Jean-Baptiste Greuze, un peintre bourguignon en son musée

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L’Accordée de Village, Jean-Baptiste Greuze, 1761, peinture à l’huile sur toile, conservée au Musée du Louvre, Paris. © Hervé Lewandowski- Réunion des musées nationaux

Jean-Baptiste Greuze est un artiste bourguignon bien connu du XVIIIe siècle, né à Tournus (Saône-et-Loire) en 1725 et mort à Paris en 1805. Le Musée Greuze de Tournus, situé dans un ancien Hôtel-Dieu du XVIIe siècle, consacre plusieurs de ses salles aux œuvres du maître des lieux.

Un peintre de Tournus

Fils d’un couvreur, Jean-Baptiste Greuze montra très tôt un talent pour la peinture qui poussa son père à le placer en apprentissage dans l’atelier du peintre lyonnais Charles Grandon. Greuze y mit au point sa technique picturale mais ne put se forger un goût artistique précis à défaut d’oeuvre de maître à observer et à copier. Il poursuivit alors son apprentissage à Paris, à l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, où il fut l’élève du célèbre Charles Joseph Natoire, Peintre du Roi.

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Autoportrait au chapeau, Jean-Baptiste Greuze, vers 1799, peinture à l’huile sur bois, conservée au musée Greuze, Tournus. ©Hôtel-Dieu / musée Greuze de Tournus

Portraitiste et peintre de genre

Jean-Baptiste Greuze fut rapidement reconnu dans trois genres picturaux différents : le portrait, les scènes de genre et les esquisses. En 1755 il exposa pour la première fois au Salon de Peinture de l’Académie et rencontra un vif succès grâce au tableau Un père de famille lisant la Bible à ses enfants, ainsi que plusieurs portraits. Son style s’affirma rapidement en opposition au style rococo du début du XVIIIe siècle, et aux frivolités des Fêtes Galantes peintes par Watteau, très prisées par la noblesse libertine de l’époque. Son travail s’inspirait plutôt de la littérature moralisatrice des Lumières, au moment ou Diderot et d’Alembert travaillaient à l’Encyclopédie, publiée à partir de 1751.

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La prière du matin, Jean-Baptiste Greuze, vers 1775, encre et mine de plomb sur papier, conservé au musée Greuze de Tournus. ©Hôtel-Dieu / musée Greuze de Tournus

En 1761, Greuze exposa pour la seconde fois au Salon. Son tableau, L’Accordée de Village, est aujourd’hui encore considéré comme son chef-d’oeuvre ! Relatant une noce villageoise, la scène décrit le moment où le père de famille donne la dot à son gendre. Ce tableau fut peint la même année où Jean-Jacques Rousseau prônait lui aussi une nouvelle éducation et le retour aux valeurs familiales dans son roman Julie ou la Nouvelle Héloïse. Greuze dépeint dans cette œuvre la vie d’une humble famille paysanne emprunte de bons sentiments. L’artiste semble inspiré par la manière des peintres Hollandais du XVIIe siècle. Comme eux, il est animé par le souci du détail et le goût pour la narration et l’anecdote, par ailleurs caractéristiques des scènes de genre. Greuze réalisa en tout plus d’une dizaine de scènes de genre dans la veine moralisatrice et sentimentaliste comme La Malédiction Paternelle, Le Fils Puni, ou encore Un Cultivateur remettant la charrue à son fils. Cette influence de la littérature moralisatrice lui valut le soutien indéfectible de Diderot dans ses comptes-rendus des Salons, rédigés et publiés de 1755 à 1771.

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L’Accordée de Village, Jean-Jacques Flipart d’après Jean-Bapiste Greuze, 1770, estampe sur papier, gravure à l’eau-forte et au burin, conservée au musée Greuze de Tournus. ©Hôtel-Dieu / musée Greuze de Tournus

Le soutien de Diderot

Diderot appréciait le retour au naturel des personnages des œuvres de Greuze et la fine observation de la nature humaine à travers les portraits que peignait l’artiste. Il faut dire que Greuze maîtrisait parfaitement son art, le dessin et la peinture, tel qu’on le concevait au XVIIIe siècle. Ses portraits sensibles témoignent d’une observation attentive des émotions humaines et font appel à une palette de gestes et d’expressions naturels et réalistes. Mais ses œuvres ne se limitent pas à leurs connotations moralisatrices ! Lorsqu’il peignait des portraits de femmes ou de jeunes filles, Greuze y ajoutait une touche de sensualité, épaules découvertes et gorges apparentes, suggérant parfois une certaine ambiguité comme dans La cruche à l’eau. Mais ce sont véritablement les études préalables à ses compositions qui témoignent de la grande liberté de trait de l’artiste, libéré, dans cet exercice plus personnel, du carcan académique !

