Mille et une manières de découvrir le village typique de Chablis. Un article, et bientôt une chasse aux trésors !

CHABLIS . LE SEREIN . YONNE . BOURGOGNE . 13 AOUT 2009 .
Le lavoir de Chablis, construit au XIXè siècle au bord du Serein.

Le petit village de Chablis, au cœur de l’Yonne en Bourgogne, est connu mondialement pour son vin d’exception ! Il l’est moins pour ses ruelles, son patrimoine et son histoire longue de plusieurs siècles. Une lacune qu’il est temps de combler…

Vous avez dit Chablis ?

Si le village a donné son nom au vin qui y est produit, qu’est-ce qui a donné son nom au village ? Deux hypothèses tentent d’en saisir l’origine. La première fait référence au shabl, le câble autrefois tendu au dessus de la rivière Le Serein qui traverse le village, et qui guidait les bateaux pour faire traverser les passagers. La seconde hypothèse rappelle le paysage tel que le voyaient les celtes à une époque lointaine. En langue celte, le mot cab désignait les habitations, huttes et cabanes. Cablaie signifiant alors « habitation dans les bois ».

La fondation de la ville et le patronage de Saint-Martin

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Vers 510 une première abbaye est dédiée à Saint-Loup, évêque de Troyes au Vè siècle. Un village est probablement constitué autour. Cet édifice primitif a aujourd’hui disparu mais devait se situer à l’emplacement de l’actuelle collégiale Saint-Martin. Mais c’est à l’époque carolingienne qu’une date va marquer l’histoire de Chablis. Alors que les envahisseurs Normands ravagent les côtes du royaume, les moines de l’Abbaye Saint-Martin de Tours fuient leur fief avec les reliques du saint patron. Trouvant refuge à l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre, auprès du roi Charles le Chauve qui y séjourne en 867, ils lui demandent de l’aide. Touché, le roi fait don au chapitre de Tours de la ville de Chablis. Les moines se réfugient dans l’Abbaye Saint-Loup et y cachent même les reliques de Saint-Martin entre 872 et 877. Une maison du XVè siècle, située au chevet de l’église Saint-Martin, témoigne de ce lien avec Tours. L’obédiencerie était le siège des représentants de l’abbaye tourangelle lors de leurs déplacement à Chablis. La maison date du XVè siècle, mais ses caves sont plus anciennes !

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Maison dite de « l’Obédiencerie », Chablis

Sous protection royale

Malgré la donation de la ville au chapitre de Saint-Martin de Tours, Chablis demeura sous la protection du roi de France jusqu’à la Révolution Française. C’est pour protéger la ville que des remparts furent construits au Moyen Age, de 1405 à 1423, en pleine guerre de Cent Ans contre les Anglais. Les remparts de la ville comprenaient alors vingt-neuf tours, trois pont-levis, trois poternes (petites portes ouvrant généralement dans un fossé) ainsi que des murailles de deux mètres d’épaisseur. Les remparts étaient entourés par un large fossé qui englobait la ville. Les travaux furent financés en partie par le chapitre et en partie par des prélèvements sur la vente de vin! La porte Noël, proche de l’actuelle mairie, marque l’emplacement d’une ancienne porte de la ville. Elle comprend aujourd’hui deux tours rondes reconstruites en 1775 sur les vestiges des anciennes tours carrées. Quelques autres vestiges des remparts sont visibles dans la ville, souvent pris dans les habitations.

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Une histoire de vin

Si Chablis est connu pour ses vins, c’est grâce aux moines de l’abbaye de Pontigny, située toute proche. Fondée en 1114 par des moines venus de l’Abbaye de Cîteaux, l’Abbaye de Pontigny est l’une des « Quatre filles de Cîteaux ». Les moines possédaient des terres qu’ils cultivaient, notamment en vigne pour la production de vin. Pour administrer et cultiver leurs possessions à Chablis, les moines formèrent une communauté de frères convers qui s’établirent au « Petit Pontigny » où ils possédaient un cellier et un pressoir. Le Petit Pontigny, fondé en 1128, se trouvait à l’origine près du Prieuré Saint-Côme, au sud de la ville. Le bâtiment fut probablement détruit par un incendie au XVIè siècle. C’est ainsi qu’en 1743 l’abbaye acheta les bâtiments de l’actuel « Petit Pontigny », rue de Chichée, composés d’une grange qui servait de cellier (bâtiment en fond de cour). La cour conserve encore un ancien pressoir horizontal provenant d’un village voisin pour rappeler le passé viticole du lieu.

Les édifices religieux du village

A Chablis si l’on soigne le corps par le vin, on soigne aussi l’esprit ! Trois édifices religieux attestent de la spiritualité des villageois.

L’église Saint-Pierre, construite à partir de 1160, se dressait dans le faubourg de la ville, en dehors du centre. Elle se situait non loin d’un édifice plus ancien construit à l’époque carolingienne et dédié à Notre-Dame-du-Rosaire (probablement dans le cimetière actuel). Malgré la destruction totale du faubourg par les Huguenots en 1568, l’église Saint-Pierre résista.

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Eglise Saint-Pierre de Chablis

Le village comprenait également le prieuré Saint-Côme, construit à partir de 1190, et soumis à la règle de saint Augustin. Depuis la fin du XVIIIè siècle l’édifice est transformé en maison d’habitation. C’est aujourd’hui une propriété privée.

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Vestiges du Prieuré Saint-Côme de Chablis

Mais l’édifice principal du village fut la collégiale Saint-Martin, en référence au chapitre de Tours, construite entre 1160 et 1220 au cœur du village. De style gothique, l’édifice s’inspire largement de l’architecture de la cathédrale de Sens. Le portail sud, de style roman, est le témoin de la dévotion des habitants et des voyageurs de passage à Chablis envers Saint-Martin, patron des cavaliers. Ainsi la tradition était de clouer sur la porte l’un de fers de son cheval malade ou blessé pour invoquer sa guérison auprès du saint ! Jeanne d’Arc, de passage à Chablis en 1429, aurait elle aussi cloué un fer de son cheval sur la porte en bois !

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Portail sud de la collégiale Saint-Martin de Chablis et ses fers cloués

Le monument aux morts

Sur la place de la mairie trône le monument aux morts de Chablis, inauguré en 1922. L’oeuvre commémore les chablisiens tombés aux combat, principalement lors des deux Guerres Mondiales. Le poilu casqué et armé, le torse bombé et penché en avant est l’oeuvre de Cladel, un élève du célèbre Auguste Rodin !

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Une chasse aux trésors à Chablis

L’on pourrait dire tant d’autres choses encore sur l’histoire et le patrimoine de ce village viticole renommé… Pour découvrir d’autres secrets et anecdotes sur Chablis, ses vins, mais aussi son patrimoine et sa gastronomie, je vous propose plutôt une chasse aux trésors ! Rendez-vous à Chablis le week-end des 4 et 5 mars.

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Un audioguide est également disponible en téléchargement gratuit pour découvrir la ville et ses richesse. 

A vos agendas !

Saint-Fargeau en Puisaye, un château en son village. Et un spectacle son et lumière qui retrace 10 siècles d’histoire…

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Saint-Fargeau en Puisaye. ©Mairie de Saint-Fargeau

1000 ans d’histoire

A Saint-Fargeau, capitale de la Puisaye, se cache un beau village médiéval couronné par son château de brique roses. Son ancien nom, Ferrolas, fait référence au fer présent dans le grès ferrugineux du sol. La Puisaye était, aux périodes celtes et gallo-romaines, un haut centre de l’industrie du fer.

Mais c’est au Xè siècle que l’histoire du village commence vraiment. Héribert, évêque d’Auxerre et frère illégitime du roi Hugues Capet, fait construire un relai de chasse fortifié à Saint-Fargeau. Mais lorsque Saint-Fargeau obtient son indépendance au XIè siècle, le château passe aux mains de la puissante famille des Seigneurs de Toucy. C’est aux six seigneurs successifs de la dynastie que l’on doit la construction des premières mottes féodales dans l’actuel parc du château.

Une succession de grandes familles

Vers 1250, la dernière héritière des Toucy épouse Thibaut, Comte de Bar. Saint-Fargeau entre dans une période faste. Mais la Guerre de Cent ans opposant français et anglais éclate (1338- 1453). La guerre fait rage et le château est disputé entre les troupes anglo-bourguignonnes et les Orléans. En 1420 les Anglais alliés aux Bourguignons attaquent St-Fargeau au canon, ouvrent une brèche dans la muraille et prennent le château.

A la fin de la guerre le château revient à la famille de Bar, ruinée, qui hypothèque le château contre un prêt de 2000 écus d’or au Sire de la Trémouille, favori du roi Charles VII. Le château est finalement vendu en 1450 à Jacques Coeur, grand marchand, et grand argentier du roi. Sa devise « A vaillant cœur rien d’impossible » deviendra celle de Saint-Fargeau. Le roi en personne lui a emprunté de l’argent pour soulever l’armée qui libéra le pays des Anglais. Pour effacer les dettes envers Jacques Coeur, on complote en secret pour le discréditer. Il est arrêté en 1451 après un faux procès mené par Antoine de Chabannes, capitaine de l’armée royale, qui obtient en 1456 la seigneurie de St Fargeau. Jacques Coeur s’exile en Italie et meurt quelques mois plus tard lors d’une croisade menée pour le Pape contre les Turcs.

Du château médiéval à la forteresse militaire moderne…

Antoines de Chabannes, ancien écorcheur qui a parcouru le royaume et vandalisé les populations, devient baron de Saint-Fargeau. Son zèle auprès de Charles VII lui vaut bientôt la haine du dauphin, futur Louis XI, qui l’emprisonne. Son évasion spectaculaire en 1464 lui permet de revenir à Saint-Fargeau et de reprendre de force le château des mains du fils de Jacques Coeur auquel il avait pourtant été rendu.

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Entrée du château de Saint-Fargeau. ©Amandine Chevallier

A partir de 1467 il entreprend la reconstruction du vieux château fort qu’il transforme en une puissante forteresse de défense militaire, commençant par la grosse tour qui porte le nom de Jacques Coeur. Il réutilise l’ancien château fort du XIIIè siècle en grès ferrugineux de plan pentagonal qu’il habille d’un parement de briques rouge, et recouvre de toitures pointues en ardoises. Le château devient un modèle de l’architecture militaire du XVè siècle. Il est agrémenté de 6 tours d’angles munies d’archères. La base des tours est équipée de galeries de contre-mines percées de canonnières. Ces galeries permettaient à la fois d’écouter d’où provenait l’attaque et servaient de vase d’expansion au souffle de l’explosion pour ne pas fragiliser les maçonneries.

au château d’apparat de la Grande Mademoiselle

La petite fille de Chabannes héritière de St Fargeau épouse René d’Aujou, grand seigneur. Avec la famille d’Anjou, Saint-Fargeau est transformé en une riche demeure seigneuriale. La façade extérieure qui relie le donjon aux deux tours d’entrée est construite. C’est bientôt à Marie-Louise d’Orléans, Duchesse de Montpensier, appelée ironiquement la Grande Mademoiselle, d’hériter du château. Cette riche héritière est la fille de la duchesse de Montpensier et du duc d’Anjou, mais aussi cousine de Louis XIV. Elevée à la cour, elle mène une vie de femme indépendante et refuse plusieurs mariages. Rebelle et libre, elle participe à la seconde fronde des princes entre 1650 et 1653, révolte des puissants contre la politique fiscale de Louis XIV et Mazarin. Lorsque le roi parvient à écraser la révolte, La Grande Mademoiselle est exilée de la cour et se réfugie à St-Fargeau, à trois jours de voyage de Paris en carosse, où elle espère recevoir ses amis.

