Le château de Guédelon, ou l’art de la construction médiévale

chateau guédelon
Vue d’ensemble du château de Guédelon, un chantier médiéval à Treigny, dans l’Yonne.

Les bourguignons sont parfois étonnants ! Au cœur de la Puisaye, dans l’Yonne, des hommes et des femmes relèvent un défi hors du commun : construire un château fort avec les techniques et les matériaux du Moyen Age. Visite d’un chantier à la fois archéologique, pédagogique et touristique de grande ampleur.

La folle histoire du chantier médiéval

Michel Guyot est l’initiateur de cette idée folle. Passionné de patrimoine et de vieilles pierres, l’homme avait déjà racheté en 1979 le château de Saint-Fargeau, alors en ruine. Plusieurs années de travail acharné, et l’organisation chaque été d’un spectacle historique, auront permis à Michel Guyot et aux nombreux bénévoles de la région de remettre sur pied l’édifice. Une étude archéologique du château de Saint-Fargeau permit de mettre au jour les fondations du XIIIè siècle. L’idée germa alors dans l’esprit de son propriétaire de construire un château fort de toute pièce afin de comprendre comment travaillaient les bâtisseurs du Moyen Age. Aidé de quelques autres passionnés, et par l’association de réinsertion par le travail Emeraude, Michel Guyot parvint à donner naissance à son projet en 1997. L’année suivante le chantier fut ouvert au public, un public de curieux qui vient nombreux chaque année voir l’avancée des travaux, prévus pour durer 25 ans. Le chantier est piloté par une association et encadré par un comité scientifique qui croise les données théoriques et scientifiques pour valider, à chaque étape de construction, les choix et les options retenus. Les plans du château de Guédelon ont été dessinés par Jacques Moulin, architecte en chef des monuments historiques. Cinquante « oeuvriers », comme on les appelle là-bas, travaillent sur ce chantier depuis le départ, aidés durant l’été par des saisonniers, mais aussi par quelques bénévoles et apprentis désireux d’apporter leur pierre à l’édifice !

Archéologie expérimentale

L’idée maîtresse du projet est de recréer un chantier de construction tel qu’il aurait réellement pu exister au Moyen Age et ainsi de percer les secrets et les techniques des bâtisseurs médiévaux. Contrairement à l’archéologie classique, qui observe et décortique le bâti existant pour en tirer des informations, l’archéologie expérimentale part de zéro et met en pratique des techniques diverses pour construire un ouvrage, permettant observations directes et découvertes probantes. Cette démarche permet de concrétiser des idées, de mettre en pratique des théories et de vérifier des hypothèses.

aménagement du cintre de la voute d'aretes ©Château de Guédelon
Aménagement du cintre en bois préalable à la construction de la voûte d’arrêtes de la Tour maîtresse du château, l’occasion de bâtir une voûte selon les techniques médiévales. ©Guédelon

Le comité scientifique est en permanence confronté à des choix entre plusieurs options pour poursuivre la construction de ce chantier expérimental jamais mené. Le processus de décision repose sur la constitution d’une base de données d’informations mise à jour en permanence. Les sources de connaissance sont diverses : relevés de données sur des sites comparables et sources écrites (rapports archéologiques, livres, articles…). La base de données permet de rassembler des informations sur les châteaux de la fin du XIIè siècle au XIVè siècle, et ainsi de mettre en avant les particularités de l’architecture philipienne dans laquelle s’inscrit le château de Guédelon. L’architecture philipienne regroupe les constructions fortifiées érigées sous Philippe-Auguste, roi de France de 1180 à 1223, et ses successeurs. Ces châteaux forts remplaçaient les anciennes mottes féodales, moins élaborées. Les modèles du genre sont le château du Louvre à Paris, et ceux de Ratilly ou de Druyes-les-Belles-Fontaines dans l’Yonne.

chateau de ratilly
Le château de Ratilly, dans l’Yonne, un exemple des châteaux d’architecture philipienne des XIIè et XIIIè siècles.

