Saint-Fargeau en Puisaye, un château en son village. Et un spectacle son et lumière qui retrace 10 siècles d’histoire…

vue de St-Fargeau ©Mairie de Saint-Fargeau
Saint-Fargeau en Puisaye. ©Mairie de Saint-Fargeau

1000 ans d’histoire

A Saint-Fargeau, capitale de la Puisaye, se cache un beau village médiéval couronné par son château de brique roses. Son ancien nom, Ferrolas, fait référence au fer présent dans le grès ferrugineux du sol. La Puisaye était, aux périodes celtes et gallo-romaines, un haut centre de l’industrie du fer.

Mais c’est au Xè siècle que l’histoire du village commence vraiment. Héribert, évêque d’Auxerre et frère illégitime du roi Hugues Capet, fait construire un relai de chasse fortifié à Saint-Fargeau. Mais lorsque Saint-Fargeau obtient son indépendance au XIè siècle, le château passe aux mains de la puissante famille des Seigneurs de Toucy. C’est aux six seigneurs successifs de la dynastie que l’on doit la construction des premières mottes féodales dans l’actuel parc du château.

Une succession de grandes familles

Vers 1250, la dernière héritière des Toucy épouse Thibaut, Comte de Bar. Saint-Fargeau entre dans une période faste. Mais la Guerre de Cent ans opposant français et anglais éclate (1338- 1453). La guerre fait rage et le château est disputé entre les troupes anglo-bourguignonnes et les Orléans. En 1420 les Anglais alliés aux Bourguignons attaquent St-Fargeau au canon, ouvrent une brèche dans la muraille et prennent le château.

A la fin de la guerre le château revient à la famille de Bar, ruinée, qui hypothèque le château contre un prêt de 2000 écus d’or au Sire de la Trémouille, favori du roi Charles VII. Le château est finalement vendu en 1450 à Jacques Coeur, grand marchand, et grand argentier du roi. Sa devise « A vaillant cœur rien d’impossible » deviendra celle de Saint-Fargeau. Le roi en personne lui a emprunté de l’argent pour soulever l’armée qui libéra le pays des Anglais. Pour effacer les dettes envers Jacques Coeur, on complote en secret pour le discréditer. Il est arrêté en 1451 après un faux procès mené par Antoine de Chabannes, capitaine de l’armée royale, qui obtient en 1456 la seigneurie de St Fargeau. Jacques Coeur s’exile en Italie et meurt quelques mois plus tard lors d’une croisade menée pour le Pape contre les Turcs.

Du château médiéval à la forteresse militaire moderne…

Antoines de Chabannes, ancien écorcheur qui a parcouru le royaume et vandalisé les populations, devient baron de Saint-Fargeau. Son zèle auprès de Charles VII lui vaut bientôt la haine du dauphin, futur Louis XI, qui l’emprisonne. Son évasion spectaculaire en 1464 lui permet de revenir à Saint-Fargeau et de reprendre de force le château des mains du fils de Jacques Coeur auquel il avait pourtant été rendu.

20160523_160009
Entrée du château de Saint-Fargeau. ©Amandine Chevallier

A partir de 1467 il entreprend la reconstruction du vieux château fort qu’il transforme en une puissante forteresse de défense militaire, commençant par la grosse tour qui porte le nom de Jacques Coeur. Il réutilise l’ancien château fort du XIIIè siècle en grès ferrugineux de plan pentagonal qu’il habille d’un parement de briques rouge, et recouvre de toitures pointues en ardoises. Le château devient un modèle de l’architecture militaire du XVè siècle. Il est agrémenté de 6 tours d’angles munies d’archères. La base des tours est équipée de galeries de contre-mines percées de canonnières. Ces galeries permettaient à la fois d’écouter d’où provenait l’attaque et servaient de vase d’expansion au souffle de l’explosion pour ne pas fragiliser les maçonneries.

au château d’apparat de la Grande Mademoiselle

La petite fille de Chabannes héritière de St Fargeau épouse René d’Aujou, grand seigneur. Avec la famille d’Anjou, Saint-Fargeau est transformé en une riche demeure seigneuriale. La façade extérieure qui relie le donjon aux deux tours d’entrée est construite. C’est bientôt à Marie-Louise d’Orléans, Duchesse de Montpensier, appelée ironiquement la Grande Mademoiselle, d’hériter du château. Cette riche héritière est la fille de la duchesse de Montpensier et du duc d’Anjou, mais aussi cousine de Louis XIV. Elevée à la cour, elle mène une vie de femme indépendante et refuse plusieurs mariages. Rebelle et libre, elle participe à la seconde fronde des princes entre 1650 et 1653, révolte des puissants contre la politique fiscale de Louis XIV et Mazarin. Lorsque le roi parvient à écraser la révolte, La Grande Mademoiselle est exilée de la cour et se réfugie à St-Fargeau, à trois jours de voyage de Paris en carosse, où elle espère recevoir ses amis.

Tour de la chapelle ©Christophe.Finot
Grand Perron de la Tour de la Chapelle. ©Christophe Finot

Arrivée à St-Fargeau en pleine nuit après un long voyage, la Grande Mademoisele découvre un château en ruine, sans portes ni fenêtres, des herbes folles plein la cour. Elle entame une grande campagne de six années de travaux avec l’architecte Louis le Vau.La cour d’honneur est agrandie dans un style classique symétrique alternant la brique rose et les pierres blanches qui encadrent les grandes baies de la façade. Elle aménage un grand perron semi-circulaire au pied de la tour de la chapelle et fait coiffer les tours de lanternons de style italiens. Les toitures sont refaites à la Mansard (comble brisé dont chaque versant a deux pentes). A l’intérieur elle décore les pièces de lambris et de parquets et aménage même un théâtre dans l’une des tours. La grande salle des gardes est transformée en salle de réception où la cour parisienne se presse bientôt. On y croise Madame de Sévigné et Lully. La forêt est transformée en parc à la française.

La mystérieuse disparition du tableau de David

A sa mort le domaine est vendu plusieurs fois et acheté au début du XVIIIè siècle par la famille Lepeltier des Forts, occupant de hautes fonctions dans la justice et les finances de l’Etat. L’aile des Forts, qui relie les tours d’entrée à la tour de l’Horloge, est édifiée à cette époque. Mais en1752 un grand incendie, parti du four du boulanger dans le bourg, ravage les trois quart du château et de la ville. Il ne reste rien des appartements de la Grande Mademoiselle.

Le petit fils, Louis Michel Lepeltier hérite de la charge d’avocat et est nommé représentant de la noblesse aux Etats Généraux de 1789. Défenseur du peuple contre le royalisme il participe au vote décisif lors du procès de Louis XVI qui déclare le roi coupable. Le roi est condamné à la peine de mort à une seule voix de majorité, voix attribuée par la légende à Lepeltier ! Quelques heures seulement après le vote, il est assassiné alors qu’il dine au Palais Royal. Rapidement considéré comme le 1er martyr de la République, il fait l’objet de funérailles nationales. Le célèbre peintre David lui rend hommage, et réalise un tableau de Lepeltier Assassiné. Le tableau est exposé à la Convention pendant 2 ans aux côtés de son autre chef d’oeuvre L’Assassinat de Marat. En 1795 le tableau est décroché et rendu à David. La fille unique de Lepeltier, Suzanne de Mortefontaine, fervente royaliste cherchant à effacer les actes de son père, rachète aux descendants de David le tableau. Malgré le contrat avec les héritiers qui l’engage à ne pas détruire le tableau, celui-ci disparaît alors. Aurait-il, comme le dit la légende, été emmuré dans le château de Saint-Fargeau ?