Tour de la chapelle ©Christophe.Finot
Grand Perron de la Tour de la Chapelle. ©Christophe Finot

Arrivée à St-Fargeau en pleine nuit après un long voyage, la Grande Mademoisele découvre un château en ruine, sans portes ni fenêtres, des herbes folles plein la cour. Elle entame une grande campagne de six années de travaux avec l’architecte Louis le Vau.La cour d’honneur est agrandie dans un style classique symétrique alternant la brique rose et les pierres blanches qui encadrent les grandes baies de la façade. Elle aménage un grand perron semi-circulaire au pied de la tour de la chapelle et fait coiffer les tours de lanternons de style italiens. Les toitures sont refaites à la Mansard (comble brisé dont chaque versant a deux pentes). A l’intérieur elle décore les pièces de lambris et de parquets et aménage même un théâtre dans l’une des tours. La grande salle des gardes est transformée en salle de réception où la cour parisienne se presse bientôt. On y croise Madame de Sévigné et Lully. La forêt est transformée en parc à la française.

La mystérieuse disparition du tableau de David

A sa mort le domaine est vendu plusieurs fois et acheté au début du XVIIIè siècle par la famille Lepeltier des Forts, occupant de hautes fonctions dans la justice et les finances de l’Etat. L’aile des Forts, qui relie les tours d’entrée à la tour de l’Horloge, est édifiée à cette époque. Mais en1752 un grand incendie, parti du four du boulanger dans le bourg, ravage les trois quart du château et de la ville. Il ne reste rien des appartements de la Grande Mademoiselle.

Le petit fils, Louis Michel Lepeltier hérite de la charge d’avocat et est nommé représentant de la noblesse aux Etats Généraux de 1789. Défenseur du peuple contre le royalisme il participe au vote décisif lors du procès de Louis XVI qui déclare le roi coupable. Le roi est condamné à la peine de mort à une seule voix de majorité, voix attribuée par la légende à Lepeltier ! Quelques heures seulement après le vote, il est assassiné alors qu’il dine au Palais Royal. Rapidement considéré comme le 1er martyr de la République, il fait l’objet de funérailles nationales. Le célèbre peintre David lui rend hommage, et réalise un tableau de Lepeltier Assassiné. Le tableau est exposé à la Convention pendant 2 ans aux côtés de son autre chef d’oeuvre L’Assassinat de Marat. En 1795 le tableau est décroché et rendu à David. La fille unique de Lepeltier, Suzanne de Mortefontaine, fervente royaliste cherchant à effacer les actes de son père, rachète aux descendants de David le tableau. Malgré le contrat avec les héritiers qui l’engage à ne pas détruire le tableau, celui-ci disparaît alors. Aurait-il, comme le dit la légende, été emmuré dans le château de Saint-Fargeau ?

La Renaissance d’un monument

En 1979 c’est Michel Guyot et son frère, passionnés de patrimoine, qui rachètent finalement le vieux château en ruine et font le pari de le restaurer et de l’ouvrir au public. Aujourd’hui le château est un fleuron du patrimoine local. Il est ouvert à la visite en saison. Chaque été des centaines de figurants et bénévoles font revivre mille ans d’histoire à travers un spectacle son et lumière qui prend place dans le parc du château, face à l’étang, à la nuit tombée, tous les vendredis et samedis soirs.

A l’ombre de son château millénaire, le bourg médiéval recèle aussi quelques trésors.

L’église du XIIIè siècle

Construite en 1250 à l’occasion du mariage de Jeanne de Toucy avec Thibault de Bar, l’église a été classée monument historique au début du XXè siècle. La façade du XIIIè siècle est bâtie en grès ferrugineux, la pierre locale. Elle possède trois portails ornés de colonnettes et de chapiteaux à feuillages rappelant le style corinthien. Au tympan central est peinte la devise des seigneurs successifs de Saint-Fargeau « A cœur vaillant rien d’impossible ». Une grande rosace, inscrite dans un carré, orne le pignon central.

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Eglise Saint Férréol de Saint-Fargeau, XIIIè siècle

En façade d’une maison de la rue de l’Eglise vous pourrez voir une plaque commémorant le passage de Jeanne d’Arc à Saint-Fargeau en février 1929 lorsqu’elle se rendit à Chinon auprès du Dauphin de France Charles VII. Elle serait venue se recueillir dans l’église.

Les vestiges de la porte de Bourgogne et la ville fortifiée

A l’angle de la rue de l’Eglise et de l’avenue de Puisaye, à l’emplacement du stop actuel se trouvait la porte de Bourgogne. Une tour arrondie subsiste encore. Au Moyen Age, Saint-Fargeau était entouré d’une double enceinte de remparts permettant de protéger le village. La première enceinte de la ville date du XIIè siècle. La seconde, plus grande et enveloppant la première, date du XVè siècle. La ceinture externe comprenait 4 portes fortifiées, dont la porte de Bougogne qui s’ouvrait au sud est du village. Les enceintes ont été détruites au XVIIIè et XIXè siècles car devenues inutiles.

Tout près du château, à l'entrée du centre ville trône le beffroi. Ancienne porte de la ville, le beffroi est le vestige de l'enceinte de St-Fargeau édifiée au XVe siècle. Elle disposait d'un pont levis pour laisser passer les attelages et d'une passerelle pour les piétons. Au XVIIe siècle cette porte étant devenue centrale par l'annexion des faubourgs de la ville, elle a alors subi des modifications : elle reçut une toiture en ardoise, et fut convertie en beffroi et en prison. Sur sa façade Est, on peut observer la tourelle hexagonale de l'escalier qui donne accès aux quatre niveaux. Les deux premiers étaient réservés aux cellules. Le clocher abrite la plus vieille cloche de Puisaye, datée de 1502.

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Le cimetière et la chapelle Sainte-Anne

Au cœur du cimetière se dresse la chapelle Sainte-Anne, édifiée aux XVè et XVIè siècles. Les murs de la nef et de l’abside sont ornés de peintures murales typiques de Puisaye (voir article sur les peintures murales de Puisaye) qui représentent la Passion du Christ en onze épisodes qui donne l’impression d’une tapisserie tendue. Les œuvres sont de style gothique finissant. Deux autres épisodes évoquent la généalogie de la vierge et le « Dict des 3 morts et des 3 vifs ». Ce dernier récit est représenté plusieurs fois dans les édifices de la région (voir article sur La Danse Macabre de la Ferté-Loupière). Son origine remonte aux textes macabres médiévaux qui racontent que trois jeunes nobles revenant de la chasse rencontrèrent au détour d’un chemin trois morts échappés de leur tombes, leur rappelant leur fin prochaine. Pour voir ces peintures, n’oubliez pas de retirer les clés de la chapelle préalablement à l’Office de Tourisme.

Bonne visite et beau spectacle au château de Saint-Fargeau !

Dynamique architecture contemporaine en Bourgogne : la Maison de Santé de Vézelay

Au pied de la colline de Vézelay (Yonne), la nouvelle Maison de Santé a trouvé sa place, au bord de la route de Saint-Père à Asquins. Pensée par l’architecte Bernard Quirot, de l’Agence BQ + A, la réalisation contemporaine a reçu le prestigieux Prix de l’Equerre d’Argent en 2015.

Vue ensemble ©Quirot & Associés
Vue de la nouvelle maison de Santé de Vézelay. ©Bernart Quirot + Associés

Architecture contemporaine dans un écrin patrimonial

Le pari de réaliser un édifice contemporain à l’ombre de la basilique de Vézelay était osé. Depuis plusieurs décennies, aucune réalisation nouvelle n’avait vu le jour dans cet écrin patrimonial que constitue la colline éternelle, classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco.

L’architecte et son Agence ont remporté le concours lancé par la Communauté de Communes Avallon Vézelay Morvan. La réussite de ce projet tient à l’harmonie créée par l’architecte entre cette réalisation moderne et le patrimoine qui l’entoure, tant culturel que paysager. L’architecte a conçu la Maison de Santé comme un ensemble de bâtiments fractionnés, qui, malgré leur 1000 mètres carrés de surface, s’intègrent parfaitement à l’environnement. Faisant la part belle au bois et au vitrage, l’édifice aménage des fenêtres et des points de vue vers l’extérieur, permettant de révéler des panoramas sur la basilique ou le paysage.

Vue basilique ©Luc Boegly
Panorama sur la Basilique de la Madeleine à Vézelay. ©Luc Boegly

Simplicité et proportionnalité

Ce sont les deux maîtres mots de la Maison de Santé de Vézelay qui abrite des cabinets médicaux et une pharmacie. Ainsi les bâtiments sont de simples parallélépipèdes coiffés d’une toiture à double pente. L’harmonie de l’ensemble repose sur un module, une travée de façade, qui, répété partout, garantit l’unité des bâtiments. Ces travées, marquées par des poteaux verticaux, sont un clin d’oeil à l’architecture religieuse de la basilique. La hauteur de chaque bâtiment, variable, est elle aussi régie par ce même système de module, qui peut-être répété 2, 3 ou 4 fois en élévation et évite ainsi deux écueils : la monotonie ou la disproportion.

Vue aérienne Quirot + Associés
Vue aérienne de la maison de santé de Vézelay. ©Bernard Quirot + Associés

Les matériaux ont été choisis avec soin pour s’intégrer dans le paysage naturel et dans le bâti vernaculaire du village ancien, rappelant les coloris locaux : pin Douglas pour le végétal, pierre calcaire et tuiles plates pour le minéral. Avec le temps, le pin se dotera d’une teinte grisée qui se fondra dans les nuances environnantes. Nul doute que les vézeliens sauront s’approprier cette architecture nouvelle.

L’édifice, livré en 2014, fut récompensé l’année suivante par le prestigieux Prix de l’Equerre, le Goncourt de l’architecture.

Plan d'ensemble
Plan d’ensemble de la maison de santé de Vézelay. ©Bernard Quirot + Associés

Un magazine pour l’architecture contemporaine en Bourgogne

Parce que la Bourgogne est une terre de patrimoine mais aussi de création vivante, un nouveau magazine est désormais consacré à l’actualité de l’architecture contemporaine en Bourgogne. Ce magazine trimestriel est disponible sur internet : consultez ici ArchiMag en ligne ! Lisez-le vite pour vous tenir informés de l’actualité de l’architecture contemporaine en Bourgogne.

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La maison de l’Arbre de Jessé à Joigny

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La Maison de l’Arbre de Jessé, Joigny, XVIè siècle.

En cette période de Noël, petite piqure de rappel sur un thème religieux ! Et pour changer de la Nativité et de la crèche qui sont les représentations habituelles, partons à la découverte d’un sujet biblique moins connu : l’Arbre de Jessé. A Joigny, dans l’Yonne, il est sculpté sur une maison à pans de bois du centre ville historique. Retour sur la généalogie du Christ.

Une maison à pans de bois sculptée

Située place Jean de Joigny, à l’angle de la Rue Gabriel Cortel, une maison à pans de bois datant du XVIè siècle arbore sur sa façade un arbre de Jessé sculpté dans le bois. Prenant racine au dessus des fenêtres du rez-de-chaussée, ce bel arbre en relief déploie ses branches sinueuses jusqu’au pignon triangulaire de la façade, à la base du toit. Le travail des siècles a fait son œuvre et il est désormais difficile de distinguer les personnages très effacés. En effet, la façade a été soufflée par une explosion de gaz en 1981 avant d’être soigneusement restaurée. On peut cependant remarquer la qualité et la finesse de la sculpture, proche du style troyen. Bénéficiant d’un emplacement de choix, à l’angle de deux rues passantes de Joigny, la maison de l’Arbre de Jessé expose sa façade au yeux des passants, contrairement aux autres maisons anciennes de la ville, dont le parcellaire est organisé en lanières étroites.

