Semur-en-Auxois, une cité médiévale à découvrir

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Semur-en-Auxois en Côte-d’Or. Entrée de la ville par le pont Joly et vue sur les tours du donjon médiéval.

Les beaux jours reviennent, et avec eux, l’envie de flâner à la découverte des beaux villages bourguignons. Semur-en-Auxois, cité médiévale de Côte-d’Or, fait partie de ceux-là. Je vous propose une petite visite guidée à la découverte du cœur médiéval de la ville…

Sur le Pont de Semur…

L’arrivée à Semur-en-Auxois en voiture s’effectue par le pont Joly. Ce pont de pierre, construit à la fin du XVIIIè siècle, a permis de désenclaver la ville située au creux d’un méandre de la rivière Armançon, et d’en faciliter l’accès. L’ancienne entrée de la ville s’effectuait par la rue passant sous la Tour de l’Orle d’Or, construite au Moyen Age, et qui se dresse majestueuse au sommet de la ville. Il fallait emprunter l’ancien Pont des Minimes et payer l’Octroi, l’impôt sur les marchandises. Aujourd’hui c’est gratuit, alors gravissons la rue qui nous mène au centre de la ville, et remontons le temps…

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Semur-en-Auxois, vue sur le Pont des Minimes, l’ancien pont d’accès à la ville.

La légende d’Hercule à Semur-en-Auxois

Je vous propose de démarrer la visite devant l’Office de Tourisme (où vous trouverez un plan de la ville pour vous guider). Semur-en-Auxois se dresse sur un éperon rocheux de granit rose, résurgence du massif granitique du Morvan tout proche, dominant la vallée de l’Armançon. La légende veut que la ville ait été fondée par le héros mythologique Hercule, qui aurait creusé la roche à mains nues ! En effet, la position dominante du lieu en fait un site naturellement défensif très tôt investi par les hommes ! Occupé dès le néolithique, le site fut délaissé à l’époque gallo-romaine au profit du plateau d’Alésia tout proche. Il fallut attendre le Vè siècle pour que la vie y revienne et qu’une première chapelle soit construite.

Sine Muros

Le nom de Semur-en-Auxois provient de sine muros, qui signifie « vieille muraille » puisqu’une enceinte y fut dressée dés 722 pour protéger le castrum (ville fortifiée). Le plan de la ville prend la forme d’un huit. Le point de rencontre des deux boucles est occupé par le donjon qui défendait l’accès au castrum, situé sur la pointe de l’éperon rocheux, cœur politique et religieux de la cité. L’autre boucle est appelé Bourg Notre-Dame, c’était le cœur des activités économiques et le lieu de résidence et de travail des commerçants, entouré plus tard d’une seconde enceinte.

Entrée majestueuse dans la ville fortifiée

Pour entrer dans la partie fortifiée de la ville médiévale, il faut franchir la barbacane, ouvrage défensif situé en avant d’une porte pour protéger la ville. De chaque côtés sont maçonnées des bouches conçues pour de petits canons. Les arbalétriers prenaient place au sommet.

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La barbacane, à côté de l’Office de Tourisme de Semur-en-Auxois

On rejoint ensuite la porte Sauvigny. Désaxée de la barbacane pour un meilleur contrôle des entrées dans la ville, la porte a été construite en 1444 par Sauvigny, receveur des finances, pour renforcer la défense de la porte Guiller qui lui est adossée. Les rainures, de chaque cotés, indiquent la présence d’un système à bras et d’un pont levis. La plus petite rainure permettait d’abaisser une passerelle pour les piétons.

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Semur-en-Auxois, la porte Sauvigny

Sur la porte figure le blason de la ville. Composé d’une tour crénelée, symbole des villes fortifiées, de la couronne ducale du duché de Bourgogne, et des branches de laurier en signe de victoire, le blason de Semur-en-Auxois atteste des liens rapprochés de la ville avec le Duché de Bourgogne, qui avait pour capitale Dijon. La ville fut même le siège du bailliage de l’Auxois, doté de l’autorité administrative et judiciaire au nom du Duc de Bourgogne, sur les quatre-vingt seize paroisses alentours. La statue de Sainte-Anne éduquant la Vierge qui prend place sous le porche était le lieu de prière des semurois qui espéraient être protégés des ravages de la peste.