La Renaissance d’un monument

En 1979 c’est Michel Guyot et son frère, passionnés de patrimoine, qui rachètent finalement le vieux château en ruine et font le pari de le restaurer et de l’ouvrir au public. Aujourd’hui le château est un fleuron du patrimoine local. Il est ouvert à la visite en saison. Chaque été des centaines de figurants et bénévoles font revivre mille ans d’histoire à travers un spectacle son et lumière qui prend place dans le parc du château, face à l’étang, à la nuit tombée, tous les vendredis et samedis soirs.

A l’ombre de son château millénaire, le bourg médiéval recèle aussi quelques trésors.

L’église du XIIIè siècle

Construite en 1250 à l’occasion du mariage de Jeanne de Toucy avec Thibault de Bar, l’église a été classée monument historique au début du XXè siècle. La façade du XIIIè siècle est bâtie en grès ferrugineux, la pierre locale. Elle possède trois portails ornés de colonnettes et de chapiteaux à feuillages rappelant le style corinthien. Au tympan central est peinte la devise des seigneurs successifs de Saint-Fargeau « A cœur vaillant rien d’impossible ». Une grande rosace, inscrite dans un carré, orne le pignon central.

église Saint-Férréol de Saint-Fargeau
Eglise Saint Férréol de Saint-Fargeau, XIIIè siècle

En façade d’une maison de la rue de l’Eglise vous pourrez voir une plaque commémorant le passage de Jeanne d’Arc à Saint-Fargeau en février 1929 lorsqu’elle se rendit à Chinon auprès du Dauphin de France Charles VII. Elle serait venue se recueillir dans l’église.

Les vestiges de la porte de Bourgogne et la ville fortifiée

A l’angle de la rue de l’Eglise et de l’avenue de Puisaye, à l’emplacement du stop actuel se trouvait la porte de Bourgogne. Une tour arrondie subsiste encore. Au Moyen Age, Saint-Fargeau était entouré d’une double enceinte de remparts permettant de protéger le village. La première enceinte de la ville date du XIIè siècle. La seconde, plus grande et enveloppant la première, date du XVè siècle. La ceinture externe comprenait 4 portes fortifiées, dont la porte de Bougogne qui s’ouvrait au sud est du village. Les enceintes ont été détruites au XVIIIè et XIXè siècles car devenues inutiles.

Tout près du château, à l'entrée du centre ville trône le beffroi. Ancienne porte de la ville, le beffroi est le vestige de l'enceinte de St-Fargeau édifiée au XVe siècle. Elle disposait d'un pont levis pour laisser passer les attelages et d'une passerelle pour les piétons. Au XVIIe siècle cette porte étant devenue centrale par l'annexion des faubourgs de la ville, elle a alors subi des modifications : elle reçut une toiture en ardoise, et fut convertie en beffroi et en prison. Sur sa façade Est, on peut observer la tourelle hexagonale de l'escalier qui donne accès aux quatre niveaux. Les deux premiers étaient réservés aux cellules. Le clocher abrite la plus vieille cloche de Puisaye, datée de 1502.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le cimetière et la chapelle Sainte-Anne

Au cœur du cimetière se dresse la chapelle Sainte-Anne, édifiée aux XVè et XVIè siècles. Les murs de la nef et de l’abside sont ornés de peintures murales typiques de Puisaye (voir article sur les peintures murales de Puisaye) qui représentent la Passion du Christ en onze épisodes qui donne l’impression d’une tapisserie tendue. Les œuvres sont de style gothique finissant. Deux autres épisodes évoquent la généalogie de la vierge et le « Dict des 3 morts et des 3 vifs ». Ce dernier récit est représenté plusieurs fois dans les édifices de la région (voir article sur La Danse Macabre de la Ferté-Loupière). Son origine remonte aux textes macabres médiévaux qui racontent que trois jeunes nobles revenant de la chasse rencontrèrent au détour d’un chemin trois morts échappés de leur tombes, leur rappelant leur fin prochaine. Pour voir ces peintures, n’oubliez pas de retirer les clés de la chapelle préalablement à l’Office de Tourisme.

Bonne visite et beau spectacle au château de Saint-Fargeau !

Dynamique architecture contemporaine en Bourgogne : la Maison de Santé de Vézelay

Au pied de la colline de Vézelay (Yonne), la nouvelle Maison de Santé a trouvé sa place, au bord de la route de Saint-Père à Asquins. Pensée par l’architecte Bernard Quirot, de l’Agence BQ + A, la réalisation contemporaine a reçu le prestigieux Prix de l’Equerre d’Argent en 2015.

Vue ensemble ©Quirot & Associés
Vue de la nouvelle maison de Santé de Vézelay. ©Bernart Quirot + Associés

Architecture contemporaine dans un écrin patrimonial

Le pari de réaliser un édifice contemporain à l’ombre de la basilique de Vézelay était osé. Depuis plusieurs décennies, aucune réalisation nouvelle n’avait vu le jour dans cet écrin patrimonial que constitue la colline éternelle, classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco.

L’architecte et son Agence ont remporté le concours lancé par la Communauté de Communes Avallon Vézelay Morvan. La réussite de ce projet tient à l’harmonie créée par l’architecte entre cette réalisation moderne et le patrimoine qui l’entoure, tant culturel que paysager. L’architecte a conçu la Maison de Santé comme un ensemble de bâtiments fractionnés, qui, malgré leur 1000 mètres carrés de surface, s’intègrent parfaitement à l’environnement. Faisant la part belle au bois et au vitrage, l’édifice aménage des fenêtres et des points de vue vers l’extérieur, permettant de révéler des panoramas sur la basilique ou le paysage.

Vue basilique ©Luc Boegly
Panorama sur la Basilique de la Madeleine à Vézelay. ©Luc Boegly

Simplicité et proportionnalité

Ce sont les deux maîtres mots de la Maison de Santé de Vézelay qui abrite des cabinets médicaux et une pharmacie. Ainsi les bâtiments sont de simples parallélépipèdes coiffés d’une toiture à double pente. L’harmonie de l’ensemble repose sur un module, une travée de façade, qui, répété partout, garantit l’unité des bâtiments. Ces travées, marquées par des poteaux verticaux, sont un clin d’oeil à l’architecture religieuse de la basilique. La hauteur de chaque bâtiment, variable, est elle aussi régie par ce même système de module, qui peut-être répété 2, 3 ou 4 fois en élévation et évite ainsi deux écueils : la monotonie ou la disproportion.

Vue aérienne Quirot + Associés
Vue aérienne de la maison de santé de Vézelay. ©Bernard Quirot + Associés

Les matériaux ont été choisis avec soin pour s’intégrer dans le paysage naturel et dans le bâti vernaculaire du village ancien, rappelant les coloris locaux : pin Douglas pour le végétal, pierre calcaire et tuiles plates pour le minéral. Avec le temps, le pin se dotera d’une teinte grisée qui se fondra dans les nuances environnantes. Nul doute que les vézeliens sauront s’approprier cette architecture nouvelle.

L’édifice, livré en 2014, fut récompensé l’année suivante par le prestigieux Prix de l’Equerre, le Goncourt de l’architecture.

Plan d'ensemble
Plan d’ensemble de la maison de santé de Vézelay. ©Bernard Quirot + Associés

Un magazine pour l’architecture contemporaine en Bourgogne

Parce que la Bourgogne est une terre de patrimoine mais aussi de création vivante, un nouveau magazine est désormais consacré à l’actualité de l’architecture contemporaine en Bourgogne. Ce magazine trimestriel est disponible sur internet : consultez ici ArchiMag en ligne ! Lisez-le vite pour vous tenir informés de l’actualité de l’architecture contemporaine en Bourgogne.

archimag_numero_2_page_01

Au cœur des peintures murales de Puisaye-Forterre. Exposition de photographies de Denis Brenot du 19 au 28 mars 2016 en l’Eglise de Chevannes dans l’Yonne

 

Sans titre-1bis2b

Un territoire riche en peintures murales

Depuis plusieurs années déjà, l’association Réseau des peintures murales de Puisaye-Forterre œuvre à faire connaître les édifices de cette région dont les murs ont été enduits, au fil des siècles, d’un riche décor, souvent religieux. Quinze sites font désormais partie du réseau qui organise en ce moment une exposition de clichés du photographe Denis Brenot. Une occasion unique de réunir en un même lieu toutes les peintures murales de Puisaye-Forterre !

