Les prémices de l’art en Bourgogne aux grottes d’Arcy-sur-Cure

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Le lac de la Grande Grotte, Arcy-sur-Cure. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Les grottes d’Arcy-sur-Cure, dans l’Yonne, sont un site incontournable à visiter ! Merveilles géologiques et chefs-d’oeuvres de l’art préhistorique y sont réunis pour un moment de découverte magique. Une expérience presque métaphysique…

Formation géologique des grottes

Le site d’Arcy-sur-Cure est un ensemble de quatorze grottes et abris sous roche creusés dans le massif calcaire d’Arcy par la Cure, un affluent de l’Yonne. Il y a 28 millions d’années, des tremblements de terre ont fissuré le massif et permis l’entrée de la rivière qui s’est frayé un chemin dans la roche. Sillonnant le calcaire durant plusieurs millions d’années, la Cure a finalement creusé les galeries et salles souterraines que l’on connait aujourd’hui. La diaclase, cette spectaculaire fissure du plafond à l’entrée de la Grande Grotte, atteste de la percée de la Cure dans la roche aux endroits les plus tendres. Seule la Grande Grotte se visite aujourd’hui, accompagné d’un guide. Mesurant cinq cents mètres de long, elle est composée de deux galeries parallèles, l’une dite « fossile » car la rivière s’en est retirée, tandis que la seconde est toujours « vivante » grâce à la présence de la Cure qui y coule encore, créant même quelques lacs souterrains dont la parfaite transparence n’est troublée que par les cristaux de calcite qui se forment à sa surface et donnent l’impression de lacs gelés. Ces fines particules de calcite se déposent sur la surface de l’eau dormante lorsque des gouttes d’eau ruisselante tombent du plafond, entrainant avec elle le calcaire de la roche. La calcite, déposée sur les pierres en ruine des monuments ou des sculptures, a le pouvoir de les réparer.

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La salle du Grand Désert et la diaclase au plafond, Grottes d’Arcy-sur-Cure. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Salles et concrétions remarquables

Le parcours de visite de la Grande Grotte permet de traverser les différentes salles des deux galeries. Juste après l’entrée, la salle du Grand Désert présente un large plafond plat, seulement troublé par l’impressionnante faille de la rivière. La salle de la Vierge, un peu plus loin, fut ainsi nommée en raison des deux figures de Vierge, dont une Vierge à l’Enfant, que nos aïeux ont identifiées dans les concrétions naturelles. Suit la concrétion dite de la coquille Saint-Jacques, sorte de coquillage géant tombant du plafond, qui reposait à l’origine sur un lit de sédiments aujourd’hui disparu suite à son effondrement dans le lit de la rivière désormais asséchée à cet endroit. La salle de la draperie a ainsi été nommée en raison des formes de draperies ou de rideaux qui ornent les parois de la grotte. Ces concrétions apparaissent lorsque les gouttes d’eau chargées de calcaire, ruisselant depuis la surface de la terre quelques 30 mètres plus haut, coulent le long de la paroi en déposant leur calcaire. La concrétion du Calvaire orne la salle suivante, elle aussi inspirée de l’iconographie religieuse. Cette sculpture naturelle géante a été formée par la rencontre en un même point d’une stalactite (concrétion tombant du plafond) en forme de croix, et d’une stalagmite (montant du sol) formant un socle. Il y a un siècle, les visiteurs pouvaient encore passer une main entre les deux, aujourd’hui elles se rejoignent. Sur le chemin du retour, la galerie vivante nous offre à voir le Lavoir des fées, tout en transparence, et le lac, donc les milliers de stalactites se reflètent à sa surface, créant ainsi l’illusion d’un paysage de montagne.

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Concrétion du Calvaire, Grottes d’Arcy-sur-Cure. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Une longue et ancienne occupation humaine

Les premières fouilles archéologiques ont débuté en 1860. Les premier archéologues se sont plutôt apparentés à des pilleurs. Le Marquis de Vibraye a cependant mis au jour une mandibule de Néandertalien. Les différentes phases d’occupation humaine des grottes remontent au paléolithique supérieur. Il faut attendre 1946 pour qu’André Leroy-Gourhan, préhistorien français bien connu, découvre des gravures magdaléniennes dans la Grotte du Cheval. Fouillant les grottes pendant dix-huit mois, son équipe mettra au jour une occupation humaine presque continue tout au long du paléolithique moyen et supérieur, soit durant environ 200 000 ans ! L’utilisateur des lieux était l’Homme de Neandertal.

