

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Portrait d’Alexander Calder, 1947, photographie de Carl Van Vechten, Library of Congress©

La quête du mouvement

Le mouvement est bien au cœur de ses recherches artistiques dès ses débuts à New Yorkais. Ses premiers dessins – évènements sportifs, artistes de cirques ou scènes de rues – tentent de saisir le mouvement des corps et la rapidité du monde moderne.

Son retour à Paris dans les années 1930 marque pour Calder le passage à l’abstraction pure. Une nouvelle manière pour lui d’explorer plus avant ses problématiques fétiches : le mouvement bien sûr, mais aussi ses corollaires comme l’équilibre / l’instable, la symétrie / la dissymétrie, la fragilité / la solidité, le vide / le plein.

Quelques œuvres emblématiques

Après avoir conçu son Cirque, œuvre d’art totale aux figures animées qui a donné lieu à de véritables spectacles, Calder développe ensuite la technique, belle et fragile, des sculptures en fil de fer. Mais il est surtout connu pour ses nombreux mobiles aériens et colorés qu’ils soient à mouvement libre, motorisé ou même sonore.

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La gouacherie

L’exposition du musée Zervos, sous la direction de Daniel Abadie, ancien conservateur du Centre Pompidou et directeur de la Galerie du Jeu de Paume à Paris, se propose de mettre en lumière un pan moins connu de la carrière de l’artiste : ses œuvres graphiques. Une cinquantaine d’oeuvres sur papier, des lithographies et des gouaches, sont exposées au musée Zervos à Vézelay. Traversées par le mouvement, ses œuvres graphiques sont imprégnées de formes cosmiques et astrales. Spirales, soleils, lunes, circonvolutions en tous genres et disques peuples le travail de Calder, qui fut marqué par l’univers, comme le raconte dans ce reportage Agnès Delannoy, directrice du musée.

Composées entre 1953 et 1976 dans son atelier « La Gouacherie » situé en Touraine, les œuvres de l’exposition proviennent de collections privées ou du Centre Pompidou de Paris. Quelques œuvres sont directement issues du fonds du musée vézelien, leg de la collection personnelle du couple Christian et Yvonne Zervos qui lui consacrèrent une exposition dans leur galerie parisienne en 1954. Christian Zervos, qui avait rencontré Calder à Paris dans les années 1930, lui avait d’ailleurs consacré plusieurs articles dans sa revue Cahiers d’Art.

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Le mobile à la rencontre de la Basilique

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Alexander Calder, stabile devant la basilique Saint-Marie-Madeleine de Vézelay, oeuvre prêtée par la ville de Saché, Indre-et-Loire. ©Les Amis de Vézelay et de sa Région

Après la visite de l’exposition, l’ascension de la Colline Eternelle s’impose. En point d’orgue, la sculpture géante de Calder installé sur le parvis de la Basilique romane Sainte-Marie-Madeleine. Cette œuvre emblématique de l’artiste, qui vient juste d’être restaurée, a été prêtée par la ville de Saché, en Indre-et-Loire, où Calder avait installé son atelier dans les années 1950 à 1970. Il s’agit d’un stabile (le socle fixe) surmonté d’un mobile composé de deux sphères, l’une bleue et l’autre rouge, tournant au bout d’une tige horizontale au grès du vent. Si l’installation de cette pièce contemporaine sur ce site historique et religieux à fait couler beaucoup d’encre, il n’en reste pas moins que ces deux œuvres fortes, fruits de deux époques lointaines, nourrissent quelques points communs, notamment autour de la question du rapport de l’homme à l’univers, au cosmos et au sacré…

Exposition Calder à découvrir au Musée Zervos de Vézelay jusqu’au 15 novembre 2017.

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Au cœur des peintures murales de Puisaye-Forterre. Exposition de photographies de Denis Brenot du 19 au 28 mars 2016 en l’Eglise de Chevannes dans l’Yonne

 

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Un territoire riche en peintures murales

Depuis plusieurs années déjà, l’association Réseau des peintures murales de Puisaye-Forterre œuvre à faire connaître les édifices de cette région dont les murs ont été enduits, au fil des siècles, d’un riche décor, souvent religieux. Quinze sites font désormais partie du réseau qui organise en ce moment une exposition de clichés du photographe Denis Brenot. Une occasion unique de réunir en un même lieu toutes les peintures murales de Puisaye-Forterre !

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Vue de l’exposition

Un gisement d’ocre en Puisaye

Il faut dire que le sous-sol de la région regorge d’une ressource nécessaire aux peintures : l’ocre. Constituée d’argile et d’oxydes de fer, l’ocre se trouve dans les sables ocreux du sous-sol de Puisaye en grande quantité. Après extraction, le minerai est lavé afin de séparer les grains de sable des particules d’ocre, plus fines. La Puisaye fournit un ocre jaune, qui après cuisson, permet d’obtenir une large palette de couleurs allant de l’orangé au rouge en passant par tous les tons de brun. Pour élaborer l’ensemble des peintures murales connues à ce jour dans notre région, il suffisait aux peintres de compléter leur palette avec d’autres pigments. Le noir était obtenu grâce au charbon, le vert avec des oxydes de cuivre, le bleu à partir d’une pierre semi-précieuse : le lapis-lazuli broyé.