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L’Arbre de Jessé est sculpté dans les montants de bois au premier étage de la maison du XVIè siècle à Joigny.

La maison entière a été construite pour recevoir le décor sculpté de l’arbre de Jessé, destiné tant à l’éducation du passant qu’à célébrer la richesse de son propriétaire. La verticalité domine la composition puisque le tronc est sculpté dans le poteau cormier de la maison, tandis que ses branches se déploient sur les sablières horizontales. Au sommet trône la Vierge en Majesté abritée sous un dais renaissance. Dans ses bras, le Christ enfant domine l’ensemble.

Un thème de l’iconographie religieuse

L’arbre de Jessé est un thème bien connu des historiens de l’art ! L’image, apparue dans les manuscrits et dans l’art au XIIè siècle, est inspirée de la prophétie d’Isaïe :

Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines.

Sur lui reposera l’esprit du Seigneur.

L’Evangile de Matthieu reprend le thème et précise :

Jessé, endormi, rêve d’un arbre jaillissant de son corps et sur les branches apparaît la parenté du Christ et au sommet la Vierge et l’enfant Jésus.

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Arbre de Jessé, Bible dite des Capucins, Troyes, Champagne, dernier quart du XIIè siècle, BnF

C’est au XVè et XVIè siècles que l’iconographie de l’Arbre de Jessé connaît son apogée ! L’épisode biblique retrace la généalogie supposée du Christ, où plutôt sa parenté. Il présente ses ascendants, depuis les rois de Juda, ancien royaume du Proche Orient jouxtant celui d’Israël, jusqu’à la naissance du Christ, et prend la forme d’un arbre. L’image de l’arbre familial, forte, sera bientôt utilisée pour représenter les lignées des familles royales, avant d’être vulgarisé pour donner naissance aux arbres généalogiques modernes !

La généalogie du Christ

Les représentations iconographiques de l’Arbre de Jessé sont riches de sens ! La place de la Vierge, située au sommet de la composition, et portant le Christ enfant sur ses genoux, permet de relier Jésus au Roi David, et donc à l’Ancien Testament, dans un souci de légitimation politique et religieuse largement utilisée à l’époque médiévale.

Au bas de l’Arbre, Jessé, père de David, est généralement représenté comme un vieillard étendu et endormi. De son flanc sortent des branches d’une essence indéterminée et parfois fantaisiste. Cependant, la vigne a souvent été utilisée, comme c’est le cas à Joigny. De belles grappes de raisins tombent à l’extrémité de chaque branche. Sur les rameaux sont représentés les rois de Juda présents dans l’Ancien Testament. David se reconnaît grâce à la harpe qu’il tient le plus souvent dans ses mains, tandis que Salomon est souvent représenté dans un riche costume oriental. La scène annonce l’arrivée du Messie. Cette représentation envisage l’Ancien Testament comme une préparation du Nouveau Testament. A Joigny, la maison de l’arbre de Jessé comprend une quinzaine de personnages au lieu des quarante-deux habituels.

Si les représentations de l’Arbre de Jessé sont bien connues à cette période sur des supports variés tels que le vitrail, les manuscrits, les retables, les portails d’églises, les tapisseries, son apparition en façade d’une maison civile reste exceptionnelle. Seules trois maisons de ce type sont connues en France !

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La Maison de l’Arbre de Jessé, détail de la Vierge trônant sous un dais avec l’Enfant Jésus, XVIè siècle, Joigny.

L’Arbre de Jessé en Bourgogne

La Bourgogne recèle quelques autres représentations de l’Arbre de Jessé. Dans l’Yonne, c’est l’église de Saint-Bris-le-Vineux qui contient une peinture murale de la généalogie du Christ.

En Côte-d’Or, la collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois abrite aussi l’une de ces représentations. Dans l’une des chapelles du collatéral Nord se trouve une peinture à l’huile sur bois à baldaquin représentant l’Arbre de Jessé. Il s’agit d’un retable (un tableau ornant un autel) daté de 1454, mais probablement repeint en 1554, ce qui explique les différences stylistiques que l’on peut observer. On y voit Jessé âgé, assis au centre et attendant sa descendance. De ses membres sortent des branches jusqu’au sommet de la composition occupée par Marie portant l’Enfant dans un médaillon. Les personnages de la prédelle (partie inférieure du tableau) sont vêtus à la mode médiévale, tandis que les autres revêtent des habits renaissance.

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Retable de l’Arbre de Jessé, Collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois, peinture sur bois, XVè -XVIè siècles.

Joigny recèle donc une coquetterie exceptionnelle dont se pare cette maison du XVIè siècle classée Monument Historique depuis 1926. Peu d’informations sont disponibles sur les autres représentations bourguignonnes de l’Arbre de Jessé. Si vous en connaissez une, merci de nous le faire partager !

Splendeur des abbayes en Bourgogne au Moyen Age. Cluny, Maior Ecclesia

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Reconstitution de Cluny III proposée par l’Encyclopédie Larousse en ligne.

En Bourgogne du Sud, la petite bourgade de Cluny, accueillante et dynamique, profite encore de l’aura millénaire de son illustre abbaye médiévale. Eparpillés dans la cité, les vestiges de l’édifice religieux le plus important de la chrétienté occidentale sont à découvrir au détour des ruelles. Promenade guidée.

Maior Ecclesia

Fondée en 909 ou 910, l’abbaye de Cluny régna sur la Chrétienté occidentale durant tout le Moyen Age par ses proportions gigantesques qui lui valurent le nom de Maior Ecclesia, la plus grande église. Guillaume, duc d’Aquitaine et comte de Mâcon, fit don à l’abbé Bernon de ses terres et de sa villa de Cluny pour y édifier un monastère qui sera soumis à la règle de saint Benoit. Dédié à saint Pierre et saint Paul, l’édifice est placé sous la protection directe du Pape. Ainsi, Guillaume Ier le Pieux entend, dans le cadre de la rénovation de l’Eglise, libérer les moines de la tutelle des laïcs et permettre l’élection libre de l’abbé par la communauté.

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Plan et élévation de l’abbatiale,

Une influence grandissante

L’abbaye de Cluny étend rapidement son influence. Par les nombreuses donations qui lui son faites, elle prend la tête d’un ensemble de propriétés, de terres agricoles et d’édifices religieux. L’union de ses monastères constitue un vaste réseau européen qualifié d’Ecclesia cluniacensis dont l’Abbaye est l’édifice mère, tandis que des abbatiales sœurs relaient son influence sur un vaste territoire. Au XIè siècle, Cluny étend encore son pouvoir en se dotant de l’autorité judiciaire. Au début du XIIè siècle, l’abbaye est à la tête d’un réseau de 1200 monastères qui s’étend dans toute l’Europe et jusqu’en Terre Sainte. Dans tous les édifices, les moines ont les mêmes droits et doivent obéissance à l’abbaye mère. Ils consacrent leurs journées à la prière et principalement au salut collectif en vue du jugement dernier.

Journée d’un moine clunisien

La vie des moines clunisiens est consacrée à la prière et à l’étude, dans le respect de la règle de saint Benoît. Ecrite par Benoît de Nursie au VIè siècle lorsque celui-ci fonda une communauté monastique sur le Mont Cassin en Italie, la règle précise les principes de la vie en communauté, basée sur le silence, l’étude et la prière. Au IXè siècle, c’est l’abbé Benoît d’Aniane qui va réformer la règle et l’imposer à tous les monastères de l’Empire sous l’impulsion de Louis Le Pieux. Entre le matin et le soir, les moines se réunissent huit fois par jour dans l’église pour prier et célébrer la messe. Le matin, toute la communauté se rassemble dans la salle capitulaire autour de l’abbé pour recevoir les directives de la journées et entendre la lecture d’un chapitre de la règle. Les repas se prennent en silence au réfectoire à la lecture de textes sacrés. Le reste de la journée est consacré au travail de copie et d’enluminure des manuscrits au scriptorium. Les monastères offrent également le gîte et le couvert aux pèlerins de passages, aux pauvres et aux malades qui sont soignés à l’infirmerie. Au sein de la communauté, les frères convers sont affectés aux travaux manuels, économiques, agricoles ou artisanaux afin d’assurer la subsistance de tous. L’ensemble des bâtiments monastiques s’organise autour du cloître qui jouxte l’église abbatiale, permettant ainsi aux moines de vaquer à leurs occupations dans le silence de ce monde clos, sans jamais entrer en contact avec le monde extérieur.

Historique

D’un point de vue architectural, l’abbaye de Cluny est connue pour avoir vu se succéder trois églises, fruit des reconstructions et destructions au fil des siècles. Si la troisième église, Cluny III, est l’édifice le plus connu, qualifié de Maior Ecclesia, il est intéressant d’observer les précédentes églises. Cluny I a été construite par l’abbé Bernon dès 909-910, avant d’être achevée par son successeur Odon. Face au succès du monastère et à sa grande fréquentation, un second édifice est rapidement construit à la place du premier. Cluny II, plus grande, est édifiée et consacrée en 981 sous le règne de l’abbé Maieul. C’est à cette époque que l’Abbaye acquiert les reliques des apôtres Pierre et Paul. Elle devient une « petite Rome ». Odilon, le 5è abbé, entreprend ensuite la réfection des bâtiments monastiques face à l’élargissement incessant de la communauté qui atteint alors 400 moines. La Maior Ecclesia, Cluny III, sera l’oeuvre de son successeur, l’abbé Hugues. Elle est construite entre 1088 et 1130.

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Des dispositifs de réalité augmentée permettent désormais de visualiser la reconstitution de l’édifice original de Cluny III.

Cluny III

L’apogée de l’Abbaye de Cluny trouve son expression grandiose à travers sa troisième église, la plus grande de la chrétienté, symbole de son rayonnement spirituel au XIIè siècle, avant son ineluctable déclin. La petite bourgade médiévale vécut alors le chantier le plus prestigieux et spectaculaire de l’occident médiéval. Les dimensions exceptionnelles de l’édifice, 187 mètres de long et une hauteur sous voûte dépassant les 30 mètres, sont le symbole de cette puissance inégalée. C’est un document en 3D, visible dans le Palais du pape Gélase, situé à côté des restes de l’église abbatiale, qui permet aujourd’hui de prendre la mesure de cet édifice disparu. Si les architectes demeurent encore inconnus, leur projet grandiose ne cesse de nous étonner par ses prouesses techniques. Afin de parvenir à l’édifice grandiose qui vit le jour, ils ont repoussé les limites du possible.