DSCN1465
Vue de l’exposition

Un gisement d’ocre en Puisaye

Il faut dire que le sous-sol de la région regorge d’une ressource nécessaire aux peintures : l’ocre. Constituée d’argile et d’oxydes de fer, l’ocre se trouve dans les sables ocreux du sous-sol de Puisaye en grande quantité. Après extraction, le minerai est lavé afin de séparer les grains de sable des particules d’ocre, plus fines. La Puisaye fournit un ocre jaune, qui après cuisson, permet d’obtenir une large palette de couleurs allant de l’orangé au rouge en passant par tous les tons de brun. Pour élaborer l’ensemble des peintures murales connues à ce jour dans notre région, il suffisait aux peintres de compléter leur palette avec d’autres pigments. Le noir était obtenu grâce au charbon, le vert avec des oxydes de cuivre, le bleu à partir d’une pierre semi-précieuse : le lapis-lazuli broyé.

ocres

Quinze sites recensés contenant des peintures murales

Si l’ocre est le point commun entre toutes les peintures murales de Puisaye-Forterre, les thèmes de ces œuvres, souvent religieuses, sont une autre constante. Ainsi l’on retrouve dans plusieurs édifices des variantes du dict « Des trois morts et des trois vifs », comme à l’église Saint-Germain de la Ferté-Loupière (fin XVè – début XVIè siècles voir un précédent article détaillé), à l’église Sainte-Genèviève de Lindry ou encore à l’église Saint-Benoit de Villiers-Saint-Benoit (fin XVIè siècle). Ce thème, fréquent dans la littérature médiévale dès le XIVè siècle, relate la rencontre entre trois jeunes nobles, de retour d’une partie de chasse, et de trois morts échappés de leur tombe, qui les avertissent, au détour d’un chemin, de leur inéluctable et tragique destin.

Ferté Loupière
Le « Dict des Trois Morts et des trois Vifs », Eglise de la Ferté-Loupière (Yonne), fin XVè – début XVIè siècle. ©Réseau des peintures murales de Puisaye-Forterre.

Quelques ovnis picturaux

Outre les thèmes fréquents, on trouve au cœur des églises de Puisaye quelques représentations originales ! C’est le cas des peintures murales de l’église Saint-Roch de Louesme, découvertes fortuitement sous un badigeon au début du XXè siècle, et de l’église Saint-Marien de Mézilles, qui montrent toutes deux une scène du martyre de Saint-Blaise, écorché par des peignes à carder.

Louesme
Martyre de Saint-Blaise écorché avec des peignes à carder, Eglise Saint-Roch de Louesme, Yonne. ©Réseau des Peintures Murales de Puisaye-Forterre.

Plus loin, l’église Saint-Fiacre de Ronchères est surnommée « Le Paradis de la Puisaye », en raison de ses peintures datées de 1679. On y voit, dans des scènes riches en couleurs et en ornements, la représentation de vingt-huit saintes et saints locaux qui entourent les monogrammes du Christ et les quatre Evangélistes.

ronchères
Peinture murale de l’Eglise Saint-Fiacre de Ronchères, Yonne. ©Réseau des peintures murales de Puisaye-Forterre.

La chapelle Saint-Baudel de Pourrain, édifiée au début du XVIè siècle pour permettre la célébration des offices durant la reconstruction de l’église, fut couverte de peintures originales. Au sommet de l’abside de la chapelle trône un soleil ardent dont les rayons s’étendent comme des flammes d’ocre jaune. La voûte de bois décline le thème de l’abondance avec des coupes débordant de fruits. Ce décor gothique flamboyant seraient l’oeuvre de peintres italiens, commandités par François II de Dinteville, évêque d’Auxerre, à son retour d’Italie où il fut ambassadeur de François Ier.

Des thèmes religieux traditionnels

D’autres édifices de Puisaye ont puisé dans la tradition picturale pour livrer leur propre version des grands thèmes religieux. C’est la cas de l’église de Moutiers en Puisaye qui déploie sur ses murs l’un des plus grands ensemble de peinture murales locales. Le décor le plus ancien (XII et XIII è siècles) se situe dans la nef et présente des épisodes de la vie du Christ. Au siècle suivant le décor fut complété par des épisodes de la Genèse, et du Déluge. La Chapelle Saint-Anne, au cœur du cimetière de Saint-Fargeau, relate elle aussi à travers ses peintures murales onze épisodes de la Passion du Christ, donnée en exemple aux fidèles au début du XVIè siècle.

Du côté de la technique

On parle souvent de fresque pour désigner des peintures murales. Et pourtant, nos peintures murales de Puisaye utilisent rarement la technique a fresco, qui implique que l’artiste ait réalisé sont décor peint sur un enduit encore frais, souvent à base de chaux. L’avantage de cette technique est sa bonne tenue dans le temps. En séchant, l’enduit de chaux produit une réaction chimique au contact de l’air et forme une couche de carbonate de calcium à la surface de la peinture, une croute transparente qui emprisonne et protège le décor peint. Il est plus fréquent de trouver en Bourgogne des techniques mixtes, mêlant la peinture sur enduit frais et sur enduit sec. Lorsque l’artiste peint sur enduit sec, il peut revenir autant que souhaité sur son oeuvre, mais celle-ci demeure plus fragile. Pour faire adhérer les pigments colorés à la surface du mur, il doit alors ajouter un liant, généralement composé de lait de chaux, de colle de lapin ou de blanc d’oeuf. Plus tard, l’huile pourra être utilisée comme liant, selon une méthode venue des Flandres.

De la peinture au médium photo

Le photographe Denis Brenot a parcouru ces multiples édifices et d’autres encore pour en photographier les peintures murales et livrer des clichés de qualité, au rendu mat fidèles aux œuvres originales. Quelques textes explicatifs enrichissent la découverte des œuvres. Une publication est également en préparation.

DSCN1468
Photographie de Denis Brenot, peinture à fesco sur pierre de taille de l’Eglise de Perreuse, Yonne, XVIIè siècle, Scène de l’Annonciation peinte par l’artiste Jean Baucher. ©Denis Brenot.

Une exposition à ne pas manquer !

Le Vin dans l’Art de l’Antiquité à nos jours : conférence à l’Université pour Tous de Puisaye Forterre

Samedi 27 février j’animerai une conférence intitulée « Le Vin dans l’Art de l’Antiquité à nos jours » avec l’Université pour Tous de Puisaye-Forterre. Je vous donne rendez-vous pour cette conférence gratuite et accessible à tous à la mairie de Mézilles (Yonne – Bourgogne) à 15h.

 

 

Affiche conférence Amandine Chevallier

Ce sera l’occasion de nous intéresser de plus prés à la très belle et longue histoire du vin, qui fut considéré comme le « breuvage des dieux ». Emblème culturel par excellence de la civilisation méditerranéenne, le vin serait produit par l’homme depuis plus de VI millénaires ! Les usages, les rites, les méthodes de culture et les modes de consommation dont il a fait l’objet nous ont été transmis par les oeuvres d’art de nombreuses époques et civilisations, de la Mésopotamie à l’Egypte des Pharaons, de la mythologie gréco-romaine à l’art contemporain en passant par le Moyen Age occidental. Les oeuvres, à la fois belles et chargées de symboles, nous raconteront cette histoire passionnante.