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Quinze sites recensés contenant des peintures murales

Si l’ocre est le point commun entre toutes les peintures murales de Puisaye-Forterre, les thèmes de ces œuvres, souvent religieuses, sont une autre constante. Ainsi l’on retrouve dans plusieurs édifices des variantes du dict « Des trois morts et des trois vifs », comme à l’église Saint-Germain de la Ferté-Loupière (fin XVè – début XVIè siècles voir un précédent article détaillé), à l’église Sainte-Genèviève de Lindry ou encore à l’église Saint-Benoit de Villiers-Saint-Benoit (fin XVIè siècle). Ce thème, fréquent dans la littérature médiévale dès le XIVè siècle, relate la rencontre entre trois jeunes nobles, de retour d’une partie de chasse, et de trois morts échappés de leur tombe, qui les avertissent, au détour d’un chemin, de leur inéluctable et tragique destin.

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Le « Dict des Trois Morts et des trois Vifs », Eglise de la Ferté-Loupière (Yonne), fin XVè – début XVIè siècle. ©Réseau des peintures murales de Puisaye-Forterre.

Quelques ovnis picturaux

Outre les thèmes fréquents, on trouve au cœur des églises de Puisaye quelques représentations originales ! C’est le cas des peintures murales de l’église Saint-Roch de Louesme, découvertes fortuitement sous un badigeon au début du XXè siècle, et de l’église Saint-Marien de Mézilles, qui montrent toutes deux une scène du martyre de Saint-Blaise, écorché par des peignes à carder.

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Martyre de Saint-Blaise écorché avec des peignes à carder, Eglise Saint-Roch de Louesme, Yonne. ©Réseau des Peintures Murales de Puisaye-Forterre.

Plus loin, l’église Saint-Fiacre de Ronchères est surnommée « Le Paradis de la Puisaye », en raison de ses peintures datées de 1679. On y voit, dans des scènes riches en couleurs et en ornements, la représentation de vingt-huit saintes et saints locaux qui entourent les monogrammes du Christ et les quatre Evangélistes.

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Peinture murale de l’Eglise Saint-Fiacre de Ronchères, Yonne. ©Réseau des peintures murales de Puisaye-Forterre.

La chapelle Saint-Baudel de Pourrain, édifiée au début du XVIè siècle pour permettre la célébration des offices durant la reconstruction de l’église, fut couverte de peintures originales. Au sommet de l’abside de la chapelle trône un soleil ardent dont les rayons s’étendent comme des flammes d’ocre jaune. La voûte de bois décline le thème de l’abondance avec des coupes débordant de fruits. Ce décor gothique flamboyant seraient l’oeuvre de peintres italiens, commandités par François II de Dinteville, évêque d’Auxerre, à son retour d’Italie où il fut ambassadeur de François Ier.

Des thèmes religieux traditionnels

D’autres édifices de Puisaye ont puisé dans la tradition picturale pour livrer leur propre version des grands thèmes religieux. C’est la cas de l’église de Moutiers en Puisaye qui déploie sur ses murs l’un des plus grands ensemble de peinture murales locales. Le décor le plus ancien (XII et XIII è siècles) se situe dans la nef et présente des épisodes de la vie du Christ. Au siècle suivant le décor fut complété par des épisodes de la Genèse, et du Déluge. La Chapelle Saint-Anne, au cœur du cimetière de Saint-Fargeau, relate elle aussi à travers ses peintures murales onze épisodes de la Passion du Christ, donnée en exemple aux fidèles au début du XVIè siècle.

Du côté de la technique

On parle souvent de fresque pour désigner des peintures murales. Et pourtant, nos peintures murales de Puisaye utilisent rarement la technique a fresco, qui implique que l’artiste ait réalisé sont décor peint sur un enduit encore frais, souvent à base de chaux. L’avantage de cette technique est sa bonne tenue dans le temps. En séchant, l’enduit de chaux produit une réaction chimique au contact de l’air et forme une couche de carbonate de calcium à la surface de la peinture, une croute transparente qui emprisonne et protège le décor peint. Il est plus fréquent de trouver en Bourgogne des techniques mixtes, mêlant la peinture sur enduit frais et sur enduit sec. Lorsque l’artiste peint sur enduit sec, il peut revenir autant que souhaité sur son oeuvre, mais celle-ci demeure plus fragile. Pour faire adhérer les pigments colorés à la surface du mur, il doit alors ajouter un liant, généralement composé de lait de chaux, de colle de lapin ou de blanc d’oeuf. Plus tard, l’huile pourra être utilisée comme liant, selon une méthode venue des Flandres.

De la peinture au médium photo

Le photographe Denis Brenot a parcouru ces multiples édifices et d’autres encore pour en photographier les peintures murales et livrer des clichés de qualité, au rendu mat fidèles aux œuvres originales. Quelques textes explicatifs enrichissent la découverte des œuvres. Une publication est également en préparation.

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Photographie de Denis Brenot, peinture à fesco sur pierre de taille de l’Eglise de Perreuse, Yonne, XVIIè siècle, Scène de l’Annonciation peinte par l’artiste Jean Baucher. ©Denis Brenot.

Une exposition à ne pas manquer !

« Les deux Lunes » à l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre Exposition de Frédéric Couraillon du 16 janvier au 13 mars 2016

 

affiche A3 les deux lunes-page-001« Les deux Lunes », c’est le nom de l’une des toiles de Frédéric Couraillon exposées depuis le 16 janvier dans le cellier de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. L’artiste a choisi ce titre évocateur teinté d’ésotérisme pour intituler cette exposition riche en œuvres et qui nous plonge au cœur du travail et des problématiques développés par l’artiste.

