« Les gouacheries » d’Alexander Calder au Musée Zervos de Vézelay – Exposition temporaire du 1er Juillet au 31 Octobre 2017

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Ingénieur – artiste

Né en Pennsylvanie en 1898 dans une famille d’artistes, Alexander Calder devient d’abord ingénieur. C’est en 1923 qu’il décide de se consacrer finalement à l’art. Il part se former à la peinture et au dessin à New York. Mais son diplôme en génie mécanique lui servira tout au long de sa vie d’artiste et lui permettra de concevoir des mécanismes complexes pour mettre en mouvement ses figures artistiques.

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Portrait d’Alexander Calder, 1947, photographie de Carl Van Vechten, Library of Congress©

La quête du mouvement

Le mouvement est bien au cœur de ses recherches artistiques dès ses débuts à New Yorkais. Ses premiers dessins – évènements sportifs, artistes de cirques ou scènes de rues – tentent de saisir le mouvement des corps et la rapidité du monde moderne.

Son retour à Paris dans les années 1930 marque pour Calder le passage à l’abstraction pure. Une nouvelle manière pour lui d’explorer plus avant ses problématiques fétiches : le mouvement bien sûr, mais aussi ses corollaires comme l’équilibre / l’instable, la symétrie / la dissymétrie, la fragilité / la solidité, le vide / le plein.

Quelques œuvres emblématiques

Après avoir conçu son Cirque, œuvre d’art totale aux figures animées qui a donné lieu à de véritables spectacles, Calder développe ensuite la technique, belle et fragile, des sculptures en fil de fer. Mais il est surtout connu pour ses nombreux mobiles aériens et colorés qu’ils soient à mouvement libre, motorisé ou même sonore.

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La gouacherie

L’exposition du musée Zervos, sous la direction de Daniel Abadie, ancien conservateur du Centre Pompidou et directeur de la Galerie du Jeu de Paume à Paris, se propose de mettre en lumière un pan moins connu de la carrière de l’artiste : ses œuvres graphiques. Une cinquantaine d’oeuvres sur papier, des lithographies et des gouaches, sont exposées au musée Zervos à Vézelay. Traversées par le mouvement, ses œuvres graphiques sont imprégnées de formes cosmiques et astrales. Spirales, soleils, lunes, circonvolutions en tous genres et disques peuples le travail de Calder, qui fut marqué par l’univers, comme le raconte dans ce reportage Agnès Delannoy, directrice du musée.

Composées entre 1953 et 1976 dans son atelier « La Gouacherie » situé en Touraine, les œuvres de l’exposition proviennent de collections privées ou du Centre Pompidou de Paris. Quelques œuvres sont directement issues du fonds du musée vézelien, leg de la collection personnelle du couple Christian et Yvonne Zervos qui lui consacrèrent une exposition dans leur galerie parisienne en 1954. Christian Zervos, qui avait rencontré Calder à Paris dans les années 1930, lui avait d’ailleurs consacré plusieurs articles dans sa revue Cahiers d’Art.

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Le mobile à la rencontre de la Basilique

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Alexander Calder, stabile devant la basilique Saint-Marie-Madeleine de Vézelay, oeuvre prêtée par la ville de Saché, Indre-et-Loire. ©Les Amis de Vézelay et de sa Région

Après la visite de l’exposition, l’ascension de la Colline Eternelle s’impose. En point d’orgue, la sculpture géante de Calder installé sur le parvis de la Basilique romane Sainte-Marie-Madeleine. Cette œuvre emblématique de l’artiste, qui vient juste d’être restaurée, a été prêtée par la ville de Saché, en Indre-et-Loire, où Calder avait installé son atelier dans les années 1950 à 1970. Il s’agit d’un stabile (le socle fixe) surmonté d’un mobile composé de deux sphères, l’une bleue et l’autre rouge, tournant au bout d’une tige horizontale au grès du vent. Si l’installation de cette pièce contemporaine sur ce site historique et religieux à fait couler beaucoup d’encre, il n’en reste pas moins que ces deux œuvres fortes, fruits de deux époques lointaines, nourrissent quelques points communs, notamment autour de la question du rapport de l’homme à l’univers, au cosmos et au sacré…

Exposition Calder à découvrir au Musée Zervos de Vézelay jusqu’au 15 novembre 2017.

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« Les deux Lunes » à l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre Exposition de Frédéric Couraillon du 16 janvier au 13 mars 2016

 

affiche A3 les deux lunes-page-001« Les deux Lunes », c’est le nom de l’une des toiles de Frédéric Couraillon exposées depuis le 16 janvier dans le cellier de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. L’artiste a choisi ce titre évocateur teinté d’ésotérisme pour intituler cette exposition riche en œuvres et qui nous plonge au cœur du travail et des problématiques développés par l’artiste.

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« Les deux lunes », Frédéric Couraillon, huile et charbon sur toile, 2015. Vue de l’exposition au Cellier de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. ©Frédéric Couraillon

Une exposition ésotérique

Féru de littérature, l’artiste n’hésite pas à s’inspirer d’un thème, d’un motif ou d’un personnage rencontrés au fil de ses lectures pour créer ses œuvres. Son tableau Les deux lunes lui a été inspiré par le conte philosophique de Voltaire, Micromegas. Le texte, une réflexion sur l’infiniment petit et l’infiniment grand au siècle des Lumières, relate le voyage extraordinaire de deux géants à travers le cosmos. C’est aussi la posture qu’a choisi l’artiste pour présenter dans cette exposition une variété de formats, des peintures imposantes aux gravures miniatures.

Du côté de la technique

L’exposition s’ouvre sur une série de peintures grands formats à la matière épaisse et aux couleurs vibrantes de lumière. Les formes organiques apparaissent sur la surface granuleuse et magmatique de la toile, travaillée d’abord avec du charbon broyé et collé. L’artiste applique ensuite les couleurs à l’huile et parvient, malgré les empâtements de la matière, à un résultat léger et poétique. S’il part souvent d’une idée, d’un thème ou d’un croquis, Frédéric Couraillon laisse libre court au geste de sa main, et parfois au hasard, durant la phase de création.

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Vue de l’exposition de Frédéric Couraillon à l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre, peintures à l’huile et charbon sur toile, 2015. ©Frédéric Couraillon

 

Au fil des oeuvres

Ce sont deux maternités, inspirées par les peintres siennois du XIIIè siècle, et un arbre dont les fleurs évoquent aussi des étoiles, qui accueillent le visiteur et le guident pour un voyage intérieur. Plus loin dans l’exposition, des monstres marins et des combats maritimes peuplent les toiles dans des tons de brun, d’ocre et de bleu, sans doute inspirés de l’une de ses oeuvres favorites, « Persée et Andromède » du Titien. Les Naufragés, une peinture grand format, appartient d’ailleurs à une série de trois œuvres inspirées de la Divine Comédie de Dante rédigée au XIVè siècle, qui relate en trois tomes l’enfer, le purgatoire et le paradis, des thèmes qui correspondent bien à l’ambiance des toiles de Frédéric Couraillon.