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Tentative de reconstitution 3D de l’élévation interne de l’abbatiale de Cluny III. ©CMN/on-situ

A son arrivée, le visiteur était accueilli dans une avant-nef, conçue comme anti-chambre du ciel. Cet espace était le seul accessible pour les non baptisés qui ne pouvaient donc franchir les portes monumentales ouvrant sur la nef. La vaste nef était réservée aux fidèles, tandis que le clergé prenait place dans le choeur pour les célébrations. Composée de cinq vaisseaux, elle était exceptionnelle par son élévation constituée de trois niveaux superposés. Chaque travée comprenait une grande arcade surmontée de trois arcatures aveugles décorées de lobes et de pilastres, elles-même surmontées de trois fenêtres ornées de colonnettes géminées. Deux transepts, l’un plus court que l’autre, coupaient perpendiculairement la nef avant l’arrivée au choeur. Le bras sud du grand transept, conservé intact, est le témoin de ce projet grandiose. Coiffé par le clocher de l’eau bénite, seule partie en élévation conservée de l’édifice, il permet de percevoir l’intensité lumineuse qui devait baigner l’édifice, grâce aux hautes voûtes en berceau brisés qui le composaient. Cette innovation de Cluny, qui se répandit ensuite dans de nombreux édifices romans, annonçait déjà le style gothique à venir. Les voûtes en berceau brisé permirent, par un jeu de répartition du poids de l’architecture, de percer les murs de fenêtres pour y amener la lumière. Le déambulatoire qui permettait de circuler autour du choeur multipliait les chapelles, resplendissantes probablement de peintures murales et de sculptures. Les huit chapiteaux sculptés qui ornaient ses colonnes sont aujourd’hui visibles dans le farinier. Les nombreux chapiteaux retrouvés dans les vestiges de l’édifice relèvent d’un style corinthisant raffiné et sont décorés d’animaux, de feuilles d’acanthe et de personnages bibliques ou légendaires dont foisonne l’art roman, dont l’interprétation n’est pas toujours aisée.

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Vestiges de l’élévation interne du grand transept de l’Abbaye de Cluny dite Cluny III.

Cluny dans la tempête

On sait malheureusement peu de chose des précédents édifices qui furent détruits et sur lesquels on rebâtit perpétuellement, rendant les fouilles archéologiques difficiles. Dès le XIVè siècle, l’abbaye subit les guerres qui se succédèrent. Les luttes de pouvoirs avec la monarchie et la papauté accentuèrent encore les difficultés rencontrées par l’abbaye et son réseau d’édifices religieux. Plusieurs tentatives de réformes au fil des siècles n’améliorèrent pas les choses. Mais la plus grande tempête que connut l’abbaye, et qui lui fut fatale, fut sans doute la Révolution. En 1791, les douze moines qui demeuraient encore au monastère furent expulsés. L’édifice est abandonné et son mobilier vendu. L’Abbaye elle-même est vendue par lots. Sa lente disparition commence par le percement de rues traversant ses anciens bâtiments claustraux, puis des haras nationaux sont édifiés à l’emplacement du choeur et de la nef de l’église. Des maisons s’érigent dans l’ancienne nef. Les clochers sont détruits en 1811 et l’Abbaye de Cluny sert désormais de carrière de pierre jusqu’en 1823.

Les autres vestiges à voir

Face à ce démembrement systématique du plus grand édifice de la chrétienté à la Révolution, il reste désormais quelques vestiges éparses de ce passé glorieux au fil des rues du village. De l’église abbatiale, il ne reste que le bras sud du grand transept datant des XI-XIIè siècles, et la chapelle Jean de Bourbon (XVè siècle). Des fouilles archéologiques ont cependant permis la mise en valeur des structures de l’avant-nef, du mur gouttereau sud de l’église et du passage Galilée reliant l’Eglise au cloître.

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Vue des vestiges de la nef de l’abbatiale Cluny III du portait Ouest.

Le cloître

Il ne reste malheureusement rien du cloître originel de l’abbaye. En effet le monastère fut réformé au XVIIIè siècle par la congrégation de Saint Maure. Les mauristes s’appliquèrent à rebâtir entièrement le cloître et les bâtiments conventuels selon les préceptes de leur vision austère de la règle. La symétrie et l’absence de décor demeure la règle ! C’est cependant un des plus beaux exemples d’architecture religieuse moderne en France.

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Cloître mauriste du XVIIIè siècle, Abbaye de Cluny.

Les écuries de saint Hugues

Autour des vestiges de l’église, d’autres édifices demeurent encore debout, ayant échappé aux affres de l’histoire. Les écuries de saint Hugues sont un bâtiment du XIè siècle encore bien conservé qui témoigne du devoir d’hospitalité des clunisiens. Le rez-de-chaussée était occupé par des boxes servant d’écuries pour les chevaux, tandis que le premier étage était dédié à l’accueil des hôtes de passage. L’ancien hospice fait face au Palais du Pape Gélase.

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Les écuries de saint Hugues, fin XIè siècle, Cluny.

Les Palais abbatiaux

Le palais du Pape Gélase est l’ancien palais destiné aux hôtes prestigieux. Le Pape Gélase y est mort en 1119 lors d’un séjour Clunysien. Sa façade d’influence gothique a été remaniée au XIXè siècle. Il abrite aujourd’hui la fameuse Ecole des Arts et Métiers de Cluny. Plus loin c’est l’abbé Jean de Bourbon qui fit construire au XVè siècle son palais sur une colline tout près de l’église abbatiale. En 1864, le bâtiment fut offert à la ville qui le fit aménager en musée d’art et d’histoire, complémentaire à la visite des vestiges.

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Façade du Palais du Pape Gélase abritant l’Ecole des Arts et Métiers de Cluny. En arrière-plan, le clocher de l’Eau Bénite, Cluny.

La tour du Moulin et le cellier-farinier

Sise dans le rempart sud de la ville, la Tour du Moulin a été construite à la fin du XIIè siècle. Elevée sur quatre niveaux, elle avait une fonction défensive. Le moulin à grain demeurait au rez-de-chaussée. Tout près d’elle fut construit au XIIIè siècle un cellier-farinier.

La Tour des fromages

Située au sud ouest de l’enceinte monastique, c’est sans doute la plus ancienne tour de Cluny de laquelle la vue sur la ville est imprenable. Mais deux autres tours rondes, plus tardives, qui ponctuaient la muraille sont encore visibles dans la ville.

Les anciens remparts

Plusieurs remparts coexistaient à Cluny. Dès le Xè siècle l’abbaye s’est dotée de ses propres remparts pour s’isoler du monde, un bourg important s’étant rapidement développé à ses pieds. La Porte d’honneur, datée du XIIè siècle, encore visible aujourd’hui, était l’entrée principale dans l’enceinte de l’Abbaye, et ouvrait directement sur l’avant-nef de l’église. Il s’agit d’un double portail décoré d’arcades richement sculptées.

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Porte d’honneur de l’ancienne muraille de l’Abbaye de Cluny qui ouvrait sur l’abbatiale.

Le bourg médiéval

Grâce au rayonnement de l’abbaye, un bourg s’est rapidement développé à l’extérieur de ses remparts. Trois quartiers, possédant chacun sa propre église, s’organisaient autour du monastère, bientôt protégés par une muraille cantonnée de tours et de portes. Certaines maisons médiévales sont encore visibles dans la ville, romanes ou gothiques. Il est ainsi possible d’observer une maison typiquement clunisoise au fil des ruelles. Dès le XIIè siècle ces maisons s’installent le long des rues, sur des parcelles étroites. Souvent édifiées en pierre, ces habitations se déploient sur deux niveaux. Le rez-de-chaussée, destiné à l’artisanat ou au commerce est orné d’une grande baie en arc brisé, tandis que l’étage, réservé au foyer, est généralement accessible par un escalier latéral ouvrant sur la rue. A l’arrière de la maison, une cour ou un jardin permet de cultiver son potager et d’avoir accès à l’eau. A l’intérieur, deux pièces se succèdent en enfilade au rez-de-chaussée comme à l’étage. Côté rue, la pièce est éclairée par des fenêtres à claire-voie. La façade est souvent décorée de motifs sculptés : colonnettes, pilastres, chapiteaux, mettant l’accent sur la « pièce du devant ». L’une de ces maisons possédait un décor somptueux, la « frise des vendangeurs », visible au musée.

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Maison romane rue de la République à Cluny.

La visite de Cluny, du bourg comme des vestiges de l’Abbaye réserve donc de nombreuses surprises à qui prend le temps de flâner dans ses ruelles ! Un billet d’entrée est à acheter dans les offices de tourisme de la ville ou aux points informations. Il vous sera remis avec un livret de visite libre qui vous guidera sur les différents sites de la ville et vous donnera accès aux musées et tours accessibles. Il est également possible de suivre une visite-conférence ou de louer un audioguide.

Bonne visite !

Les prémices de l’art en Bourgogne aux grottes d’Arcy-sur-Cure

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Le lac de la Grande Grotte, Arcy-sur-Cure. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Les grottes d’Arcy-sur-Cure, dans l’Yonne, sont un site incontournable à visiter ! Merveilles géologiques et chefs-d’oeuvres de l’art préhistorique y sont réunis pour un moment de découverte magique. Une expérience presque métaphysique…

Formation géologique des grottes

Le site d’Arcy-sur-Cure est un ensemble de quatorze grottes et abris sous roche creusés dans le massif calcaire d’Arcy par la Cure, un affluent de l’Yonne. Il y a 28 millions d’années, des tremblements de terre ont fissuré le massif et permis l’entrée de la rivière qui s’est frayé un chemin dans la roche. Sillonnant le calcaire durant plusieurs millions d’années, la Cure a finalement creusé les galeries et salles souterraines que l’on connait aujourd’hui. La diaclase, cette spectaculaire fissure du plafond à l’entrée de la Grande Grotte, atteste de la percée de la Cure dans la roche aux endroits les plus tendres. Seule la Grande Grotte se visite aujourd’hui, accompagné d’un guide. Mesurant cinq cents mètres de long, elle est composée de deux galeries parallèles, l’une dite « fossile » car la rivière s’en est retirée, tandis que la seconde est toujours « vivante » grâce à la présence de la Cure qui y coule encore, créant même quelques lacs souterrains dont la parfaite transparence n’est troublée que par les cristaux de calcite qui se forment à sa surface et donnent l’impression de lacs gelés. Ces fines particules de calcite se déposent sur la surface de l’eau dormante lorsque des gouttes d’eau ruisselante tombent du plafond, entrainant avec elle le calcaire de la roche. La calcite, déposée sur les pierres en ruine des monuments ou des sculptures, a le pouvoir de les réparer.

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La salle du Grand Désert et la diaclase au plafond, Grottes d’Arcy-sur-Cure. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Salles et concrétions remarquables

Le parcours de visite de la Grande Grotte permet de traverser les différentes salles des deux galeries. Juste après l’entrée, la salle du Grand Désert présente un large plafond plat, seulement troublé par l’impressionnante faille de la rivière. La salle de la Vierge, un peu plus loin, fut ainsi nommée en raison des deux figures de Vierge, dont une Vierge à l’Enfant, que nos aïeux ont identifiées dans les concrétions naturelles. Suit la concrétion dite de la coquille Saint-Jacques, sorte de coquillage géant tombant du plafond, qui reposait à l’origine sur un lit de sédiments aujourd’hui disparu suite à son effondrement dans le lit de la rivière désormais asséchée à cet endroit. La salle de la draperie a ainsi été nommée en raison des formes de draperies ou de rideaux qui ornent les parois de la grotte. Ces concrétions apparaissent lorsque les gouttes d’eau chargées de calcaire, ruisselant depuis la surface de la terre quelques 30 mètres plus haut, coulent le long de la paroi en déposant leur calcaire. La concrétion du Calvaire orne la salle suivante, elle aussi inspirée de l’iconographie religieuse. Cette sculpture naturelle géante a été formée par la rencontre en un même point d’une stalactite (concrétion tombant du plafond) en forme de croix, et d’une stalagmite (montant du sol) formant un socle. Il y a un siècle, les visiteurs pouvaient encore passer une main entre les deux, aujourd’hui elles se rejoignent. Sur le chemin du retour, la galerie vivante nous offre à voir le Lavoir des fées, tout en transparence, et le lac, donc les milliers de stalactites se reflètent à sa surface, créant ainsi l’illusion d’un paysage de montagne.

