Pourquoi un blog sur la Bourgogne ?

Parce que la Bourgogne ne se réduit pas aux escargots, à ses vins et à sa gastronomie, aussi fameux soient-ils, intéressons-nous un peu à son histoire. Si la région tire son nom du peuple Burgonde, envahisseurs barbares venus du Nord de l’Europe au Ve siècle, la Bourgogne entra dans l’Histoire quelques siècles plus tôt avec l’épisode de la chute de Vercingétorix, chef gaulois, face au Général romain Jules César, lors de la bataille d’Alésia (Côte-d’Or) en 52 avant Jésus-Christ. Il faut attendre la période médiévale pour constater le rayonnement de cette province. La Bourgogne apparaît dès le VIIIe siècle comme le lieu privilégié de la renaissance carolingienne. Les premiers monastères fondés (Abbayes de Flavigny sur Ozerain et de Saint-Germain à Auxerre entre autres) sont le lieu de développement d’une culture savante et annoncent le rayonnement des ordres clunisiens et cisterciens, tous deux fondés en Bourgogne au Xe et XIe siècles, avant de s’étendre au reste de l’Europe Chrétienne. Fort de son rayonnement intellectuel et spirituel, le duché de Bourgogne étend bientôt son influence politique grâce aux ducs de Valois, qui ont établi leur résidence à Dijon. Au XIVe siècle les frontières du duché sont à leur extension maximale, de la Mer du Nord à la Loire, et jusqu’en Belgique et en Flandres. La Guerre de Cent Ans puis les troubles politico-religieux du XVIe siècle marquent la Bourgogne, mais celle-ci se relève au siècle suivant et s’impose de nouveau comme un foyer artistique, culturel et intellectuel foisonnant. La Bourgogne voit naître de nombreuses personnalités qui joueront un rôle primordial dans l’Histoire de France. La vie continue en Bourgogne aux XVIIIe et XIXe siècles, portée par les paysans des campagnes et la classe ouvrière naissante dans les villes qui s’ouvrent à l’industrie. Forges, briqueteries et tuileries sont monnaie courante ici ! Le XXe siècle est marqué par les guerres, en Bourgogne comme ailleurs. Coupée en deux par la ligne de démarcation qui traverse la Saône-et-Loire entre 1940 et 1942, la Bourgogne organise sa résistance, notamment dans les maquis de l’Auxois et du Morvan. Deux œuvres bourguignonnes peuvent illustrer cette présentation de notre belle région.

La Glorification de la Bourgogne, Allégorie à la gloire des Condés, Pierre-Paul Prud’hon, 1887, Plafond peint de la Salle des Statues du Palais des Ducs et des Etats de Bourgogne.
Image WikimediaCommons

La salle des statues du Palais des Ducs et des Etats de Bourgogne à Dijon, construite à la fin du XVIIIe siècle, présente un plafond peint à la gloire de la Bourgogne, vantant ses nombreuses vertus ! Le décor du plafond a été commandé en 1786 par les Etats de Bourgogne (institution qui réunit les représentants de la Noblesse, du Clergé et du Tiers Etat sous l’Ancien Régime) au peintre Pierre-Paul Prud’hon. Cet ancien élève de l’école de dessin de Dijon remporta le prix de l’Académie de Dijon grâce auquel il partit étudier la peinture à Rome de 1784 à 1788. Lors de son séjour romain, Prud’hon s’inspira du plafond peint par Pierre de Crotone au Palais Barberini pour peindre cette Glorification de la Bourgogne sur une toile qu’il envoya ensuite à Dijon. Son œuvre est un hommage à la Bourgogne au temps des princes de Condés, gouverneurs de la province aux XVIIe et XVIIIe siècles. Pour cela, le peintre a utilisé la figure de l’allégorie, c’est-à-dire l’incarnation d’idée sous les traits de personnages. La Bourgogne est représentée au centre de la composition, sous les traits d’une femme vêtue d’un manteau bleu décoré de fleurs de lys, symbole de la lignée royale des gouverneurs. Elle s’appuie sur un écusson aux armes de la Bourgogne. Son doigt, pointé vers le ciel, désigne les trois fleurs de lys, armes des Condés, encerclées par des branches de laurier. La Bourgogne domine deux groupes de personnages dans le bas de la composition : le Temps qui dévore ses enfants à gauche et les Parques, divinités romaines du destin, à droite qui sont l’incarnation de la longue histoire et du destin que connut la province. La Bourgogne est entourée de plusieurs autres allégories qui attestent de ses qualités et vertus, mais aussi de son rayonnement artistique. A gauche la figure de la Peinture est reconnaissable grâce à la palette et aux pinceaux qu’elle tient dans ses mains, tandis que la Sculpture est appuyée sur un buste en marbre dans lequel Prud’hon a glissé un autoportrait en guise de signature ! A droite, la Prudence tient un miroir, tandis que la Justice est reconnaissable à sa balance. Plus haut, la figure de l’Immortalité élève un cercle d’or au dessus de sa tête, symbole d’Eternité de la Bourgogne. Le sommet de la composition est occupé par deux figures ailées : la Renommée tient en main un bâton de commandement, une trompette et deux drapeaux bleu et jaune aux couleurs de la Bourgogne, tandis que la Victoire tient une couronne de feuilles d’olivier, symbole de paix. Que de qualités réunies en une seule province !