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Frédéric Couraillon, série de trois oeuvres inspirées de « La Divine Comédie » de Dante, peintures à l’huile et charbon sur toile, 2015. ©Frédéric Couraillon
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Frédéric Couraillon devant sa toile « Le Devin », vue de l’atelier de l’artiste. ©Frédéric Couraillon

A l’opposé de ses tableaux, l’artiste expose également de petits formats, dessins ou gravures qui sont pour lui l’occasion d’un travail introspectif et intime. Portraits, animaux récurrents comme l’âne ou le paon, natures mortes (trois poissons finement dessinés dans une assiette) et silhouettes enfantines animent les papiers japonais précieux choisis par l’artiste comme support. Les gravures sont une belle découverte, tant la maîtrise technique de l’artiste est au service d’un vocabulaire pictural poétique. Frédéric Couraillon grave sur de petites plaques de cuivre en mêlant la pointe sèche, utilisée pour la vivacité de son trait, l’eau forte qui permet la souplesse du geste, et l’aquatinte qui offre un rendu flou. Les fonds noirs sont obtenus grâce au carborundum, une technique qui consiste à coller sur la matrice des grains de carbone de silicium qui donnent, une fois l’estampe imprimée, un rendu noir mat et profond.

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L’enfer au cellier de l’Abbaye Saint-Germain

Au centre de la pièce, qui fut au Moyen Age le cellier des moines de l’Abbaye Saint-Germain, l’artiste y a aménagé « l’Enfer », un cube dans lequel sont exposées des œuvres érotiques inspirées des estampes japonaises du XVè siècle, qui étaient offertes aux jeunes couples en guise de cadeaux de mariage.

L’art céramique de Frédéric Couraillon

L’exposition est ponctuée de quelques sculptures en céramique, principalement des maternités et des vases. Au centre, une œuvre en terre cuite émaillée blanche est une « Galatée » revisitée inspirée du mythe de Pygmalion, raconté dans les Métamorphoses d’Ovide. Pygmalion est un artisan chypriote qui aurait inventé l’art de la sculpture. Tombé amoureux de sa statue d’ivoire, appelée Galatée, Pygmalion obtint d’Aphrodite, déesse de l’amour, qu’elle donne vie à la créature. Le mythe relate le lien affectif qui existe entre l’artiste et son œuvre, bien présent dans le travail de Frédéric Couraillon.

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Vue de l’exposition de Frédéric Couraillon à l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. Au 1er plan sculpture en terre cuite « Galatée ». ©Frédéric Couraillon

Frederic Couraillon : un artiste inspiré 

Formé à l’école des Beaux-Arts de Paris, Frederic Couraillon est un artiste icaunais qui partage son temps et sa création entre la France et l’Espagne. Musicien – il est un pianiste hors pair – Frederic Couraillon est prolifique : la peinture, la sculpture, la céramique, le dessin, et la gravure ne lui résistent pas. Ouvert et disponible, l’artiste sera présent régulièrement dans son exposition pour aller à la rencontre du public. Les œuvres sont en vente pour les amateurs et collectionneurs, prix disponibles dans l’exposition.

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Portrait de l’artiste Frédéric Couraillon devant l’une de ses toiles. ©Frédéric Couraillon

« Les deux lunes », une exposition à ne pas manquer, du 16 janvier au 13 mars 2016 à l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre !

Les Journées Européennes du Patrimoine 2015 reviennent les 19 et 20 septembre

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Les 32èmes Journées Européennes du Patrimoine auront lieu ce week-end, dans toute la France ! Plus de 17 000 lieux seront ouverts au public samedi et dimanche, dont 5700 ouvertures exceptionnelles ! Une bonne occasion de découvrir des lieux secrets et inattendus de Bourgogne…

La 32ème édition

Les Journées Européennes du Patrimoine sont un rendez-vous très attendu chaque année du public ! On ne présente plus cette opération portes ouvertes dans les monuments créé en 1984 par le Ministère de la Culture. C’est désormais plus de 50 pays qui suivent l’exemple de la France, et plusieurs millions de visiteurs curieux chaque année.

Le patrimoine du XXI è siècle

Le thème de l’édition 2015 mettra à l’honneur le patrimoine du XXIè siècle, un patrimoine fait d’édifices récents, de lieux de vie et du quotidien, à l’opposé des architectures classiques du patrimoine ancien, châteaux et édifices religieux ! Ce thème ambitieux et original souligne le dynamisme, ou son absence parfois, de l’architecture contemporaine. C’est l’occasion de réfléchir à la qualité architecturale de notre époque, à son renouveau et à sa pertinence et de mettre en valeur le travail des architectes ! S’il est en effet toujours intéressant de protéger le patrimoine du passé, il faut aussi veiller à la vivacité de la création actuelle et lui laisser la place de son épanouissement dans les années à venir.

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Centre des Archives Historiques de la Nièvre, Nièvre. Architecte Patrick Mauger, bâtiment HQE.

Que voir, que faire en Bourgogne

En plus des lieux habituels de visite en Bourgogne qui regorge de nombreux Monuments Historiques, vous pourrez suivre une visite commentée de l’auditorium de l’opéra de Dijon dans lesquels les architectes ont atteint d’excellentes qualités acoustiques. La Tour Elithis, toujours dans la capitale burgonde, première tour à énergie positive au monde sera également visitable. Le Consortium de Dijon, centre d’exposition du Fond Régional d’Art Contemporain de Bourgogne, réhabilité récemment par l’architecte Shireru Ban (Prix Pritzker 2014) vous dévoilera ses secrets, et ses expositions d’art contemporain !

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Rectorat de Dijon, projet architectural de Rudi Ricciotti.

La SNCF se met au diapason en proposant un pass spécial JEP à 5 euros pour voyager tout le week-end en Bourgogne Franche-Comté et papillonner de site en site ! Plus d’informations ici.

Téléchargez les programmes des sites ouverts dans votre département

Yonne JEP2015_programme_Yonne

Nièvre JEP2015_programme_nievre

Saône et Loire JEP2015_programme_saoneetloire

Côte-d’Or JEP2015_programme_cotedor

Téléchargez le Panorama National du patrimoine du XXIè siècle 

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Bonnes visites !

Quand Jeannine Cook célèbre « Burgundia » Dessins en pointe de métal

Exposition temporaire au Musée des Arts Naïfs et Populaires de Noyers du 7 au 21 septembre

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Affiche de l’exposition Jeannine Cook à voir au Musée des Arts Naïfs et Populaires de Noyers. ©Jeannine Cook / Musée des Arts Naïfs et Populaires de Noyers

Jeannine Cook est une artiste étonnante. Née en Tanzanie, de double nationalité britannique et américaine, c’est pourtant à la Bourgogne et à son terroir qu’elle s’est intéressée dernièrement. Le résultat, visible au Musée de Noyers jusqu’au 21 septembre seulement, est une œuvre à part et furieusement contemporaine destinée à célébrer la belle « Burgundia ».

« Fossiles, Manuscrits Enluminés et Vins : une célébration de ‘Burgundia’ en dessins de Pointe de Métal »

Tel est le titre de cette exposition qui résume parfaitement le programme que s’est fixé l’artiste lors de sa résidence à La Porte Peinte, un espace dédié aux arts contemporains dans le petits village médiéval de Noyers-sur-Serein. C’est durant sa résidence en 2015 qu’elle a réalisé cet ensemble de dessins inspirés de la Bourgogne, de son sol datant du Kimméridgien et regorgeant de petits fossiles, et du vin de Chablis qui puise dans ce terroir son parfum minéral.