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« Les deux lunes », Frédéric Couraillon, huile et charbon sur toile, 2015. Vue de l’exposition au Cellier de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. ©Frédéric Couraillon

Une exposition ésotérique

Féru de littérature, l’artiste n’hésite pas à s’inspirer d’un thème, d’un motif ou d’un personnage rencontrés au fil de ses lectures pour créer ses œuvres. Son tableau Les deux lunes lui a été inspiré par le conte philosophique de Voltaire, Micromegas. Le texte, une réflexion sur l’infiniment petit et l’infiniment grand au siècle des Lumières, relate le voyage extraordinaire de deux géants à travers le cosmos. C’est aussi la posture qu’a choisi l’artiste pour présenter dans cette exposition une variété de formats, des peintures imposantes aux gravures miniatures.

Du côté de la technique

L’exposition s’ouvre sur une série de peintures grands formats à la matière épaisse et aux couleurs vibrantes de lumière. Les formes organiques apparaissent sur la surface granuleuse et magmatique de la toile, travaillée d’abord avec du charbon broyé et collé. L’artiste applique ensuite les couleurs à l’huile et parvient, malgré les empâtements de la matière, à un résultat léger et poétique. S’il part souvent d’une idée, d’un thème ou d’un croquis, Frédéric Couraillon laisse libre court au geste de sa main, et parfois au hasard, durant la phase de création.

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Vue de l’exposition de Frédéric Couraillon à l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre, peintures à l’huile et charbon sur toile, 2015. ©Frédéric Couraillon

 

Au fil des oeuvres

Ce sont deux maternités, inspirées par les peintres siennois du XIIIè siècle, et un arbre dont les fleurs évoquent aussi des étoiles, qui accueillent le visiteur et le guident pour un voyage intérieur. Plus loin dans l’exposition, des monstres marins et des combats maritimes peuplent les toiles dans des tons de brun, d’ocre et de bleu, sans doute inspirés de l’une de ses oeuvres favorites, « Persée et Andromède » du Titien. Les Naufragés, une peinture grand format, appartient d’ailleurs à une série de trois œuvres inspirées de la Divine Comédie de Dante rédigée au XIVè siècle, qui relate en trois tomes l’enfer, le purgatoire et le paradis, des thèmes qui correspondent bien à l’ambiance des toiles de Frédéric Couraillon.

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Frédéric Couraillon, série de trois oeuvres inspirées de « La Divine Comédie » de Dante, peintures à l’huile et charbon sur toile, 2015. ©Frédéric Couraillon
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Frédéric Couraillon devant sa toile « Le Devin », vue de l’atelier de l’artiste. ©Frédéric Couraillon

A l’opposé de ses tableaux, l’artiste expose également de petits formats, dessins ou gravures qui sont pour lui l’occasion d’un travail introspectif et intime. Portraits, animaux récurrents comme l’âne ou le paon, natures mortes (trois poissons finement dessinés dans une assiette) et silhouettes enfantines animent les papiers japonais précieux choisis par l’artiste comme support. Les gravures sont une belle découverte, tant la maîtrise technique de l’artiste est au service d’un vocabulaire pictural poétique. Frédéric Couraillon grave sur de petites plaques de cuivre en mêlant la pointe sèche, utilisée pour la vivacité de son trait, l’eau forte qui permet la souplesse du geste, et l’aquatinte qui offre un rendu flou. Les fonds noirs sont obtenus grâce au carborundum, une technique qui consiste à coller sur la matrice des grains de carbone de silicium qui donnent, une fois l’estampe imprimée, un rendu noir mat et profond.

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L’enfer au cellier de l’Abbaye Saint-Germain

Au centre de la pièce, qui fut au Moyen Age le cellier des moines de l’Abbaye Saint-Germain, l’artiste y a aménagé « l’Enfer », un cube dans lequel sont exposées des œuvres érotiques inspirées des estampes japonaises du XVè siècle, qui étaient offertes aux jeunes couples en guise de cadeaux de mariage.

L’art céramique de Frédéric Couraillon

L’exposition est ponctuée de quelques sculptures en céramique, principalement des maternités et des vases. Au centre, une œuvre en terre cuite émaillée blanche est une « Galatée » revisitée inspirée du mythe de Pygmalion, raconté dans les Métamorphoses d’Ovide. Pygmalion est un artisan chypriote qui aurait inventé l’art de la sculpture. Tombé amoureux de sa statue d’ivoire, appelée Galatée, Pygmalion obtint d’Aphrodite, déesse de l’amour, qu’elle donne vie à la créature. Le mythe relate le lien affectif qui existe entre l’artiste et son œuvre, bien présent dans le travail de Frédéric Couraillon.

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Vue de l’exposition de Frédéric Couraillon à l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. Au 1er plan sculpture en terre cuite « Galatée ». ©Frédéric Couraillon

Frederic Couraillon : un artiste inspiré 

Formé à l’école des Beaux-Arts de Paris, Frederic Couraillon est un artiste icaunais qui partage son temps et sa création entre la France et l’Espagne. Musicien – il est un pianiste hors pair – Frederic Couraillon est prolifique : la peinture, la sculpture, la céramique, le dessin, et la gravure ne lui résistent pas. Ouvert et disponible, l’artiste sera présent régulièrement dans son exposition pour aller à la rencontre du public. Les œuvres sont en vente pour les amateurs et collectionneurs, prix disponibles dans l’exposition.

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Portrait de l’artiste Frédéric Couraillon devant l’une de ses toiles. ©Frédéric Couraillon

« Les deux lunes », une exposition à ne pas manquer, du 16 janvier au 13 mars 2016 à l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre !

