La Grange Cistercienne de Beauvais ou la renaissance d’un patrimoine rural en danger !

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Claude Gourdain, La Grange de Beauvais, aquarelle d’après une carte postale ancienne, 2007.

Grange ou édifice religieux ?

La Grange de Beauvais était une dépendance de l’Abbaye cistercienne de Pontigny dans l’Yonne, construite aux confins de la Bourgogne et de la Champagne en 1114. Seconde fille du Monastère de Cîteaux, l’Abbaye de Pontigny était régie par la règle de Saint-Benoit qui partageait la vie des religieux entre le travail manuel et agricole effectué par les frères convers, et la prière et l’étude qui ponctuaient la vie des moines. Grâce à son rayonnement, l’Abbaye s’enrichit rapidement de terres et de forêts, offertes par les seigneurs, nobles et bourgeois locaux, en échange du salut de leur âme et du rachat de leurs pêchers. Un réseau d’une quinzaine de domaines d’exploitation agricole, viticole et industrielle appelés « granges » s’organisa ainsi autour de l’abbaye dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres, afin d’alimenter et de faire vivre la communauté monastique. Les activités de ces granges étaient variées, entre exploitation forestière, élevage de moutons et de porcs, cultures céréalières et viticoles et même extraction du minerai de fer, ou fabrication de briques et de tuiles.

Petit bergerie deviendra grande

La Grange de Beauvais vit probablement le jour vers 1235 à l’écart du village de Venouse, sur des terres dominant la vallée du Serein, au bord de l’antique voie d’Auxerre à Troyes, où fut d’abord construite une simple bergerie. Les frères convers faisaient paître leurs troupeaux sur le plateau de Pontigny. Mentionnée deux ans plus tard sous le nom de Grange de « Bello Videre », la Grange de Beauvais comprenait à l’origine un enclos dans lequel furent construits des étables ainsi qu’un corps de logis pour les frères convers, bordés d’une chapelle pour les offices religieux. L’activité de la grange se développa et se diversifia progressivement. Les terres du domaine furent défrichées et cultivées. Un bâtiment de stockage fut construit pour abriter la récolte. Les céréales et légumes cultivés constituaient la base du régime alimentaire frugal des moines de l’Abbaye de Pontigny. La Grange de Beauvais avait une double vocation agricole et pastorale permettant une vie quasi autarcique. Mais la fin du Moyen Age fut une période de troubles durant laquelle l’Abbaye de Pontigny et le domaine de la Grange de Beauvais subirent de nombreuses difficultés. Les mauvaises récoltes, la Guerre de Cent ans, les pillages et les épidémies se succédèrent. Face aux difficultés rencontrées, les moines de Pontigny furent contraints de louer les granges aux paysans aisés de la région par des baux qui prévoyaient un paiement en récolte, ou en argent.

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La Grange de Beauvais en 2014. Document Gilbert Terreaux

Les aléas de l’Histoire

La Révolution Française mit définitivement un terme aux activités de la Grange de Beauvais, qui se composait à cette période de quatre-vingt-quatorze hectares exploités. Les biens de l’Eglise tombèrent dans le domaine public en 1789 et le domaine de la Grange de Beauvais fut vendu aux enchères en avril 1791. Gabriel Crochot, dernier fermier de la petite localité de Beauvais, acheta une grande partie des terres ainsi que l’ensemble des bâtiments. Ambitieux, le nouveaux propriétaire agrandit encore le domaine par l’achat de terres et de vignes et procéda à une extension des bâtiments. Il fut à l’origine de la construction de l’aile Ouest qui comprenait des écuries, ainsi qu’un cellier voûté et un pressoir situé probablement à l’emplacement de l’ancienne chapelle, aujourd’hui disparue. En 1833, le cadastre fait apparaître une nouvelle aile construite à la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe siècle et qui clôt la cour de la ferme dans sa partie occidentale. L’aile, construite d’un seul tenant, abritait les écuries, les étables et la bergerie. La vigueur des nouvelles constructions atteste de l’extension des activités de la ferme. À la fin du XIXe siècle, la construction d’une longue halle ouverte prolonge la grange à blé. A l’est, une boulangerie et un colombier viennent compléter les bâtiments existants. L’ensemble est clos par un mur et forme une ferme-forteresse de plan carré. Certaines parties du domaine restèrent entre les mains des descendants de Crochot jusqu’après la seconde guerre mondiale. Dés le XIXe siècle le domaine est connu sous le nom de « Ferme de Beauvais ». Il sera exploité jusqu’en 1995.

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La Grange de Beauvais. Document Gilbert Terreaux

Etat des lieux et restaurations

En 1995, les bâtiments, en ruine, sont menacés de destruction. L’Association Les Amis de Pontigny lance alors un appel aux dons qui permet le rachat de l’ensemble des bâtiments et d’une grande partie des terrains de l’enclos. L’association La Grange de Beauvais est alors fondée dans le but de restaurer, gérer et animer le site. Depuis 1996 de nombreux chantiers de bénévoles ont permis la restauration progressive de la ferme, soutenus par les collectivités locales et aidés par des professionnels de la restauration du patrimoine. Trois bâtiments retiennent davantage l’attention des bénévoles. Au sud, la grange à blé semble être la partie la plus ancienne conservée, probablement médiévale. En attente de restauration, elle est actuellement fermée au public. La halle ouverte accueille en revanche aux beaux jours des manifestations. Au Nord, le corps de logis paysan présente son organisation du XVIIIe siècle. A l’est, le pigeonnier et le fournil, du XVIIIe siècle également, ont été restaurés. Un boulanger-pâtissier fait fonctionner plusieurs fois par an le fournil et y cuit son pain. L’aile Ouest, dédiée aux activités pastorales, abritait les écuries, la bergerie, les étables, des remises ainsi que la laiterie, construites en enfilades, et surmontées d’un grenier d’un seul tenant.

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La Grange de Beauvais, le fournil et le pigeonnier. Document Gilbert Terreaux

Aujourd’hui les parties restaurées ouvrent régulièrement leurs portes aux bénévoles et au public pour diverses manifestations culturelles, randonnées, concerts, spectacles et visites guidées. La Grange de Beauvais se visite les samedis après-midi de juillet à septembre et sur rendez-vous toute l’année pour les groupes. De nombreuses manifestations sont organisées toute l’année, notamment lors des Journées du patrimoine.

Bonne visite

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4 commentaires sur “La Grange Cistercienne de Beauvais ou la renaissance d’un patrimoine rural en danger !

  1. J’attends avec impatience les beaux jours afin de pouvoir decouvrir cette grange de Beauvais , car la description m’a donné très envie!!! Il y a tant à découvrir en Bourgogne

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  2. Ce texte bien détaillé, donne envie de visiter cette Grange et de nous pencher sur le patrimoine de notre région.
    merci de nous faire découvrir ou redécouvrir les « petits » trésors de notre région.

    KIM

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