Improvisation Tellem, une oeuvre rugueuse sur le campus de Dijon !

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Improvisation Tellem, Alain Kirili, 2000, quatorze blocs de pierre de Corton, Carrières de Nuits Saint-Georges, 5×2,80x7m, 153 tonnes, Esplanade Erasme, Campus de l’Université de Dijon, dépôt du Ministère de la Culture et de la Communication.

Le campus de l’Université de Dijon recèle quelques pépites, des œuvres d’art contemporain offertes à la vue des passants dans l’espace public. Le sculpteur français Alain Kirili a produit l’une d’entre elles : Improvisation Tellem.

Des quotas pour l’art contemporain

La sculpture monumentale d’Alain Kirili a été installée dans le cadre du 1% artistique sur l’esplanade Erasme du campus de l’Université de Dijon. Cette loi de 1951 entraîne l’obligation de décoration des constructions publiques. Un pour cent du budget de construction ou de rénovation d’un édifice doit être consacré à une commande d’œuvre d’art passée à un artiste vivant, et spécifiquement conçue pour le lieu. Ce dispositif vise à soutenir la création et à sensibiliser le grand public à l’art contemporain. Mais la rencontre n’est pas toujours aisée, et la compréhension parfois difficile entre le public et l’œuvre.

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Improvisation Tellem, Alain Kirili. © Vincent Arbelet

Tellem, une œuvre d’art ?

Improvisation Tellem est la preuve du dialogue parfois interrompu entre l’art et la rue. Cette sculpture monumentale prend place sur le campus de Dijon, devant la faculté de Droit et Lettres. Elle réunit en cercle sept volumes composés de deux blocs de pierre quadrangulaires érigés verticalement, l’un servant de socle à l’autre. Mais ce n’est pas la première œuvre que l’artiste réalisa pour le campus… En 1992 il avait été invité à produire une première sculpture monumentale intitulée Hommage à Max Roach, Calvaire. Composée elle aussi de blocs de pierre de Bourgogne, l’œuvre fut démontée en 1999 pour cause de travaux. Gênant l’avancement du chantier, la sculpture, probablement considérée par les entrepreneurs comme de simples blocs de pierre, fut détruite au bulldozer. Il faut dire que disposer une telle œuvre dans l’espace public est un défi. Loin des vitrines muséale elle doit résister seule aux vicissitudes du climat et affronter les tagueurs. Une bonne médiation s’impose donc pour dévoiler aux passants ses trésors cachés. Et Kirili se remit au travail pour proposer une nouvelle œuvre.

Kirili, un artiste multiple

Alain Kirili est un sculpteur français né à Paris en 1946. A 19 ans il fit son premier voyage aux États-Unis et découvrit l’art américain. Il se passionna pour l’Expressionnisme abstrait et particulièrement pour les œuvres de Barnett Newman. Kirili développa alors une sculpture abstraite basée sur la verticalité. Son travail, à l’opposé du conceptualisme ambiant, repose sur la sensualité des matériaux qui incarnent pour lui les origines de la vie et de l’art. Il travaille en effet des matériaux traditionnels tels que le métal, la pierre et le bois et utilise des méthodes ancestrales comme la taille directe ou le modelage. Par son travail, il tente de renouer avec les fondements de l’art. Le geste de l’empilement en est l’une des bases. Très inspiré par ses nombreux voyages dans le monde, notamment en Inde et en Afrique, Kirili est un artiste profondément humaniste. Depuis les années 1980 il réalise des œuvres monumentales conçues pour l’espace public. Loin d’impressionner et d’écraser le spectateur, ses œuvres invitent à la déambulation, à l’exploration et au toucher, et constituent de véritables lieux de vie et de rencontre entre les gens, les peuples et les arts…

Étymologie d’une œuvre

Improvisation Tellem est elle aussi conçue comme un lieu de rencontre et d’échange offrant une pause méditative sur le campus de l’Université de Dijon. Nombreux sont les étudiants qui vienne s’y reposer, lire ou discuter à l’ombre des blocs de pierre dès les beaux jours venus.