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Jeannine Cook, Chablis Gold (Grape Vine), dessin à la pointe d’argent sur papier, aquarelle et feuille d’or. ©Jeannine Cook

Un jour de pluie

Cette série de dessins est le fruit d’un heureux hasard ! A l’annonce de journées pluvieuses, comme la Bourgogne en connaît parfois, Jeannine Cook partit ramasser en pleine nature de quoi peindre en atelier. Feuilles, branches et cailloux bourrés de petites coquilles d’huîtres fossilisées remplirent son panier. De ce terroir bourguignon typique, l’artiste tira des œuvres poétiques aux formes organiques et à l’univers minéral.

La pointe de métal

Du côté de la technique, Jeannine Cook apparaît comme une résistante. Elle est l’une des rares artistes contemporaines qui utilisent encore la pointe de métal pour dessiner, une technique ancestrale mais exigeante ! L’outil est pourtant simple, il s’agit d’une barrette de métal insérée dans un manche en bois. La pointe de métal est l’ancêtre du crayon à papier avant sa généralisation au XVIè siècle grâce à la découverte de mines de graphite pur à Borrowdale en Angleterre.

Déjà en usage dans la Rome antique, la pointe de métal est surtout connue pour être très utilisée dans les monastères au Moyen Age, notamment en Bourgogne ! Elle servait alors aux moines dès le VIII è siècle pour tracer les lignes destinées aux textes des manuscrits ou pour esquisser les enluminures. Elle fut utilisée quelques siècles plus tard par les artistes qui développèrent la technique du dessin à la pointe de métal qui connut son apogée avec les maîtres de la Renaissance, de Pérugin à Raphaël en passant par Léonard de Vinci et Albrecht Dürer.

L’argent est d’or

Parmi tous les métaux utilisés dans cette technique de dessin, c’est l’argent que préfère Jeannine Cook. En frottant la mine d’argent sur le papier, d’infimes particules de métal se déposent sur le support et laissent leur fine trace. Au contact de l’air, les particules métalliques s’oxydent. Les traits prennent alors des teintes variées, passant du gris au brun chaud. Aucun remord possible pour l’artiste car les traits d’argent ne s’effacent pas ! Aussi, doit-elle avoir le geste sûr. Pour saluer une dernière fois la terre de Bourgogne, Jeannine Cook a rehaussé quelques uns de ses dessins à l’ocre jaune ou rouge, autre richesse de notre « Burgundia ».

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Jeannine Cook, Vigne de Chablis, dessin à la pointe d’argent sur papier, aquarelle et feuille d’or. ©Jeannine Cook

A voir

Exposition à voir au Musée des Arts naïfs et Populaires de Noyers jusqu’au 21 septembre. Pour les Journées Européennes du Patrimoine 2015, Jeannine Cook animera un discours illustré sur le thème de la géologie (fossiles jurassiques d’huîtres pour le vin de Chablis) avec les manuscrits enluminés, héritage des monastères, sous forme de dessins de Pointe de Métal le samedi 19 et le dimanche 20 septembre à 16h au musée de Noyers.

Ses oeuvres seront également visibles à La Porte Peinte dans l’exposition collective « Quotidiaen » du 25 octobre au 31 décembre 2015.

Week-end portes ouvertes dans les ateliers d’artistes de l’Yonne

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Le week-end de l’Assomption est l’occasion parfaite de pousser les portes des ateliers ouverts au public dans l’Yonne, et de découvrir les coulisses de la création contemporaine.

Un rendez-vous incontournable

C’est devenu un rendez-vous obligé pour tous les artistes et les amateurs depuis plus de dix ans ! Les portes ouvertes des ateliers d’artistes sont l’occasion de parcourir notre belle campagne tout en découvrant de nouveaux créateurs et leurs oeuvres. A l’opposé des froides cimaises des habituelles expositions, c’est tout le contexte de création qui se révélera à vous. Qu’il soit au fond du jardin, dans la grange ou le grenier, l’atelier est l’antre secrète de l’artiste.

De belles rencontres artistiques

Ce rendez-vous annuel permet de faire de belles rencontres avec les artistes en personnes qui seront présents pour vous présenter leurs oeuvres et répondre à vos questions. L’échange direct avec l’artiste est souvent le moment idéal pour comprendre sa démarche, les problématiques abordées dans ses oeuvres, ses sources d’inspirations ou même une anecdote particulière sur une oeuvre. Tous les goûts seront satisfaits car peintures, sculpture, céramique, gravure, arts graphiques, photo ou vidéo sont au rendez-vous.

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L’atelier, un personnage à part entière

L’atelier est un lieu très personnel, souvent chargé d’une âme particulière. Entre tâches de peintures, odeurs de térébenthine, éclats de pierre ou matériaux de récupération abandonnés ici ou là, la visite de l’atelier permet de percevoir les oeuvres sous un autre jour. La découverte des outils de travail et des matières premières utilisées par l’artiste permettent de comprendre son travail de l’intérieur et d’y mettre un supplément d’âme.

Et peut-être, qui sait, vous viendra l’envie de réaliser une acquisition…

Téléchargez ici le programme et la carte des ateliers ouverts au public.

Art et vin, un mélange détonnant en Pouilly Fumé

affiche FIAAC La 3ème Foire internationale d’Art Actuel en Pouilly Fumé s’est tenue du 30 avril au 3 mai. Artistes et vignerons se sont unis pour offrir une manifestation hors norme. Retour sur cette idée innovante de l’art dans les chais, qui fait son chemin en Bourgogne.

Genèse d’un évènement

Au commencement il y eut un rapprochement entre des artistes, venus installer leur atelier à Pouilly-sur-Loire et alentours, et des vignerons de la fameuse appellation Pouilly Fumé. De cette rencontre naquit l’idée de concevoir un événement destiné à promouvoir et à vendre les oeuvres et les vins. L’Association Les Rendez-vous du Pouilly Fumé a vu le jour en 2012. La première édition de cette FIAAC s’est tenue l’année suivante et connut dès sa création un vif succès.

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Vue de l’exposition d’Eve Domy, Domaine de Congy, 3è FIAAC en Pouilly Fumé 2015. ©Eve Domy.

Une organisation bien rodée

Chaque année un jury professionnel est désigné. Les dossiers des artistes retenus sont alors présentés aux vignerons qui ouvrent pour l’occasion leurs chais et leurs caveaux, transformés en galeries temporaires. C’est là la première clé du succès de cette manifestation ! Outre la sélection très pointue des artistes, c’est de l’accord entre les œuvres et les lieux que naît l’émotion de la visite. Accrochées sur les cuves, ficelées aux casiers de bouteilles, suspendues à un fil de fer ou posées sur un tonneau, les oeuvres entrent en résonance avec l’exploitation viticole qui les accueille. Le vigneron peut ainsi défendre un artiste de son choix. Et certains n’hésitent pas à confier qu’ils n’étaient pas férus d’art. Mais ça, c’était avant…

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Tableau de Pascal Bost exposé au Domaine Caïlbourdin, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Pascal Bost.