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Concrétion du Calvaire, Grottes d’Arcy-sur-Cure. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Une longue et ancienne occupation humaine

Les premières fouilles archéologiques ont débuté en 1860. Les premier archéologues se sont plutôt apparentés à des pilleurs. Le Marquis de Vibraye a cependant mis au jour une mandibule de Néandertalien. Les différentes phases d’occupation humaine des grottes remontent au paléolithique supérieur. Il faut attendre 1946 pour qu’André Leroy-Gourhan, préhistorien français bien connu, découvre des gravures magdaléniennes dans la Grotte du Cheval. Fouillant les grottes pendant dix-huit mois, son équipe mettra au jour une occupation humaine presque continue tout au long du paléolithique moyen et supérieur, soit durant environ 200 000 ans ! L’utilisateur des lieux était l’Homme de Neandertal.

Un lieu connu depuis des siècles

Les grottes d’Arcy-sur-Cure sont connues depuis bien longtemps déjà ! L’entrée n’était pas obturée et elles ont ainsi été fréquentées régulièrement depuis le XVIIè siècle. Le XVIIIè siècle, baroque et rococo, voyait défilé de nombreux curieux et amateurs qui venaient y prélever les belles concrétions, stalactites et stalagmites, pour orner leur habitation alors que les grottes artificielles étaient en vogue dans les jardins ! Le Château de Versailles, entre autre, en contient plusieurs. Les paysans et cultivateurs de l’Yonne venaient quant à eux prélever le guano des chauve-souris, qui constitue l’engrais organique le plus fertile ! Au XIXè siècle, des visites des Grottes étaient organisées pour les groupes nombreux qui s’y pressaient. Ces siècles de passage ont vu les grottes se noircir de la fumée des torches, des chandelles et des lampes à carbure.

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Concrétion de la Coquille Saint-Jacques, Grottes d’Arcy-sur-Cure. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Un grand nettoyage qui révèle des œuvres d’art

Alors que les grottes ne semblaient plus receler de nouveaux vestiges archéologiques suite aux différentes phases de fouilles, l’administration décida d’effectuer un grand nettoyage en 1976. L’objectif était de redonner au site un attrait touristique en retirant tout le noir de fumée déposé sur les parois. Les grottes furent donc nettoyées avec de l’eau chlorée sous pression ! Attirée par quelques traits sur le plafond, le préhistorien Pierre Guilloré découvrit en 1990 une peinture de bouquetin au fond de la grande grotte, mise au jour grâce au décapage.

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Peinture du bouquetin, Grottes d’Arcy-sur-Cure. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Dominique Baffier et Michel Gérard, du Centre de Recherches du CNRS reprirent alors de manière systématique l’étude de la Grande Grotte grâce aux systèmes modernes des photographies par infrarouges et ultraviolets qui permirent de distinguer ce qui se cache sous l’importante couche de calcite blanche qui protège encore les parois. Si on estime que 80% des peintures préhistoriques ont été détruites suite au nettoyage, l’étendue des découvertes laisse entrevoir l’importance du site pour l’étude de l’art paléolithique.

Des peintures parmi les plus anciennes au monde

Deux des 14 cavités des grottes d’Arcy-sur-Cure ont révélé des peintures préhistoriques. Malgré les nombreuses destructions, on compte aujourd’hui plus de 140 représentations différentes, dont une soixantaine d’animaux. Grâce à la technique du Carbone 14, les peintures ont été datées récemment autour de 33 000 ans ! Les grottes d’Arcy-sur-Cure sont donc à ce jour les deuxièmes grottes ornées les plus anciennes connues au monde, juste après les grottes Chauvet, dont les peintures datent d’environ 36 000 ans, et bien loin devant les grottes Cosquer (- 27 000 ans) et Lascaux (- 18 000 ans). Les peintures visibles sont celles de la Grande Grotte, principalement sur le plafond et les parois du fond de la grotte, dans la salle Des Vagues de la Mer, mais aussi dans la salle de la Danse.

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Un mammouth et son petit peints à l’ocre rouge et au charbon. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Le bestiaire animalier est composé pour moitié de mammouths, une espèce présente dans la région il y a environ 30 000 ans. Mais on retrouve également d’autres animaux de la faune locale comme un oiseau, des ours, des rhinocéros et même des félins. Le mégacéros, sorte de cerf aux bois immenses, aujourd’hui disparu, fait également parti du cortège des représentations. Si quelques peintures ont été réalisées au charbon de bois, la majorité sont peintes en ocre rouge, que l’on obtenait après cuisson de l’ocre jaune local. Ces peintures animales sont complétées par des mains négatives et positives ainsi que des signes abstraits (points, barbelés, bâtonnets…). La petite main négative visible dans la salle de la Danse était celle d’un enfant de 12 ans. La peinture a peut-être pu être réalisée lors d’un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte. Elle a été obtenue en soufflant du colorant humidifié sur le pourtour de la main. On compte même une Vénus, ces peintures de femmes plantureuses dont la proéminence du ventre et de la poitrine souligne la fécondité.

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Main négative d’un enfant. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Une interprétation difficile

Il est important de rappeler que malgré les progrès permanents de l’archéologie, l’archéologie préhistorique demeure faite d’hypothèses. Devant la rareté des vestiges, il est parfois difficile pour les spécialistes de les interpréter avec certitude. Si les spécialistes rejettent désormais massivement l’hypothèse de l’art pour l’art, produit par les hommes du paléolithique dans un simple objectif de beauté et de plaisir, les différentes thèses en cours s’opposent parfois. Le totémisme a été la thèse retenue par certains spécialistes. Dans ce cas de figure, un groupe d’individus se serait attaché à une espèce animale particulière dont il aurait fait son emblème vénéré (ici le mammouth). D’autres ont penché pour la magie, principalement dans le cas des scènes de chasse. Cette explication impliquerait un lien étroit entre la représentation picturale de l’animal et l’animal lui-même, conférant au peintre d’alors un pouvoir sur l’animal représenté, peut-être dans l’idée de favoriser une bonne chasse. Cette thèse est celle de Reinhardt, popularisée par l’abbé Breuil qui fouilla le site des grottes d’Arcy au début du XXè siècle. Loin de ces théories, André Leroy-Gourhan, prudent, se contenta d’y voir « l’expression de concepts sur l’organisation naturelle et surnaturelle du monde vivant ».

Ce qui est certain c’est que les représentations pariétales sont situées dans des endroits profonds des grottes. Il faut rappeler que les hommes du paléolithique ne vivaient pas dans ces grottes, sombres et dangereuses, mais s’y rendaient seulement pour peindre. Actuellement, les thèses chamaniques sont encore en débat. Les peintures représenteraient des chamanes et leurs esprits tutélaires. Dans les religions chamaniques encore observables dans certaines tribus, deux mondes cohabitent, qui s’influencent mutuellement. Certains hommes vivants, les chamanes, auraient le pouvoir d’entrer en contact avec l’autre monde. Les peintures auraient peut-être donc été peintes lors de cérémonies chamaniques pour invoquer l’autre monde.

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Mégacéros peint dans la Salle des Vagues de la Mer. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Cette hypothèse ne contredit pas la dernière théorie des spécialistes qui ont remarqué que les peintures étaient réalisées dans des cavités particulières des grottes, souvent confinées. De cette observation ils ont émis l’idée qu’un lien pouvait exister entre les peintures et les caractéristiques sonores de ces cavités qui résonnent. Dans cette interprétation, le son aurait joué un rôle important dans le choix de l’emplacement des peintures. Il s’agissaient peut-être de sanctuaires où se déroulaient des cérémonies chantées ou musicales…

Le fond et la forme

Les hommes qui ont peint ces représentations avaient en tout cas le sens du détail… et du relief ! Une bonne utilisation du relief naturel de la paroi leur a permis de se servir des creux et des reliefs comme une composante à part entière des peintures. Ici un œil est placé dans un trou, là c’est une excroissance de la paroi qui sert de bois à un animal.

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La salle des Vagues de la Mer contient une grande partie des peintures paléolithiques. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Un équilibre fragile

Les grottes d’Arcy-sur-Cure sont les plus anciennes grottes encore visibles aujourd’hui, les grottes de Chauvet ayant fait l’objet d’une reproduction grandeur nature ouverte au grand public. C’est bien sûr la question de la protection des peintures qui est au cœur de l’accès au site. C’est la raison pour laquelle les archéologues n’ont pas dégagé la totalité des peintures repérées grâce aux infrarouges, préférant les laisser sous leur épaisse couche de calcite qui les protège. Pour les peintures visibles, les archéologues les ont dégagé à l’aide d’une petite fraise abrasive qui permet de retirer progressivement les couches de calcite successives, en prenant soin de laisser la dernière, protectrice. Mais cela n’empêche pas le site d’être extrêmement fragilisé par les milliers de visiteurs qui s’y pressent chaque année et qui dégagent chaleur et gaz carbonique.

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Plan de la Grande Grotte. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Voyage dans le temps au cœur des cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre

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Vue des cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre, la chapelle Saint-Etienne.

L’abbaye Saint-Germain d’Auxerre abrite dans ses cryptes les plus anciennes fresques connues en France ! Datées du IXè siècle, ces peintures nous plongent au temps des carolingiens, quand Charlemagne et ses successeurs entretenaient des liens privilégiés avec la cité d’Auxerre.

Germain, le premier saint issu du clergé local

Tout a commencé sur les terres de Germain, riche aristocrate gallo-romain né en 378 à Autosidorum (antique cité d’Auxerre). Avocat formé à Rome, Germain est très tôt nommé à un poste important de l’administration impériale à Auxerre. Rapidement remarqué par ses contemporains, il est consacré évêque en 418. Possédant des terres sur l’une des collines d’Auxerre, en dehors du castrum (ville fortifiée), Germain y fait construire une villa au sens antique du terme, c’est-à-dire une propriété agricole. Il y ajoute un oratoire destiné à abriter les reliques de Maurice d’Agaune, un légionnaire égyptien converti au christianisme qui fut condamné à mort pour avoir refusé de combattre. Germain serait ainsi à l’origine du développement du culte des reliques qui connaitra son apogée au Moyen Age !

« Saint-Germain offrant une médaille à Sainte Geneviève »
huile sur toile – Ecole française XVIIe s.
collection et cliché musée d’Auxerre. ©Musée d’art et d’histoire d’Auxerre

Germain meurt en 448 à Ravenne, en Italie du Nord, alors qu’il était en voyage à la cour de l’impératrice Galla Placidia. Son corps est rapatrié pour être inhumé dans le petit oratoire qu’il avait fait construire à Auxerre. Dès lors, de nombreux pèlerins viennent se recueillir devant le sarcophage de saint Germain.