Cette méthode a permis aux bâtisseurs de Guédelon de régler des problèmes précis rencontrés sur le chantier, comme la construction des meurtrières. Ces fentes, aménagées dans les tours et créneaux du châteaux, permettaient aux archers et arbalétriers de défendre le château par des tirs de flèches en cas d’assaut extérieur. A Guédelon, les maîtres d’ouvrage se sont questionnés sur la forme, les dimensions, l’angle d’ouverture interne et l’angle de tir de ces archères. Après avoir relevé les données correspondant aux meurtrières dans les châteaux philippiens de la région, il a finalement été décidé de privilégier la solidité des murs au détriment de l’ouverture de l’angle de tir, unidirectionnel. Cette faille dans la défense de la forteresse sera contrebalancée par le décalage des fenêtres de tir au différents étages de la tour.

meurtrière
Une meurtrière dans la salle de tir au château de Guédelon. ©Guédelon

La recherche d’authenticité maximale dans les techniques employées sur ce chantier médiéval se sont cependant heurtées à la sécurité et à la législation actuelle qui en découle. La construction des engins de levage a ainsi été testée et validée par une commission de sécurité avant leur utilisation. En effet, au Moyen Age, les cages à écureuils remplaçaient les grues ! Aux vues des expérimentations menées sur le chantier de Guédelon, il a été constaté qu’un homme seul pouvait, en marchant sans effort dans une cage en bois en forme de roue, soulever un poids de 180 kg jusqu’à 4 mètres de haut, par le biais d’une poulie et d’une corde enroulée autour d’un axe.

cages à écureuil ©C. Duchemin
Les cages à écureuils sur le chantier de Guédelon, cage simple et cage à double tambour. ©Guédelon

Le choix du site, la richesse des matériaux

En plus des techniques mises en oeuvre, les matériaux utilisés sont naturels et extraits directement sur place. C’est d’ailleurs la richesse du site en ressources naturelles qui a déterminé l’emplacement du château de Guédelon, comme il était d’usage durant l’époque médiévale. Le transport était alors coûteux, et les taxes et péages pouvaient doubler le prix des marchandises ! Le chantier prend donc place dans la campagne poyaudine, non loin de la forêt et de l’étang de Guédelon, rattachée à la commune de Treigny. Une ancienne carrière de pierre a été remise en service pour l’occasion. Les carriers du chantier y extraient à la main une pierre calcaire ferrugineuse, dont la couleur va du noir au miel en passant par toutes les teintes d’ocre. Les blocs extraits sont ensuite transportés soit par les hommes, à l’aide de brouette ou de brancard, soit par charrette à cheval. En fonction de la qualité des blocs, ils seront utilisés bruts par les maçons pour monter les murs, ou façonnés par les tailleurs de pierre pour servir au parement de l’édifice.

la foret de Guédelon ©F. Folder (DR)
Vue du site du château de Guédelon au début des travaux de construction. ©Guédelon

La forêt voisine fournit le bois. Les essarteurs abattent les arbres, avant que les scieurs de long débitent les troncs en planches et poutres pour la construction des planchers et charpentes. Les essences les moins nobles sont utilisées pour la fabrication du charbon de bois, utile dans la vie du village médiéval qui s’est installé autour du chantier.

Abattage d'un chêne ©Guédelon
Abattage d’un chêne pour la construction du château. © Guédelon

Du grès ferrugineux de la carrière est aussi extrait le minerai de fer. Porté à une température de 1000° dans des fours en argile pendant plusieurs jours, le minerai fournit un bloc de fer plus ou moins pur qui sera travaillé par le forgeron et transformé en outils, clous, gonds, et ferrures pour le chantier.

forgerons ©Guédelon
Les forgerons au travail. ©Guédelon

Le sol fournit également le calcaire permettant l’obtention de chaux qui entre dans la fabrication du mortier médiéval, gage de solidité des murs. Enfin, la terre argileuse de Puisaye est utilisée crue, pour la confection du torchis et des briques, ou cuite pour la fabrication des poteries et des tuiles utilisées sur le site.

Visite du chantier

Selon la tradition des châteaux dits philippiens, Guédelon présente un plan polygonal constitué de hautes courtines (épais murs de protection), entouré d’un fossé sec. Les angles de l’édifice sont équipés de tours cylindriques à archères. Au fond de la cour du château, entre deux tours, se trouve le logis du seigneur.

plan de Guédelon © Chateau de Guédelon
Les plans du château de Guédelon respectent la tradition des édifices d’architecture philipienne. ©Guédelon

Le chantier a démarré en 1997 par la préparation du terrain, puis par la délimitation du périmètre du château qui, monté pierre après pierre, sort progressivement de terre, grandissant de quelques mètres chaque année. Dès le début de l’aventure ont également été construits les différents abris et granges dédiés au travaux du village et à l’accueil des visiteurs. Les carriers sont très sollicités dès le début du chantier pour monter les murs du château qui atteignent déjà un mètre en 1998. Rapidement, les forgerons s’activent pour produire les outils nécessaires au chantier, tandis que les tuiliers commencent la production intensive de pavements de sol pour la grande salle du logis. Alors que les murs continuent à se dresser, la citerne d’approvisionnement en eau du château est achevée en 2001 et le puits coiffé de sa margelle.