Accord art & vin

Il faut dire que l’art et le vin partagent de nombreux points communs ! Ils sont d’abord fait par des hommes et des femmes de passion : artistes et vignerons qui partagent le goût du travail bien fait, la rigueur, le plaisir de créer, de transmettre. Une œuvre, comme un vin, est le fruit d’accords, d’assemblages, d’une longue observation et de choix opérés. Ils font tous les deux appel aux sens, et ouvrent sur tout un monde de sensations et d’imagination. Qui auraient cru que vignerons et artistes aient autant de points communs?

L’expérience de la rencontre

La seconde clé du succès de la FIAAC tient aux multiples rencontres qu’elle opère, entre artistes et vignerons – les artistes sont hébergés dans les domaines durant toute la durée de la manifestation – mais aussi entre le public et les artistes, entre le public et les vignerons. Rares sont les occasions de discuter avec l’artiste devant ses œuvres, de découvrir sa démarche, de percer à jour une inspiration, ou de comprendre une technique. Rares sont également les occasions d’échanger avec les viticulteurs, de saisir leur amour de la terre, de partager leurs convictions environnementales, de percer leurs choix de méthodes de culture, et de percevoir leur patte derrière chaque arôme. Le visiteur est ici comblé par ces échanges passionnés et passionnants !

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Exposition de Marion Robert dans la cave du Domaine Marchand et Fils, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Marion Robert

Quelques duos choisis

Muriel Napoli

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Les oeuvres minérales de Muriel Napoli dans la cave du Domaine Masson-Blondelet, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Muriel Napoli

Muriel Napoli a exposé ses oeuvres minérales et organiques au Domaine Masson-Blondelet. Ses tableaux délicats dans les nuances de gris, où pointe désormais une touche de couleur, bleu parcimonieux, évoquent la transformation permanente de la nature, entre sédimentation et concrétion. Sa technique se partage entre lavis fluide et transparent et accumulation de peinture, petits amas comme des météores. Les formes abstraites ainsi obtenues évoquent parfois des pétales de fleurs qui se marient parfaitement à la voûte de la cave. Tout aussi attentif à la nature est le propriétaire des lieux qui pratique une culture raisonnée. Peu attaché aux labels et autres appellations, il cultive pourtant ses vignes dans le respect des écosystèmes et parle passionnément de ses vins. Les différents terroirs de l’AOC Pouilly Fumé – marnes kimméridgiennes, sols calcaires ou silex – s’expriment pleinement dans ses différentes cuvées.

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Tableau de Muriel Napoli au Domaine Masson-Blondelet, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Muriel Napoli

Héloïse Guyard

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Oeuvres graphiques d’Héloïse Guyard au Château de Tracy, 3è FIAAC en pouilly Fumé. ©Eloïse Guyard

Le raffinement des œuvres d’Héloïse Guyard a trouvé un cadre parfait au Château de Tracy ! Elle y a exposé ses motifs répétitifs, presque obsessionnels de fin tressages, de mailles et de cordages tracés au pinceau ou au crayon qui colonisent pages de carnets, tissus et même le sol du chais ! Son travail original et très personnel a d’ailleurs été salué par le jury qui lui a attribué le Grand Prix de la FIAAC 2015.

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Tressage au sol d’Héloïse Guyard au Château de Tracy, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Heloïse Guyard

Nicolas Gasiorowski

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Exposition de Nicolas Gasiorowski à la cuveriez du Domaine du Bouchot, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Nicolas Gasiorowski

Nicolas Gasiorowski exposait ses toiles à la fois contemplatives et narratives au Domaine du Bouchot. Les cuves en inox du domaine constituaient des cimaises originales pour les œuvres de l’artiste qui se partagent entre paysages et figures humaines. L’homme parle avec passion de sa démarche artistique. Ses « paysages mentaux » ou ses figures quasi mythiques sont tirés de son imagination. Une urgence créatrice l’anime. Elle est palpable dans la touche de l’artiste et dans les nuances très travaillées des fonds colorés. Le tout est généralement rehaussé d’un trait de pastels à l’huile, surgissement de la réalité. Rachel et Pascal Kerbiquet, propriétaires du domaine du Bouchot proposent, en écho aux œuvres exposées, une belle gamme de Pouilly Fumé travaillée en agriculture biologique.

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Tableaux de Nicolas Gasiorowski au Domaine du Bouchot, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Nicolas Gasiorowski

Marion Robert

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Exposition de Marion Robert dans la cave du Domaine Marchand et fils, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Marion Robert

L’étrange réalité des oeuvres de Marion Robert, exposées au Domaine Marchand et Fils, a trouvé un écho parfait dans la cave brute des frères Marchand, accrochées ou posées au milieux des tonneaux et autres outils viticoles. Le lieu, chargé d’histoire, entre en résonance avec les créations de la jeune artiste qui commence par travailler ses fonds à l’huile ou à l’acrylique, avant de souligner d’un trait les figures imaginaires qui en émergent. L’artiste construit ses toiles sans préméditation. Poétiques, elles sont peuplées de figures évocatrices, parfois torturées à la manière d’un Egon Schiele, et de paysages imaginaires.

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Oeuvre de Marion Robert au Domaine Marchand et Fils, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Marion Robert
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Tableau de Marion Robert au Domaine Marchand et Fils, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Marion Rober

Dominique Pivin

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Exposition de Dominique Pivin au Domaine Landrat-Guyollot, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Dominique Pivin

Purement abstraites, les œuvres brutes de Dominique Pivin, exposées au tout nouveau caveau de dégustation du domaine Landrat-Guyolot, explorent la matière. Rouille, oxydation, traces, matière picturale grattée ou frottée sont au cœur de la recherche de l’artiste qui travaille avec des tons naturels d’ocres, faisant presque oublier que ces tableaux sont le fruit de main de femme.

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Tableau de Dominique Pivin au Domaine Landrat-Guyollot, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Dominique Pivin

Eve Domy

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Exposition d’Eve Domy au Domaine de Congy, 3è FIAAC en Pouilly Fumé. ©Eve Domy

Ce mêmes tons ocre peuplent les œuvres d’Eve Domy, une artiste installée au cœur du village de Pouilly, exposée cette année au Domaine de Congy. Travaillant par couches successives, et mêlant peinture à l’eau et à l’huile, Eve Domy joue sur les effets de transparence et de matière par l’ajout de papiers collés et de matériaux divers (plâtre, ciment…). Son univers doux, emprunt de poésie, est peuplé de silhouettes délicates, d’enfants et de mères.

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Le village de Pouilly-sur-Loire où se déroule chaque année la Foire Intrenationale d’Art Actuel dans les chais en Pouilly Fumé. ©Office de Tourisme de Pouilly-sur-Loire et sa Région

La FIAAC de Pouilly Fumé est désormais un rendez-vous qui attire chaque année de plus en plus de visiteurs français et étrangers. Elle a confirmé cette année encore son professionnalisme et la belle sélection d’artistes exposés. Certains vignerons confient même leur envie de prolonger l’expérience, et peut-être d’inviter des artistes à exposer dans le chais le reste de l’année !

Niki de Saint-Phalle au Grand Palais… et à Château-Chinon !

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Fontaine, Jean Tinguely et Niki de Saint-Phalle, Place de la Mairie à Château-Chinon, 1988. ©Fonds National d’Art Contemporain

Alors que l’artiste Niki de Saint-Phalle fait l’objet d’une rétrospective parisienne au Grand Palais à voir jusqu’au 2 février, intéressons-nous à sa fontaine-sculpture-mobile de Château-Chinon, dans le Morvan !