L’évolution de la construction

Au VIè siècle, c’est la Reine Clotilde en personne qui se rend sur le tombeau du saint. L’épouse de Clovis, roi des Francs, trouvant l’oratoire trop petit pour accueillir les nombreux fidèles, décide la construction d’une église mérovingienne appuyée sur l’oratoire initial et qui se développe en direction de l’ouest. Pour rappel, les édifices religieux sont toujours orientés dans la même direction ! L’espace profane destiné à l’accueil des fidèles se trouve à l’ouest, en direction de la nef, tandis que l’espace sacré du choeur est tourné vers l’est. Ainsi les églises sont toujours orientées, c’est-à-dire dirigées vers l’orient, le regard tourné vers le Saint-Sépulcre. Au IXè siècle l’Abbaye est dirigée par un abbé laïc, le Comte Conrad. C’est aussi l’oncle de Charles le Chauve, roi carolingien successeur de Charlemagne ! Après avoir retrouvé la vue par un miracle de saint Germain, Conrad ordonne l’agrandissement de l’église. La nef est prolongée, tandis que le choeur est agrandi. L’église carolingienne mesure 98 mètres de long, faisant de l’abbaye l’un des plus grands édifices de la chrétienté à l’époque ! Un chevet est aménagé sur trois niveaux superposés, comme il est d’usage dans les grands édifices de cette époque, telle l’abbaye de Corvey en Allemagne. Au dessous du choeur supérieur de l’église se trouve un trésor caché, les cryptes carolingiennes !

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Plan des cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre

Aménagement des cryptes

Les cryptes, construites au IXè siècle, se développent autour de l’espace central de la confession, correspondant à l’ancien oratoire construit par Germain au Vè siècle. Dans cet espace confiné et rempli de mystère, trône le tombeau du saint présenté en surélévation. Quatre colonnes de remploi gallo-romaines surmontées de chapiteaux sculptés soutiennent une voûte en berceau aménagée au IX è siècle ! Pour preuve, les architraves, ces poutres de chênes disposées entre la voûte et les chapiteaux, ont été datées par la dendrochronologie entre 820 et 850 ! Les cryptes permettaient aux pèlerins de circuler autour du sarcophage dans un couloir aménagé de chapelles.

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Cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre, vue de la confession et du tombeau de saint Germain.

Le parcours du pèlerin

Dans la crypte, le parcours du pèlerin suit un protocole immuable, commençant au nord et terminant au sud. Sur le trajet, des peintures du IXè siècle accompagnent le cheminement spirituel du croyant.

La chapelle Saint-Etienne

La chapelle Saint-Etienne au Nord illustre des scènes de la vie du premier martyr chrétien, saint patron de la ville d’Auxerre. Les trois fresques peintes sont tirées du texte biblique des Actes des Apôtres. La première représente Etienne devant la tribunal de Jérusalem, le Sanhédrin, où il fait face à deux juges, accusé de blasphème pour avoir prêché l’évangile du Christ. Dans la seconde représentation, Etienne est menacé par la foule en colère, vêtue à la mode carolingienne de chausses et tuniques courtes ! L’oeuvre illustre le moment de l’extase d’Etienne où celui-ci déclare voir Dieu et son fils.

foule en colère
L’extase d’Etienne menacé par la foule en colère, Chapelle Saint-Etienne, fresque du IXè siècle, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre.

La dernière peinture retrace la lapidation du saint devant la ville de Jérusalem. Dans la voûte céleste, à droite, la main de Dieu vient accueillir Etienne dans un style plus symbolique et intellectuel que réaliste.

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La lapidation d’Etienne, fresque du IXè siècle, chapelle Saint-Etienne, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre.

Le reste de la chapelle illustre à merveille ce que l’on a nommé la Renaissance Carolingienne qui marqua un retour de l’influence de l’art antique au IXè siècle, d’abord sous Charlemagne dans l’écriture, puis sous Charles le Chauve dans l’architecture. Le décor de peintures végétales de la voûte d’arêtes, prémices du style roman, les colonnes peintes en trompe-l’oeil sur les piles et le chapiteau de style ionique en attestent !

chapiteau photo Julianna Lees
Chapiteau carolingien de style ionique, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. ©Julianna Lees

Les fresques des évêques et la fonction funéraire et commémorative des cryptes

Les cubicules, angles coupés des murs extérieurs de la Confession, abritent deux fresques représentant des évêques. Sur la première, le plus âgé bénit de sa main le plus jeune, en plein apprentissage. Sur la seconde, la représentation est inversée ! Le plus jeune prodigue son enseignement, symbolisé par le geste de sa main réunissant le pouce et l’annulaire, au plus âgé. La transmission des connaissances et des savoirs était en effet au cœur de la règle bénédictine qui régissait la vie des moines de l’abbaye. Le monastère était par ailleurs doté d’un atelier de copie important, appelé scriptorium, et d’une école renommée dans le royaume ! Les écoles des monastères sont en quelque sorte les prémices des grandes universités actuelles, telle la Sorbonne qui vit le jour au Moyen Age !

fresque des eveques photo Julianna Lees
Fresque des évêques, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. ©Julianna Lees

Au pied des deux peintures murales sont disposés des tombeaux d’évêques. Ce sont les successeurs de Germain qui se firent enterrer au plus près du saint dès le VIè siècle, et non à la cathédrale comme il était d’usage. Leur présence est commémorée par des épitaphes inscrites sur les murs entre le IXè siècle et le XIVè siècle recensant la présence d’une vingtaine d’entre eux.

La rotonde Sainte-Maxime

A l’est de la crypte se déploie la rotonde Sainte-Maxime, en l’honneur d’une des jeunes femmes qui accompagnèrent le corps de Germain lors de son retour de Ravenne. De style gothique, la chapelle a été reconstruite au XIVè siècle pour consolider les fondations de l’église supérieure. Cette voûte à 10 ogives est extrêmement rare. Seules cinq exemplaires de ce type sont connues en Europe, dont trois dans l’Abbaye Saint-Germain et une dans la Cathédrale Saint-Etienne. L’autre particularité de la voûte est l’absence visuelle de clé de voûte. La pierre centrale est pourtant bien présente, mais sculptée dans le prolongement des ogives pour un effet épuré !

La chapelle Saint-Vincent-Saint-Laurent

Cette chapelle, située dans le couloir sud, marque la fin du pèlerinage ! Elle commémore Saint-Vincent et Saint-Laurent, les deux premiers martyrs chrétiens morts en occident. Les fresques y sont beaucoup plus abîmées que dans la chapelle Saint-Etienne. Elles conservent cependant les traces d’un beau palmier chargé de dattes. Cet arbre est le symbole de la vie car il conserve son feuillage même en plein désert. Les palmes sont par ailleurs le symbole des martyrs chrétiens.

Palmier
Fresque du palmier dattier, Chapelle Saint-Vincent-Saint-Laurent, cryptes de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre.

Un vrai message était donc véhiculé par le programme iconographique des cryptes. L’histoire de l’Eglise y est retracée, avec dans son sillage celle de Germain et de ses successeurs. Des peintures rares à découvrir ! Des visites guidées de 45 minutes sont proposées tous les jours dans les cryptes, sauf le mardi, de 10h à 12h et de 13h45 à 18h30.

Le château de Guédelon, ou l’art de la construction médiévale

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Vue d’ensemble du château de Guédelon, un chantier médiéval à Treigny, dans l’Yonne.

Les bourguignons sont parfois étonnants ! Au cœur de la Puisaye, dans l’Yonne, des hommes et des femmes relèvent un défi hors du commun : construire un château fort avec les techniques et les matériaux du Moyen Age. Visite d’un chantier à la fois archéologique, pédagogique et touristique de grande ampleur.

La folle histoire du chantier médiéval

Michel Guyot est l’initiateur de cette idée folle. Passionné de patrimoine et de vieilles pierres, l’homme avait déjà racheté en 1979 le château de Saint-Fargeau, alors en ruine. Plusieurs années de travail acharné, et l’organisation chaque été d’un spectacle historique, auront permis à Michel Guyot et aux nombreux bénévoles de la région de remettre sur pied l’édifice. Une étude archéologique du château de Saint-Fargeau permit de mettre au jour les fondations du XIIIè siècle. L’idée germa alors dans l’esprit de son propriétaire de construire un château fort de toute pièce afin de comprendre comment travaillaient les bâtisseurs du Moyen Age. Aidé de quelques autres passionnés, et par l’association de réinsertion par le travail Emeraude, Michel Guyot parvint à donner naissance à son projet en 1997. L’année suivante le chantier fut ouvert au public, un public de curieux qui vient nombreux chaque année voir l’avancée des travaux, prévus pour durer 25 ans. Le chantier est piloté par une association et encadré par un comité scientifique qui croise les données théoriques et scientifiques pour valider, à chaque étape de construction, les choix et les options retenus. Les plans du château de Guédelon ont été dessinés par Jacques Moulin, architecte en chef des monuments historiques. Cinquante « oeuvriers », comme on les appelle là-bas, travaillent sur ce chantier depuis le départ, aidés durant l’été par des saisonniers, mais aussi par quelques bénévoles et apprentis désireux d’apporter leur pierre à l’édifice !

Archéologie expérimentale

L’idée maîtresse du projet est de recréer un chantier de construction tel qu’il aurait réellement pu exister au Moyen Age et ainsi de percer les secrets et les techniques des bâtisseurs médiévaux. Contrairement à l’archéologie classique, qui observe et décortique le bâti existant pour en tirer des informations, l’archéologie expérimentale part de zéro et met en pratique des techniques diverses pour construire un ouvrage, permettant observations directes et découvertes probantes. Cette démarche permet de concrétiser des idées, de mettre en pratique des théories et de vérifier des hypothèses.

aménagement du cintre de la voute d'aretes ©Château de Guédelon
Aménagement du cintre en bois préalable à la construction de la voûte d’arrêtes de la Tour maîtresse du château, l’occasion de bâtir une voûte selon les techniques médiévales. ©Guédelon

Le comité scientifique est en permanence confronté à des choix entre plusieurs options pour poursuivre la construction de ce chantier expérimental jamais mené. Le processus de décision repose sur la constitution d’une base de données d’informations mise à jour en permanence. Les sources de connaissance sont diverses : relevés de données sur des sites comparables et sources écrites (rapports archéologiques, livres, articles…). La base de données permet de rassembler des informations sur les châteaux de la fin du XIIè siècle au XIVè siècle, et ainsi de mettre en avant les particularités de l’architecture philipienne dans laquelle s’inscrit le château de Guédelon. L’architecture philipienne regroupe les constructions fortifiées érigées sous Philippe-Auguste, roi de France de 1180 à 1223, et ses successeurs. Ces châteaux forts remplaçaient les anciennes mottes féodales, moins élaborées. Les modèles du genre sont le château du Louvre à Paris, et ceux de Ratilly ou de Druyes-les-Belles-Fontaines dans l’Yonne.

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Le château de Ratilly, dans l’Yonne, un exemple des châteaux d’architecture philipienne des XIIè et XIIIè siècles.

Cette méthode a permis aux bâtisseurs de Guédelon de régler des problèmes précis rencontrés sur le chantier, comme la construction des meurtrières. Ces fentes, aménagées dans les tours et créneaux du châteaux, permettaient aux archers et arbalétriers de défendre le château par des tirs de flèches en cas d’assaut extérieur. A Guédelon, les maîtres d’ouvrage se sont questionnés sur la forme, les dimensions, l’angle d’ouverture interne et l’angle de tir de ces archères. Après avoir relevé les données correspondant aux meurtrières dans les châteaux philippiens de la région, il a finalement été décidé de privilégier la solidité des murs au détriment de l’ouverture de l’angle de tir, unidirectionnel. Cette faille dans la défense de la forteresse sera contrebalancée par le décalage des fenêtres de tir au différents étages de la tour.

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Une meurtrière dans la salle de tir au château de Guédelon. ©Guédelon

La recherche d’authenticité maximale dans les techniques employées sur ce chantier médiéval se sont cependant heurtées à la sécurité et à la législation actuelle qui en découle. La construction des engins de levage a ainsi été testée et validée par une commission de sécurité avant leur utilisation. En effet, au Moyen Age, les cages à écureuils remplaçaient les grues ! Aux vues des expérimentations menées sur le chantier de Guédelon, il a été constaté qu’un homme seul pouvait, en marchant sans effort dans une cage en bois en forme de roue, soulever un poids de 180 kg jusqu’à 4 mètres de haut, par le biais d’une poulie et d’une corde enroulée autour d’un axe.