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Le blason de Semur-en-Auxois sur la porte Sauvigny
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Statue de Sainte-Anne éduquant la Vierge

« Les semurois se plaisent fort en l’accointance des estrangers »

Telle est la devise de la ville, inscrite sous le porche, et qui vous souhaite la bienvenue dans la tradition de la loi Burgonde du VIè siècle qui instaura la légendaire hospitalité bourguignonne !

Au revers de la porte Sauvigny se trouve la porte Guillier, plus ancienne, construite à la fin du XIIIè siècle ou au début du XIVè siècle. Elle présente une façade élégante et élancée, typique de la période, composée de baies géminées (jumelles) surmontées d’arcs trilobés (en forme de trèfle).

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Vue sur la porte Guillier et la tour des Gouverneurs de la ville

A gauche de la porte se trouve une tour renaissance, vestige de la maison des gouverneurs de la ville, surmontée d’un toit en tuiles vernissées. Cet élément remarquable atteste de la présence d’un riche monument ! Il faut dire que l’entrée d’une ville fortifiée est un point stratégique où s’affichait le pouvoir tant vers l’extérieur pour effrayer l’ennemi, que vers l’intérieur pour freiner toute volonté de rébellion des habitants. La tour est classée Monument Historique depuis 1923.

Le bourg Notre-Dame

Le Bourg Notre-Dame, lieu de résidence et de commerce de la ville, nous livre encore des vestiges médiévaux. Dans la rue qui mène à l’Eglise on observe des façades de maisons ornées de gargouilles réemployées, provenant de l’église, mais aussi un puits, source d’eau unique au Moyen Age et indispensable pour tenir un siège, ainsi que quelques cadrans solaires.

Les maisons à pans de bois sont l’habitat traditionnel au Moyen Age et sont encore nombreuses dans cette partie de la ville. Le premier niveau est construit en pierre, pour assurer la solidité des fondations mais aussi pour éviter la propagation des incendies d’une maison à l’autre. Les étages supérieurs sont construits à partir de pans de bois (poutres) comblés par du torchis (terre argileuse additionnée de fibres végétales ou animales). Sur certaines maisons les poutres forment des X. Ce motif, appelé croix de saint-André, est caractéristique de la Bourgogne ! Il est fréquent que le premier étage avance sur la rue par rapport au rez-de-chaussée. Cet encorbellement permet aux habitants d’économiser sur l’impôt qui est versé en fonction de l’espace occupé au sol, il est utile pour jeter les ordures par la fenêtre dans le caniveau qui coule au centre de la chaussée, et il permet aux passants de s’abriter en cas d’intempérie. Cela est d’autant plus précieux que le rez-de-chaussée des maisons est généralement occupé par une boutique ! Afin de conserver au mieux ces vestiges médiévaux, 80% de la ville est aujourd’hui classé secteur sauvegardé.

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Une maison à pans de bois dans le bourg Notre-Dame à Semur-en-Auxois

L’église Notre-Dame

Le centre de la ville est occupé par l’église ouverte sur une place, qui était au Moyen Age investie par la halle du marché. Un premier édifice roman avait été construit par les moines de l’abbaye de Flavigny vers 1010. En 1154 l’église devint la paroisse de la ville. Au XIIIè siècle l’accroissement des fidèles entraina la construction d’une nouvelle église plus grande. Les travaux débutèrent par le choeur vers 1220 dans un style gothique et s’achevèrent par le porche vers 1470, dans un gothique plus flamboyant. Le porche de l’édifice a été martelé à la révolution. De nombreuses sculptures ont ainsi disparues mais l’architecte Eugène Viollet-le-Duc s’y est intéressé lors de son séjour en Bourgogne et procéda à sa restauration. Elle fut classée Monument Historique en 1840. Deux coquilles d’escargots, emblème de la Bourgogne, mais qui évoquent ici l’éternité, sont cachées sur la façade…

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L’église Notre-Dame de Semur-en-Auxois

En pénétrant à l’intérieur de l’édifice gothique, on peut encore observer de belles œuvres, notamment dans les chapelles du collatéral nord : un tableau sur bois du XVIè siècle évoquant la généalogie du Christ par la représentation de l’Arbre de Jessé, ainsi qu’une sculpture de la Mise au tombeau du Christ datée du XVè siècle, et attribuée à l’atelier d’Antoine le Moiturier, imagier à la cour des Ducs de Bourgogne ! Ces œuvres remarquables feront l’objet de prochains articles détaillés.