Une jeunesse chaotique

Niki de Saint-Phalle naît en 1930 à Neuilly-sur-Seine, mais c’est en Bourgogne qu’elle passe une partie de son enfance ! Fille d’un riche banquier issu de la noblesse française et d’une américaine de la haute bourgeoisie d’affaire, elle est envoyée dès sa naissance chez ses grands-parents suite au crack boursier de 1930 qui cause la ruine de sa famille. Elle passe les trois premières années de sa vie dans la Nièvre avant de rejoindre ses parents aux Etats-Unis. Commencent alors les longues années d’une jeunesse difficile au milieu d’une famille instable. Elle avouera plus tard avoir été violée par son père à l’âge de douze ans. Pour fuir le carcan familial et le puritanisme qu’elle juge hypocrite de la société américaine, Niki s’enfuit à 18 ans avec Hary Matheuws qu’elle épouse en 1949. Elle devient mannequin et fait la une de Vogue. Le couple s’installe à Paris en 1952. Ils ont deux enfants.

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Niki de Saint-Phalle en couverture du magazine Vogue en 1952

La thérapie par l’art

En 1953 Niki de Saint-Phalle fait une grave dépression. Pendant son hospitalisation, elle subi plusieurs électrochocs et découvre la thérapie par l’art. Diagnostiquée schizophrène, la peinture semble calmer ses angoisses. Elle décide de se consacrer à l’art, en autodidacte. Son œuvre hétéroclite sera d’abord composée d’assemblages d’objets divers (tissus, poupées, figurines, couteaux…). Elle se fait d’abord connaître par ses tableaux-cibles, têtes d’hommes qu’il faut viser aux fléchettes, puis par ses tirs dans les années 1960, tableaux de plâtre renfermant des poches de couleurs qui sont libérées par des tirs à la carabine. Elle entame ensuite une réflexion sur les femmes, mères dévorantes, prostituées, mariées ou mères accouchant, dans ses sculptures monumentales composées de résine, de tissus, de papier mâché et d’objets divers assemblés. C’est en voyant une amie enceinte qu’elle aurait composé sa première sculpture de Nana en papier mâché et laine qui marqua son oeuvre. A la fin des années 1960 elle crée ses premières architectures-sculptures, des structures habitables, des jeux d’enfants comme Dragon et Golem ou des jardins architecturés comme le Jardin des Tarots en Toscane. En 1972 elle réalise un film, Daddy, qui lui permet de se libérer de l’image paternelle qui la hante. Pour ses œuvres, elle s’inspire d’influences diverses, de sa propre biographie aux différentes civilisations qu’elle rencontre lors de ses voyages, de son imagination débordante aux grands maîtres de l’art.

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Niki de Saint-Phalle en pleine séance de tir le 26 juin 1961

Une artiste engagée

Ses œuvres se font l’écho des problématiques sociétales de son temps. Niki de Saint-Phalle est une artiste engagée qui défend de nombreuses causes. Féministe de la première heure avec ses Nanas joyeuses, puissantes, débridées et libres, elle défend la cause des femmes et plus largement des minorités oppressées. Elle soutient la cause des noirs, la lutte contre le racisme (série des Black vénus), et les malades du sida.

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Black Venus, Niki de Saint-Phalle, armature métallique, résine de polyester, 1965-1966. New York, Withney Museum of American Art.

Jean Tinguely et le groupe des Nouveaux Réalistes

En 1956, Niki de Saint-Phalle fait la rencontre de Jean Tinguely, artiste suisse bien connu pour ses sculptures mécaniques, assemblages abstraits d’objets résiduels mis en mouvement par des mécanismes bruyants et brinquebalants. Leur complicité artistique deviendra bientôt une complicité amoureuse. Ils se marient quelques années plus tard. Une véritable collaboration naît entre les deux artistes. Tinguely réalise les structures internes des premières Nanas. Grâce à lui, Niki découvre la vie artistique parisienne et intègre le groupe des Nouveaux Réalistes en 1961, composé entre autre par Yves Klein, César ou Daniel Spoerri. Ensemble, ces artistes tentent de s’opposer au mouvement abstrait alors en vogue et de se faire l’écho du monde contemporain. Loin de viser un art figuratif, les artistes du groupe tentent plutôt d’aboutir à un réalisme contemporain par le biais d’une nouvelle approche du réel. Symboles du consumérisme, le matériau commun et l’objet manufacturé seront au cœur de leurs créations et assemblages, à l’image des machines de Tinguely, des compressions de César ou des accumulations d’Arman.

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Signature de la Déclaration Constitutive du Nouveau Réalisme, 1960.

La Fontaine de Château-Chinon

C’est pour rendre hommage à la commune de Château-Chinon, chef lieu du Haut-Morvan, que François Mitterrand commanda une œuvre d’art publique. L’homme avait été élu maire de la ville en 1959 – il le restera vingt-deux ans – puis député et sénateur de la Nièvre. Mais c’est après son élection à la Présidence de la France qu’il offrira cette œuvre grandiose à la ville, en remerciement à son soutien. En 1987, François Mitterrand demande au Ministère de la Culture d’agir en faveur d’une commande publique. Le Centre National des Arts Plastiques (CNAP) passe alors un marché la même année avec les artistes Jean Tinguely et Niki de Saint-Phalle. L’oeuvre en dépôt à Château-Chinon est propriété de l’Etat et du CNAP.

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Détail de la Fontaine, Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely, 1987, Château-Chinon.

Une inauguration en grande pompe

Travail collaboratif de Jean Tinguely et de Niki de Saint-Phalle, la Fontaine de Château-Chinon est une œuvre unique ! Elle est inaugurée le 10 mars 1988 sur la place de la Mairie par François Mitterrand en personne qui actionne son mécanisme pour la mettre en marche ! Vidéo de l’inauguration de la Fontaine de Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely à Château-Chinon en 1988

Une œuvre conjointe

Les deux artistes ont mis leur force créatrice en commun pour concevoir cette œuvre unique et imposante. Jean Tinguely a réalisé les structures et les mécanismes internes, tandis que Niki de Saint-Phalle a créé les sculptures peintes. La Fontaine prend place dans un bassin de couleur noir. Huit sculptures sont réparties à l’intérieur du bassin, disposées selon les souhaits de Tinguely

« en unité démocratique, c’est-à-dire non monumentale, ne cherchant pas à dominer l’homme ».

Elles mesurent entre 65 centimètres et 1,35 mètres pour la plus grande. On y retrouve des éléments typiques du répertoire de Niki de Saint-Phalle. Une main se dresse vers le ciel, du bout des doigts jaillissent des jets d’eau. Un ballon, percé de trous, éclabousse. Un petit buste rose qui semble danser fait jaillir de l’eau de sa paume de main. Plusieurs autres personnages s’ajoutent à cette joyeuse farandole : un profil coloré, une grande tête rayée blanc et noir, un monstre aux dents acérées, une tête bleu souriante, et bien sûr une Nana jaune en maillot de bain dont les seins expulsent des jets d’eau. Le tout est actionné par un mécanisme grinçant et bruyant conçu par Jean Tinguely à partir de bout de ferrailles et autres matériaux de récupération, sauvés du rebut. Il donne vie à ces figures étranges, qui se déplacent et tournent selon un cycle prédéfini, issues tant du monde de l’enfance et du jeu que de l’univers du carnaval, et qui rappellent les danses joyeuses d’un certain Henri Matisse. L’oeuvre fait la synthèse entre deux mondes qui s’opposent : l’univers bruyant et métallique de Jean Tinguely, et la vision joyeuse et humoristique des figures de Niki.