Art et vin, un mélange détonnant en Pouilly Fumé

affiche FIAAC La 3ème Foire internationale d’Art Actuel en Pouilly Fumé s’est tenue du 30 avril au 3 mai. Artistes et vignerons se sont unis pour offrir une manifestation hors norme. Retour sur cette idée innovante de l’art dans les chais, qui fait son chemin en Bourgogne.

Genèse d’un évènement

Au commencement il y eut un rapprochement entre des artistes, venus installer leur atelier à Pouilly-sur-Loire et alentours, et des vignerons de la fameuse appellation Pouilly Fumé. De cette rencontre naquit l’idée de concevoir un événement destiné à promouvoir et à vendre les oeuvres et les vins. L’Association Les Rendez-vous du Pouilly Fumé a vu le jour en 2012. La première édition de cette FIAAC s’est tenue l’année suivante et connut dès sa création un vif succès.

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Vue de l’exposition d’Eve Domy, Domaine de Congy, 3è FIAAC en Pouilly Fumé 2015. ©Eve Domy.

Une organisation bien rodée

Chaque année un jury professionnel est désigné. Les dossiers des artistes retenus sont alors présentés aux vignerons qui ouvrent pour l’occasion leurs chais et leurs caveaux, transformés en galeries temporaires. C’est là la première clé du succès de cette manifestation ! Outre la sélection très pointue des artistes, c’est de l’accord entre les œuvres et les lieux que naît l’émotion de la visite. Accrochées sur les cuves, ficelées aux casiers de bouteilles, suspendues à un fil de fer ou posées sur un tonneau, les oeuvres entrent en résonance avec l’exploitation viticole qui les accueille. Le vigneron peut ainsi défendre un artiste de son choix. Et certains n’hésitent pas à confier qu’ils n’étaient pas férus d’art. Mais ça, c’était avant…

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Tableau de Pascal Bost exposé au Domaine Caïlbourdin, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Pascal Bost.

Accord art & vin

Il faut dire que l’art et le vin partagent de nombreux points communs ! Ils sont d’abord fait par des hommes et des femmes de passion : artistes et vignerons qui partagent le goût du travail bien fait, la rigueur, le plaisir de créer, de transmettre. Une œuvre, comme un vin, est le fruit d’accords, d’assemblages, d’une longue observation et de choix opérés. Ils font tous les deux appel aux sens, et ouvrent sur tout un monde de sensations et d’imagination. Qui auraient cru que vignerons et artistes aient autant de points communs?

L’expérience de la rencontre

La seconde clé du succès de la FIAAC tient aux multiples rencontres qu’elle opère, entre artistes et vignerons – les artistes sont hébergés dans les domaines durant toute la durée de la manifestation – mais aussi entre le public et les artistes, entre le public et les vignerons. Rares sont les occasions de discuter avec l’artiste devant ses œuvres, de découvrir sa démarche, de percer à jour une inspiration, ou de comprendre une technique. Rares sont également les occasions d’échanger avec les viticulteurs, de saisir leur amour de la terre, de partager leurs convictions environnementales, de percer leurs choix de méthodes de culture, et de percevoir leur patte derrière chaque arôme. Le visiteur est ici comblé par ces échanges passionnés et passionnants !

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Exposition de Marion Robert dans la cave du Domaine Marchand et Fils, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Marion Robert

Quelques duos choisis

Muriel Napoli

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Les oeuvres minérales de Muriel Napoli dans la cave du Domaine Masson-Blondelet, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Muriel Napoli

Muriel Napoli a exposé ses oeuvres minérales et organiques au Domaine Masson-Blondelet. Ses tableaux délicats dans les nuances de gris, où pointe désormais une touche de couleur, bleu parcimonieux, évoquent la transformation permanente de la nature, entre sédimentation et concrétion. Sa technique se partage entre lavis fluide et transparent et accumulation de peinture, petits amas comme des météores. Les formes abstraites ainsi obtenues évoquent parfois des pétales de fleurs qui se marient parfaitement à la voûte de la cave. Tout aussi attentif à la nature est le propriétaire des lieux qui pratique une culture raisonnée. Peu attaché aux labels et autres appellations, il cultive pourtant ses vignes dans le respect des écosystèmes et parle passionnément de ses vins. Les différents terroirs de l’AOC Pouilly Fumé – marnes kimméridgiennes, sols calcaires ou silex – s’expriment pleinement dans ses différentes cuvées.

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Tableau de Muriel Napoli au Domaine Masson-Blondelet, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Muriel Napoli

Héloïse Guyard

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Oeuvres graphiques d’Héloïse Guyard au Château de Tracy, 3è FIAAC en pouilly Fumé. ©Eloïse Guyard

Le raffinement des œuvres d’Héloïse Guyard a trouvé un cadre parfait au Château de Tracy ! Elle y a exposé ses motifs répétitifs, presque obsessionnels de fin tressages, de mailles et de cordages tracés au pinceau ou au crayon qui colonisent pages de carnets, tissus et même le sol du chais ! Son travail original et très personnel a d’ailleurs été salué par le jury qui lui a attribué le Grand Prix de la FIAAC 2015.

