La statue de Vercingétorix à Alésia. Quand l’histoire ancienne rejoint l’histoire moderne

Vercingétorix
Aimé Millet, Monument de Vercingétorix, sculpture en bronze, 1865.

Vercingétorix un chef Gaulois

Vercingétorix est un chef gaulois d’origine averne (peuple de l’actuelle Auvergne) né vers 72 avant Jésus-Christ et mort à Rome en 46 avant notre ère. De sa jeunesse on sait peu de choses. Jeune aristocrate, fils de Celtillos qui fut assassiné à cause de son ambition politique, Vercingétorix est connu de Jules César, général romain. Certains historiens pensent même qu’il aurait pu être formé au sein des troupes romaines, ce qui expliquerait sa bonne connaissance de la stratégie de guerre ennemie et la forte résistance qu’il opposa plus tard aux troupes de César.

Unificateur de la Gaule divisée

En 58 avant J.C. les troupes romaines, qui occupent déjà le sud de la Gaule depuis le IIe siècle, interviennent à la demande des gaulois et chassent les peuples germains et helvètes qui tentaient d’occuper les régions de l’Est. Jules César, chef gonflé par l’ambition politique, cherche une guerre de conquête à mener et jette alors son dévolu sur la Gaule. C’est le début de La Guerre des Gaules, commentée par César dans un ouvrage, principale source historique de connaissance du conflit. César mène de régulières incursions en Gaule pendant six années avant que certaines tribus du centre et de l’ouest organisent l’insurrection face à la menace sérieuse d’occupation. En 52 avant J.C. Vercingétorix, fort de sa victoire sur les romains lors du siège de Gergovie, parvient à se faire désigner chef des armées gauloises lors d’une assemblée des peuples de Gaule à Bibracte, sur le Mont Beuvray. Il emporte à cette occasion le soutien des Eduens, d’abord alliés de César.

Vue aérienne du mont Auxois, site de la bataille d'Alésia
Oppidum d’Alésia sur le Mont Auxois

Une bataille qui a marqué l’histoire

Après son échec à Gergovie, César tente de se replier dans les terres romanisées du sud de la Gaule. Vercingétorix choisit ce moment pour surprendre les troupes romaines en pleine campagne, au nord-ouest de l’actuelle ville de Montbard, en Côte-d’Or. Afin d’affamer les troupes ennemies, Vercingétorix pratique la politique de la terre brulée. Mis en déroute par l’armée romaine soutenue par de redoutables cavaliers germains, Vercingétorix et ses troupes se réfugient sur l’oppidum d’Alésia (sur l’actuelle commune d’Alise-Sainte-Reine) sur le Mont Auxois, place forte située en hauteur. César entame aussitôt un siège autour de l’oppidum où sont retranchés les gaulois, entamant des travaux visant la construction d’une double rangée de lignes fortifiées entourées d’une trentaine de camps romains, le tout assorti de pièges évitant l’évasion des gaulois. Le siège durera entre un mois et demi et trois mois. Alertées, les armées gauloises de secours arrivent finalement pour tenter un dernier assaut sur les troupes romaines. Mis en déroute une fois de plus, Vercingétorix se rend à César pour épargner la vie de ses hommes. Deux années durant il suivra le général romain qui poursuit sa conquête de la Gaule avant d’être emprisonné à son arrivée à Rome, puis mis à mort en 46 avant J.C.

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Aimé Millet, Le Monument à Vercingétorix, 1865

Une statue commémorative et un acte politique

Si l’épisode fut de courte durée, Vercingétorix passa à la postérité en grande partie grâce à Napoléon III. Très intéressé par la Guerre des Gaules et auteur d’une biographie de Jules César, Napoléon III fit entreprendre d’importantes fouilles sur les sites de Gergovie et d’Alésia entre 1861 et 1865. L’attribution de la localisation du site par Napoléon entraina de vives contestations. Aujourd’hui encore, de nombreux sites français se disputent la localité de la bataille d’Alésia. Des fouilles récentes à Alise-Sainte-Reine et un faisceau d’indices cohérents renforcent cette thèse largement reconnue par les spécialistes.