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Mise au tombeau du Christ, XVè siècle, Eglise Notre-Dame de Semur-en-Auxois, atelier d’Antoine le Moiturier

La petite chapelle des drapiers vaut le détour ! Depuis que les corporations ont vu le jour au XIIIè siècle, régissant les différents corps de métiers, certaines d’entre elles possèdent leur propre chapelle au sein de l’église de Semur-en-Auxois. Chargées de les entretenir et de les décorer, les chapelles attestent encore aujourd’hui de la puissances de ces corporations dans la cité, notamment celle des drapiers. La chapelle est fermée par une grille en fer forgé coiffée de chardons, à partir desquels sont fabriqués les peignes à carder, et symbole de la profession. Les vitraux du XIVè siècle, montrant les étapes de fabrication des draps de laine, sont un rare exemple d’iconographie non religieuse. En haut, saint Blaise, le patron des drapiers, se trouve dans le médaillon central. Comme des bulles de bande dessinée, les autres parties du vitrail nous montrent le ramassage de la laine, la préparation de la laine débarrassée de ses impuretés et dessuintée, la formation des écheveaux, le tissage, puis le foulage et le lainage pour redresser les fibres et leur donner un aspect duveteux, et enfin la tonte pour couper les fibres avec des forces (grands ciseaux métalliques).

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Le vitrail des drapiers, Eglise Notre-Dame de Semur-en-Auxois

La chapelle suivante est celle des bouchers, puissante confrérie de la ville. Il subsiste encore deux médaillons d’origine des vitraux. Sur le premier le bœuf est assommé avec la hache retournée tandis que le second montre le découpage de la viande sur l’étalage de la boutique.

Le portail des Bleds

En ressortant de l’église je vous invite à en faire le tour afin de voir le très beau tympan sculpté du XIIIè siècle du portail nord appelé « la porte des Bleds » car il ouvrait au Moyen Age en direction des champs de blés. Ayant échappé au vandalisme révolutionnaire, c’est une œuvre de référence pour la sculpture bourguignonne du XIIIè siècle ! Le portail était surmonté d’un porche qui fut abattu en 1705 à la demande des habitants car il gênait la circulation jusqu’au cimetière, situé à l’arrière de l’église. Il servait de porte d’entrée aux fidèles dans l’église.

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Tympan sculpté du portail des Bleds, Eglise Notre-Dame de Semur-en-Auxois, XIIIè siècle.

Les scènes du tympan, qui se lisent de haut en bas et de gauche à droite et de droite à gauche, relatent l’épisode de la crédulité de St Thomas et se déroulent sous la protection du Christ bénissant placé au sommet de la composition. Cette iconographie est très rare sur les tympans au XIIIè siècle, ce qui en fait toute son originalité ! En haut à gauche le Christ ressuscité apparaît à Thomas et lui confie l’évangélisation des Indes. Thomas rencontre ensuite l’intendant du roi des Indes Gondorfus, en quête d’un architecte pour construire son palais. Il accepte la mission et voyage en bateau jusqu’à la cour du roi. A son arrivée il assiste à un banquet. L’apôtre, refusant de manger, est giflé par un serviteur. Selon la prédiction de Thomas sa main est déchiquetée et rapportée par un chien (sous la table). Face à ce prodige, le roi confie sa fortune à Thomas pour construire le palais. Au lieu de cela, Thomas réunit les mendiants et distribue la fortune du roi contenue dans une corbeille. Il est alors emprisonné. Mais un songe contraint le roi à libérer Thomas et à implorer son pardon. L’apôtre lui montre alors le palais céleste qu’il a construit pour lui en récompense de son aide aux pauvres.

Aux voussures (autour du tympan) sont sculptés les travaux des douze mois de l’année qui scandent la vie des paysans, caractéristique des tympans romans ! Par ailleurs, les sculptures du tympan sont représentatives du style bourguignon du XIIIè siècle par le souci d’individualisation des visages, le soin apporté aux drapés, le goût de la narration et l’aspect décoratif qui sont une synthèse entre les modèles parisiens novateurs hérités de Notre-Dame, et un style antiquisant traditionnel hérité d’autres édifices Bourguignons !