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Architecture traditionnelle Tellem et Dogon, Falaises du Bandiagara, Pays Dogon, Mali.

Alors que l’œuvre paraît hermétique au premier abord, dressant ses blocs de pierre brut, elle est riche de multiples références ! Son titre nous donne quelques pistes de compréhension. « Tellem » par exemple est un peuple ancestral du Mali vivant dans les falaises du Bandiagara, un vaste paysage culturel regroupant 289 villages sur 200 kilomètres de falaises, de plateaux gréseux et de plaines. Le site est aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO tant pour son paysage exceptionnel que pour ses traditions culturelles. Site défensif par excellence, les premières traces d’occupation de ces falaises remontent au IIIè siècle avant Jésus-Christ, mais c’est probablement au XIè siècle que le peuple Tellem s’y installa. Leurs habitations, reconnaissables à leur architecture géométrique rappelant les blocs de pierre de Kirili, épousaient parfaitement le relief naturel, et furent bâties à flanc de falaise. Chassés au XVè siècle par l’arrivée du peuple Dogon, les Tellem se retirèrent. Leurs habitations furent réutilisées par leurs envahisseurs et transformées le plus souvent en cimetière. Kirili s’en inspira pour dresser ses blocs de pierre immenses comme des totems et évoquant tout un monde des origines, où les traditions, la danse, les chants et les rencontres étaient au centre de la vie des peuples.

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Architecture Tellem et Dogon, Falaises du Bandiagara, Mali.

Musique s’il vous plaît !

Alain Kirili, comme le peintre russe du début du XXè siècle Vassily Kandinsky, établit dans ses œuvres de multiples correspondances et nourrit un dialogue entre art et musique. En considérant l’œuvre d’art comme un tout, il saisit l’occasion de proposer une expérience totale mêlant plusieurs sens. Outre la vue et le toucher, propres à l’art de la sculpture, Kirili sollicite également l’ouïe. L’artiste associe en effet très souvent la musique à ses œuvres dans des performances musicales et dansées. La sculpture détruite Hommage à Max Roach, Calvaire était déjà dédiée à la mémoire d’un grand musicien de jazz américain !

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Résistance, Alain Kirili, Grenoble. Danse5, chorégraphie de Jean-Claude Gallota interprété par les élèves du Conservatoire Régional. © Ariane Lopez-Huici.

Kirili tisse des liens entres ses œuvres et la musique Jazz, caractérisée par la légèreté et les improvisations des partitions ouvertes. Guidés par leur instrument et par le hasard, les musiciens de free jazz ont inspiré à l’artiste sa méthode qui allie monumentalité et spontanéité du geste artistique. Une prouesse en somme qui confère à ses œuvres une impression de jaillissement. Ses compositions ne sont pas définies à l’avance. Le bras de la grue qui dépose ses blocs de pierre sur le sol agit comme la continuité de sa propre main. Il appelle cette méthode de création le « dripping monumental » puisqu’il laisse choir sur le sol des blocs de pierre de plusieurs tonnes, comme Jackson Pollock laissait goutter directement sur la toile la peinture du pinceau ! Le titre de l’œuvre fait également écho au concert de Jérôme Bourdellon, « Improvisation du souffle et de la pierre ». La forme syncopée des blocs de pierre n’est pas sans rappeler le rythme effréné de la musique jazz.

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Jackson Pollock dans son atelier en pleine création d’une oeuvre par la méthode du « dripping » dont il est l’inventeur.