Un lieu connu depuis des siècles

Les grottes d’Arcy-sur-Cure sont connues depuis bien longtemps déjà ! L’entrée n’était pas obturée et elles ont ainsi été fréquentées régulièrement depuis le XVIIè siècle. Le XVIIIè siècle, baroque et rococo, voyait défilé de nombreux curieux et amateurs qui venaient y prélever les belles concrétions, stalactites et stalagmites, pour orner leur habitation alors que les grottes artificielles étaient en vogue dans les jardins ! Le Château de Versailles, entre autre, en contient plusieurs. Les paysans et cultivateurs de l’Yonne venaient quant à eux prélever le guano des chauve-souris, qui constitue l’engrais organique le plus fertile ! Au XIXè siècle, des visites des Grottes étaient organisées pour les groupes nombreux qui s’y pressaient. Ces siècles de passage ont vu les grottes se noircir de la fumée des torches, des chandelles et des lampes à carbure.

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Concrétion de la Coquille Saint-Jacques, Grottes d’Arcy-sur-Cure. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Un grand nettoyage qui révèle des œuvres d’art

Alors que les grottes ne semblaient plus receler de nouveaux vestiges archéologiques suite aux différentes phases de fouilles, l’administration décida d’effectuer un grand nettoyage en 1976. L’objectif était de redonner au site un attrait touristique en retirant tout le noir de fumée déposé sur les parois. Les grottes furent donc nettoyées avec de l’eau chlorée sous pression ! Attirée par quelques traits sur le plafond, le préhistorien Pierre Guilloré découvrit en 1990 une peinture de bouquetin au fond de la grande grotte, mise au jour grâce au décapage.

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Peinture du bouquetin, Grottes d’Arcy-sur-Cure. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Dominique Baffier et Michel Gérard, du Centre de Recherches du CNRS reprirent alors de manière systématique l’étude de la Grande Grotte grâce aux systèmes modernes des photographies par infrarouges et ultraviolets qui permirent de distinguer ce qui se cache sous l’importante couche de calcite blanche qui protège encore les parois. Si on estime que 80% des peintures préhistoriques ont été détruites suite au nettoyage, l’étendue des découvertes laisse entrevoir l’importance du site pour l’étude de l’art paléolithique.

Des peintures parmi les plus anciennes au monde

Deux des 14 cavités des grottes d’Arcy-sur-Cure ont révélé des peintures préhistoriques. Malgré les nombreuses destructions, on compte aujourd’hui plus de 140 représentations différentes, dont une soixantaine d’animaux. Grâce à la technique du Carbone 14, les peintures ont été datées récemment autour de 33 000 ans ! Les grottes d’Arcy-sur-Cure sont donc à ce jour les deuxièmes grottes ornées les plus anciennes connues au monde, juste après les grottes Chauvet, dont les peintures datent d’environ 36 000 ans, et bien loin devant les grottes Cosquer (- 27 000 ans) et Lascaux (- 18 000 ans). Les peintures visibles sont celles de la Grande Grotte, principalement sur le plafond et les parois du fond de la grotte, dans la salle Des Vagues de la Mer, mais aussi dans la salle de la Danse.

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Un mammouth et son petit peints à l’ocre rouge et au charbon. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Le bestiaire animalier est composé pour moitié de mammouths, une espèce présente dans la région il y a environ 30 000 ans. Mais on retrouve également d’autres animaux de la faune locale comme un oiseau, des ours, des rhinocéros et même des félins. Le mégacéros, sorte de cerf aux bois immenses, aujourd’hui disparu, fait également parti du cortège des représentations. Si quelques peintures ont été réalisées au charbon de bois, la majorité sont peintes en ocre rouge, que l’on obtenait après cuisson de l’ocre jaune local. Ces peintures animales sont complétées par des mains négatives et positives ainsi que des signes abstraits (points, barbelés, bâtonnets…). La petite main négative visible dans la salle de la Danse était celle d’un enfant de 12 ans. La peinture a peut-être pu être réalisée lors d’un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte. Elle a été obtenue en soufflant du colorant humidifié sur le pourtour de la main. On compte même une Vénus, ces peintures de femmes plantureuses dont la proéminence du ventre et de la poitrine souligne la fécondité.