Venez nombreux !

La Saint-Vincent Tournante de Bourgogne : une tradition locale incontournable chaque année en janvier !

affiche St Vincent

La Saint-Vincent Tournante est une tradition bourguignonne depuis plus de sept décennies. S’il s’agit désormais d’un événement festif destiné à promouvoir les vins de Bourgogne, les racines de cette fête conviviale remontent à plusieurs siècles…

Histoire de Saint-Vincent, patron des vignerons

A l’origine, Saint-Vincent est un diacre et martyr originaire de la ville de Saragosse, en Espagne, ayant vécu au IVè siècle. Chargé par l’évêque Valère de prêcher le message du Christ, la légende raconte que Vincent aurait été torturé sur une roue de pressoir. Plus tard, lors du siège de la ville en 542 par Childebert, roi de Paris et Clotaire, roi de Soissons, les assaillants auraient négocié les reliques de ce saint vénéré contre la levée du siège. Les restes de Saint-Vincent auraient alors été déposés à Paris, dans l’Abbaye Sainte-Croix-Saint-Vincent, devenue aujourd’hui Saint-Germain-des-Prés.

litho saint vincent
Saint Vincent, lithographie coloriée sur papier, XIXè siècle, imprimerie Grangel, Mucem, Marseille. ©Photo (C) RMN-Grand Palais (MuCEM) / Thierry Le Mage

Les saints protecteurs de la vigne et des vignerons sont pourtant nombreux ! Saint Paul, saint Urbain, saint Victor, saint Vernier, saint Didier, saint Martin, ou encore saint Morand, ce sont pas moins d’une trentaine de figures saintes qui oeuvrent pour la protection de la vigne et du vin ! C’est pourtant Vincent qui est célébré aujourd’hui. Outre son supplice sur la roue de pressoir, la raison du choix de Vincent comme protecteur des vignerons serait plus probablement liée à un simple jeu de mots : « Vin » rappelant le fameux breuvage issu du fruit de la vigne, tandis que « cent » renvoie au sang, le vin étant souvent associé au sang du Christ dans la Bible. A moins que ce ne soit grâce à l’âne de saint Vincent, qui aurait un jour de prêche du saint, brouté un pied de vigne. Les vignerons, d’abord fâchés, découvrirent l’année suivante que la vigne donnait le double de fruits ! Ainsi serait né le principe de la taille hivernale. De plus, la mort de saint Vincent commémorée le 22 janvier est une période propice pour les vignerons car elle marque la fin du repos hivernal de la vigne. Plusieurs dictons et proverbes l’affirment !

« Bon saint Vincent, homme puissant, fais monter la sève au sarment. »

La symbolique du vin dans la Bible

Le vin est un produit phare de la civilisation méditerranéenne, et ce depuis au mois 6000 ans ! Dans la Bible, le vin est associé au sang versé par le Christ sur la croix. Si Jésus symbolise la vigne, Dieu en est le vigneron. Nombreux sont les épisodes bibliques qui font référence au vin ou à la vigne. La représentation traditionnelle de l’Arbre de Jessé qui retrace l’ascendance du Christ depuis les rois de Judée est généralement représentée par un pied de vigne aux multiples ramifications ornées de belles grappes (voir le précédent article sur l’Arbre de Jessé). Si la vigne aurait été créée par Dieu le troisième jour, en même temps que les autres plantes, c’est Noé qui aurait inventé la culture de la vigne et la production de vin, épisode relaté par le Déluge. Enfin, le rituel de l’eucharistie est évoqué par l’épisode de la Cène, dernier repas du Christ en compagnie des apôtres avant la trahison de Judas. On y voit le Christ partager le pain, (symbole de sa chaire) et le vin (symbole de son sang) avec ses disciples.

 

Ivresse de Noé, Bellini
L’Ivresse de Noé, Giovanni Bellini, vers 1515, musée des Beaux Arts de Besançon.
La Cène Dali
Salvador Dali, La Cène, huile sur toile, 1955, national Gallery of Art, Washington

La tradition des confréries

La Saint-Vincent de Bourgogne célèbre donc ce fameux breuvage consommé depuis des siècles ! Elle s’inscrit également dans la tradition des confréries de métiers qui apparaît au Moyen Age dans un souci de solidarité corporative. Abandonnée à la Révolution française, la tradition fut exhumée par les vignerons bourguignons en 1934 grâce, cette année là, à la création de la confrérie des Chevaliers du Tastevin. Dans un contexte économique difficile pour le vignoble, les vignerons remirent à l’honneur l’esprit corporatif et l’entraide professionnelle, le partage des savoir-faire et la mise en commun des outils de production. Et l’idée fit son chemin en Bourgogne. Si la première fête de la Saint-Vincent organisée en 1938 vit défiler 6 sociétés, l’édition de 1965 en comprenait déjà 53 et plus de 80 aujourd’hui ! Chaque année les festivités sont organisées dans un village différent pour faire découvrir la diversité du vignoble bourguignon.

Saint-Romain_-_Saint_Vincent_tournante_2008
Défilé des confréries représentées par leur bannières, Saint-Vincent tournante de Bourgogne 2008.

Mais dès avant l’existence de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin et l’organisation de cette fête devenue emblématique de la Bourgogne, une tradition exigeait déjà autour du saint patron des vignerons. Chaque famille vigneronne assistait d’abord à la messe en l’honneur du saint. Puis se déroulait une longue procession durant laquelle on transportait l’effigie du saint d’une famille à l’autre. Une famille était finalement désignée pour la conserver durant toute l’année. Un honneur et une reconnaissance pour ces vignerons ! Le repas traditionnel qui clôturait les festivités est devenu aujourd’hui un banquet géant.

Une tradition dionysiaque et bachique remise au goût du jour

Ces processions et ces banquets ne sont pas sans rappeler les traditions antiques où le vin était déjà célébré. La Saint-Vincent de Bourgogne est une fête conviviale qui mêle traditions païennes et fêtes religieuses. Elle est la digne héritière des fêtes dionysiaques et bachiques antiques ! A la manière des processions antiques en l’honneur de Dyonisos, dieu grec du vin et de la vigne, dont l’équivalent romain fut Bacchus, les visiteurs nombreux peuvent encore assister au défilé des 80 confréries de vignerons de Bourgogne, chacune revêtant un habit de couleur différente et valorisant son propre terroir et ses crus ! Il est d’ailleurs facile de les déguster en achetant sur place son verre souvenir. A la fin des festivités, une poignée de vignerons sélectionnés sont intronisés pour intégrer la prestigieuse confrérie des chevalier du Tastevin, organisatrice de la grande Saint-Vincent de Bourgogne.

kylix Dyonisos par Brigos
Scène de rites dionysiaques, Kylix, Peintre de Brygos, Athènes, vers 480 avant J.C., BnF.

Irancy 2016

Après Dijon en 2012, Châtillon-sur-Seine en 2013, Saint-Aubin en 2014, Gilly-les-Citeaux et Vougeot l’année dernière, c’est le petit village d’Irancy dans l’Yonne qui accueille les festivités en 2016. Sa population d’à peine 300 habitants à l’année va considérablement augmenter lors de ce week-end particulier qui mettra l’AOC Irancy en valeur. L’Irancy est un vin rouge parmi les plus réputés de l’Yonne, situé dans les vignobles de Chablis et du Grand Auxerrois. Elaboré à partir du cépage Pinot Noir, l’emblème de la Bourgogne rouge, sa particularité est de contenir, de manière facultative, au maximum 10% de cépage César, cépage traditionnel local, qui aurait été importé par les légions romaines de Jules César au Ier siècle avant notre ère !