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Détail de la Fontaine de Château-Chinon. Nana articulée de Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely.

« Mon moyen d’expression a lieu uniquement quand mes machines sont en mouvement. A l’arrêt, il y a non lieu »

précisait Jean Tinguely dans un croquis préparatoire à l’oeuvre. C’est pour cette raison qu’il a prévu de ralentir le débit de l’eau et des moteurs la nuit, lorsque la fontaine sera « seule et silencieuse ».

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Détails des sculptures de la Fontaine de Château-Chinon.

Les sœurs jumelles

Quelques autres fontaines des deux artistes sont connues dans le monde : la Fontaine de Berne installée en 1977, la Fontaine Jo Siffert à Fribourg en 1984 et la Fontaine Stravinsky à Paris, la sœur jumelle de celle de Château-Chinon ! Cette fontaine a été commandée en 1981 par Jacques Chirac, alors Maire de Paris, aux deux artistes pour orner la place Igor-Stravinsky. Elle prend place à côté du Centre Georges Pompidou qui abrite, entre autre, le Musée National d’Art Moderne et l’IRCAM, centre de recherche en musique contemporaine. La Fontaine rend donc hommage au compositeur du XXe siècle Stravinsky et à sa musique, incarnée par la danse des statues animées, et le bruit des mécanismes et des jets d’eau. Les deux artistes se sont d’ailleurs inspirés de plusieurs de ses compositions comme le Sacre du Printemps (1918), L’Oiseau de feu (1910), Ragtime (1918)… Certaines figures sont tout droit tirées de ces œuvres musicales comme la clé de sol, l’oiseau de feu, l’éléphant… Nul doute que la fontaine parisienne aura grandement inspiré les deux artistes pour leur œuvre de Château-Chinon !

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Fontaine Stravinsky, Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely, aluminium, acier, moteurs, polyester, fibres de verre, papier, 1983, Paris.

A voir

La rétrospective Niki de Saint-Phalle se tient au Grand Palais à Paris jusqu’au 2 févier. Outre la Fontaine, la ville de Château-Chinon abrite le musée du Septennat, installé dans un ancien couvent du XVIIIe siècle, qui conserve les cadeaux officiels et personnels reçus par François Mitterrand et offerts au département.

Une brise légère souffle sur les pièces d’Ursula Morley-Price à la Galerie de l’Ancienne Poste à Toucy

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Medium White Twist Twist Form. N°6. Ursula Morley-Price, grès, 2014. ©Pilippe Mazières. Document Galerie de l’Ancienne Poste.

Exposition du 8 novembre 2014 au 8 janvier 2015

Toucy, petite ville aux portes de la Puisaye, abrite une galerie qui monte, qui monte…

Dédiée à la céramique contemporaine, la Galerie de l’Ancienne Poste, gérée par une association composée d’artistes céramistes, de collectionneurs et d’amateurs, a ouvert ses portes en 1997. Installée dans un beau bâtiment du XVIIe siècle qui abritait jadis la Poste de Toucy, dont l’architecture mêle inspiration classique et tradition poyaudine, la galerie œuvre à la reconnaissance de la céramique contemporaine comme un art à part entière ! Il faut dire que le terroir local est fertile. Terre argileuse, la Puisaye est depuis longtemps le creuset d’une production céramique intense et reconnue. Dès le XIVe siècle les artisans exploitèrent l’argile gréseuse locale, particulièrement adaptée à la fabrication de poteries culinaires et utilitaires solides, en raison de son étanchéité et de sa résistance à de hautes températures de cuisson. Au XIXe siècle plusieurs manufactures voient le jour, notamment à Saint-Amand, faisant de la Puisaye le centre d’une activité potière intense.

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La Galerie de l’Ancienne Poste sur la Place de la Mairie à Toucy dans l’Yonne. © Gilles Puech. Document Galerie de l’Ancienne Poste.

C’est cette tradition potière que la Galerie de l’Ancienne Poste de Toucy tente de faire revivre en organisant six à sept expositions par an, tout en la hissant au rang mérité de l’art contemporain. Exposant les grands noms internationaux de la céramique contemporaine et dénichant de jeunes talents, la galerie s’est désormais taillé une place de choix dans le monde de l’art contemporain. Par ses actions menées envers les institutions, le public et les médias, elle accompagne le renouveau de la création céramique en marche depuis plusieurs années. Et que cela se passe dans la petite ville de Toucy est plutôt enthousiasmant !

Ursula Morley-Price, une artiste-céramiste de renom

Artiste anglaise née en 1936, Ursula Morley-Price a d’abord été formée à la peinture dans les très prestigieuses Camberwell School of Art et Slade School of Fine Art de Londres. Depuis 1963 elle développe sont travail de céramiste. Oeuvrant désormais dans son atelier des Charentes, elles expose alternativement aux Etats-Unis et en France, où elle est exclusivement représentée par la Galerie de l’Ancienne Poste de Toucy. Ses œuvres ont intégré les collections les plus prestigieuses comme celles du Museum of Modern Art et du Metropolitan Museum de New York, ou encore celles du Musée des Arts Décoratifs et du Musée National de la Céramique de Sèvres, attestant de la reconnaissance internationale de son travail. En 2013, le Musée d’Art Moderne de Troyes lui a consacré sa première rétrospective française !

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Tall Brown Wip Twist Form. N°1. Ursula Morley-Price, grès, 2014. ©Philippe Mazère. Document Galerie de l’Ancienne Poste.

L’oeil et la main

En artiste céramiste accomplie, Ursula Morley-Price maîtrise son art, la céramique, qu’elle aborde dans une véritable démarche artistique, nourrie d’influences diverses. La douzaine d’oeuvres présentées dans l’exposition, dont la plupart sont des créations récentes, témoignent de la recherche de l’artiste sur le matériau, poussé à ses limites. Les pièces de cette série, issues en particulier de sa Large Twist Form qui fit sensation lors de son exposition au Musée de Troyes, sont animées d’un mouvement à double révolution qui donne la sensation qu’elles ondulent dans la brise, telles des corolles prêtes à prendre leur envol. L’artiste travaille ses pièces avec la technique potière la plus ancienne qui soit : le colombin. Montés les uns sur les autres, les colombins lissés et travaillés au doigt donnent naissance à un vase ou pot creux ouvert en son sommet. L’artiste ajoute progressivement sur cette armature de petits colombins qu’elle pince et amincit à l’extrême pour les transformer en de fines et fragiles ailes ondoyantes, aux bords déchiquetés. Touchant aux limites des possibilités du grès, l’artiste confère à ses œuvres une grande sensibilité. Après séchage, les pièces subissent une première cuisson. Le biscuit, ou dégourdi, ainsi obtenu est alors recouvert d’un engobe à base d’émail qui prendra sa couleur après une seconde cuisson à une température d’environ 1200°c. Ursula Morley-Price élabore elle-même ses émaux dans une gamme restreinte allant du blanc crémeux aux bruns ocres, en passant par des bronze tirant sur le vert ou le bleu. Le fini mat de ses pièces à l’aspect rugueux et brut contrebalance leur apparente légèreté.