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Main négative d’un enfant. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Une interprétation difficile

Il est important de rappeler que malgré les progrès permanents de l’archéologie, l’archéologie préhistorique demeure faite d’hypothèses. Devant la rareté des vestiges, il est parfois difficile pour les spécialistes de les interpréter avec certitude. Si les spécialistes rejettent désormais massivement l’hypothèse de l’art pour l’art, produit par les hommes du paléolithique dans un simple objectif de beauté et de plaisir, les différentes thèses en cours s’opposent parfois. Le totémisme a été la thèse retenue par certains spécialistes. Dans ce cas de figure, un groupe d’individus se serait attaché à une espèce animale particulière dont il aurait fait son emblème vénéré (ici le mammouth). D’autres ont penché pour la magie, principalement dans le cas des scènes de chasse. Cette explication impliquerait un lien étroit entre la représentation picturale de l’animal et l’animal lui-même, conférant au peintre d’alors un pouvoir sur l’animal représenté, peut-être dans l’idée de favoriser une bonne chasse. Cette thèse est celle de Reinhardt, popularisée par l’abbé Breuil qui fouilla le site des grottes d’Arcy au début du XXè siècle. Loin de ces théories, André Leroy-Gourhan, prudent, se contenta d’y voir « l’expression de concepts sur l’organisation naturelle et surnaturelle du monde vivant ».

Ce qui est certain c’est que les représentations pariétales sont situées dans des endroits profonds des grottes. Il faut rappeler que les hommes du paléolithique ne vivaient pas dans ces grottes, sombres et dangereuses, mais s’y rendaient seulement pour peindre. Actuellement, les thèses chamaniques sont encore en débat. Les peintures représenteraient des chamanes et leurs esprits tutélaires. Dans les religions chamaniques encore observables dans certaines tribus, deux mondes cohabitent, qui s’influencent mutuellement. Certains hommes vivants, les chamanes, auraient le pouvoir d’entrer en contact avec l’autre monde. Les peintures auraient peut-être donc été peintes lors de cérémonies chamaniques pour invoquer l’autre monde.

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Mégacéros peint dans la Salle des Vagues de la Mer. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Cette hypothèse ne contredit pas la dernière théorie des spécialistes qui ont remarqué que les peintures étaient réalisées dans des cavités particulières des grottes, souvent confinées. De cette observation ils ont émis l’idée qu’un lien pouvait exister entre les peintures et les caractéristiques sonores de ces cavités qui résonnent. Dans cette interprétation, le son aurait joué un rôle important dans le choix de l’emplacement des peintures. Il s’agissaient peut-être de sanctuaires où se déroulaient des cérémonies chantées ou musicales…

Le fond et la forme

Les hommes qui ont peint ces représentations avaient en tout cas le sens du détail… et du relief ! Une bonne utilisation du relief naturel de la paroi leur a permis de se servir des creux et des reliefs comme une composante à part entière des peintures. Ici un œil est placé dans un trou, là c’est une excroissance de la paroi qui sert de bois à un animal.

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La salle des Vagues de la Mer contient une grande partie des peintures paléolithiques. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure

Un équilibre fragile

Les grottes d’Arcy-sur-Cure sont les plus anciennes grottes encore visibles aujourd’hui, les grottes de Chauvet ayant fait l’objet d’une reproduction grandeur nature ouverte au grand public. C’est bien sûr la question de la protection des peintures qui est au cœur de l’accès au site. C’est la raison pour laquelle les archéologues n’ont pas dégagé la totalité des peintures repérées grâce aux infrarouges, préférant les laisser sous leur épaisse couche de calcite qui les protège. Pour les peintures visibles, les archéologues les ont dégagé à l’aide d’une petite fraise abrasive qui permet de retirer progressivement les couches de calcite successives, en prenant soin de laisser la dernière, protectrice. Mais cela n’empêche pas le site d’être extrêmement fragilisé par les milliers de visiteurs qui s’y pressent chaque année et qui dégagent chaleur et gaz carbonique.

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Plan de la Grande Grotte. ©Grottes d’Arcy-sur-Cure
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