Découvrez ici le site internet et le programme de la Saint-Vincent tournante d’Irancy les 30 et 31 janvier 2016 ! A déguster avec modération.

« Les deux Lunes » à l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre Exposition de Frédéric Couraillon du 16 janvier au 13 mars 2016

 

affiche A3 les deux lunes-page-001« Les deux Lunes », c’est le nom de l’une des toiles de Frédéric Couraillon exposées depuis le 16 janvier dans le cellier de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. L’artiste a choisi ce titre évocateur teinté d’ésotérisme pour intituler cette exposition riche en œuvres et qui nous plonge au cœur du travail et des problématiques développés par l’artiste.

20160115_093717
« Les deux lunes », Frédéric Couraillon, huile et charbon sur toile, 2015. Vue de l’exposition au Cellier de l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. ©Frédéric Couraillon

Une exposition ésotérique

Féru de littérature, l’artiste n’hésite pas à s’inspirer d’un thème, d’un motif ou d’un personnage rencontrés au fil de ses lectures pour créer ses œuvres. Son tableau Les deux lunes lui a été inspiré par le conte philosophique de Voltaire, Micromegas. Le texte, une réflexion sur l’infiniment petit et l’infiniment grand au siècle des Lumières, relate le voyage extraordinaire de deux géants à travers le cosmos. C’est aussi la posture qu’a choisi l’artiste pour présenter dans cette exposition une variété de formats, des peintures imposantes aux gravures miniatures.

Du côté de la technique

L’exposition s’ouvre sur une série de peintures grands formats à la matière épaisse et aux couleurs vibrantes de lumière. Les formes organiques apparaissent sur la surface granuleuse et magmatique de la toile, travaillée d’abord avec du charbon broyé et collé. L’artiste applique ensuite les couleurs à l’huile et parvient, malgré les empâtements de la matière, à un résultat léger et poétique. S’il part souvent d’une idée, d’un thème ou d’un croquis, Frédéric Couraillon laisse libre court au geste de sa main, et parfois au hasard, durant la phase de création.

IMG_0970
Vue de l’exposition de Frédéric Couraillon à l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre, peintures à l’huile et charbon sur toile, 2015. ©Frédéric Couraillon

 

Au fil des oeuvres

Ce sont deux maternités, inspirées par les peintres siennois du XIIIè siècle, et un arbre dont les fleurs évoquent aussi des étoiles, qui accueillent le visiteur et le guident pour un voyage intérieur. Plus loin dans l’exposition, des monstres marins et des combats maritimes peuplent les toiles dans des tons de brun, d’ocre et de bleu, sans doute inspirés de l’une de ses oeuvres favorites, « Persée et Andromède » du Titien. Les Naufragés, une peinture grand format, appartient d’ailleurs à une série de trois œuvres inspirées de la Divine Comédie de Dante rédigée au XIVè siècle, qui relate en trois tomes l’enfer, le purgatoire et le paradis, des thèmes qui correspondent bien à l’ambiance des toiles de Frédéric Couraillon.

IMG_0977
Frédéric Couraillon, série de trois oeuvres inspirées de « La Divine Comédie » de Dante, peintures à l’huile et charbon sur toile, 2015. ©Frédéric Couraillon
IMG_7684
Frédéric Couraillon devant sa toile « Le Devin », vue de l’atelier de l’artiste. ©Frédéric Couraillon

A l’opposé de ses tableaux, l’artiste expose également de petits formats, dessins ou gravures qui sont pour lui l’occasion d’un travail introspectif et intime. Portraits, animaux récurrents comme l’âne ou le paon, natures mortes (trois poissons finement dessinés dans une assiette) et silhouettes enfantines animent les papiers japonais précieux choisis par l’artiste comme support. Les gravures sont une belle découverte, tant la maîtrise technique de l’artiste est au service d’un vocabulaire pictural poétique. Frédéric Couraillon grave sur de petites plaques de cuivre en mêlant la pointe sèche, utilisée pour la vivacité de son trait, l’eau forte qui permet la souplesse du geste, et l’aquatinte qui offre un rendu flou. Les fonds noirs sont obtenus grâce au carborundum, une technique qui consiste à coller sur la matrice des grains de carbone de silicium qui donnent, une fois l’estampe imprimée, un rendu noir mat et profond.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’enfer au cellier de l’Abbaye Saint-Germain

Au centre de la pièce, qui fut au Moyen Age le cellier des moines de l’Abbaye Saint-Germain, l’artiste y a aménagé « l’Enfer », un cube dans lequel sont exposées des œuvres érotiques inspirées des estampes japonaises du XVè siècle, qui étaient offertes aux jeunes couples en guise de cadeaux de mariage.

L’art céramique de Frédéric Couraillon

L’exposition est ponctuée de quelques sculptures en céramique, principalement des maternités et des vases. Au centre, une œuvre en terre cuite émaillée blanche est une « Galatée » revisitée inspirée du mythe de Pygmalion, raconté dans les Métamorphoses d’Ovide. Pygmalion est un artisan chypriote qui aurait inventé l’art de la sculpture. Tombé amoureux de sa statue d’ivoire, appelée Galatée, Pygmalion obtint d’Aphrodite, déesse de l’amour, qu’elle donne vie à la créature. Le mythe relate le lien affectif qui existe entre l’artiste et son œuvre, bien présent dans le travail de Frédéric Couraillon.

IMG_0968
Vue de l’exposition de Frédéric Couraillon à l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. Au 1er plan sculpture en terre cuite « Galatée ». ©Frédéric Couraillon

Frederic Couraillon : un artiste inspiré 

Formé à l’école des Beaux-Arts de Paris, Frederic Couraillon est un artiste icaunais qui partage son temps et sa création entre la France et l’Espagne. Musicien – il est un pianiste hors pair – Frederic Couraillon est prolifique : la peinture, la sculpture, la céramique, le dessin, et la gravure ne lui résistent pas. Ouvert et disponible, l’artiste sera présent régulièrement dans son exposition pour aller à la rencontre du public. Les œuvres sont en vente pour les amateurs et collectionneurs, prix disponibles dans l’exposition.

IMG_0958
Portrait de l’artiste Frédéric Couraillon devant l’une de ses toiles. ©Frédéric Couraillon

« Les deux lunes », une exposition à ne pas manquer, du 16 janvier au 13 mars 2016 à l’Abbaye Saint-Germain d’Auxerre !

2015 en révision. Merci pour votre fidélité !

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2015 de ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce blog a été vu 23 000 fois en 2015. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 9 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

La maison de l’Arbre de Jessé à Joigny

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
La Maison de l’Arbre de Jessé, Joigny, XVIè siècle.

En cette période de Noël, petite piqure de rappel sur un thème religieux ! Et pour changer de la Nativité et de la crèche qui sont les représentations habituelles, partons à la découverte d’un sujet biblique moins connu : l’Arbre de Jessé. A Joigny, dans l’Yonne, il est sculpté sur une maison à pans de bois du centre ville historique. Retour sur la généalogie du Christ.

Une maison à pans de bois sculptée

Située place Jean de Joigny, à l’angle de la Rue Gabriel Cortel, une maison à pans de bois datant du XVIè siècle arbore sur sa façade un arbre de Jessé sculpté dans le bois. Prenant racine au dessus des fenêtres du rez-de-chaussée, ce bel arbre en relief déploie ses branches sinueuses jusqu’au pignon triangulaire de la façade, à la base du toit. Le travail des siècles a fait son œuvre et il est désormais difficile de distinguer les personnages très effacés. En effet, la façade a été soufflée par une explosion de gaz en 1981 avant d’être soigneusement restaurée. On peut cependant remarquer la qualité et la finesse de la sculpture, proche du style troyen. Bénéficiant d’un emplacement de choix, à l’angle de deux rues passantes de Joigny, la maison de l’Arbre de Jessé expose sa façade au yeux des passants, contrairement aux autres maisons anciennes de la ville, dont le parcellaire est organisé en lanières étroites.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
L’Arbre de Jessé est sculpté dans les montants de bois au premier étage de la maison du XVIè siècle à Joigny.