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Exposition Ursula Morley-Price, Oeuvres récentes. Galerie de l’Ancienne Poste de Toucy.

Des pièces poétiques

Les influences de l’artiste sont diverses. On peut voir dans les pièces exposées l’inspiration des fraises des portraits des XVIe et XVIIe siècles, ou encore des influences marines, des formes de coquillages ou d’algues. Mais l’artiste revendique plus volontiers l’influence des pliages de papier japonais, et notamment des décorations en ruché de papier fin, ces petites cartes qui s’ouvrent en dépliant leurs formes de boules ou de cloches, grâce à du papier finement plié. Mais votre imagination, j’en suis sûre, y verra bien d’autres choses encore. Outre les œuvres d’Ursula Morley-Price, la galerie s’est constitué un fonds de pièces variées. On peut y admirer, entre autre, des céramiques de Gisèle Buthod-Garçon, Robert Deblander, Daniel de Montmollin, Philippe Dubuc, Pierre Martinon, David Miller, Hervé Rousseau et bien d’autres encore…

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La collection de la Galerie de l’Ancienne Poste.

A voir jusqu’au 8 janvier à la Galerie de l’Ancienne Poste à Toucy dans l’Yonne !

Le Parcours d’Ombres de Christian Boltanski à Vitteaux ou la rencontre réussie entre patrimoine et art contemporain

Parcours d'Ombres, Christian Boltanski
Parcours d’Ombres, 2004/2010, Œuvre réalisée par Christian Boltanski dans le cadre de l’action “ Nouveaux commanditaires ” initiée par la Fondation de France. Médiation: le Consortium, Dijon. © Bertrand Gautier pour France 3

Vitteaux est une petite commune de Côte-d’Or qui peut se targuer d’abriter une œuvre d’art contemporain de l’un des plus grands artistes français actuels.

L’Action des Nouveaux Commanditaires

L’action des Nouveaux Commanditaires est un protocole de production artistique innovant, initié par la Fondation de France, qui a pour objectif de remettre l’art contemporain au centre de l’espace public. Le protocole aide des commanditaires publics – citoyens ou collectivités – confrontés à des enjeux de développement des territoires, à passer commande à un artiste contemporain. La présence d’un médiateur culturel agréé permet de nourrir le dialogue. Plusieurs œuvres ont ainsi vu le jour en Bourgogne !

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La Halle de Vitteaux. Document Wikimedia Commons

En 2004, la municipalité de Vitteaux a décidé de réaménager l’éclairage public de la ville et a fait appel aux Nouveaux Commanditaires. Aidés par Xavier Douroux, du Consortium – Centre d’art contemporain de Dijon, les habitants et les élus ont ainsi pu rencontrer l’artiste Christian Boltanski, et entamer avec lui le dialogue autour de l’oeuvre à créer. Riverains et artiste ont ainsi contribué à l’émergence d’une œuvre unique, conçue spécifiquement pour le lieu. Inauguré en 2004, Le Parcours d’Ombres de Christian Boltanski a été aussitôt adopté par les habitants. Face au succès de l’opération, l’oeuvre a même fait l’objet d’un agrandissement en 2010.

Vous avez dit Christian Boltanski ?

Christian Boltanski est né à Paris en 1944 dans une famille juive. La Deuxième Guerre Mondiale et l’Holocauste ont profondément marqué l’artiste et son œuvre. Il commença à peindre à l’âge de quatorze ans avant d’explorer d’autres techniques et supports (collage, installations visuelles et sonores, vidéo, écriture, photographie, assemblages d’objets trouvés…). Son œuvre est centrée sur l’homme et les problématiques de la mémoire, du passé, de l’histoire, et de la mort y sont très présentes, se mêlant parfois à sa propre biographie. Cet artiste jouit d’une reconnaissance internationale pour son travail d’un fort pouvoir émotionnel qui joue sur la répétition, le dérisoire et l’oubli. En 2010 il fut l’invité de la Monumenta au Grand Palais à Paris.

Parcours d'Ombres, Christian Boltanski
Parcours d’Ombres, 2004/2010, Œuvre réalisée par Christian Boltanski dans le cadre de l’action “ Nouveaux commanditaires ” initiée par la Fondation de France. Médiation: le Consortium, Dijon. © Bertrand Gautier pour France 3

Le dispositif de l’oeuvre

Le Parcours d’Ombres de Christian Boltanski comprend vingt-et-une figures qui projettent leur ombre, le soir venu, sur les murs de la ville, lorsque l’éclairage public s’allume automatiquement. Pour les découvrir, il faut suivre le parcours concocté par l’artiste et traverser la Ruelle Ferrand, la Rue Portelle, la Rue Hubert Languet et le Pont de l’Oeuf. Christian Boltanski a découpé ces silhouettes dans des plaques de cuivre. Fixées à des endroits stratégiques de la ville, ces figures énigmatiques animent, la nuit tombée, les calmes ruelles de Vitteaux.

Un parcours d’ombres pour éclairer la ville ?

Si la commande originelle était de repenser l’éclairage public et d’éclairer les rues sombres du bourg, l’artiste a fait une proposition inattendue : la création d’un parcours d’ombres ! Les ombres de Boltanski font appel à une imagerie bien particulière liée aux danses macabres (lire l’article sur la Danse Macabre de la Ferté-Loupière) et à l’univers d’halloween. Ici une sorcière s’envole sur son balai, là un chat nous guette, ailleurs on rencontre un animal étrange, aux pattes frêles et au museau pointu, ou encore des visages aux airs maléfiques et inquiétants, des masques, un ange… Les figures de Boltanski évoquent un bestiaire médiéval de contes et de légendes. L’artiste a su saisir l’atmosphère particulière de ce village pour créer des ombres qui s’accordent parfaitement avec l’architecture et l’esprit des lieux. Son oeuvre plonge le visiteur dans un état de rêverie, tout en évoquant le passé médiéval de la ville. L’installation entre en résonance avec les maisons à pans de bois, l’Hôtel Bélîme du XIIIe siècle, l’église romane et la halle médiévale de Vitteaux, tissant des liens entre les bâtisseurs du passé et la création actuelle. Un bel exemple de la rencontre réussie entre art contemporain et patrimoine !

Parcours d'Ombres, Christian Boltanski
Parcours d’Ombres, 2004/2010, Œuvre réalisée par Christian Boltanski dans le cadre de l’action “ Nouveaux commanditaires ” initiée par la Fondation de France. Médiation: le Consortium, Dijon. © Bertrand Gautier pour France 3

Il était important pour l’artiste que son œuvre s’insère dans la vie quotidienne de la ville, sans la figer ou la muséifier. Rien n’empêche un habitant, par exemple, de modifier sa façade ou d’entamer des travaux. L’oeuvre est discrète, amusante, et peu de visiteurs qui passent à la tombée de la nuit ont conscience de contempler une œuvre d’art ! On est en présence d’une œuvre fragile qui nécessite un noir presque total pour prendre vie. Elle s’éclipse dés le jour venu !