Le mythe du guerrier gaulois

En pleine période de Restauration, Napoléon III forge le mythe de Vercingétorix à des fins politiques ! Il en fait un héros, premier unificateur du peuple français, et véhicule une image romantique du gaulois qui perdure encore de nos jours. Pour commémorer la fin des fouilles sur le site d’Alésia, Napoléon III commanda sur ses fonds propres une sculpture monumentale de Vercingétorix au sculpteur Aimé Millet, dressée depuis lors au sommet de l’ancien oppidum. Le socle de la statue, réalisée en granit de Saulieu et en pierre de Pouillenay mesure 7 mètres de hauteur et a été dessiné par le grand architecte Eugène Viollet-le-Duc. On peut y lire une inscription hautement politique :

« La Gaule unie, formant une seule nation, animée d’un même esprit, peut défier l’univers ».

Tout un programme pour la France de cette fin du XIXe siècle, qui, tout comme la Rome antique, poursuit avec les autres nations européennes une conquête impérialiste acharnée. Une manière pour l’empereur de légitimer par l’histoire ses ambitions politiques de conquête du monde.

statue-vercingetorix visage
Aimé Millet, Monument à Vercingétorix, 1865. Détail du visage

Un programme décoratif symbolique

Haute de 6,60 mètres, la statue a été réalisée en tôle de cuivre fixée sur une armature. Si l’oeuvre représente un héros gaulois, elle porte bien la marque de son siècle de création : le XIXe siècle. En effet, Napoléon III a donné ses traits au visage de Vercingétorix qui relève, par ailleurs, d’une vision toute romantique de la période celte. La chevelure hirsute du guerrier et sa longue moustache pendante sont les archétypes de la représentation des gaulois, aujourd’hui contrariée par les découvertes archéologiques. Le visage grave est emprunt de la résignation de la défaite. La tenue du chef gaulois fait place à de nombreuses fantaisies, comme la présence du collier de perles. Le reste provient d’un mélange venu de différentes époques : les chausses évoquent celles du début du Moyen Age tandis que l’épée et la cuirasse rappellent des modèles antérieurs connus à l’age du fer. Il n’empêche que l’observation de l’ensemble, grandiose, suscite toujours l’admiration !

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Aimé Millet, Monument à Vercingétorix, 1865. Détail

Réception mitigée et consécration tardive

Vivement critiquée dés son érection, principalement par des anti-bonapartistes convaincus, la statue est depuis entrée dans le paysage local et dans le cœur des bourguignons. La défaite contre la Prusse en 1871 fit rapidement taire les critiques. La statue devint une image du héros national et de la lutte contre l’envahisseur qui exacerba la volonté de revanche contre le peuple germanique qui trouvera son expression dans la Première Guerre Mondiale. Depuis 2012 la statue est inscrite au titre des Monuments Historiques.

muséoparc
Muséoparc, Alise-Sainte-Reine.

Les lieux à visiter

La statue est en libre accès au sommet du village d’Alise-Sainte-Reine, toute proche des vestiges de la ville gallo-romaine qui s’est développée sur l’oppidum après la bataille d’Alésia. Le site qui fut occupé jusqu’au Ve siècle conserve aujourd’hui de très beaux vestiges. A l’écart du village le nouveau Muséoparc a ouvert ses portes en 2012. Sa muséographie moderne retrace l’histoire de la bataille d’Alésia et permet de mieux comprendre le site et le contexte de l’époque.

Les plus courageux pourront découvrir la région lors du Trail organisé à Alésia chaque année en septembre. Le départ des coureurs se fait au pied de la statue !

Trail Alésia 2014
Trail d’Alésia, 2014
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2 commentaires sur “La statue de Vercingétorix à Alésia. Quand l’histoire ancienne rejoint l’histoire moderne

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