« Une abstraction incarnée » par le Corton Rose de Bourgogne

La relation charnelle qui s’établit à l’œuvre est facilitée par la sensualité du matériau utilisé : la pierre de Bourgogne. Il s’agit plus précisément de la Corton rose, une pierre provenant des carrières de Nuits-Saint-Georges en Côte-d’Or, de couleur beige rosé et qui rappelle la couleur de la chair. L’artiste l’a choisie pour sa capacité à susciter l’empathie du spectateur et l’utilise dans ses œuvres monumentales comme Hommage à Charlie Parker, installée Avenue de France à Paris ou Résistance à Grenoble depuis 2011. Kirili revendique la « simplicité organique » de ses sculptures monumentales dans un désir de renouer avec les fondements de l’humanité et de ne pas céder aux sirènes du kitsch. Les trois œuvres participent d’une même écriture dont le module de base serait le bloc de pierre rose de Bourgogne tantôt brut et rugueux, tantôt taillé et lisse, jouant sur les effets de matière. L’utilisation de ce matériau évoque d’ailleurs à l’artiste une certaine sensualité, une volupté voire une ivresse, à l’image du vin de Bourgogne auquel elle donne son goût minéral.

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Hommage à Charlie Parker, Alain Kirili, 2007, pierre de Bourgogne, 3x15x12m, Paris 13è. © Lecat_EosN-6531

« Ce qui me touche, et que je revendique avec fierté, c’est la relation du minéral, de la pierre, avec le vin. […] Je dois dire aussi que j’ai pris conscience avec ma sculpture pour Grenoble que non seulement le Rose de Bourgogne est charnel, mais il donne aussi son goût minéral au vin. Ce terroir, qui en Bourgogne s’appelle un “climat”, me permet de dire que je bois le vin de la pierre de ma sculpture. »

Les œuvres d’Alain Kirili sollicitent les sens. En puisant ses matériaux, ses techniques et ses thèmes aux fondements de l’humanité, Kirili parvient à créer un art charnel et organique qui renoue avec la vie !

Niki de Saint-Phalle au Grand Palais… et à Château-Chinon !

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Fontaine, Jean Tinguely et Niki de Saint-Phalle, Place de la Mairie à Château-Chinon, 1988. ©Fonds National d’Art Contemporain

Alors que l’artiste Niki de Saint-Phalle fait l’objet d’une rétrospective parisienne au Grand Palais à voir jusqu’au 2 février, intéressons-nous à sa fontaine-sculpture-mobile de Château-Chinon, dans le Morvan !

Une jeunesse chaotique

Niki de Saint-Phalle naît en 1930 à Neuilly-sur-Seine, mais c’est en Bourgogne qu’elle passe une partie de son enfance ! Fille d’un riche banquier issu de la noblesse française et d’une américaine de la haute bourgeoisie d’affaire, elle est envoyée dès sa naissance chez ses grands-parents suite au crack boursier de 1930 qui cause la ruine de sa famille. Elle passe les trois premières années de sa vie dans la Nièvre avant de rejoindre ses parents aux Etats-Unis. Commencent alors les longues années d’une jeunesse difficile au milieu d’une famille instable. Elle avouera plus tard avoir été violée par son père à l’âge de douze ans. Pour fuir le carcan familial et le puritanisme qu’elle juge hypocrite de la société américaine, Niki s’enfuit à 18 ans avec Hary Matheuws qu’elle épouse en 1949. Elle devient mannequin et fait la une de Vogue. Le couple s’installe à Paris en 1952. Ils ont deux enfants.

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Niki de Saint-Phalle en couverture du magazine Vogue en 1952

