Une Danse Macabre pour le week-end de la Toussaint !

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Danse Macabre, XVIe siècle. Peinture murale à la détrempe, église Saint-Germain, La Ferté-Loupière. Image WikimediaCommons

En ce week-end de la Toussaint, Halloween et Fête des Morts obligent, je vous propose de nous intéresser à une œuvre icaunaise peu commune : La Danse Macabre de l’Eglise Saint-Germain à la Ferté-Loupière, petit village de l’Yonne (tout près de l’autoroute A6 en provenance de Paris, sortie n°18). Cette peinture murale à la détrempe a été redécouverte sous un badigeon sur le mur nord de l’église en 1910, à l’occasion de travaux, et a fait l’objet de plusieurs restaurations. Elle est donc en très bon état de conservation, et vous pouvez bien sûr l’admirer sur place. Cette œuvre date probablement du début du XVIe siècle et mesure 25 mètres de long !

Drôle de décor !

Le thème de la danse macabre est fréquent en littérature comme en peinture depuis le XIVe siècle. Son origine est a chercher dans les premiers textes macabres du XIIe siècle et dans les poèmes consacrés à la mort. C’est aussi le reflet d’un contexte médiéval parfois difficile : croisades, famines, épidémies de pestes… qui causent de nombreux décès. L’invention de l’imprimerie au XVe siècle, et la circulation des livres illustrés de gravures, contribuent à diffuser des représentations de danses macabres. C’est d’ailleurs dans un livre qu’il faut chercher le modèle de la peinture de la Ferté-Loupière ! En effet la ressemblance est plus que frappante entre notre œuvre et les gravures imprimées par Guillaume Le Rouge, éditeur à Chablis vers 1500.

Gravure Lerouge
La Grande Danse Macabre, gravure tirée d’une édition de Guillaume le Rouge vers 1531.

Voyons en détail…

La peinture commence par une représentation du Dict des Trois Morts et des Trois Vifs, lui aussi présent dans les textes. Cet épisode raconte comment trois jeunes nobles, un comte, un duc et un prince, rencontrèrent au cours d’une partie de chasse trois morts échappés de leur tombe.

Vous serez comme nous, par avance mirez-vous dans nous. »

Leur mort est annoncée.

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Le Dict des Trois Morts et des Trois Vifs, XVIe siècle. Peinture murale à la détrempe, église Saint-Germain de la Ferté-Loupière.

La Danse Macabre qui suit est une longue file de quarante-deux personnages. Dix-neuf couples, composés d’un mort qui entraine un vivant, dansent au son des trois musiciens et de leurs instruments. L’acteur, face à son livre, entame la lecture de ce conte macabre. Les squelettes sont d’apparence plutôt joyeuse, voire même sarcastique et ironique, tandis que les vivants courbent l’échine et semblent réticents à entrer dans cette danse endiablée ! L’ensemble des couches de la société d’époque est représenté : pape, empereur, cardinal, roi, duc, patriarche, évêque et archevêque, connétable, amoureux, avocat, ménestrel, curé, laboureur, cordelier, ermite et même un enfant dans son berceau composent le cortège des vivants, tous promis à une mort certaine, cruelle, et inattendue !

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Détail de la Danse Macabre : le Cardinal, le Roi, le Légat, le Duc et le Patriarche.

Mais pourquoi tant de haine ?

La représentation d’une danse macabre dans une église visait à l’époque plusieurs objectifs. Alors que peu de personnes étaient lettrées, les édifices religieux et leurs multiples images peintes ou sculptées apparaissaient comme de véritables livres ouverts dédiés à l’instruction religieuse du peuple. Le message véhiculé par l’Eglise est la menace de la mort qui pèse sur tout le monde, peu importe le rang social, des nobles aux paysans, en passant par les religieux. La mort peut vous saisir à n’importe quel moment, semble nous dire la peinture, et pour échapper à l’Enfer à l’heure du Jugement Dernier, il faut mener une vie exemplaire, ascétique, pratiquer l’aumône et servir l’Eglise. Un véritable sermon en somme ! Malgré l’apparence terrifiante de cette danse, les fidèles y trouvaient probablement un peu de réconfort. On peut en effet y déceler une forte satire sociale. Le peintre n’a pas épargné les riches et les nobles, qui s’accrochent à leurs attributs, en les affublant de postures grotesques et de visages terrifiés. En effet, l’autre enseignement de cet épisode est que l’égalité de tous face à la mort effacera les injustices subies dans la vie. D’autres peintures murales sont à voir dans l’église !

Bonne visite.

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2 commentaires sur “Une Danse Macabre pour le week-end de la Toussaint !

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