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Tressage au sol d’Héloïse Guyard au Château de Tracy, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Heloïse Guyard

Nicolas Gasiorowski

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Exposition de Nicolas Gasiorowski à la cuveriez du Domaine du Bouchot, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Nicolas Gasiorowski

Nicolas Gasiorowski exposait ses toiles à la fois contemplatives et narratives au Domaine du Bouchot. Les cuves en inox du domaine constituaient des cimaises originales pour les œuvres de l’artiste qui se partagent entre paysages et figures humaines. L’homme parle avec passion de sa démarche artistique. Ses « paysages mentaux » ou ses figures quasi mythiques sont tirés de son imagination. Une urgence créatrice l’anime. Elle est palpable dans la touche de l’artiste et dans les nuances très travaillées des fonds colorés. Le tout est généralement rehaussé d’un trait de pastels à l’huile, surgissement de la réalité. Rachel et Pascal Kerbiquet, propriétaires du domaine du Bouchot proposent, en écho aux œuvres exposées, une belle gamme de Pouilly Fumé travaillée en agriculture biologique.

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Tableaux de Nicolas Gasiorowski au Domaine du Bouchot, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Nicolas Gasiorowski

Marion Robert

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Exposition de Marion Robert dans la cave du Domaine Marchand et fils, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Marion Robert

L’étrange réalité des oeuvres de Marion Robert, exposées au Domaine Marchand et Fils, a trouvé un écho parfait dans la cave brute des frères Marchand, accrochées ou posées au milieux des tonneaux et autres outils viticoles. Le lieu, chargé d’histoire, entre en résonance avec les créations de la jeune artiste qui commence par travailler ses fonds à l’huile ou à l’acrylique, avant de souligner d’un trait les figures imaginaires qui en émergent. L’artiste construit ses toiles sans préméditation. Poétiques, elles sont peuplées de figures évocatrices, parfois torturées à la manière d’un Egon Schiele, et de paysages imaginaires.

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Oeuvre de Marion Robert au Domaine Marchand et Fils, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Marion Robert
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Tableau de Marion Robert au Domaine Marchand et Fils, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Marion Rober

Dominique Pivin

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Exposition de Dominique Pivin au Domaine Landrat-Guyollot, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Dominique Pivin

Purement abstraites, les œuvres brutes de Dominique Pivin, exposées au tout nouveau caveau de dégustation du domaine Landrat-Guyolot, explorent la matière. Rouille, oxydation, traces, matière picturale grattée ou frottée sont au cœur de la recherche de l’artiste qui travaille avec des tons naturels d’ocres, faisant presque oublier que ces tableaux sont le fruit de main de femme.

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Tableau de Dominique Pivin au Domaine Landrat-Guyollot, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Dominique Pivin

Eve Domy

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Exposition d’Eve Domy au Domaine de Congy, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Eve Domy

Ce mêmes tons ocre peuplent les œuvres d’Eve Domy, une artiste installée au cœur du village de Pouilly, exposée cette année au Domaine de Congy. Travaillant par couches successives, et mêlant peinture à l’eau et à l’huile, Eve Domy joue sur les effets de transparence et de matière par l’ajout de papiers collés et de matériaux divers (plâtre, ciment…). Son univers doux, emprunt de poésie, est peuplé de silhouettes délicates, d’enfants et de mères.

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Le village de Pouilly-sur-Loire où se déroule chaque année la Foire Intrenationale d’Art Actuel dans les chais en Pouilly Fumé. ©Office de Tourisme de Pouilly-sur-Loire et sa Région

La FIAAC de Pouilly Fumé est désormais un rendez-vous qui attire chaque année de plus en plus de visiteurs français et étrangers. Elle a confirmé cette année encore son professionnalisme et la belle sélection d’artistes exposés. Certains vignerons confient même leur envie de prolonger l’expérience, et peut-être d’inviter des artistes à exposer dans le chais le reste de l’année !

« Quand l’enfant paraît », coup de projecteur sur l’enfant dans les collections des musées d’Auxerre

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Portrait d’un jeune garçon jouant à l’émigrette (portrait présumé de Louis-Charles, dauphin de France, futur Louis XVII, second fils de Louis XVI et Marie-Antoinette), attribué à Louise-Elisabeth Vigée-Le Brun, huile sur toile, fin XVIIIè siècle. Coll. Musées d’Auxerre.

Une exposition-dossier

Depuis un an, les musées d’Art et d’Histoire d’Auxerre ont entrepris de mettre en valeur les oeuvres habituellement peu exposées au public par de petites, mais fort intéressantes, expositions-dossiers. Dans cette nouvelle exposition temporaire sise dans le Logis de l’Abbé de l’Abbaye Saint Germain, « Quand l’enfant paraît », c’est la place de l’enfant dans l’art et dans la société qui est examinée.

Le statut de l’enfant

« Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris. Son doux regard qui brille Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l’enfant paraître, Innocent et joyeux. »

La première strophe de ce poème de Victor Hugo publié en 1831 dans le recueil Les feuilles d’automne, et qui a inspiré le titre de cette exposition, n’a pourtant pas toujours été le reflet de la place des enfants dans la société. En effet, chaque époque posa son propre regard sur l’enfance. Les peintres, sculpteurs et graveurs furent les témoins de cette évolution dans leur art…

Oeuvres choisies

Les musées d’Auxerre ont puisé dans leurs collections de quoi illustrer le thème à différentes époques, sans toutefois l’épuiser. On y découvre avec émerveillement de belles toiles, des œuvres attribuées à de grands maîtres tels Emile Bernard ou encore Elisabeth Vigée-Le Brun, connue pour être l’une des premières femmes artistes professionnelles au XVIIIè siècle. On peut également y admirer deux œuvres d’Eugène Carrière, le peintre de l’enfance par excellence sous la IIIè République ! Quelques pièces touchantes rappellent l’intimité du thème, comme ce rare biberon gallo-romain en terre cuite ou ces quelques pièces de vaisselle à jouer en grès.