La thérapie par l’art

En 1953 Niki de Saint-Phalle fait une grave dépression. Pendant son hospitalisation, elle subi plusieurs électrochocs et découvre la thérapie par l’art. Diagnostiquée schizophrène, la peinture semble calmer ses angoisses. Elle décide de se consacrer à l’art, en autodidacte. Son œuvre hétéroclite sera d’abord composée d’assemblages d’objets divers (tissus, poupées, figurines, couteaux…). Elle se fait d’abord connaître par ses tableaux-cibles, têtes d’hommes qu’il faut viser aux fléchettes, puis par ses tirs dans les années 1960, tableaux de plâtre renfermant des poches de couleurs qui sont libérées par des tirs à la carabine. Elle entame ensuite une réflexion sur les femmes, mères dévorantes, prostituées, mariées ou mères accouchant, dans ses sculptures monumentales composées de résine, de tissus, de papier mâché et d’objets divers assemblés. C’est en voyant une amie enceinte qu’elle aurait composé sa première sculpture de Nana en papier mâché et laine qui marqua son oeuvre. A la fin des années 1960 elle crée ses premières architectures-sculptures, des structures habitables, des jeux d’enfants comme Dragon et Golem ou des jardins architecturés comme le Jardin des Tarots en Toscane. En 1972 elle réalise un film, Daddy, qui lui permet de se libérer de l’image paternelle qui la hante. Pour ses œuvres, elle s’inspire d’influences diverses, de sa propre biographie aux différentes civilisations qu’elle rencontre lors de ses voyages, de son imagination débordante aux grands maîtres de l’art.

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Niki de Saint-Phalle en pleine séance de tir le 26 juin 1961

Une artiste engagée

Ses œuvres se font l’écho des problématiques sociétales de son temps. Niki de Saint-Phalle est une artiste engagée qui défend de nombreuses causes. Féministe de la première heure avec ses Nanas joyeuses, puissantes, débridées et libres, elle défend la cause des femmes et plus largement des minorités oppressées. Elle soutient la cause des noirs, la lutte contre le racisme (série des Black vénus), et les malades du sida.

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Black Venus, Niki de Saint-Phalle, armature métallique, résine de polyester, 1965-1966. New York, Withney Museum of American Art.

Jean Tinguely et le groupe des Nouveaux Réalistes

En 1956, Niki de Saint-Phalle fait la rencontre de Jean Tinguely, artiste suisse bien connu pour ses sculptures mécaniques, assemblages abstraits d’objets résiduels mis en mouvement par des mécanismes bruyants et brinquebalants. Leur complicité artistique deviendra bientôt une complicité amoureuse. Ils se marient quelques années plus tard. Une véritable collaboration naît entre les deux artistes. Tinguely réalise les structures internes des premières Nanas. Grâce à lui, Niki découvre la vie artistique parisienne et intègre le groupe des Nouveaux Réalistes en 1961, composé entre autre par Yves Klein, César ou Daniel Spoerri. Ensemble, ces artistes tentent de s’opposer au mouvement abstrait alors en vogue et de se faire l’écho du monde contemporain. Loin de viser un art figuratif, les artistes du groupe tentent plutôt d’aboutir à un réalisme contemporain par le biais d’une nouvelle approche du réel. Symboles du consumérisme, le matériau commun et l’objet manufacturé seront au cœur de leurs créations et assemblages, à l’image des machines de Tinguely, des compressions de César ou des accumulations d’Arman.

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Signature de la Déclaration Constitutive du Nouveau Réalisme, 1960.

La Fontaine de Château-Chinon

C’est pour rendre hommage à la commune de Château-Chinon, chef lieu du Haut-Morvan, que François Mitterrand commanda une œuvre d’art publique. L’homme avait été élu maire de la ville en 1959 – il le restera vingt-deux ans – puis député et sénateur de la Nièvre. Mais c’est après son élection à la Présidence de la France qu’il offrira cette œuvre grandiose à la ville, en remerciement à son soutien. En 1987, François Mitterrand demande au Ministère de la Culture d’agir en faveur d’une commande publique. Le Centre National des Arts Plastiques (CNAP) passe alors un marché la même année avec les artistes Jean Tinguely et Niki de Saint-Phalle. L’oeuvre en dépôt à Château-Chinon est propriété de l’Etat et du CNAP.

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Détail de la Fontaine, Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely, 1987, Château-Chinon.

