Promenons-nous dans les bois… cadoles et meurgers en Bourgogne

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Cadole incluse dans un meurger, Parc de la Combe à la Serpent près de Dijon en Côte-d’Or. Photo Wikimédia Commons

Cadoles et meurgers sont nombreux en Bourgogne ! Ce patrimoine vernaculaire, petit patrimoine témoin de la vie quotidienne de nos campagnes d’autrefois, nous entoure sans que nous y prêtions vraiment attention. Et pourtant…

Un élément déterminant du paysage viticole bourguignon

Les cadoles et les meurgers sont des constructions en pierres sèches. On les rencontre particulièrement sur les côtes viticoles de Bourgogne, principalement dans l’Yonne, en Côte-d’Or et en Saône-et-Loire, partout où il a été nécessaire d’épierrer les sols pour y cultiver la vigne. Les cadoles sont de petites cabanes qui servaient d’abri pour les vignerons lors des intempéries, de lieu de casse-croûte, de remise à outils, mais aussi de cache pour les malades contagieux en quarantaine ou les maquisards et contrebandiers en fuite. Les meurgers sont des murets délimitant les parcelles de vignes. Abritant les vignes du gel, ils contribuaient à la création d’un climat favorable aux parcelles dont la faune locale bénéficiait également. Ils empêchaient par ailleurs les chèvres et moutons de ravager les terres cultivées et permettaient aux eaux de pluie de s’écouler normalement, tout en retenant la terre des parcelles souvent en pente.

cadole restaurée en 2011 près de Montceaux-Ragny dans le tournugeois
Cadole près de Montceaux-Ragny dans le tournugeois, restaurée en 2011.

Des appellations multiples

Les cadoles se rencontrent un peu partout en France, mais c’est surtout dans le centre, le sud et l’est que ces petites cabanes sont les plus nombreuses ! Leur nom varient d’une région à l’autre : barracuns en Corse, borries dans le Midi, cabornes dans le Lyonnais, capitelles dans le Gard et l’Héraut, gariottes en Dordogne, loges dans le Berry… Rien qu’en Bourgogne elles ont différentes appellations : cadoles mâconnaises, cabordes du tonnerrois, borniottes, cabottes, cabiottes, et même loges ou louèges en avallonais. Le terme meurgers, le plus employé en Bourgogne pour désigner les murets, connait lui aussi des variantes. L’écrivain auxerrois Rétif de la Bretonne utilisait indifféremment dans ses ouvrages, notamment dans La Vie de mon père publié en 1779, les termes merger, meurger ou encore murger. Le mot est issu du patois bourguignon qui tire son origine du mot gaulois « morg » qui signifie « limite ».

Origine des cadoles et meurgers

Malgré leurs appellations qui divergent, les cabanes et murets ont une caractéristique commune, leur système de construction en pierres sèches. Elles trouvent en effet leur origine dans les pierres retirées des vignes pour les cultiver, et entassées au bord des champs. Ainsi, les premiers moines défricheurs du XIè siècle construisaient déjà des meurgers ! Les cadoles sont apparues plus tardivement, probablement au XVIIIè siècle, quand l’augmentation démographique de la population obligea les paysans à défricher de nouvelles terres pour les rendre cultivables. Après le défrichage, suivait le minage, c’est-à-dire l’épierrement de la parcelle. Les pierres ramassées étaient transportées dans des hottes en osier puis déposées aux bords des champs, formants de véritable pierriers (tas de pierres). Monter des murets ou des cabanes avec ces pierres permettaient de les évacuer et d’éviter l’effondrement des tas.

Murger sur la colline de Montceau
Murger sur la colline de Montceau près de Tournus, en Saône-et-Loire.

Un puzzle grandeur nature

La construction en pierre sèche est un art délicat. Les pierres sont assemblées les unes sur les autres par un jeu subtil d’équilibre et de pression, sans aucun mortier. Elles sont maintenues en place par leur propre poids. Les paysans à l’origine des ces petits édifices se transmettaient les méthodes de construction de génération en génération. Ils parvenaient même à édifier de petites coupoles composées uniquement de laves !

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Laves extraites en Bourgogne.

Les laves de Bourgogne

Les lauzes, pierres calcaires plates, appelées laves en Bourgogne, larges mais peu épaisses, sont particulièrement appropriées à la construction en pierres sèches ! Les laves de Bourgogne sont extraites de formations géologiques datant du jurassique ! Formées il y a environ 165 millions d’années par les courants marins qui ont façonné la pierre en fines plaquettes, les laves contiennent souvent des incrustations de petits végétaux fossiles ou de coquillages.

Typologie des cadoles

Les cadoles sont généralement de petite taille, pouvant abriter une ou deux personnes assises ou accroupies. Construites par les paysans autodidactes à la morte saison, les cabanes relèvent de mode de construction non professionnels. Aussi, il est impossible de trouver deux cadoles identiques ! Cependant on en distingue plusieurs types selon qu’elles présentent un plan rond, ovale, en quadrilatère ou en polygone. Les cadoles peuvent contenir quelques aménagements intérieurs comme une niche ou un banc de pierre. Les plus grandes étaient équipées d’une véritable cheminée tandis que les plus sommaires se contentaient d’un trou au sommet pour évacuer les fumées du foyer. L’ouverture unique était généralement aménagée vers l’est, à l’opposé de la pluie. Elles sont souvent adossées ou incluses dans des murgers.

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Cadole de plan quadrangulaire, Parc de la Combe à la Serpent près de Dijon, Côte-d’Or.

Un abandon progressif

La grave crise du phylloxera qui toucha le vignoble bourguignon dès 1875 marqua le début du déclin des meurgers et cadoles, encore agravé par la désertion des campagnes lors de la Première Guerre Mondiale, et la modernisation du travail de la vigne à partir des années 1920. De nombreuses structures en pierres sèches ont disparues depuis cette époque, souvent par manque d’entretien faute de temps et de savoir-faire technique. D’autres, en ruines, sont encore visibles au milieux de parcelles où la forêt à repris le pouvoir. La plupart ont aujourd’hui perdu leur toiture.

Cadole_à_Lugny Wikimedia
Cadole dans la végétation à Lugny dans le Mâconnais.

Recensement et protection

Depuis quelques années ce petit patrimoine paysan attire de nouveau l’attention. Un peu partout des associations se sont constituées pour les recenser et les protéger. Dans le Vézelien, l’association « Cabanes, meurgers et murets du Vézelien » à recensé pas moins de deux cents cabanes réparties sur les quatre villages du vignoble et en a restauré une quinzaine. En Saône-et-Loire, l’association « Village et Environnement » en a recensé une quinzaine autour de la colline de Montceau. L’association « Les Cadeules de Martailly » a dressé une liste de cent vingt cabanes sur le territoire de la commune. Près de Tournus c’est une cinquantaine de cadoles qui ont été inventoriées. Les communes de Mancey et de Plottes ont d’ailleurs conçu des sentiers de découverte des cadoles.

Et vous, avez-vous des cadoles et meurgers près de chez vous ?

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4 commentaires sur “Promenons-nous dans les bois… cadoles et meurgers en Bourgogne

  1. Merci pour ce bel article. Dans le Mont d’Or lyonnais, ces constructions sont aussi appelées « cabornes », elles se comptent en centaines et sont confrontées aux mêmes problématiques que vous exposez : déclin inexorable lié à la déprise pastorale et à l’extension forestière. Heureusement quelques passionnés et des associations de sauvegarde s’y intéressent !

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