La maison entière a été construite pour recevoir le décor sculpté de l’arbre de Jessé, destiné tant à l’éducation du passant qu’à célébrer la richesse de son propriétaire. La verticalité domine la composition puisque le tronc est sculpté dans le poteau cormier de la maison, tandis que ses branches se déploient sur les sablières horizontales. Au sommet trône la Vierge en Majesté abritée sous un dais renaissance. Dans ses bras, le Christ enfant domine l’ensemble.

Un thème de l’iconographie religieuse

L’arbre de Jessé est un thème bien connu des historiens de l’art ! L’image, apparue dans les manuscrits et dans l’art au XIIè siècle, est inspirée de la prophétie d’Isaïe :

Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines.

Sur lui reposera l’esprit du Seigneur.

L’Evangile de Matthieu reprend le thème et précise :

Jessé, endormi, rêve d’un arbre jaillissant de son corps et sur les branches apparaît la parenté du Christ et au sommet la Vierge et l’enfant Jésus.

arbre de Jessé Bible des Capucins
Arbre de Jessé, Bible dite des Capucins, Troyes, Champagne, dernier quart du XIIè siècle, BnF

C’est au XVè et XVIè siècles que l’iconographie de l’Arbre de Jessé connaît son apogée ! L’épisode biblique retrace la généalogie supposée du Christ, où plutôt sa parenté. Il présente ses ascendants, depuis les rois de Juda, ancien royaume du Proche Orient jouxtant celui d’Israël, jusqu’à la naissance du Christ, et prend la forme d’un arbre. L’image de l’arbre familial, forte, sera bientôt utilisée pour représenter les lignées des familles royales, avant d’être vulgarisé pour donner naissance aux arbres généalogiques modernes !

La généalogie du Christ

Les représentations iconographiques de l’Arbre de Jessé sont riches de sens ! La place de la Vierge, située au sommet de la composition, et portant le Christ enfant sur ses genoux, permet de relier Jésus au Roi David, et donc à l’Ancien Testament, dans un souci de légitimation politique et religieuse largement utilisée à l’époque médiévale.

Au bas de l’Arbre, Jessé, père de David, est généralement représenté comme un vieillard étendu et endormi. De son flanc sortent des branches d’une essence indéterminée et parfois fantaisiste. Cependant, la vigne a souvent été utilisée, comme c’est le cas à Joigny. De belles grappes de raisins tombent à l’extrémité de chaque branche. Sur les rameaux sont représentés les rois de Juda présents dans l’Ancien Testament. David se reconnaît grâce à la harpe qu’il tient le plus souvent dans ses mains, tandis que Salomon est souvent représenté dans un riche costume oriental. La scène annonce l’arrivée du Messie. Cette représentation envisage l’Ancien Testament comme une préparation du Nouveau Testament. A Joigny, la maison de l’arbre de Jessé comprend une quinzaine de personnages au lieu des quarante-deux habituels.

Si les représentations de l’Arbre de Jessé sont bien connues à cette période sur des supports variés tels que le vitrail, les manuscrits, les retables, les portails d’églises, les tapisseries, son apparition en façade d’une maison civile reste exceptionnelle. Seules trois maisons de ce type sont connues en France !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
La Maison de l’Arbre de Jessé, détail de la Vierge trônant sous un dais avec l’Enfant Jésus, XVIè siècle, Joigny.

L’Arbre de Jessé en Bourgogne

La Bourgogne recèle quelques autres représentations de l’Arbre de Jessé. Dans l’Yonne, c’est l’église de Saint-Bris-le-Vineux qui contient une peinture murale de la généalogie du Christ.

En Côte-d’Or, la collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois abrite aussi l’une de ces représentations. Dans l’une des chapelles du collatéral Nord se trouve une peinture à l’huile sur bois à baldaquin représentant l’Arbre de Jessé. Il s’agit d’un retable (un tableau ornant un autel) daté de 1454, mais probablement repeint en 1554, ce qui explique les différences stylistiques que l’on peut observer. On y voit Jessé âgé, assis au centre et attendant sa descendance. De ses membres sortent des branches jusqu’au sommet de la composition occupée par Marie portant l’Enfant dans un médaillon. Les personnages de la prédelle (partie inférieure du tableau) sont vêtus à la mode médiévale, tandis que les autres revêtent des habits renaissance.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Retable de l’Arbre de Jessé, Collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois, peinture sur bois, XVè -XVIè siècles.

Joigny recèle donc une coquetterie exceptionnelle dont se pare cette maison du XVIè siècle classée Monument Historique depuis 1926. Peu d’informations sont disponibles sur les autres représentations bourguignonnes de l’Arbre de Jessé. Si vous en connaissez une, merci de nous le faire partager !

Splendeur des abbayes en Bourgogne au Moyen Age. Cluny, Maior Ecclesia

1002963-Cluny_III_labbatiale
Reconstitution de Cluny III proposée par l’Encyclopédie Larousse en ligne.

En Bourgogne du Sud, la petite bourgade de Cluny, accueillante et dynamique, profite encore de l’aura millénaire de son illustre abbaye médiévale. Eparpillés dans la cité, les vestiges de l’édifice religieux le plus important de la chrétienté occidentale sont à découvrir au détour des ruelles. Promenade guidée.

Maior Ecclesia

Fondée en 909 ou 910, l’abbaye de Cluny régna sur la Chrétienté occidentale durant tout le Moyen Age par ses proportions gigantesques qui lui valurent le nom de Maior Ecclesia, la plus grande église. Guillaume, duc d’Aquitaine et comte de Mâcon, fit don à l’abbé Bernon de ses terres et de sa villa de Cluny pour y édifier un monastère qui sera soumis à la règle de saint Benoit. Dédié à saint Pierre et saint Paul, l’édifice est placé sous la protection directe du Pape. Ainsi, Guillaume Ier le Pieux entend, dans le cadre de la rénovation de l’Eglise, libérer les moines de la tutelle des laïcs et permettre l’élection libre de l’abbé par la communauté.

366-044
Plan et élévation de l’abbatiale,

Une influence grandissante

L’abbaye de Cluny étend rapidement son influence. Par les nombreuses donations qui lui son faites, elle prend la tête d’un ensemble de propriétés, de terres agricoles et d’édifices religieux. L’union de ses monastères constitue un vaste réseau européen qualifié d’Ecclesia cluniacensis dont l’Abbaye est l’édifice mère, tandis que des abbatiales sœurs relaient son influence sur un vaste territoire. Au XIè siècle, Cluny étend encore son pouvoir en se dotant de l’autorité judiciaire. Au début du XIIè siècle, l’abbaye est à la tête d’un réseau de 1200 monastères qui s’étend dans toute l’Europe et jusqu’en Terre Sainte. Dans tous les édifices, les moines ont les mêmes droits et doivent obéissance à l’abbaye mère. Ils consacrent leurs journées à la prière et principalement au salut collectif en vue du jugement dernier.