Une inauguration en grande pompe

Travail collaboratif de Jean Tinguely et de Niki de Saint-Phalle, la Fontaine de Château-Chinon est une œuvre unique ! Elle est inaugurée le 10 mars 1988 sur la place de la Mairie par François Mitterrand en personne qui actionne son mécanisme pour la mettre en marche ! Vidéo de l’inauguration de la Fontaine de Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely à Château-Chinon en 1988

Une œuvre conjointe

Les deux artistes ont mis leur force créatrice en commun pour concevoir cette œuvre unique et imposante. Jean Tinguely a réalisé les structures et les mécanismes internes, tandis que Niki de Saint-Phalle a créé les sculptures peintes. La Fontaine prend place dans un bassin de couleur noir. Huit sculptures sont réparties à l’intérieur du bassin, disposées selon les souhaits de Tinguely

« en unité démocratique, c’est-à-dire non monumentale, ne cherchant pas à dominer l’homme ».

Elles mesurent entre 65 centimètres et 1,35 mètres pour la plus grande. On y retrouve des éléments typiques du répertoire de Niki de Saint-Phalle. Une main se dresse vers le ciel, du bout des doigts jaillissent des jets d’eau. Un ballon, percé de trous, éclabousse. Un petit buste rose qui semble danser fait jaillir de l’eau de sa paume de main. Plusieurs autres personnages s’ajoutent à cette joyeuse farandole : un profil coloré, une grande tête rayée blanc et noir, un monstre aux dents acérées, une tête bleu souriante, et bien sûr une Nana jaune en maillot de bain dont les seins expulsent des jets d’eau. Le tout est actionné par un mécanisme grinçant et bruyant conçu par Jean Tinguely à partir de bout de ferrailles et autres matériaux de récupération, sauvés du rebut. Il donne vie à ces figures étranges, qui se déplacent et tournent selon un cycle prédéfini, issues tant du monde de l’enfance et du jeu que de l’univers du carnaval, et qui rappellent les danses joyeuses d’un certain Henri Matisse. L’oeuvre fait la synthèse entre deux mondes qui s’opposent : l’univers bruyant et métallique de Jean Tinguely, et la vision joyeuse et humoristique des figures de Niki.

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Détail de la Fontaine de Château-Chinon. Nana articulée de Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely.

« Mon moyen d’expression a lieu uniquement quand mes machines sont en mouvement. A l’arrêt, il y a non lieu »

précisait Jean Tinguely dans un croquis préparatoire à l’oeuvre. C’est pour cette raison qu’il a prévu de ralentir le débit de l’eau et des moteurs la nuit, lorsque la fontaine sera « seule et silencieuse ».

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Détails des sculptures de la Fontaine de Château-Chinon.

Les sœurs jumelles

Quelques autres fontaines des deux artistes sont connues dans le monde : la Fontaine de Berne installée en 1977, la Fontaine Jo Siffert à Fribourg en 1984 et la Fontaine Stravinsky à Paris, la sœur jumelle de celle de Château-Chinon ! Cette fontaine a été commandée en 1981 par Jacques Chirac, alors Maire de Paris, aux deux artistes pour orner la place Igor-Stravinsky. Elle prend place à côté du Centre Georges Pompidou qui abrite, entre autre, le Musée National d’Art Moderne et l’IRCAM, centre de recherche en musique contemporaine. La Fontaine rend donc hommage au compositeur du XXe siècle Stravinsky et à sa musique, incarnée par la danse des statues animées, et le bruit des mécanismes et des jets d’eau. Les deux artistes se sont d’ailleurs inspirés de plusieurs de ses compositions comme le Sacre du Printemps (1918), L’Oiseau de feu (1910), Ragtime (1918)… Certaines figures sont tout droit tirées de ces œuvres musicales comme la clé de sol, l’oiseau de feu, l’éléphant… Nul doute que la fontaine parisienne aura grandement inspiré les deux artistes pour leur œuvre de Château-Chinon !