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Maternité, Eugène Carrière, XIXè siècle, toile. Coll. Musées d’Auxerre.

Quelle place pour l’enfant ?

Au Moyen Age

Longtemps, l’importante mortalité infantile et en couche conféra un statut à part au jeune enfant auquel on s’attachait peu avant qu’il n’ait atteint une certaine résistance physique. Dès lors, il constituait une force de travail. L’enfant ne possédait pas de statut particulier, il était plutôt considéré comme un petit adulte. Dans l’art médiéval, la représentation de l’enfant fut presque exclusivement réservé à l’Enfant Jésus et empreinte de religiosité. L’image de l’enfant était alors soumise aux codes de la peinture religieuse et ne reflètait pas sa place réelle dans la société.

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La Vierge et l’Enfant Jésus, école de Luini Bernardino (1475-1532), XIVe – XVe siècles, huile sur toile. Coll. Musées d’Auxerre.

A la Renaissance

Il fallut attendre la Renaissance et les penseurs humanistes pour que l’on s’intéresse véritablement à l’enfant dans lequel on perçut alors un être à part entière. L’éducation des princes devint une priorité et un luxe des milieux aisés mais concerna surtout les garçons ! Le portrait d’enfant devint un genre en vogue dans la noblesse. Les jeunes princes de toutes les grandes familles européennes posèrent face aux peintres. Loin d’être réalistes, ces tableaux avaient pour vocation de présenter la descendance et d’attester des capacités à gouverner. L’enfant est perçu comme le maillon d’une lignée.

A l’époque moderne

Les sciences de l’éducation naquirent à l’époque des Lumières sous l’impulsion de grands penseurs tels Jean-Jacques Rousseau, et grâce à la réunion de plusieurs facteurs. La baisse des naissances, les progrès de l’hygiène et de la médecine, le recul de la mortalité infantile, le développement de la bourgeoisie lié à l’essor économique favorisèrent l’émergence de l’idée que l’enfance est une période privilégiée dans la vie des individus. Rousseau loua les qualités naturelles des enfants à leur naissance, et encouraga à les développer par une éducation adaptée et moins punitive destinée à favoriser leur épanouissement. Cependant, jusqu’au XIXè siècle, en pleine Révolution industrielle, l’enfant des catégories modestes et pauvres représentait une main d’oeuvre peu couteuse qui fut largement utilisée dans les mines et les usines.

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Jeux d’enfants à Paris au parc Monceau, Albert Braut, début du XXè siècle, huile sur toile. Coll. Musées d’Auxerre.

Dans le Paris du baron Haussmann, en cette seconde moitié du XIXè siècle, les jeux d’enfants dans les nouveaux parcs de la capitale, lieux de confort, de respiration et d’hygiène dans la ville moderne, ainsi que les balades des nourrices firent l’objet de toutes les attentions des peintres ! La troisième république (1870-1940) est souvent associé à la reconnaissance du statut juridique de l’enfant avec l’instauration de l’école laïque obligatoire en 1882 par la loi Jules Ferry. L’école de la République doit garantir l’accès aux enfants de tous les milieux à une instruction commune. A partir de 1841, le travail des enfants fut réglementé, pour protéger les plus jeunes. La première loi fixait l’âge minimum du travail à huit ans et le limitait à douze heures par jour. L’âge légal sera progressivement repoussé jusqu’en 1959 où il fut fixé à seize ans ! Plusieurs types d’enfants firent leur apparition en peinture : l’enfance laborieuse des rues ou au travail, et l’enfant choyé des milieux bourgeois, entre solitude et amour maternel, constituèrent des figures récurrentes des tableaux impressionnistes.

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Une maîtresse d’école, Jean-Baptiste-Marie Pierre, 1741, huile sur toile. Coll. Musées d’Auxerre.

Au XXè siècle l’enfant acquit un statut privilégié et fit l’objet de toutes les attentions dans les foyers. L’amour maternel est alors loué par la société et érigé en exemple d’éducation. Françoise Dolto ou Philippe Ariès ont contribué au développement de la pédopsychiatrie et d’une science de l’enfance approfondie. Aujourd’hui encore, la famille est au cœur des enjeux de société et l’enfant est devenu roi !

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Les enfants de l’artiste, Emile Bernard, 1916, huile sur toile. Coll. Musées d’Auxerre.

« Quand l’enfant paraît » Exposition temporaire du 24 janvier au 2 mars 2015 au Logis de l’Abbé à l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. Visite gratuite du mercredi au dimanche, de 14h à 17h.

A visiter en famille !

Une brise légère souffle sur les pièces d’Ursula Morley-Price à la Galerie de l’Ancienne Poste à Toucy

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Medium White Twist Twist Form. N°6. Ursula Morley-Price, grès, 2014. ©Pilippe Mazières. Document Galerie de l’Ancienne Poste.