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Les cages à écureuils sur le chantier de Guédelon, cage simple et cage à double tambour. ©Guédelon

Le choix du site, la richesse des matériaux

En plus des techniques mises en oeuvre, les matériaux utilisés sont naturels et extraits directement sur place. C’est d’ailleurs la richesse du site en ressources naturelles qui a déterminé l’emplacement du château de Guédelon, comme il était d’usage durant l’époque médiévale. Le transport était alors coûteux, et les taxes et péages pouvaient doubler le prix des marchandises ! Le chantier prend donc place dans la campagne poyaudine, non loin de la forêt et de l’étang de Guédelon, rattachée à la commune de Treigny. Une ancienne carrière de pierre a été remise en service pour l’occasion. Les carriers du chantier y extraient à la main une pierre calcaire ferrugineuse, dont la couleur va du noir au miel en passant par toutes les teintes d’ocre. Les blocs extraits sont ensuite transportés soit par les hommes, à l’aide de brouette ou de brancard, soit par charrette à cheval. En fonction de la qualité des blocs, ils seront utilisés bruts par les maçons pour monter les murs, ou façonnés par les tailleurs de pierre pour servir au parement de l’édifice.

la foret de Guédelon ©F. Folder (DR)
Vue du site du château de Guédelon au début des travaux de construction. ©Guédelon

La forêt voisine fournit le bois. Les essarteurs abattent les arbres, avant que les scieurs de long débitent les troncs en planches et poutres pour la construction des planchers et charpentes. Les essences les moins nobles sont utilisées pour la fabrication du charbon de bois, utile dans la vie du village médiéval qui s’est installé autour du chantier.

Abattage d'un chêne ©Guédelon
Abattage d’un chêne pour la construction du château. © Guédelon

Du grès ferrugineux de la carrière est aussi extrait le minerai de fer. Porté à une température de 1000° dans des fours en argile pendant plusieurs jours, le minerai fournit un bloc de fer plus ou moins pur qui sera travaillé par le forgeron et transformé en outils, clous, gonds, et ferrures pour le chantier.

forgerons ©Guédelon
Les forgerons au travail. ©Guédelon

Le sol fournit également le calcaire permettant l’obtention de chaux qui entre dans la fabrication du mortier médiéval, gage de solidité des murs. Enfin, la terre argileuse de Puisaye est utilisée crue, pour la confection du torchis et des briques, ou cuite pour la fabrication des poteries et des tuiles utilisées sur le site.

Visite du chantier

Selon la tradition des châteaux dits philippiens, Guédelon présente un plan polygonal constitué de hautes courtines (épais murs de protection), entouré d’un fossé sec. Les angles de l’édifice sont équipés de tours cylindriques à archères. Au fond de la cour du château, entre deux tours, se trouve le logis du seigneur.

plan de Guédelon © Chateau de Guédelon
Les plans du château de Guédelon respectent la tradition des édifices d’architecture philipienne. ©Guédelon

Le chantier a démarré en 1997 par la préparation du terrain, puis par la délimitation du périmètre du château qui, monté pierre après pierre, sort progressivement de terre, grandissant de quelques mètres chaque année. Dès le début de l’aventure ont également été construits les différents abris et granges dédiés au travaux du village et à l’accueil des visiteurs. Les carriers sont très sollicités dès le début du chantier pour monter les murs du château qui atteignent déjà un mètre en 1998. Rapidement, les forgerons s’activent pour produire les outils nécessaires au chantier, tandis que les tuiliers commencent la production intensive de pavements de sol pour la grande salle du logis. Alors que les murs continuent à se dresser, la citerne d’approvisionnement en eau du château est achevée en 2001 et le puits coiffé de sa margelle.

Carreaux de pavement ©Guédelon
Carreaux de pavement. ©Guédelon

L’année 2002 est cruciale. Le premier ouvrage d’art est réalisé sur le chantier. La voûte sur croisée d’ogives de la tour de la chapelle est dressée. En 2003 c’est la voûte d’arêtes de la cave de la tour maîtresse du château qui est bâtie avec succès. Le périmètre du château, qui dépasse désormais les trois mètres de hauteur, nécessite la construction, par les charpentiers, de deux cages à écureuils pour lever les pierres. En 2004, les efforts des ouvriers se portent sur le logis du seigneur qui sort de terre. La cuisine équipée d’un four à pain, ainsi qu’un cellier pour entreposer les vivres sont initiés. 2005 est l’année de la consécration de la tour maîtresse qui atteint désormais dix mètres de hauteur. Son énorme voûte d’ogives est réalisée. C’est plus de 120 tonnes de pierres et de maçonneries qui sont désormais en suspension.

vue du chateau de 2007 ©Chateau de Guédelon
Vue du chantier du château de Guédelon en 2007. ©Guédelon

En 2006 et 2007 le logis continue à s’élever. Il est équipé d’un grand degré (escalier en pierre). L’escalier à vis de la tour maîtresse continue lui aussi à se dresser, marche après marche. En 2008 ce sont les premiers éléments de la charpente du logis qui sont posés. Le travaille progresse bien.

Voute d'orgive et escalier à vis
Voûte d’ogive et escalier à vis dans la tour maîtresse. ©Guédelon

En 2011 s’est achevée la construction de la plus importante voûte du chantier, au premier étage de la tour maîtresse, en lieu et place de la chambre du seigneur. En 2012 commencèrent la réalisation des premières peintures murales et décorations intérieures du château, comme la pose des carreaux de pavement. En 2013 a commencé l’élévation de la chapelle dans la tour du même nom, reliée au logis par le chemin de ronde. Le chantier devrait être achevé en 2022…

Le village médiéval

Autour du château, c’est tout un village qui s’est organisé pour faire vivre le chantier ! Outre les maçons, charpentiers, carriers, forgerons qui ont leurs cabanes de travail, de nombreux petits métiers s’activent. Ainsi les potiers fabriquent avec l’argile locale aussi bien les carreaux et tuiles du chantier, que les nombreux bols, ramequins et ustensiles nécessaires à la vie quotidienne des ouvriers. Les vanniers sont chargés de la fabrication de solides paniers destinés au transport des outils et matériaux sur le chantier. Plus loin, des cordes sont fabriquées dans un atelier à partir de fibres de chanvre. Depuis 2012, un moulin hydraulique à farine a pris du service sur le chantier. Le pain est ensuite confectionné et cuit dans la cuisine du château où sont par ailleurs réalisées des démonstrations de cuisine médiévale. A ne pas manquer !

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Carriers fendant un bloc de pierre. ©Guédelon

Lors de votre visite vous pourrez découvrir le chantier de construction du château mais aussi toute la vie du village. Vous assisterez à des démonstrations diverses et pourrez observer les ouvriers, en costume médiéval, travailler à leur tâches. De belles découvertes en perspective où apprendre devient un jeu d’enfant !

Thèses et anti-thèses sur la chouette de Dijon

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Chouette, sculpture en relief sur le plan nord de l’église Notre-Dame, Dijon.

Une chouette porte-bonheur

Sise dans la rue éponyme, au cœur du vieux Dijon, quartier historique et populaire de la ville, la chouette veille sur les habitants depuis presque huit siècles, au point d’être devenue l’emblème de la capitale bourguignonne. Mais la chouette de Dijon est loin d’avoir révélé tous ses secrets. Cette petite sculpture en relief orne l’un des contreforts nord de l’église gothique Notre-Dame, bâtie entre 1230 et 1250. Bien connu des dijonnais, le petit rapace nocturne aurait même le pouvoir d’exaucer les vœux si on le caresse de la main gauche, la main du cœur. Attention toutefois de ne pas croiser au même moment le regard de la salamandre, sculptée un peu plus haut sur le mur, qui pourrait alors annuler l’enchantement ! Cette tradition est étonnante, quand l’on sait qu’autrefois les chouettes étaient clouées sur les portes des granges pour conjurer le mauvais sort ! L’animal était signe de mauvais présage.

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Salamandre sculptée sur le flan nord de l’église Notre-Dame, non loin de la chouette.

La rue de la chouette

L’oeuvre est tellement connue qu’elle donne même son nom à la rue qui l’abrite et qui contourne l’édifice religieux par le flan nord. Il s’agit d’une étroite ruelle médiévale appelée dés cette époque « Rue de la chouette ». Plus tard, elle fut rebaptisée « Rue Notre-Dame » dans un élan de religiosité. En 1904, la municipalité la renomma « Rue Eugène Pottier », membre de la Commune de Paris et auteur des paroles de l’Internationale, avant de lui donner le nom de « Gracchus Babeuf », révolutionnaire et inspirateur du communisme. Elle retrouva son nom initial en 1957 !

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Inscription « Rue de la chouette », Dijon.

Des origines inconnues

Cette petite chouette érigée en symbole de la cité ducale fait toujours couler beaucoup d’encre ! Si aucun fait historique ne permet d’affirmer son origine, de nombreuses hypothèses ont été avancées.

Un animal des ténèbres

Parce que la chouette est un rapace nocturne, certains ont vu dans sa présence sur le contrefort de l’église Notre-Dame le symbole des juifs, vivant dans l’ignorance du Christ et dans les ténèbres aux yeux des chrétiens. Au contraire, d’autres y ont vu le symbole du Christ lui-même, aimant les hommes malgré qu’ils vivent dans les ténèbres. Remontant à une tradition paganiste, d’autres encore y virent le symbole d’Athéna, déesse grecque de la raison, de la prudence et de la sagesse qui aurait accompagné les bâtisseurs tout au long de la construction de l’édifice. Plus pragmatique, l’historien dijonnais Eugène Fyot (1866-1937) émit l’hypothèse que l’un des maitres d’oeuvre de l’église Notre-Dame, s’appelant peut-être Monsieur Chouet, aurait signé l’édifice par ce détail sculpté. N’oublions pas que l’église Notre-Dame se trouvait au Moyen Age dans un quartier populaire de la ville. Les maisons à pans de bois brulant très facilement, les villes étaient souvent la proie des flammes, véritable fléau médiéval ! Dans ce contexte, la chouette, animal nocturne vivant dans les greniers, pouvait donner l’alerte en cas de départ d’incendie.

Église Notre-Dame de Dijon
Façade occidentale de l’église Notre-Dame, Dijon, 1230-1250.

Le duc des ducs

Les dijonnais sont attachés à leur chouette. Pour preuve, caressée depuis plusieurs siècles, la petite sculpture s’est lissée sous les doigts des passants, perdant ainsi les détails de la tête et du plumage. En regardant de plus près, on distingue pourtant deux petites aigrettes sur les côtés de la tête de l’animal, qui ne serait donc pas une chouette, mais un hibou ! Les spécialistes de la Ligue de Protection des Oiseaux affirment qu’aucune chouette au monde ne possède ces petites plumes caractéristique au dessus de la tête ! Ce ne sont pas non plus des oreilles, vu que les chouettes en sont dépourvues. L’hypothèse du hibou remettrait en question plusieurs siècles de tradition dijonnaise et bourguignonne. Mais selon certains passionnés, elle est tout à fait plausible ! Le hibou grand duc pourrait être un hommage rendu aux Ducs de Bourgogne par la riche et influente famille Chambellan, qui fit construire au XVè siècle la chapelle qu’orne aujourd’hui encore l’animal !