Les gloires de la Bourgogne, Henry-Léopold Lévy, 1896, Esquisse conservée au Musée des Beaux Arts de Dijon. Copyright Musée des beaux-Arts de Dijon
Les gloires de la Bourgogne, Henry-Léopold Lévy, 1896, Etude conservée au Musée des Beaux Arts de Dijon.
Copyright Musée des Beaux Arts de Dijon

Si la Bourgogne est une région renommée, c’est aussi grâce aux nombreuses personnalités du monde des arts, des lettres, des sciences ou de la politique qu’elle a vu naître sur son territoire, et qui ont largement contribué à l’Histoire de France. Henry Léopold Lévy a réuni dans une toile peinte en 1896 certains de ces bourguignons célèbres ! Les Gloires de la Bourgogne orne le mur de la Salle des Etats du Palais des Ducs de Bourgogne à Dijon (le musée Rolin d’Autun conserve une étude de l’oeuvre). Voici reproduite l’étude finale conservée au musée des Beaux-Arts de Dijon, mais pour voir l’original, il faudra vous rendre au Palais des Ducs ! La France personnifiée trône au centre de la composition sur un piédestal entourée d’allégorie des sciences et des arts. A l’arrière plan, derrière la colonnade, le peintre a glissé des vues de Dijon et de l’Auxois ! Autour de la France sont disposées quarante personnalités marquantes de la Bourgogne, dans une composition qui n’est pas sans évoquer une autre peinture, l’Ecole d’Athènes peinte par Raphaël en 1509. 1 et 2 : Le peintre Pierre-Paul Prud’hon (voir l’oeuvre précédente!) en pleine conversation avec le sculpteur Dijonnais François Rude. 3 : Saint Germain, évêque d’Auxerre aux IV et Ve siècles est au fond de la composition. On le distingue grâce à sa mitre. 4 : Claus Sluter, imagier à la cour des ducs de Bourgogne à la fin du XIVe siècle est caché derrière une colonne. Il est l’auteur du fameux Puits de Moïse, calvaire ornant le Chartreuse de Champmol de Dijon, nécropole des Ducs de Bourgogne. 5 : Nicéphore Niépce est en pleine conversation, assis dans l’ombre sur les marches. Né en 1865 à Chalon-sur-Saône, il est l’inventeur de la photographie. Un musée de la photographie y retrace aujourd’hui cette incroyable épopée. 6, 7, 8 et 9 : Les quatre duc Valois de Bourgogne, Philippe le Bon, Jean Sans Peur, Philippe le Hardi et Charles le Téméraire, sont présentés comme les serviteurs de la France. Ils ont gouverné la Bourgogne de 1361 à 1477. A la mort de Charles le Téméraire sans héritier en 1477, la Bourgogne est passée sous l’autorité du roi de France, Louis XI. 10 : Vauban, Maréchal de France, est né en 1633 à Saint-Léger de Foucheret dans l’Yonne. Ingénieur du roi, il travaillera 53 ans au service de Louis XIV. Il est expert des travaux de fortification des villes. 11 : Sadi Carnot a d’abord été député de la Côte d’Or avant de devenir Président de la République de 1887 à 1894, date à laquelle il meurt assassiné. 12 : François Devosges est peintre. Il a fondé l’Ecole de Dessin de Dijon en 1766, à l’origine de la création du Musée des Beaux-Arts. 13 : Alphonse de Lamartine est né à Mâcon en 179O. Il fut un poète reconnu, mais aussi un diplomate français. 14 : Buffon est un naturaliste bien connu, né à Montbard en 1707. Il est l’auteur de l’Histoire Naturelle en 44 volumes illustrés, publiés à partir de 1749. En 1768 il fait construire tout près de sa propriété de Montbard une grande forge où il développe une usine modèle pour le XVIIIe siècle. Elle se visite encore aujourd’hui !

Soyons-en assurés, la Bourgogne mérite qu’on s’y intéresse ! C’est ce que je m’attacherai à faire dans ce blog.

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