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Fontaine Stravinsky, Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely, aluminium, acier, moteurs, polyester, fibres de verre, papier, 1983, Paris.

A voir

La rétrospective Niki de Saint-Phalle se tient au Grand Palais à Paris jusqu’au 2 févier. Outre la Fontaine, la ville de Château-Chinon abrite le musée du Septennat, installé dans un ancien couvent du XVIIIe siècle, qui conserve les cadeaux officiels et personnels reçus par François Mitterrand et offerts au département.

Le Parcours d’Ombres de Christian Boltanski à Vitteaux ou la rencontre réussie entre patrimoine et art contemporain

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Parcours d’Ombres, 2004/2010, Œuvre réalisée par Christian Boltanski dans le cadre de l’action “ Nouveaux commanditaires ” initiée par la Fondation de France. Médiation: le Consortium, Dijon. © Bertrand Gautier pour France 3

Vitteaux est une petite commune de Côte-d’Or qui peut se targuer d’abriter une œuvre d’art contemporain de l’un des plus grands artistes français actuels.

L’Action des Nouveaux Commanditaires

L’action des Nouveaux Commanditaires est un protocole de production artistique innovant, initié par la Fondation de France, qui a pour objectif de remettre l’art contemporain au centre de l’espace public. Le protocole aide des commanditaires publics – citoyens ou collectivités – confrontés à des enjeux de développement des territoires, à passer commande à un artiste contemporain. La présence d’un médiateur culturel agréé permet de nourrir le dialogue. Plusieurs œuvres ont ainsi vu le jour en Bourgogne !

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La Halle de Vitteaux. Document Wikimedia Commons

En 2004, la municipalité de Vitteaux a décidé de réaménager l’éclairage public de la ville et a fait appel aux Nouveaux Commanditaires. Aidés par Xavier Douroux, du Consortium – Centre d’art contemporain de Dijon, les habitants et les élus ont ainsi pu rencontrer l’artiste Christian Boltanski, et entamer avec lui le dialogue autour de l’oeuvre à créer. Riverains et artiste ont ainsi contribué à l’émergence d’une œuvre unique, conçue spécifiquement pour le lieu. Inauguré en 2004, Le Parcours d’Ombres de Christian Boltanski a été aussitôt adopté par les habitants. Face au succès de l’opération, l’oeuvre a même fait l’objet d’un agrandissement en 2010.

Vous avez dit Christian Boltanski ?

Christian Boltanski est né à Paris en 1944 dans une famille juive. La Deuxième Guerre Mondiale et l’Holocauste ont profondément marqué l’artiste et son œuvre. Il commença à peindre à l’âge de quatorze ans avant d’explorer d’autres techniques et supports (collage, installations visuelles et sonores, vidéo, écriture, photographie, assemblages d’objets trouvés…). Son œuvre est centrée sur l’homme et les problématiques de la mémoire, du passé, de l’histoire, et de la mort y sont très présentes, se mêlant parfois à sa propre biographie. Cet artiste jouit d’une reconnaissance internationale pour son travail d’un fort pouvoir émotionnel qui joue sur la répétition, le dérisoire et l’oubli. En 2010 il fut l’invité de la Monumenta au Grand Palais à Paris.

Parcours d'Ombres, Christian Boltanski
Parcours d’Ombres, 2004/2010, Œuvre réalisée par Christian Boltanski dans le cadre de l’action “ Nouveaux commanditaires ” initiée par la Fondation de France. Médiation: le Consortium, Dijon. © Bertrand Gautier pour France 3

Le dispositif de l’oeuvre

Le Parcours d’Ombres de Christian Boltanski comprend vingt-et-une figures qui projettent leur ombre, le soir venu, sur les murs de la ville, lorsque l’éclairage public s’allume automatiquement. Pour les découvrir, il faut suivre le parcours concocté par l’artiste et traverser la Ruelle Ferrand, la Rue Portelle, la Rue Hubert Languet et le Pont de l’Oeuf. Christian Boltanski a découpé ces silhouettes dans des plaques de cuivre. Fixées à des endroits stratégiques de la ville, ces figures énigmatiques animent, la nuit tombée, les calmes ruelles de Vitteaux.