Le vol de la chouette

Victime de son succès, la chouette de Dijon a subi des dégradations au début de l’année 2001. La face avant de la statuette a été découpé et dérobé. Jamais retrouvée, elle a été remplacée par un moulage à l’identique. Que l’on se rassure, la chouette aurait retrouvé son pouvoir d’exaucer les vœux !

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Selon la tradition, la chouette exauce les voeux lorsqu’on la touche de la main gauche, la main du coeur.

A voir, à faire

L’Office de Tourisme de Dijon à mis en place le « Parcours de la chouette ». En suivant les pas métalliques insérés dans les pavés, la chouette de Dijon vous guidera au travers d’un parcours en 22 étapes pour découvrir l’histoire de la ville. Un livret disponible à l’Office de Tourisme vous donnera toutes les explications nécessaires.

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Le parcours de la chouette fléché au sol.

L’application du Parcours de la Chouette est également disponible sur smartphones et tablettes.

Et n’oubliez pas de faire un vœu !

La Mise au tombeau du Christ : chef-d’oeuvre de la sculpture Bourguignonne

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Mise au tombeau du Christ, hôpital Fontenilles de Tonnerre (Yonne), vers 1454, pierre, grandeur nature. Visuel tiré de lafrancemédiévale.blogspot.fr

En ce week-end de Pâques, intéressons-nous à l’un des sujets les plus spectaculaires de l’iconographie religieuse chrétienne : les sculptures de Mise au Tombeau du Christ en Bourgogne.

Pâques et la Mise au tombeau du Christ

La Mise au Tombeau de Jésus-Christ constitue l’épisode ultime de la Passion rapporté par les évangiles. Ces textes ont posé les bases de la représentation iconographique de la scène qui se mit progressivement en place à partir du XIIIè siècle. Avant le Xè siècle, aucune représentation littérale de la Mise au Tombeau n’est attestée. Mais c’est principalement aux XVè et XVIè siècles que le thème est le plus présent dans l’art religieux européen. Il constitue la dernière manifestation originale de l’art chrétien au Moyen Age. En effet, il correspond aux préoccupations spirituelles de l’époque où domine la fascination de la mort, et au développement du Mystère de la Passion.

Les origines de Pâques

Rappelons, s’il est nécessaire, que Jésus-Christ aurait été crucifié le vendredi Saint, célébré cette année le 3 avril 2015, après avoir subi la Passion. Ce terme désigne les différentes souffrances qui lui furent infligées de son arrestation à sa mise à mort sur la Croix. Le dimanche de Pâques célèbre la résurrection du Christ après que son tombeau ait été retrouvé vide. Il semble que le terme « Pâques » provienne de l’hébreu Pessa’h, qui signifie passage. La fête religieuse, célébrée par les Juifs, par les Catholiques et les orthodoxes suivant des modalités différentes, symbolise également le retour du printemps et de la lumière pour les païens, et symbolise la vie ! C’est cette idée de l’éclosion de la nature au printemps qui est à l’origine des oeufs  que l’on décore à Pâques, une tradition qui remonte bien avant l’ère chrétienne ! Les oeufs de Fabergé en sont le plus riche exemple.

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Oeuf de Pâques impérial dit Au Pélican, Carl Fabergé, 1897, or, diamants, émaux, perles, ivoire et verre. ©Virginia Museum of Fines Arts

L’iconographie du Saint-Sépulcre dans la sculpture

Les représentations de Mise au Tombeau sont aussi appelées Saint-Sépulcre. Il s’agit de l’ensevelissement du Christ après sa crucifixion. Elles répondent à une iconographie stéréotypée, dictée par les Evangiles, communes à l’ensemble des représentations. La présence des personnages et l’organisation spatiale varient donc assez peu d’une sculpture à l’autre. Si les codes de la représentation sont fixés par les textes, le thème de la Mise au tombeau du Christ fut particulièrement adapté aux recherches artistiques des sculpteurs de l’époque, tournées vers l’expression des sentiments humains. Expressivité des gestes, émotion des visages, accentuation de la dramaturgie par le jeu des drapés furent autant de moyen utilisés par les artistes pour pousser toujours plus loin leur recherche et différencier leur production.

Les mises au tombeau : un thème bourguignon du XVè siècle

Les groupes statuaires de la Mise au Tombeau du Christ se répandent dans les édifices religieux dès le XVè siècle. La Bourgogne constitue alors un foyer d’innovation. Le thème est particulièrement populaire en Belgique et dans les Flandres, mais aussi en Champagne où un atelier troyen est très actif. Les textes mentionnent la présence de cinq personnages autour du corps du Christ. On retrouve parmi eux Joseph d’Arimatie, généralement placé à la tête du Christ. C’est l’homme le plus âgé et son apparence présente des signes de richesse, tels que la bourse à la ceinture. Nicodème, plus jeune, est médecin. Marie-Madeleine constitue le personnage féminin le plus remarquable des Mises au tombeau sculptées car elle canalise souvent l’inventivité des sculpteurs. A ses côtés, deux saintes femmes font office de pleureuses et de porteuses d’onguents. L’adjonction de la Vierge, absente des textes, est une invention des artistes. Incarnant la tristesse, elle est généralement soutenue par Saint Jean. On peut remarquer que les trois personnages masculins représentaient les trois âges de la vie ! En dehors de ces figures codifiées entourant le corps de Jésus, d’autres ont été ajoutées par les artistes, soit dans un souci d’équilibre et de symétrie de la composition, soit pour diversifier les effets formels et plastiques. On peut trouver des soldats-gardiens, souvent représentés assoupis près du tombeau, des anges précurseurs de la Résurrection, ou encore les figures des donateurs et commanditaires. Si les groupes sculptés nous sont parvenus dans la blancheur de la pierre, ajoutant à la sobriété et à la dramaturgie de la scène, la statuaire de Mises au Tombeau étaient systématiquement polychrome jusqu’au début du XVIè siècle !

Tonnerre

Le groupe sculpté de la Mise au Tombeau du Christ de Tonnerre est représentatif du style bourguignon, caractérisé, entre autre, par la disposition de la Vierge près du visage du Christ. Il est aussi l’un des premiers exemples de la région, commandé vers 1454 par le riche marchand Lancelot de Buironfosse aux frères Georges et Jean-Michel de la Sornette, imagiers issus de l’atelier de Claus Sluter. Le groupe sculpté ornait à l’origine l’hôpital Notre-Dame de Fontenille.

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Mise au Tombeau du Christ, Tonnerre. Détail de la sainte femme dite « La bourguignonne ».

Sa composition est savamment ordonnée. Comme dans tous les autres exemples, le corps du Christ constitue l’axe horizontal de la composition. Mais ici la Vierge et saint Jean ont été déportés vers la gauche, pour laisser la place centrale à Marie-Madeleine. Le visage de la Vierge est caché dans l’ombre du voile couvrant ses cheveux, une constante de ce type de représentation. La sainte femme à droite de la composition, portant un vêtement contemporain régional, a été surnommée « la bourguignonne » ! Cette composition précoce est remarquable par les lignes souples, tant dans les gestes que dans le traitement des tissus et des vêtements, qui sont typiques des ateliers bourguignons.

Semur-en-Auxois

La Mise au Tombeau aujourd’hui présentée dans la collégiale de Semur-en-Auxois depuis la Révolution française, a été réalisée vers 1490-91 pour le couvent des Carmes, à la demande d’un couple de bourgeois de la ville. Le groupe est incomplet. Deux anges deuillants sont conservés au musée municipal tandis que deux autres reposent désormais au musée du Louvre à Paris.

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Mise au tombeau du Christ, Collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois (Côte d’Or), vers 1490-91, pierre polychrome, grandeur nature.

Ici l’horizontalité de la composition est accentué par le linceul dont les plis soulignent le corps du Christ, et par la présence massive du tombeau de pierre. La vierge occupe le centre de la composition, soutenue de part et d’autre par saint Jean et Marie-Madeleine. Les deux femmes saintes, placées aux extrémités de la composition, sont en retrait. L’équilibre de l’ensemble repose sur l’immobilisme des corps, dont les gestes symétriques semblent figés. L’intense émotion des visages vient pourtant contredire cette apparente rigidité. Les plis serrés et cassés des vêtements ainsi que la symétrie et la rigueur de l’ensemble rattachent nettement la sculpture à un style plus médiéval, hérité de la manière de Claus Sluter, imagier des Ducs de Bourgogne. L’oeuvre a ainsi été attribuée à Antoine le Moiturier, suiveur du maître, appelé en Bourgogne vers 1462 pour achever le tombeau du duc Jean-sans-Peur.

Pouilly-en-Auxois

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Mise au tombeau du Christ, chapelle Notre-Dame-Trouvé, Pouilly-en-Auxois (Côte d’Or), 1521, pierre, 150 x 250 cm.

La Mise au Tombeau de Pouilly-en-Auxois, située dans la chapelle Trouvé, rappelle davantage le style renaissant italien. L’oeuvre, à la mise en scène théâtralisée, a été sculptée en 1521. La Vierge, au centre de la composition, cristallise l’intensité dramatique qui se lit sur les visages. Les formes souples et rondes accentuent le pathétisme de la scène et marque l’influence italienne sur l’art bourguignon du XVIè siècle. Une attention particulière a été apportée au traitement du corps du Christ.

Châtillon-sur-Seine

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Mise au tombeau du Christ, Eglise Saint-Vorles, Châtillon-sur-Seine (Côte d’Or), 1527, pierre, grandeur nature.

La Mise au tombeau de l’église de Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine a été réalisée en 1527 et appartient à ce même courant théâtralise influencé par l’art italien de la Renaissance. Le corps du Christ présence ici une stricte rigidité cadavérique, contrairement à l’exemple précédent. Le groupe est conséquent puisque deux soldats-gardiens viennent s’ajouter à la composition, ainsi que les deux donateurs, présentés agenouillés à la manière médiévale. L’expressivité des personnages, l’ampleur des gestes soulignés par les plis des vêtements auxquels ont été ajoutés de nombreux détails (broderies, motifs, mais aussi coiffures et parures) marquent l’italianisme grandissant de l’art renaissant.

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Mise au tombeau du Christ de Châtillon-sur-Seine, détail des vêtements, parures et coiffures sur deux personnages situés à droite du groupe.

Et ailleurs en Bourgogne…

D’autres groupes sculptés sont visibles en Bourgogne ! L’église de l’ancien prieuré de Talant conserve deux sculptures de ce type, « le petit sépulcre », une œuvre miniature ne dépassant pas les 80 centimètres mais à l’intensité émotionnelle forte, et le « grand sépulcre », toutes deux datées du XVIè siècle. L’Eglise Saint-Jean à Joigny possède elle aussi un groupe sculpté de l’ensevelissement du Christ. celui-ci présente la particularité de ne pas avoir été réalisé en Bourgogne mais en Picardie ! Il aurait été commandé par Raoul de Lannoy, seigneur de Folleville (Somme). L’oeuvre est marquée elle aussi par de fortes influences italiennes, son commanditaire étant grand amateur d’art italien et gouverneur de Gênes ! Il s’est d’ailleurs fait représenté sur la face avant du tombeau, son profil inséré dans un médaillon ! La sculpture bourguignonne des XVè et XVIè siècle, et particulièrement le thème de la Mise au Tombeau du Christ, sont représentatifs de la synthèse stylistique qui s’opéra à cette époque en Bourgogne entre les formes gothiques médiévales de l’art régional et les influences extérieures, venues notamment d’Italie, faisant de la Bourgogne une terre d’innovations artistiques permanentes. Joyeuses Pâques !