Journée d’un moine clunisien

La vie des moines clunisiens est consacrée à la prière et à l’étude, dans le respect de la règle de saint Benoît. Ecrite par Benoît de Nursie au VIè siècle lorsque celui-ci fonda une communauté monastique sur le Mont Cassin en Italie, la règle précise les principes de la vie en communauté, basée sur le silence, l’étude et la prière. Au IXè siècle, c’est l’abbé Benoît d’Aniane qui va réformer la règle et l’imposer à tous les monastères de l’Empire sous l’impulsion de Louis Le Pieux. Entre le matin et le soir, les moines se réunissent huit fois par jour dans l’église pour prier et célébrer la messe. Le matin, toute la communauté se rassemble dans la salle capitulaire autour de l’abbé pour recevoir les directives de la journées et entendre la lecture d’un chapitre de la règle. Les repas se prennent en silence au réfectoire à la lecture de textes sacrés. Le reste de la journée est consacré au travail de copie et d’enluminure des manuscrits au scriptorium. Les monastères offrent également le gîte et le couvert aux pèlerins de passages, aux pauvres et aux malades qui sont soignés à l’infirmerie. Au sein de la communauté, les frères convers sont affectés aux travaux manuels, économiques, agricoles ou artisanaux afin d’assurer la subsistance de tous. L’ensemble des bâtiments monastiques s’organise autour du cloître qui jouxte l’église abbatiale, permettant ainsi aux moines de vaquer à leurs occupations dans le silence de ce monde clos, sans jamais entrer en contact avec le monde extérieur.

Historique

D’un point de vue architectural, l’abbaye de Cluny est connue pour avoir vu se succéder trois églises, fruit des reconstructions et destructions au fil des siècles. Si la troisième église, Cluny III, est l’édifice le plus connu, qualifié de Maior Ecclesia, il est intéressant d’observer les précédentes églises. Cluny I a été construite par l’abbé Bernon dès 909-910, avant d’être achevée par son successeur Odon. Face au succès du monastère et à sa grande fréquentation, un second édifice est rapidement construit à la place du premier. Cluny II, plus grande, est édifiée et consacrée en 981 sous le règne de l’abbé Maieul. C’est à cette époque que l’Abbaye acquiert les reliques des apôtres Pierre et Paul. Elle devient une « petite Rome ». Odilon, le 5è abbé, entreprend ensuite la réfection des bâtiments monastiques face à l’élargissement incessant de la communauté qui atteint alors 400 moines. La Maior Ecclesia, Cluny III, sera l’oeuvre de son successeur, l’abbé Hugues. Elle est construite entre 1088 et 1130.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Des dispositifs de réalité augmentée permettent désormais de visualiser la reconstitution de l’édifice original de Cluny III.

Cluny III

L’apogée de l’Abbaye de Cluny trouve son expression grandiose à travers sa troisième église, la plus grande de la chrétienté, symbole de son rayonnement spirituel au XIIè siècle, avant son ineluctable déclin. La petite bourgade médiévale vécut alors le chantier le plus prestigieux et spectaculaire de l’occident médiéval. Les dimensions exceptionnelles de l’édifice, 187 mètres de long et une hauteur sous voûte dépassant les 30 mètres, sont le symbole de cette puissance inégalée. C’est un document en 3D, visible dans le Palais du pape Gélase, situé à côté des restes de l’église abbatiale, qui permet aujourd’hui de prendre la mesure de cet édifice disparu. Si les architectes demeurent encore inconnus, leur projet grandiose ne cesse de nous étonner par ses prouesses techniques. Afin de parvenir à l’édifice grandiose qui vit le jour, ils ont repoussé les limites du possible.

ClunyMaiorEcclesia_gr ©CMN:on-situ
Tentative de reconstitution 3D de l’élévation interne de l’abbatiale de Cluny III. ©CMN/on-situ

A son arrivée, le visiteur était accueilli dans une avant-nef, conçue comme anti-chambre du ciel. Cet espace était le seul accessible pour les non baptisés qui ne pouvaient donc franchir les portes monumentales ouvrant sur la nef. La vaste nef était réservée aux fidèles, tandis que le clergé prenait place dans le choeur pour les célébrations. Composée de cinq vaisseaux, elle était exceptionnelle par son élévation constituée de trois niveaux superposés. Chaque travée comprenait une grande arcade surmontée de trois arcatures aveugles décorées de lobes et de pilastres, elles-même surmontées de trois fenêtres ornées de colonnettes géminées. Deux transepts, l’un plus court que l’autre, coupaient perpendiculairement la nef avant l’arrivée au choeur. Le bras sud du grand transept, conservé intact, est le témoin de ce projet grandiose. Coiffé par le clocher de l’eau bénite, seule partie en élévation conservée de l’édifice, il permet de percevoir l’intensité lumineuse qui devait baigner l’édifice, grâce aux hautes voûtes en berceau brisés qui le composaient. Cette innovation de Cluny, qui se répandit ensuite dans de nombreux édifices romans, annonçait déjà le style gothique à venir. Les voûtes en berceau brisé permirent, par un jeu de répartition du poids de l’architecture, de percer les murs de fenêtres pour y amener la lumière. Le déambulatoire qui permettait de circuler autour du choeur multipliait les chapelles, resplendissantes probablement de peintures murales et de sculptures. Les huit chapiteaux sculptés qui ornaient ses colonnes sont aujourd’hui visibles dans le farinier. Les nombreux chapiteaux retrouvés dans les vestiges de l’édifice relèvent d’un style corinthisant raffiné et sont décorés d’animaux, de feuilles d’acanthe et de personnages bibliques ou légendaires dont foisonne l’art roman, dont l’interprétation n’est pas toujours aisée.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Vestiges de l’élévation interne du grand transept de l’Abbaye de Cluny dite Cluny III.

Cluny dans la tempête

On sait malheureusement peu de chose des précédents édifices qui furent détruits et sur lesquels on rebâtit perpétuellement, rendant les fouilles archéologiques difficiles. Dès le XIVè siècle, l’abbaye subit les guerres qui se succédèrent. Les luttes de pouvoirs avec la monarchie et la papauté accentuèrent encore les difficultés rencontrées par l’abbaye et son réseau d’édifices religieux. Plusieurs tentatives de réformes au fil des siècles n’améliorèrent pas les choses. Mais la plus grande tempête que connut l’abbaye, et qui lui fut fatale, fut sans doute la Révolution. En 1791, les douze moines qui demeuraient encore au monastère furent expulsés. L’édifice est abandonné et son mobilier vendu. L’Abbaye elle-même est vendue par lots. Sa lente disparition commence par le percement de rues traversant ses anciens bâtiments claustraux, puis des haras nationaux sont édifiés à l’emplacement du choeur et de la nef de l’église. Des maisons s’érigent dans l’ancienne nef. Les clochers sont détruits en 1811 et l’Abbaye de Cluny sert désormais de carrière de pierre jusqu’en 1823.

Les autres vestiges à voir

Face à ce démembrement systématique du plus grand édifice de la chrétienté à la Révolution, il reste désormais quelques vestiges éparses de ce passé glorieux au fil des rues du village. De l’église abbatiale, il ne reste que le bras sud du grand transept datant des XI-XIIè siècles, et la chapelle Jean de Bourbon (XVè siècle). Des fouilles archéologiques ont cependant permis la mise en valeur des structures de l’avant-nef, du mur gouttereau sud de l’église et du passage Galilée reliant l’Eglise au cloître.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Vue des vestiges de la nef de l’abbatiale Cluny III du portait Ouest.

Le cloître

Il ne reste malheureusement rien du cloître originel de l’abbaye. En effet le monastère fut réformé au XVIIIè siècle par la congrégation de Saint Maure. Les mauristes s’appliquèrent à rebâtir entièrement le cloître et les bâtiments conventuels selon les préceptes de leur vision austère de la règle. La symétrie et l’absence de décor demeure la règle ! C’est cependant un des plus beaux exemples d’architecture religieuse moderne en France.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Cloître mauriste du XVIIIè siècle, Abbaye de Cluny.