Exposition du 8 novembre 2014 au 8 janvier 2015

Toucy, petite ville aux portes de la Puisaye, abrite une galerie qui monte, qui monte…

Dédiée à la céramique contemporaine, la Galerie de l’Ancienne Poste, gérée par une association composée d’artistes céramistes, de collectionneurs et d’amateurs, a ouvert ses portes en 1997. Installée dans un beau bâtiment du XVIIe siècle qui abritait jadis la Poste de Toucy, dont l’architecture mêle inspiration classique et tradition poyaudine, la galerie œuvre à la reconnaissance de la céramique contemporaine comme un art à part entière ! Il faut dire que le terroir local est fertile. Terre argileuse, la Puisaye est depuis longtemps le creuset d’une production céramique intense et reconnue. Dès le XIVe siècle les artisans exploitèrent l’argile gréseuse locale, particulièrement adaptée à la fabrication de poteries culinaires et utilitaires solides, en raison de son étanchéité et de sa résistance à de hautes températures de cuisson. Au XIXe siècle plusieurs manufactures voient le jour, notamment à Saint-Amand, faisant de la Puisaye le centre d’une activité potière intense.

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La Galerie de l’Ancienne Poste sur la Place de la Mairie à Toucy dans l’Yonne. © Gilles Puech. Document Galerie de l’Ancienne Poste.

C’est cette tradition potière que la Galerie de l’Ancienne Poste de Toucy tente de faire revivre en organisant six à sept expositions par an, tout en la hissant au rang mérité de l’art contemporain. Exposant les grands noms internationaux de la céramique contemporaine et dénichant de jeunes talents, la galerie s’est désormais taillé une place de choix dans le monde de l’art contemporain. Par ses actions menées envers les institutions, le public et les médias, elle accompagne le renouveau de la création céramique en marche depuis plusieurs années. Et que cela se passe dans la petite ville de Toucy est plutôt enthousiasmant !

Ursula Morley-Price, une artiste-céramiste de renom

Artiste anglaise née en 1936, Ursula Morley-Price a d’abord été formée à la peinture dans les très prestigieuses Camberwell School of Art et Slade School of Fine Art de Londres. Depuis 1963 elle développe sont travail de céramiste. Oeuvrant désormais dans son atelier des Charentes, elles expose alternativement aux Etats-Unis et en France, où elle est exclusivement représentée par la Galerie de l’Ancienne Poste de Toucy. Ses œuvres ont intégré les collections les plus prestigieuses comme celles du Museum of Modern Art et du Metropolitan Museum de New York, ou encore celles du Musée des Arts Décoratifs et du Musée National de la Céramique de Sèvres, attestant de la reconnaissance internationale de son travail. En 2013, le Musée d’Art Moderne de Troyes lui a consacré sa première rétrospective française !

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Tall Brown Wip Twist Form. N°1. Ursula Morley-Price, grès, 2014. ©Philippe Mazère. Document Galerie de l’Ancienne Poste.

L’oeil et la main

En artiste céramiste accomplie, Ursula Morley-Price maîtrise son art, la céramique, qu’elle aborde dans une véritable démarche artistique, nourrie d’influences diverses. La douzaine d’oeuvres présentées dans l’exposition, dont la plupart sont des créations récentes, témoignent de la recherche de l’artiste sur le matériau, poussé à ses limites. Les pièces de cette série, issues en particulier de sa Large Twist Form qui fit sensation lors de son exposition au Musée de Troyes, sont animées d’un mouvement à double révolution qui donne la sensation qu’elles ondulent dans la brise, telles des corolles prêtes à prendre leur envol. L’artiste travaille ses pièces avec la technique potière la plus ancienne qui soit : le colombin. Montés les uns sur les autres, les colombins lissés et travaillés au doigt donnent naissance à un vase ou pot creux ouvert en son sommet. L’artiste ajoute progressivement sur cette armature de petits colombins qu’elle pince et amincit à l’extrême pour les transformer en de fines et fragiles ailes ondoyantes, aux bords déchiquetés. Touchant aux limites des possibilités du grès, l’artiste confère à ses œuvres une grande sensibilité. Après séchage, les pièces subissent une première cuisson. Le biscuit, ou dégourdi, ainsi obtenu est alors recouvert d’un engobe à base d’émail qui prendra sa couleur après une seconde cuisson à une température d’environ 1200°c. Ursula Morley-Price élabore elle-même ses émaux dans une gamme restreinte allant du blanc crémeux aux bruns ocres, en passant par des bronze tirant sur le vert ou le bleu. Le fini mat de ses pièces à l’aspect rugueux et brut contrebalance leur apparente légèreté.

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Exposition Ursula Morley-Price, Oeuvres récentes. Galerie de l’Ancienne Poste de Toucy.

Des pièces poétiques

Les influences de l’artiste sont diverses. On peut voir dans les pièces exposées l’inspiration des fraises des portraits des XVIe et XVIIe siècles, ou encore des influences marines, des formes de coquillages ou d’algues. Mais l’artiste revendique plus volontiers l’influence des pliages de papier japonais, et notamment des décorations en ruché de papier fin, ces petites cartes qui s’ouvrent en dépliant leurs formes de boules ou de cloches, grâce à du papier finement plié. Mais votre imagination, j’en suis sûre, y verra bien d’autres choses encore. Outre les œuvres d’Ursula Morley-Price, la galerie s’est constitué un fonds de pièces variées. On peut y admirer, entre autre, des céramiques de Gisèle Buthod-Garçon, Robert Deblander, Daniel de Montmollin, Philippe Dubuc, Pierre Martinon, David Miller, Hervé Rousseau et bien d’autres encore…

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La collection de la Galerie de l’Ancienne Poste.

A voir jusqu’au 8 janvier à la Galerie de l’Ancienne Poste à Toucy dans l’Yonne !