Parcours d'Ombres, Christian Boltanski
Parcours d’Ombres, 2004/2010, Œuvre réalisée par Christian Boltanski dans le cadre de l’action “ Nouveaux commanditaires ” initiée par la Fondation de France. Médiation: le Consortium, Dijon. © Bertrand Gautier pour France 3

Un petit pas pour Boltanski, un grand bond pour Vitteaux

Le thème du théâtre et des ombres est présent dans l’oeuvre de Boltanski dès les années 1980. Ses Compositions Théâtrales de 1981 mettent en scène de petits pantins de carton et fil de fer fabriqués par l’artiste, qu’il compare lui-même à des fétiches vaudous ou des trésors personnels relevant du mythe de l’enfance perdue. Créé en 1984 par Boltanski, Le Théâtre d’Ombres est une œuvre fragile, qui n’est pas sans rappeler celle de Vitteaux. Composée de figurines découpées dans du métal, l’oeuvre se nourrit d’influences diverses, du mythe platonicien de la caverne aux ombres chinoises, des danses macabres du Moyen Age au mythe des origines de la peinture chez les Grecs. Boltanski a donc puisé son inspiration dans son parcours personnel pour créer à Vitteaux une œuvre cohérente tant avec son travail qu’avec la ville et les attentes de ses habitants. Parcours nocturne libre et gratuit dans la ville toute l’année. Documentation disponible à l’Office de Tourisme de Vitteaux qui organise également des visites guidées.

La Couleur de l’Objet. Une exposition d’art contemporain à Gurgy

Jusqu’au 23 novembre à l’Espace Culturel

Gathering, Daniel Firman, 2000 ©
Gathering, Daniel FIRMAN, 2000. Collection FRAC Bourgogne – © Daniel FIRMAN, FRAC Bourgogne

Après la Couleur de la Peinture, la mairie de Gurgy dans l’Yonne inaugure une nouvelle exposition autour du thème de la couleur dans l’objet. En collaboration avec le Centre d’Art Contemporain de l’Yonne en Scène et le Fonds Régional d’Art Contemporain de Bourgogne, la municipalité a réuni cinq œuvres phares, à l’Espace Culturel de Gurgy, pour une exploration du rôle de la couleur dans l’objet, et de la place des objets dans notre vie quotidienne.

Des objets et des hommes

Nous vivons entourés d’objets ! Si nous avons parfois tendance à oublier ce constat, les œuvres exposées à Gurgy nous le rappellent. L’objet joue un rôle crucial dans le monde contemporain. Il est même au cœur de notre société de consommation depuis la révolution industrielle. Qu’il soit objet utilitaire, décoratif, ou technologique, il est désormais fabriqué à la chaine. Ces objets sériels et industriels à la fois identiques par leur forme et leur fonction, mais différents par leur couleur, sont le sujet de l’oeuvre Perfect Vehicles présentée dans l’exposition. En reproduisant en multiples exemplaires une série de jarres chinoises moulées en plâtre mais de différentes couleurs, Allan McCollum pointe l’ambiguité de l’objet, à la fois important et dérisoire, semblable et différent.

Perfect Vehicles, Allan McCollum, 1988 ©
Perfect Vehicles, Allan MCCOLLUM, 1988. Collection FRAC Bourgogne © Allan McCollum, FRAC Bourgogne

Et l’art dans tout ça !

L’objet est présent dans la peinture depuis l’Antiquité mais s’affirme comme sujet de l’oeuvre à travers la nature morte qui devient un genre pictural à part entière au XVIe siècle. Gibiers et poissons, fruits et légumes, vaisselle ou ustensiles sont peints dans un souci de réalisme constant.

L’art du XXe siècle, en rupture avec cette tradition, transforme radicalement la représentation de l’objet ! Soucieux d’interroger sans cesse les liens entre l’art et la vie, les artistes remplacent dès le début du siècle la représentation picturale de l’objet par… l’objet lui-même ! Les cubistes, Picasso et Braque en tête, sont à l’origine de l’introduction des objets dans les œuvres grâce à l’invention du collage dans les années 1910. Mais c’est l’artiste Marcel Duchamp qui décrète, en exposant un porte-bouteille en métal en 1913, que l’objet manufacturé appelé « ready made » (prêt à l’emploi) peut devenir œuvre d’art sans nécessiter l’intervention de l’artiste !

De nouvelles voies sont ouvertes pour les artistes. De nombreux courants revendiqueront l’utilisation des objets dans leurs œuvres pour repousser toujours plus loin les limites de l’art, des Dadaïstes aux Surréalistes, en passant par le Pop Art et les artistes exposés à Gurgy.

Zoom sur quelques œuvres de l’exposition

L’exposition de Gurgy met l’accent sur la couleur qui apparaît dans les œuvres tantôt comme élément de distinction de l’objet, élément décoratif, ou composante de l’objet.

L’oeuvre de Bertrand Lavier Rouge de Chine par Corona et Tollens explore d’une manière subtile le rapport entre la peinture traditionnelle et l’objet manufacturé. Son tableau se réfère à la tradition moderne du monochrome, aplat de peinture d’une seule couleur, en utilisant non pas de la peinture en tube mais des pots de peinture industrielle. A cela s’ajoute une réflexion philosophique sur la limite du langage et l’incapacité des mots à qualifier la couleur. Le rouge de Chine présente en effet une teinte bien différente d’une marque à l’autre.

Dans Flowers, sérigraphies d’Andy Warhol, maître du Pop Art américain, la couleur est une composante essentielle. Vive, saturée et antinaturaliste, elle désacralise le sujet et permet de faire passer l’objet – ici des fleurs – au rang de simple motif décoratif répétitif.

Quelle place pour l’artiste ?

Face à l’importance de l’objet dans le monde contemporain, deux œuvres de l’exposition interrogent le rôle de l’artiste par le biais de la couleur, outil d’expression artistique essentiel avec le trait et le geste de la main.

Daniel Firman, dans Gathering (Rassemblement), nous montre un personnage croulant sous de multiples objets, dont on ne voit plus que les jambes. L’homme n’est autre qu’un moulage en plâtre du corps de l’artiste, vêtu de ses propres vêtements (pantalon, chaussures, chemise). L’artiste est-il empêché dans sa création par la multitude des objets qui l’asservissent, ou au contraire est-ce une source d’inspiration inépuisable pour lui ?

Tony Cragg s’est quant à lui emparé d’objets multiples, qui rassemblés par couleurs et fixés au mur, forment une Palette géante, la palette de l’artiste contemporain qui ne peint plus avec des pigments mais qui créé son œuvre à partir des objets de notre monde.

Palette, Tony Cragg, 1987 ©
Palette, Tony CRAGG, 1985. Collection FRAC Bourgogne – © Tony Cragg, FRAC Bourgogne, PhotExpress

Voici une belle exposition, petite par la taille mais riche de sens, où la juste sélection des œuvres fait naître de nombreuses réflexions.

A méditer !

Exposition La Couleur de l’Objet jusqu’au 23 novembre à l’Espace Culturel de Gurgy.

Ouverte les week-end et jours fériés.

Visite guidée et conférence organisées autour de l’exposition.