Un parcours d’ombres pour éclairer la ville ?

Si la commande originelle était de repenser l’éclairage public et d’éclairer les rues sombres du bourg, l’artiste a fait une proposition inattendue : la création d’un parcours d’ombres ! Les ombres de Boltanski font appel à une imagerie bien particulière liée aux danses macabres (lire l’article sur la Danse Macabre de la Ferté-Loupière) et à l’univers d’halloween. Ici une sorcière s’envole sur son balai, là un chat nous guette, ailleurs on rencontre un animal étrange, aux pattes frêles et au museau pointu, ou encore des visages aux airs maléfiques et inquiétants, des masques, un ange… Les figures de Boltanski évoquent un bestiaire médiéval de contes et de légendes. L’artiste a su saisir l’atmosphère particulière de ce village pour créer des ombres qui s’accordent parfaitement avec l’architecture et l’esprit des lieux. Son oeuvre plonge le visiteur dans un état de rêverie, tout en évoquant le passé médiéval de la ville. L’installation entre en résonance avec les maisons à pans de bois, l’Hôtel Bélîme du XIIIe siècle, l’église romane et la halle médiévale de Vitteaux, tissant des liens entre les bâtisseurs du passé et la création actuelle. Un bel exemple de la rencontre réussie entre art contemporain et patrimoine !

Parcours d'Ombres, Christian Boltanski
Parcours d’Ombres, 2004/2010, Œuvre réalisée par Christian Boltanski dans le cadre de l’action “ Nouveaux commanditaires ” initiée par la Fondation de France. Médiation: le Consortium, Dijon. © Bertrand Gautier pour France 3

Il était important pour l’artiste que son œuvre s’insère dans la vie quotidienne de la ville, sans la figer ou la muséifier. Rien n’empêche un habitant, par exemple, de modifier sa façade ou d’entamer des travaux. L’oeuvre est discrète, amusante, et peu de visiteurs qui passent à la tombée de la nuit ont conscience de contempler une œuvre d’art ! On est en présence d’une œuvre fragile qui nécessite un noir presque total pour prendre vie. Elle s’éclipse dés le jour venu !

Parcours d'Ombres, Christian Boltanski
Parcours d’Ombres, 2004/2010, Œuvre réalisée par Christian Boltanski dans le cadre de l’action “ Nouveaux commanditaires ” initiée par la Fondation de France. Médiation: le Consortium, Dijon. © Bertrand Gautier pour France 3

Un petit pas pour Boltanski, un grand bond pour Vitteaux

Le thème du théâtre et des ombres est présent dans l’oeuvre de Boltanski dès les années 1980. Ses Compositions Théâtrales de 1981 mettent en scène de petits pantins de carton et fil de fer fabriqués par l’artiste, qu’il compare lui-même à des fétiches vaudous ou des trésors personnels relevant du mythe de l’enfance perdue. Créé en 1984 par Boltanski, Le Théâtre d’Ombres est une œuvre fragile, qui n’est pas sans rappeler celle de Vitteaux. Composée de figurines découpées dans du métal, l’oeuvre se nourrit d’influences diverses, du mythe platonicien de la caverne aux ombres chinoises, des danses macabres du Moyen Age au mythe des origines de la peinture chez les Grecs. Boltanski a donc puisé son inspiration dans son parcours personnel pour créer à Vitteaux une œuvre cohérente tant avec son travail qu’avec la ville et les attentes de ses habitants. Parcours nocturne libre et gratuit dans la ville toute l’année. Documentation disponible à l’Office de Tourisme de Vitteaux qui organise également des visites guidées.