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Etude de tête de jeune homme, Jean-Baptiste Greuze, XVIIIe siècle, encre et mine de plomb sur papier, conservée au musée Greuze de Tournus. ©Hôtel-Dieu / musée Greuze de Tournus

Le poids de l’Académie

Le Salon de l’Académie de Peinture et de Sculpture était le passage obligé pour tout artiste désireux de faire une carrière officielle et de vivre de son art. Institué en 1667, le Salon eut une grande influence sur la vie artistique jusqu’au XIXe siècle, où son conservatisme fut vivement critiqué. Un jury était en effet chargé de sélectionner les artistes et les œuvres jugés dignes de figurer dans la grande exposition annuelle du Salon. L’Académie classait les œuvres en fonction de la hiérarchie des genres picturaux qui guidait l’attribution des prix et récompenses. Ainsi la peinture d’Histoire était considérée comme la Grande Peinture, supérieure au portrait, à la scène de genre et au paysage. La nature morte occupait le bas du classement.

La grande déception

Fort de son succès au Salon, Greuze poursuivait l’objectif suprême d’être reconnu comme « Peintre d’histoire ». Il présenta en 1769 son « morceau de réception », une peinture à l’huile sur toile puisant son sujet dans l’antiquité romaine, intitulée Septime Sévère reprochant à son fils Caracalla d’avoir voulu l’assassiner. Le jury, probablement réticent suite à son succès populaire et freiné par sa forte personnalité, formula plusieurs reproches à son œuvre, et lui accorda seulement le titre de « Peintre de Scènes de Genre ». Vexé et injurié, Greuze se retira du Salon pendant plusieurs années.

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Etude pour Septime Sévère et Caracalla, Jean-Baptiste Greuze, 1767, peinture à l’huile sur toile, conservée au musée Greuze de Tournus. ©Hôtel-Dieu / musée Greuze de Tournus

La diffusion de son œuvre par la gravure

A partir des années 1770, Greuze vécut reclus et rejeta le monde de l’art. Il organisa avec brio la diffusion de son œuvre par d’autres canaux que les voies officielles, notamment en organisant des expositions dans son propre atelier, pratique nouvelle à cette période, et en annonçant ses créations par voie de presse. L’artiste fit également reproduire ses peintures et dessins par le biais de la gravure pour permettre leur large diffusion publique. Il sut exploiter les nouvelles techniques de gravures apparues au XVIIIe siècle pour accompagner le développement des ouvrages imprimés, notamment la lithographie (gravure sur pierre en couleur), qui permirent de diffuser les œuvres et les idées à grande échelle, et dans toute l’Europe.

Le musée de Tournus

Artiste reconnu de son temps, Greuze tomba dans l’oubli à la fin de sa carrière et pour plusieurs siècles. Peintre aujourd’hui redécouvert, de nombreuses de ses œuvres sont conservées dans les musées du monde entier. Le Musée Greuze de Tournus conserve lui aussi une belle collection composée de nombreuses gravures d’après ses œuvres, des études originales préparatoires à ses compositions, ainsi que deux autoportraits de l’artiste et quelques portraits. Le reste du musée est également à découvrir. L’Ancien Hôtel-Dieu des XVIIe et XVIIIe siècles a conservé deux salles des malades et une chapelle ainsi qu’une des plus anciennes apothicaireries de France ! Sur la place de la Mairie de Tournus vous pourrez également contempler la statue de Jean-Baptiste Greuze. Sculptée par l’artiste tournusien Benedict Rougelet (de son vrai nom Benoît), la statue a été érigée en 1868. Greuze, palette en main, est représenté en train de chercher l’inspiration.

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Monument statue de Jean-Baptiste Greuze, place Greuze devant l’hôtel de ville de Tournus, Benedict Rougelet, 1868.
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2 commentaires sur “Jean-Baptiste Greuze, un peintre bourguignon en son musée

  1. Eh oui, les noms de rues et de quartiers sont souvent évocateurs ! Toi qui es mon informatrice sur Dijon, peux-tu me donner quelques informations supplémentaires sur la mystérieuse statue dont tu m’as parlé, et qui fera peut-être l’objet d’un prochain article ?… Merci d’avance !

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