Carreaux de pavement ©Guédelon
Carreaux de pavement. ©Guédelon

L’année 2002 est cruciale. Le premier ouvrage d’art est réalisé sur le chantier. La voûte sur croisée d’ogives de la tour de la chapelle est dressée. En 2003 c’est la voûte d’arêtes de la cave de la tour maîtresse du château qui est bâtie avec succès. Le périmètre du château, qui dépasse désormais les trois mètres de hauteur, nécessite la construction, par les charpentiers, de deux cages à écureuils pour lever les pierres. En 2004, les efforts des ouvriers se portent sur le logis du seigneur qui sort de terre. La cuisine équipée d’un four à pain, ainsi qu’un cellier pour entreposer les vivres sont initiés. 2005 est l’année de la consécration de la tour maîtresse qui atteint désormais dix mètres de hauteur. Son énorme voûte d’ogives est réalisée. C’est plus de 120 tonnes de pierres et de maçonneries qui sont désormais en suspension.

vue du chateau de 2007 ©Chateau de Guédelon
Vue du chantier du château de Guédelon en 2007. ©Guédelon

En 2006 et 2007 le logis continue à s’élever. Il est équipé d’un grand degré (escalier en pierre). L’escalier à vis de la tour maîtresse continue lui aussi à se dresser, marche après marche. En 2008 ce sont les premiers éléments de la charpente du logis qui sont posés. Le travaille progresse bien.

Voute d'orgive et escalier à vis
Voûte d’ogive et escalier à vis dans la tour maîtresse. ©Guédelon

En 2011 s’est achevée la construction de la plus importante voûte du chantier, au premier étage de la tour maîtresse, en lieu et place de la chambre du seigneur. En 2012 commencèrent la réalisation des premières peintures murales et décorations intérieures du château, comme la pose des carreaux de pavement. En 2013 a commencé l’élévation de la chapelle dans la tour du même nom, reliée au logis par le chemin de ronde. Le chantier devrait être achevé en 2022…

Le village médiéval

Autour du château, c’est tout un village qui s’est organisé pour faire vivre le chantier ! Outre les maçons, charpentiers, carriers, forgerons qui ont leurs cabanes de travail, de nombreux petits métiers s’activent. Ainsi les potiers fabriquent avec l’argile locale aussi bien les carreaux et tuiles du chantier, que les nombreux bols, ramequins et ustensiles nécessaires à la vie quotidienne des ouvriers. Les vanniers sont chargés de la fabrication de solides paniers destinés au transport des outils et matériaux sur le chantier. Plus loin, des cordes sont fabriquées dans un atelier à partir de fibres de chanvre. Depuis 2012, un moulin hydraulique à farine a pris du service sur le chantier. Le pain est ensuite confectionné et cuit dans la cuisine du château où sont par ailleurs réalisées des démonstrations de cuisine médiévale. A ne pas manquer !

carriers fandant un bloc ©Guédelon
Carriers fendant un bloc de pierre. ©Guédelon

Lors de votre visite vous pourrez découvrir le chantier de construction du château mais aussi toute la vie du village. Vous assisterez à des démonstrations diverses et pourrez observer les ouvriers, en costume médiéval, travailler à leur tâches. De belles découvertes en perspective où apprendre devient un jeu d’enfant !

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6 commentaires sur “Le château de Guédelon, ou l’art de la construction médiévale

  1. Excellent article! Cela donne envie d’y (re)venir pour contempler l’avancée des travaux aux côtés d’une Guide Chevalieresque. 😉

    Lors de notre prochain retour en terre bourguignonne?!

    A bientôt!

    Des bises

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  2. Nous connaissons bien ce château , et cet article nous donnes très fort envie d’y retourner pendant l’été
    C’est l’histoire qui revit devant nous !!!
    A conseiller à toutes les écoles !!!!

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  3. Et bien, nous c’est fait ….Suite à cet article très détaillé nous avons été… Re visiter, Re découvrir, et apprendre encore pleins de choses sur cette construction étonnante…
    Un bon article, une visite guidée et qqs jours plus tard…reportage à la TV pour compléter
    Merci

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