En route vers le donjon

En descendant la rue face à la collégiale on se dirige vers le donjon ! À gauche part une petite ruelle qui descend et mène à la Porte des Cicogniers (des cigognes). Un escalier de cent quarante-et-une marches permet de rejoindre la ville basse qui était principalement agricole et artisanale. Dans la même rue on peut remarquer l’ancien système d’éclairage de la ville : une lanterne avec une poulie.

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Carte postale ancienne du donjon de Semur-en-Auxois

Le donjon, emblème de Semur-en-Auxois, est un ensemble de quatre tours reliées entre elles par d’épaisses courtines (murailles aménagées à l’intérieur par des couloirs de circulation et des espaces de vie). Cet édifice emblématique fut construit au XIIIè siècle, au moment où la ville fut dotée par le Duc de Bourgogne de la Charte Communale qui autorisait les habitants à élire leur gouverneur et ses échevins, dotant la ville d’une certaine autonomie tout en maintenant l’autorité ducale. Le terme « donjon » est une appellation impropre. L’édifice devrait plutôt s’appeler château ! Mais le terme était déjà utilisé pour désigner la partie fortifiée de la ville par les remparts (le castrum). Il est composé de quatre tours : la tour de l’Orle d’or, la tour de la prison, la tour de la Géhenne, et la tour Margot.

Les courtines ont été abattues sur ordre d’Henri IV au début du XVIIè siècle, afin d’éviter tout nouveau siège des habitants suite aux guerres de religion qui déchirèrent la France au siècle précédent. La destruction des courtines a fragilisé l’ensemble de la structure et a provoqué l’immense fissure qui parcourt de haut en bas la Tour de l’Orle d’Or. Le Donjon était équipé d’un pont levis et d’un fossé à eau sous la rue actuelle. Il constituait l’ancienne entrée de la ville. Le mur d’enceinte qui entourait le quartier du château comprenait seize à dix-huit tours, dont certaines sont encore visibles dans les fondations des maisons et des hôtels particuliers. Reflet de la puissance ducale, le donjon abritait le logis du baillis, installé dans la tour carrée et la courtine attenantes à la tour de la prison, qui ont disparues aujourd’hui.

Une vue à couper le souffle

Vous pouvez admirer la vue sur le paysage de chaque côtés du Donjon, au niveau du théâtre et de la Tour de l’Orle d’Or. Sur la rive gauche se déploient des plateaux nommés « chaumes » qui furent utilisés au fil des siècles comme terres agricoles et viticoles, puis pour l’élevage. A l’est, la ville est rattachée au plateau calcaire. La ville basse se compose des faubourgs réservés à l’artisanat et aux activités qui nécessitaient l’utilisation de l’eau de la rivière. Tanneries, boucheries, draperies y prenaient place ainsi que des moulins, foulons, lavoirs… En contrebas, le bâtiment doté d’une grande cheminée est une ancienne tannerie !

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Le quartier du château

En continuant sa route après le Donjon on entre dans le quartier du château, qui était protégé par la première enceinte fortifiée de la ville. Le quartier du château était le lieu de résidence des familles les plus aisées, nobles et riches bourgeois. Les grands hôtels particuliers ont remplacé, dés le XVIè siècle, les maisons médiévales à pans de bois ou en pierre pour les plus riches ! Au XVIIIè siècle, l’effervescence intellectuelle du quartier, avec la présence de l’hôtel particulier d’Emilie du Châtelet, dans lequel elle reçut son amant Diderot, lui valut le surnom de « Petite Athènes de la Bourgogne ».

En poursuivant votre chemin jusqu’au bout de l’éperon rocheux, vous pourrez flâner sur les promenades aménagées sur les fondations des anciens remparts…

A voir, à faire à Semur-en-Auxois

L’Office de Tourisme organise des visites guidées costumées de la ville. En saison un petit train touristique vous fait découvrir ses extérieurs. Le musée municipal mérite le détour. Il possède de belles sculptures provenant des édifices religieux de la ville et retrace son évolution. La Tour de l’Orle d’Or abrite aujourd’hui le curieux musée de la Société des Sciences de Semur-en-Auxois et des visites guidées y sont organisées.

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La tour fissurée de l’Orle d’Or, siège du musée de la société des sciences de Semur-en-Auxois
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2 commentaires sur “Semur-en-Auxois, une cité médiévale à découvrir

  1. Merci pour toutes ces infos , j’ai deja visite Semur , mais avec les beaux jours qui vont arriver , je vais refaire une nouvelle visite beaucoup plus éclairée et mieux documentee

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