Quand les gallo-romains vivaient à Escolives Sainte-Camille dans l’Yonne

reconstitution escolives
Proposition de reconstitution des thermes, site archéologique d’Escolives-Sainte-Camille, Yonne. ©Site archéologique d’Escolives-Sainte-Camille – Musée

Le site d’Escolives Sainte-Camille, situé dans l’Yonne à 10 kilomètres au sud d’Auxerre, a été découvert fortuitement en 1955, par l’arrachage d’un noyer, dont les racines ont révélé des vestiges anciens. Aujourd’hui le site qui se visite permet de comprendre la vie des gallo-romains du IVè siècle !

Un site occupé depuis la préhistoire

L’occupation humaine du site archéologique d’Escolives Saint-Camille est attestée depuis le Néolithique (4500 à 2500 ans avant Jésus-Christ). Des traces d’habitations y ont été retrouvées, mais aussi des monuments funéraires, ainsi que les fameux champs d’urnes. L’occupation du site semble être continue jusqu’à la période gallo-romaine, période la plus riche en vestiges archéologiques.

Une riche villa gallo-romaine

Le site est en effet connu pour abriter les restes d’une riche villa gallo-romaine, qui s’étendait sur plus de quatre hectares. Le lieu était propice aux développements de ce genre. Une source d’eau se trouve à proximité, la source du Creusot, et tout prés passait la Via Agrippa, une route très empruntée qui reliait Rome à l’Angleterre, en passant par Lyon et Boulogne. Construite au Ier siècle de notre ère, la villa à fait l’objet de plusieurs agrandissements avant d’être abandonnée au Vè siècle. Une nécropole mérovingienne s’est alors installée dans ses ruines.

Une propriété agricole avant tout

Les villae gallo-romaines, malgré leurs richesses, sont avant tout des propriétés agricoles. Celle d’Escolives, par ses constructions exceptionnelles, devait occuper une place toute particulière en Bourgogne ! Elle atteste de la richesse du maître des lieux, probablement un aristocrate gallo-romain ! La villa comprenait une pars urbana, site résidentiel, implanté tout prés de la source, et une pars rustica, des bâtiments dédiés à l’exploitation agricole. L’ensemble était également doté de thermes grandioses, le tout organisé autour de plusieurs cours desservies par des allées. La plus belle cour était dotée d’un péristyle (une cour fermée) à colonnes.

L’art du bain à Escolives

La villa d’Escolives a la particularité de posséder deux ensembles thermaux séparés qui se développent sur près de 1000 mètres carrés. Ces thermes sont ainsi les plus grands bains privés connus à ce jour. Ces deux bâtiments réservés aux bains, proches l’un de l’autre, présentent cependant une nette différence de taille, difficilement expliquée par les archéologues. Les petits bains étaient ainsi peut-être utilisés hors saison, dans un souci d’économie de chauffage lorsqu’il y avait moins de visiteurs, ou bien réservés aux femmes.

petit bain
Vue des thermes su site archéologique d’Escolives-Sainte-Camille.

Le bain romain est une institution ! Fréquentés par toute la population, bains publics et bains privés s’organisent de la même manière. Les différents bassins prennent place autour d’une grande cour dallée, appelée palestre lorsqu’elle sert à pratiquer des exercices physiques ! Après avoir déposé leur vêtements dans l’apodyterium, le vestiaire, les gallo-romains commençaient par s’enduire le corps d’huile, avant de s’adonner au sport destiné à stimuler la transpiration. Ils pensaient ainsi expulser la crasse. Les moins courageux se rendaient directement dans le sudatio, une étuve sèche proche du sauna actuel, pour transpirer sans effort ! Ils se rendaient ensuite au caldarium, le bain chaud, pour se nettoyer et se racler la peau avec un strigile, outil incurvé en fer, permettant de se débarrasser des sueurs. Il fallait ensuite passer par le tépidarium, bain tiède, avant de terminer par le frigidarium, le bain le plus froid !

Ingénieux hypocauste

Les thermes étaient chauffés par un ingénieux système d’hypocauste, un chauffage par le sol! Le sol maçonné (suspensura) était installé sur des pilettes constituées de briques empilées en pyramide inversée. L’air chaud, provenant de pièces alimentées au feu de bois (preafournuim), circulait ainsi sous le sol, entre les pilettes. Ainsi, les pièces les plus près du foyer étaient plus chaudes que les autres. Dans les murs, des briques creuses (tubuli) permettaient à l’air chaud et à la fumée de remonter et de s’échapper dans la toiture. Au passage, il chauffait aussi les murs.

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Vestige de l’hypocauste (chauffage par le sol), Site archéologique d’Escolives-Sainte-Camille, Yonne.

Le musée du site

Le petit musée du site, abrité sous un hangar à proximité de la villa, révèle de beaux éléments lapidaires et de précieux objets retrouvés sur le site, comme des épingles à cheveux ornées ou des fragments de poteries sigillées. Un mystérieux portique à colonnes a été reconstitué à partir de blocs sculptés exhumés des fondations des thermes de la villa. Ces pierres sculptées, réemployées, proviennent probablement d’un édifice du IIè siècle de la localité, qui aurait été démonté et réutilisé. A moins que ce ne soit un ancien portique des thermes, mais l’absence de fondations correspondantes ne permet pas de l’attester !

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Divinité de pierre, bloc sculpté retrouvé sur le site archéologique d’Escolives-Sainte-Camille, Yonne.

Un cimetière mérovingien

Sur le site, dans les ruines de la villa, prés de 350 tombes mérovingiennes du VI è au VIII è siècles ont été retrouvées, dont près d’une trentaine de sarcophages de pierre, avec leur riche mobilier funéraire composé de parures et de bijoux.

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Tombe d’époque mérovingienne retrouvée dans les ruines de la villa gallo-romaine, site archéologique d’Escolives-Sainte-Camille, Yonne.

Le site se visite toute l’année, de 10h à 17h. Des visites guidées partent toutes les heures. Des visites nocturnes théâtralisées sont organisées le week-end.

Bonne visite !

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3 commentaires sur “Quand les gallo-romains vivaient à Escolives Sainte-Camille dans l’Yonne

  1. Merci de cet article, très complet sur la Villa d’Escolives et ses termes, sur l’architecture, sur la technique (perdue) des hypocaustes et les habitudes de ses riches ou pas habitués .
    Cet article a été complété par la visite du site

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  2. nous avons visité ce site en mai 2015 avec mes deux filles (12 et 8) toutes trois passionner d’histoire nous avons beaucoup aimé la visite surtout l’enthousiasme du conteur . il faut continuer et aller vite visité le site s’est fabuleux d’écouter le guide et de se replonger dans l’histoire. nous programmons même d’y retourner avec mes neveux et nièces en octobre.

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    • Bonjour,

      C’est vrai que c’est un très beau site que les guides passionnés essaient de faire revivre le temps d’une visite guidée. N’hésitez pas à venir le (re)découvrir en famille. Vous pourrez d’ailleurs m’y retrouver ce dimanche 18 octobre de 10h à 18H. Une belle idée de sortie pour commencer les vacances !
      Au plaisir de vous y rencontrer.

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