Les écuries de saint Hugues

Autour des vestiges de l’église, d’autres édifices demeurent encore debout, ayant échappé aux affres de l’histoire. Les écuries de saint Hugues sont un bâtiment du XIè siècle encore bien conservé qui témoigne du devoir d’hospitalité des clunisiens. Le rez-de-chaussée était occupé par des boxes servant d’écuries pour les chevaux, tandis que le premier étage était dédié à l’accueil des hôtes de passage. L’ancien hospice fait face au Palais du Pape Gélase.

écuries st hugues
Les écuries de saint Hugues, fin XIè siècle, Cluny.

Les Palais abbatiaux

Le palais du Pape Gélase est l’ancien palais destiné aux hôtes prestigieux. Le Pape Gélase y est mort en 1119 lors d’un séjour Clunysien. Sa façade d’influence gothique a été remaniée au XIXè siècle. Il abrite aujourd’hui la fameuse Ecole des Arts et Métiers de Cluny. Plus loin c’est l’abbé Jean de Bourbon qui fit construire au XVè siècle son palais sur une colline tout près de l’église abbatiale. En 1864, le bâtiment fut offert à la ville qui le fit aménager en musée d’art et d’histoire, complémentaire à la visite des vestiges.

Cluny_pal_Gelase_DSCN1087
Façade du Palais du Pape Gélase abritant l’Ecole des Arts et Métiers de Cluny. En arrière-plan, le clocher de l’Eau Bénite, Cluny.

La tour du Moulin et le cellier-farinier

Sise dans le rempart sud de la ville, la Tour du Moulin a été construite à la fin du XIIè siècle. Elevée sur quatre niveaux, elle avait une fonction défensive. Le moulin à grain demeurait au rez-de-chaussée. Tout près d’elle fut construit au XIIIè siècle un cellier-farinier.

La Tour des fromages

Située au sud ouest de l’enceinte monastique, c’est sans doute la plus ancienne tour de Cluny de laquelle la vue sur la ville est imprenable. Mais deux autres tours rondes, plus tardives, qui ponctuaient la muraille sont encore visibles dans la ville.

Les anciens remparts

Plusieurs remparts coexistaient à Cluny. Dès le Xè siècle l’abbaye s’est dotée de ses propres remparts pour s’isoler du monde, un bourg important s’étant rapidement développé à ses pieds. La Porte d’honneur, datée du XIIè siècle, encore visible aujourd’hui, était l’entrée principale dans l’enceinte de l’Abbaye, et ouvrait directement sur l’avant-nef de l’église. Il s’agit d’un double portail décoré d’arcades richement sculptées.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Porte d’honneur de l’ancienne muraille de l’Abbaye de Cluny qui ouvrait sur l’abbatiale.

Le bourg médiéval

Grâce au rayonnement de l’abbaye, un bourg s’est rapidement développé à l’extérieur de ses remparts. Trois quartiers, possédant chacun sa propre église, s’organisaient autour du monastère, bientôt protégés par une muraille cantonnée de tours et de portes. Certaines maisons médiévales sont encore visibles dans la ville, romanes ou gothiques. Il est ainsi possible d’observer une maison typiquement clunisoise au fil des ruelles. Dès le XIIè siècle ces maisons s’installent le long des rues, sur des parcelles étroites. Souvent édifiées en pierre, ces habitations se déploient sur deux niveaux. Le rez-de-chaussée, destiné à l’artisanat ou au commerce est orné d’une grande baie en arc brisé, tandis que l’étage, réservé au foyer, est généralement accessible par un escalier latéral ouvrant sur la rue. A l’arrière de la maison, une cour ou un jardin permet de cultiver son potager et d’avoir accès à l’eau. A l’intérieur, deux pièces se succèdent en enfilade au rez-de-chaussée comme à l’étage. Côté rue, la pièce est éclairée par des fenêtres à claire-voie. La façade est souvent décorée de motifs sculptés : colonnettes, pilastres, chapiteaux, mettant l’accent sur la « pièce du devant ». L’une de ces maisons possédait un décor somptueux, la « frise des vendangeurs », visible au musée.

cluny_maison_romane
Maison romane rue de la République à Cluny.

La visite de Cluny, du bourg comme des vestiges de l’Abbaye réserve donc de nombreuses surprises à qui prend le temps de flâner dans ses ruelles ! Un billet d’entrée est à acheter dans les offices de tourisme de la ville ou aux points informations. Il vous sera remis avec un livret de visite libre qui vous guidera sur les différents sites de la ville et vous donnera accès aux musées et tours accessibles. Il est également possible de suivre une visite-conférence ou de louer un audioguide.

Bonne visite !

Quand les grands artistes du XXè siècle sont convoqués à une dégustation bourguignonne par Yoyo Maeght. Journée art et vin au domaine A.F. Gros à Beaune le 28 novembre 2015

richebourg_grand_cru

Alors que les climats de Bourgogne viennent d’être classés à l’Unesco, le domaine viticole A.F. Gros à Beaune célèbre les liens profonds qui existent depuis de nombreux siècles entre art et terroir en Bourgogne.

351
La cuverie du domaine A.F. Gros à Beaune. ©Domaine A.F. Gros

Un domaine viticole tourné vers l’art

Depuis plusieurs années Anne-Françoise Gros soutient des artistes, peintres est sculpteurs, qu’elle expose en son domaine. La viticultrice a déjà confié la réalisation de ses étiquettes à l’artiste Deville-Chabrolle qui créa pour l’occasion des sanguines de    «visages de femmes ». « Le songe d’une nuit d’été », un crémant rosé du domaine, a également été orné par le peintre Valladié.

2010 A.F. Gros Beaune 1er Cru Les Boucherottes
Bouteille de 1er Cru les Boucherottes, Domaine A.F. Gros. Dessin d’étiquette de Deville-Chabrolle. ©Domaine A.F. Gros

Picasso et Giacometti convié à une dégustation en Bourgogne !

Prochainement c’est Yoyo Maeght, la petite fille de l’illustre couple de collectionneurs, galeristes et éditeurs d’art Marguerite et Aymé Maeght, qui donnera une conférence lors d’une journée spéciale au domaine ! Yoyo y présentera son dernier ouvrage La Saga Maeght qui retrace l’épopée artistique hors du commun des créateurs de la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence. Ami de Bonnard et de Matisse, de Giacometti ou de Prévert, le couple Maeght fit les grandes heures de l’art du XXè siècle. Une aventure passionnante racontée par Yoyo qui reviendra pour l’occasion sur des anecdotes savoureuses de son enfance en compagnie des grands artistes, et projettera dans la cuverie du domaine des photographies inédites !

Yoyo sculptures Miro copie
Yoyo Maeght entourée de sculptures de Joan Miro. ©Yoyo Maeght.

La conférence matinale se poursuivra par un mâchon bourguignon, en hommage aux encas que les vignerons consommaient dans les vignes, à base de spécialités locales. Ce sera également l’occasion de déguster quatre crus du domaine ! Pour clore la journée, vous pourrez découvrir l’exposition d’oeuvres des artistes de la galerie beaunoise Dominique de la Fournière accrochées dans la cuverie du domaine. L’occasion de découvrir le travail d’artistes contemporains comme Rose-Marie Bourrely, Loilier, Le Nalbault… Une surprise de taille clôturera cette journée dédiée à l’art et au vin !

unnamed-4-2
Yoyo présentant son dernier livre « La Saga Maeght ». Sur la couverture, Yoyo petite entourée de Jacques Prévert et de Pablo Picasso. ©Yoyo Maeght.

Informations et réservation au 07 61 03 96 60 / crobertbethune@yahoo.fr

95€ par personne ou 185€ pour 2.

Le prix comprend un exemplaire du livre « La Saga Maeght » dédicacé par l’auteur, un twilly en soie des « Visages féminins » reprise des sanguines de l’artiste Marie Paule Deville Chabrolle, la dégustation et le mâchon bourguignon.