L’Ours Blanc de Dijon

Alors que sort le film Grizzly au cinéma, je vous propose de découvrir l’Ours Blanc de Dijon. Cette sculpture de deux mètres cinquante, taillée en pierre de Lens, trône à l’entrée du Parc Darcy.

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L’Ours Blanc, 1933, Henry Martinet, Parc Darcy, Dijon. Copie de l’oeuvre de François Pompon.

Un bien étrange gardien du Parc

La présence de cet Ours Blanc en plein Dijon n’est pourtant pas si étrange ! Cette sculpture a été commandée par la municipalité en 1933 pour rendre hommage à François Pompon, célèbre sculpteur animalier bourguignon ! C’est son ami, le sculpteur Henry Martinet, qui réalisa cette pièce, une copie du chef-d’oeuvre de Pompon, L’ours Blanc, conservé au Musée d’Orsay à Paris.

Qui était François Pompon ?

François Pompon est né à Saulieu, petite ville nichée dans le Parc Naturel Régional du Morvan, en 1855. Dès l’âge de 14 ans, Pompon travaille à Dijon comme tailleur de pierre. Il commence sa formation artistique à l’Ecole des Beaux-Arts de Dijon en 1870, et la poursuit en 1875 à l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris. Excellent praticien, il travaille aux côtés de plusieurs sculpteurs reconnus de l’époque et devient même le chef d’atelier d’Auguste Rodin en 1893 ! Mais il œuvre dans l’ombre du maître et peine à se faire connaître.

Un des premiers sculpteurs animaliers

En 1906, Pompon commence à se désintéresser de la figure humaine, sujet de prédilection des sculpteurs de l’époque. Au lieu de cela, il préfère représenter des animaux. Pour parvenir à ses fins, Pompon travaille sur le motif. L’été, il dessine des animaux de ferme, de basse-cour ou du gibier à la campagne, et l’hiver, il se rend au Jardin des Plantes à Paris pour croquer des animaux exotiques. Parfois il se déplace avec son établi portatif pour sculpter directement de petites figurines dans la glaise, qu’il reprend ensuite en atelier.

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Animal se dirigeant vers la droite, fin XIXe – début XXe siècle, mine de plomb sur papier, François Pompon, collection du Musée du Louvre, Paris. Copyright Réunion des Musées Nationaux

Genèse d’une oeuvre

Ce n’est qu’en 1922, à l’âge de 67 ans, que François Pompon obtient son premier succès public avec l’exposition de L’Ours Blanc au Salon d’Automne à Paris. S’éloignant de l’expressionnisme des figures d’un Auguste Rodin, Pompon cherche une autre voie expressive qu’il trouvera dans l’épure des formes. Il cherche avant tout à saisir « l’essence même de l’animal » qu’il traduit souvent dans des formats monumentaux. Pompon commence par représenter son sujet avec une foule de détails qu’il simplifie peu à peu, ne gardant que les formes pleines et les lignes essentielles. Ses œuvres semblent ainsi universelles et intemporelles ! Maitrisant parfaitement les formes de cet Ours Blanc, Pompon parvient à rendre le mouvement de l’animal qui semble vivant. Alliant l’utilisation des matériaux traditionnels, comme la pierre, le marbre ou le bronze, tout en s’inspirant des dernières tendances artistiques, des sculptures épurées de Brancusi aux formes géométriques des cubistes, Pompon aboutit à un équilibre des formes et à une grande beauté.

Pour voir les œuvres de Pompon

Pour découvrir d’autres œuvres de notre sculpteur bourguignon, rendez-vous au musée François Pompon à Saulieu, qui consacre une salle aux œuvres de l’artiste, dont certaines de jeunesse. En ville, vous pourrez également voir un magnifique Taureau en bronze. Le Musée des Beaux-Arts de Dijon possède plusieurs pièces du sculpteur. Le Musée du Louvre conserve de nombreux de ses dessins, tandis que le Musée d’Orsay expose, entre autre, L’Ours Blanc original de l’artiste.