La Couleur de l’Objet. Une exposition d’art contemporain à Gurgy

Jusqu’au 23 novembre à l’Espace Culturel

Gathering, Daniel Firman, 2000 ©
Gathering, Daniel FIRMAN, 2000. Collection FRAC Bourgogne – © Daniel FIRMAN, FRAC Bourgogne

Après la Couleur de la Peinture, la mairie de Gurgy dans l’Yonne inaugure une nouvelle exposition autour du thème de la couleur dans l’objet. En collaboration avec le Centre d’Art Contemporain de l’Yonne en Scène et le Fonds Régional d’Art Contemporain de Bourgogne, la municipalité a réuni cinq œuvres phares, à l’Espace Culturel de Gurgy, pour une exploration du rôle de la couleur dans l’objet, et de la place des objets dans notre vie quotidienne.

Des objets et des hommes

Nous vivons entourés d’objets ! Si nous avons parfois tendance à oublier ce constat, les œuvres exposées à Gurgy nous le rappellent. L’objet joue un rôle crucial dans le monde contemporain. Il est même au cœur de notre société de consommation depuis la révolution industrielle. Qu’il soit objet utilitaire, décoratif, ou technologique, il est désormais fabriqué à la chaine. Ces objets sériels et industriels à la fois identiques par leur forme et leur fonction, mais différents par leur couleur, sont le sujet de l’oeuvre Perfect Vehicles présentée dans l’exposition. En reproduisant en multiples exemplaires une série de jarres chinoises moulées en plâtre mais de différentes couleurs, Allan McCollum pointe l’ambiguité de l’objet, à la fois important et dérisoire, semblable et différent.

Perfect Vehicles, Allan McCollum, 1988 ©
Perfect Vehicles, Allan MCCOLLUM, 1988. Collection FRAC Bourgogne © Allan McCollum, FRAC Bourgogne

Et l’art dans tout ça !

L’objet est présent dans la peinture depuis l’Antiquité mais s’affirme comme sujet de l’oeuvre à travers la nature morte qui devient un genre pictural à part entière au XVIe siècle. Gibiers et poissons, fruits et légumes, vaisselle ou ustensiles sont peints dans un souci de réalisme constant.

L’art du XXe siècle, en rupture avec cette tradition, transforme radicalement la représentation de l’objet ! Soucieux d’interroger sans cesse les liens entre l’art et la vie, les artistes remplacent dès le début du siècle la représentation picturale de l’objet par… l’objet lui-même ! Les cubistes, Picasso et Braque en tête, sont à l’origine de l’introduction des objets dans les œuvres grâce à l’invention du collage dans les années 1910. Mais c’est l’artiste Marcel Duchamp qui décrète, en exposant un porte-bouteille en métal en 1913, que l’objet manufacturé appelé « ready made » (prêt à l’emploi) peut devenir œuvre d’art sans nécessiter l’intervention de l’artiste !

De nouvelles voies sont ouvertes pour les artistes. De nombreux courants revendiqueront l’utilisation des objets dans leurs œuvres pour repousser toujours plus loin les limites de l’art, des Dadaïstes aux Surréalistes, en passant par le Pop Art et les artistes exposés à Gurgy.

Zoom sur quelques œuvres de l’exposition

L’exposition de Gurgy met l’accent sur la couleur qui apparaît dans les œuvres tantôt comme élément de distinction de l’objet, élément décoratif, ou composante de l’objet.

L’oeuvre de Bertrand Lavier Rouge de Chine par Corona et Tollens explore d’une manière subtile le rapport entre la peinture traditionnelle et l’objet manufacturé. Son tableau se réfère à la tradition moderne du monochrome, aplat de peinture d’une seule couleur, en utilisant non pas de la peinture en tube mais des pots de peinture industrielle. A cela s’ajoute une réflexion philosophique sur la limite du langage et l’incapacité des mots à qualifier la couleur. Le rouge de Chine présente en effet une teinte bien différente d’une marque à l’autre.

Dans Flowers, sérigraphies d’Andy Warhol, maître du Pop Art américain, la couleur est une composante essentielle. Vive, saturée et antinaturaliste, elle désacralise le sujet et permet de faire passer l’objet – ici des fleurs – au rang de simple motif décoratif répétitif.

Quelle place pour l’artiste ?

Face à l’importance de l’objet dans le monde contemporain, deux œuvres de l’exposition interrogent le rôle de l’artiste par le biais de la couleur, outil d’expression artistique essentiel avec le trait et le geste de la main.

Daniel Firman, dans Gathering (Rassemblement), nous montre un personnage croulant sous de multiples objets, dont on ne voit plus que les jambes. L’homme n’est autre qu’un moulage en plâtre du corps de l’artiste, vêtu de ses propres vêtements (pantalon, chaussures, chemise). L’artiste est-il empêché dans sa création par la multitude des objets qui l’asservissent, ou au contraire est-ce une source d’inspiration inépuisable pour lui ?

Tony Cragg s’est quant à lui emparé d’objets multiples, qui rassemblés par couleurs et fixés au mur, forment une Palette géante, la palette de l’artiste contemporain qui ne peint plus avec des pigments mais qui créé son œuvre à partir des objets de notre monde.

Palette, Tony Cragg, 1987 ©
Palette, Tony CRAGG, 1985. Collection FRAC Bourgogne – © Tony Cragg, FRAC Bourgogne, PhotExpress

Voici une belle exposition, petite par la taille mais riche de sens, où la juste sélection des œuvres fait naître de nombreuses réflexions.

A méditer !

Exposition La Couleur de l’Objet jusqu’au 23 novembre à l’Espace Culturel de Gurgy.

Ouverte les week-end et jours fériés.

Visite guidée et conférence organisées autour de l’exposition.